SAJR Faits Rapides
- Cat. No HP5-15/2006F-PDF
ISBN 0-662-71980-8
[Précédent] [Table des matières] [Suivant]
Les jeunes de la rue au Canada :
Quelles sont les différences entre ceux qui utilisent des
drogues injectables et ceux qui utilisent des drogues non
injectables?
Table des matières
Introduction
Les jeunes de la rue sont des personnes vulnérables dont
les comportements sexuels et la façon dont ils consomment
des drogues les exposent au risque de contracter et de transmettre
des infections transmises sexuellement (ITS) et des infections
véhiculées par le sang (IVS)1,2 . Parmi les comportements à
risque, notons l'utilisation de drogues injectables (UDI). Le
nombre de jeunes de la rue ayant déjà utilisé
des drogues injectables est estimé à une proportion
de 18 à 57 %2,3-7 . Les
facteurs connus associés à l'UDI chez les jeunes
de la rue comprennent les antécédents de placement
forcé en établissement, la présentation de
drogues par les parents ou le fait d'avoir été
abandonné par ses parents, l'absence d'un logement
stable, l'intégration au sein de l'économie
de la rue et l'utilisation récente
d'héroïne, d'hallucinogènes, de
cocaïne ou de crack3,4,5,8 .
L'objectif de cette mise à jour est de décrire
l'UDI chez les jeunes de la rue du Canada et de souligner les
différences qui existent entre les jeunes de la rue qui
utilisent des drogues injectables et ceux qui utilisent des drogues
non injectables. Les renseignements inclus dans la présente
mise à jour proviennent des cycles 1999, 2001 et 2003
de la Surveillance accrue des jeunes de la rue au Canada (SAJR), un
système de surveillance sentinelle multicentrique ayant
évalué les taux d'ITS et d'IVS, les
comportements à risque et les déterminants pour la
santé de la population des jeunes de la rue du Canada. Il y
a eu un recrutement de 4728 jeunes de la rue durant cette
période, dont 1645, 1427 et 1656 en 1999, 2001 et 2003
respectivement, à partir de Vancouver, Edmonton, Saskatoon,
Winnipeg, Toronto, Ottawa et Halifax; les résultats sont
généralisables aux jeunes de la rue de ces centres
urbains.

Un cinquième des
jeunes de la rue dans le cadre de la SAJR ont déjà
pris des drogues injectables; la cocaïne était la
drogue injectable la plus utilisée
- Environ 20 % des jeunes de la rue dans le cadre de la SAJR
ont rapporté avoir déjà pris des drogues
injectables - 18,4 % en 2001 et 22,3 % en 2003 (voir la
figure 1).
- Dans l'ensemble, les drogues injectables les plus
utilisées étaient la cocaïne,
l'héroïne, la morphine et le speedball, un
mélange de cocaïne et d'héroïne (voir
la figure 2).
- En 2003, près de 31 % des utilisateurs de drogues
injectables ont rapporté avoir déjà
emprunté du matériel d'injection.
- En 2003, près de 40 % des utilisateurs de drogues
injectables ont rapporté avoir déjà
cessé d'utiliser ces drogues dans les derniers 3 mois.
Parmi eux, 13 % ont eu recours à des services de
désintoxication pour cesser de prendre des drogues
injectables.
Les jeunes de la rue ayant
pris des drogues injectables étaient plus susceptibles que
ceux qui n'en avaient pas pris d'avoir
séjourné en prison ou d'avoir eu des parents qui
prenaient des drogues injectables
- En 2003, un quart (25 %) seulement des jeunes de la rue de plus
de 18 ans avaient terminé la 12e
année.
- En 2003, 40,1 % des jeunes de la rue de 15 à 24 ans ont
déclaré avoir abandonné les études pour
de bon, et 37 % ont déclaré avoir été
expulsés en permanence de l'école.
- Les hommes étaient plus nombreux à avoir
été expulsés en permanence, tandis que les
femmes étaient plus nombreuses à avoir
abandonné les études pour de bon par
elles-mêmes.
Figure 1. Proportion des jeunes
de la rue dans le cadre de la SAJR ayant des
antécédents d'utilisation quelconque de drogues
injectables.

Figure 2. Les drogues
injectables les plus utilisées au cours des trois mois
précédents chez les jeunes de la rue entre 2001 et
2003.

Remarque : Les jeunes pouvaient rapporter avoir utilisé
plus d'une drogue injectable; les pourcentages peuvent donc
dépasser 100 %.
|
La SAJR est le fruit d’une
collaboration entre l’Unité de surveillance et
d’épidémiologie de la Division des infections
acquises dans la collectivité du Centre de prévention
et de contrôle des maladies infectieuses de l’Agence de
la santé publique du Canada, le Bureau de la recherche et de
la surveillance du Programme de la Stratégie antidrogue et
des substances contrôlées de Santé Canada, les
centres participants et les jeunes qui ont participé
à la collecte de données.
|
Les jeunes de la rue ayant
pris des drogues injectables étaient plus susceptibles que
ceux qui n'en avaient pas pris d'avoir
séjourné en prison ou d'avoir eu des parents qui
prenaient des drogues injectables
- Comme le montre le tableau 1, les
utilisateurs de drogues injectables dans le cadre de la SAJR
étaient plus âgés, plus susceptibles
d'être de sexe masculin, d'avoir
séjourné en prison et d'avoir eu des parents
ayant utilisé des drogues injectables par rapport aux jeunes
qui n'utilisaient pas ces drogues.
- Les utilisateurs de drogues injectables étaient par
ailleurs plus susceptibles que ceux qui n'en utilisaient pas
d'avoir abandonné définitivement
l'école ou d'avoir été renvoyés
de l'école.
- Les utilisateurs de drogues injectables étaient plus
susceptibles d'avoir vécu dans la rue « en
permanence » par rapport à ceux qui utilisaient
des drogues non injectables.
Tableau 1. Caractéristiques des
jeunes de la rue ayant ou n'ayant pas
d'antécédents d'UDI en 2003.
|
Caractéristique
|
UDI, %
(n=370)
|
Non UDI, %
(n=1291)
|
|
Sexe
Masculin
Féminin
|
66
34
|
62
38
|
|
Âge, ans
15-19
20-24
|
40
60
|
62
38
|
|
Scolarité
A définitivement abandonné l'école
A été définitivement renvoyé de
l'école
|
52
46
|
38
35
|
|
Caractéristiques des parents/du tuteur*
Le père a déjà pris des drogues
injectables
La mère a déjà pris des drogues
injectables
Le père et la mère ont déjà pris des
drogues injectables
|
23
21
11
|
14
12
5
|
|
Le jeune a déjà vécu dans la rue en
permanence
|
80
|
62
|
|
Comportement criminel
Il a déjà été dans un centre de
détention ou une prison
Il a déjà eu un agent de probation
|
84
73
|
56
51
|
Les pourcentages étaient significativement différents
à p < 0,05.
*Cette caractéristique contient des catégories qui ne
sont pas mutuellement exclusives.
Les jeunes de la rue qui
prenaient des drogues injectables étaient plus susceptibles
de rapporter des antécédents d'ITS
- Les utilisateurs de drogues injectables de la SAJR avaient
tendance à avoir un plus grand nombre de partenaires sexuels
et ont rapporté des taux accrus de relations sexuelles sous
la contrainte et de prostitution par rapport à ceux qui
prenaient des drogues non injectables (voir le tableau 2).
- Vu leur comportement à risque accru, un plus grand
nombre d'utilisateurs de drogues injectables ont
rapporté des antécédents d'ITS par rapport
aux utilisateurs de drogues non injectables.
- Comparativement aux utilisateurs de drogues non injectables,
une plus grande proportion d'utilisateurs de drogues
injectables ont signalé ne pas avoir utilisé de
préservatifs ou d'autres méthodes contraceptives
de barrière pendant leurs relations sexuelles les plus
récentes.
Tableau 2. Comportements sexuels
à risque des jeunes de la rue ayant ou n'ayant pas
d'antécédents d'utilisation de drogues
injectables en 2003.
|
Antécédents sexuels
|
UDI
(n=370)
|
Pas d'UDI
(n=1291)
|
|
Nombre de partenaires sexuels durant la vie, moyenne
|
73,4
|
19,5
|
|
N'a pas utilisé de méthode contraceptive de
barrière pendant ses relations sexuelles les plus
récentes, %
|
59
|
49
|
|
A déjà eu une
ITS, %
|
38
|
23
|
|
A déjà eu
des relations sexuelles sous
la contrainte %
|
32
|
14
|
|
A déjà fait de la prostitution, %
|
37
|
15
|
Les pourcentages sont significativement différents
à p < 0,05.
- La figure 3 montre que l'infection par
l'hépatite C était d'environ quatre
à cinq fois plus importante chez les jeunes de la rue dans
le cadre de la SAJR qui ont rapporté une UDI par rapport
à ceux qui n'en avaient pas utilisé.
Figure 3. Taux d'infection par
l'hépatite C chez les jeunes de la rue ayant
signalé une UDI dans le cadre de la SAJR (1999-2003).

Conclusions
Les données provenant de la SAJR indiquent qu'environ
20 % des jeunes de la rue ont déjà pris des
drogues injectables. Le fait que les jeunes plus âgés
étaient plus susceptibles d'avoir pris des drogues
injectables est probablement dû à leur séjour
prolongé dans la rue. Les jeunes vivant dans la rue qui
prennent des drogues injectables sont exposés à un
risque accru de contracter des ITS et d'autres IVS comme
l'hépatite C par rapport à ceux qui
n'utilisent pas de drogues injectables à cause du risque
associé au partage des aiguilles et aux autres comportements
à risque 9,10 .
Il est souvent difficile de mettre au point des interventions
visant les jeunes de la rue faisant un usage abusif des substances
psychoactives à cause des milieux changeants ou instables
dans lesquels ils vivent, du manque d'infrastructure sociale
dans laquelle mettre en oeuvre des programmes de prévention
et de leur faible scolarité par rapport aux jeunes de la
population générale. En répondant aux besoins
élémentaires de la vie de ces jeunes, notamment en
leur offrant un logement ou un abri abordables, nous pourrions
aider les jeunes de la rue à faire face à leur
utilisation de drogues et à leur dépendance envers
ces dernières.
Un meilleur accès au counseling et aux tests de
dépistage, à du matériel d'injection
stérile, de même que la promotion des diverses options
thérapeutiques seraient des moyens efficaces
d'atténuer les conséquences négatives de
l'UDI chez les jeunes de la rue.
Enfin, le fait de cibler des jeunes en difficulté avant
que ceux‑ci ne tombent dans l'utilisation de drogues et
la dépendance doit passer par la mise en oeuvre de
programmes exhaustifs multisectoriels (aide sociale à
l'enfance, soins médicaux, éducation, services
judiciaires), qui sont la clé d'une solution efficace
aux problèmes de l'abus des substances
psychoactives.
[Surveillance & Épidémiologie
sur les Hépatite C et les ITS]
Références
- 1. Agence de santé publique du Canada. Les jeunes de la rue au
Canada : Constations découlant de la surveillance
accrue des jeunes de la rue au Canada,1999-2003. Ottawa
(Ontario) : Agence de santé publique du Canada; 2006.
No de cat.HP5-15/2006, ISBN 0-662-49069-X. Consulté le 5
mars 2007.
- Radford J, King A, Warren W. Street Youth and AIDS. Ottawa
(Ontario) : Santé Canada; 1989.
- Clements K, Gleghorn A, Garcia D, Katz M, Marx R. A risk
profile of street youth in northern California: implications for
gender-specific human immunodeficiency virus prevention. J Adolesc
Health 1997;20:343-353.
- Martinez TE, Gleghorn A, Marx R, Clements K, Boman M, Katz MH.
Psychosocial histories, social environment, and HIV risk behaviors
of injection and non injection drug using homeless youths. J
Psychoactive Drugs 1998;30:1-10.
- Moon MW, Binson D, Page-Shafer K, Diaz R. Correlates of HIV
risk in a random sample of street youths in San Francisco. J Assoc
Nurses AIDS Care 2001;12:18-27.
- Roy E, Lemire N, Haley N, Boivin JF, Frappier JY, Claessens C.
Injection drug use among street youth: a dynamic process. Can J
Public Health 1998;89:239-240.
- Roy E, Haley N, Leclerc P, Boivin JF, Cedras L, Vincelette J.
Risk factors for hepatitis C virus infection among street youths.
CMAJ 2001;165:557-560.
- Roy E, Haley N, Leclerc P, Cedras L, Blais L, Boivin JF. Drug
injection among street youths in Montreal: predictors of
initiation. J Urban Health 2003;80:92-105.
- Wiebe J, Reimer B. Moyens de joindre les utilisateurs de drogues injectables
(document de travail). Septembre 2000; rapport
de Santé Canada. Consulté le
6 mars 2007.
- Différences dans les pratiques d'injection selon le
sexe et l'hépatite C Recension systématique
de la littérature. RMTC 2004;30:125-132.
Pour de plus amples renseignements, veuillez communiquer
avec :
Agence de la santé publique du Canada (ASPC)
Section de la surveillance et de
l'épidémiologie
Division des infections acquises dans la collectivité
Centre de prévention et de contrôle des maladies
infectieuses
Pièce AL 0603B
Ottawa (Ontario) K1A 0K9
Tél. : 613-946-8637
Téléc.613- 946-3902
Pour partager cette page, veuillez cliquez sur le réseau sociale de votre choix.