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Le tabagisme est associé à l'apparition et à la progression de plusieurs grandes maladies chroniques, à des limitations de la mobilité, à l'incapacité et au déclin de la capacité fonctionnelle physique - des problèmes qui surviennent fréquemment au troisième âge et peuvent être aggravés par le tabagisme et l'exposition à la fumée secondaire. La cigarette joue un rôle dans huit des 14 causes de décès principales chez les personnes de 65 ans et plus (ministère de la Santé de la Colombie-Britannique, 2005; Santé Canada, 2002c). Les décès causés par le tabac se traduisent par une réduction de 15 ans de l'espérance de vie. De plus, les aînés souffrant de maladies du coeur, d'asthme ou d'autres problèmes de santé chroniques sont particulièrement vulnérables aux risques liés à l'exposition à la fumée secondaire.
Selon un rapport publié par le département de la Santé et des Services humanitaires américain intitulé The Health Consequences of Smoking: A Report of the Surgeon General, le tabagisme aurait un lien de causalité avec un risque accru de fracture de la hanche chez les hommes et les femmes et réduirait la densité osseuse des femmes après la ménopause. Le risque de cataractes est de deux à trois fois plus élevé chez les fumeurs que chez les non-fumeurs. Les fumeurs présentent en outre un plus grand risque de maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC). En plus des maladies vasculaires et respiratoires, et des cancers bien connus que l'on sait être causés par le tabagisme, la liste présentée dans le rapport comprend d'autres maladies liées au tabac, notamment le cancer du rein, le cancer du pancréas et la périodontite (département de la Santé et des Services humanitaires des États-Unis, 2004). Il pourrait également y avoir un lien entre la cigarette et la dépression; les taux de dépression chez les fumeurs sont supérieurs à ceux des non-fumeurs (Santé Canada, 2002c). Sur une longue période, le tabagisme peut finir par nuire de beaucoup à la qualité de vie (Lacroix et Omenn, 1992).
Malgré les conséquences négatives du tabac, les recherches démontrent systématiquement que l'abandon peut améliorer la qualité de vie, prolonger la vie et réduire les risques de maladie, de déclin de la santé et de décès (département de la Santé et des Services humanitaires des États-Unis, 2004; Lacroix et Omenn, 1992). Une étude a révélé que l'abandon du tabac produisait une protection considérable contre les risques pour la santé chez les 55 à 64 ans et un niveau de protection encore plus élevé chez ceux qui cessaient de fumer plus tôt (Doll et Hill, 2004). Les personnes qui cessent de fumer à un âge plus avancé voient diminuer les risques pour leur santé générale de un à deux ans après avoir abandonné et diminuer le risque de décès causé par une maladie liée au tabac. On a également constaté que les anciens fumeurs avaient une meilleure capacité fonctionnelle physique et une meilleure qualité de vie que les personnes qui continuaient de fumer (Lacroix et Omenn, 1992).
Comparativement aux personnes qui continuent de fumer, l'espérance de vie augmente, en moyenne, de :
Autrement dit, plus on arrête de fumer tôt, plus les avantages à long terme sont grands; ce constat s'applique également aux gens plus âgés.
Le fardeau économique du tabagisme est immense. En 2002, on estimait que le montant en question était passé à 15 milliards de dollars par année au Canada (Santé Canada, 2002d). Les coûts directs engagés dans le système canadien de santé en raison du tabagisme se chiffreraient entre 3 et 3,5 milliards de dollars par année, la part la plus importante de ces coûts étant consacrée aux soins hospitaliers. De façon générale, des coûts plus élevés sont imputables aux fumeurs âgés par rapport aux jeunes fumeurs, ce qui laisse supposer qu'il y a un coût de la maladie lié au tabac et qu'il est grand temps d'investir dans des programmes d'abandon du tabac adaptés aux aînés et aux adultes d'âge moyen (Santé Canada, 2002c).
Comparativement aux non-fumeurs, les fumeurs utilisent davantage de services médicaux, ont plus souvent des réponses immunitaires altérées, affichent un risque accru de complications et de décès à la suite d'une chirurgie et sont plus susceptibles de souffrir de complications respiratoires et d'ulcères gastroduodénaux et de prendre plus de temps à se remettre d'une maladie (département de la Santé et des Services humanitaires, 2004).
Selon l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, un peu plus de 9 % des Canadiens de 65 ans et plus fument quotidiennement, comparativement à près de 18 % en moyenne pour tous les groupes d'âge (Statistique Canada, 2004). Dans toutes les provinces, les femmes âgées sont moins susceptibles de fumer que les hommes âgés (voir la figure 8.1). Le pourcentage de fumeurs chez les aînés, hommes et femmes, varie d'une province à l'autre. Chez les hommes, 9 % fument en Colombie-Britannique, tandis que ce pourcentage est de 16 % à Terre-Neuve-et-Labrador. Près de 12 % des femmes âgées fument en Nouvelle-Écosse alors que 7 % d'entre elles sont des fumeuses en Colombie-Britannique. De façon générale, le tabagisme chez les aînés est beaucoup plus répandu dans les provinces de l'Atlantique, au Québec et au Manitoba. D'autres enquêtes révèlent que c'est dans le Nord que le tabagisme est le plus répandu. Ainsi, 33 % des aînés fument quotidiennement dans les Territoires du Nord-Ouest (Conseil consultatif national sur le troisième âge (CCNTA), 2004a).
Figure 8.1 Pourcentage de fumeurs de 65 ans et plus, Canada, sauf les territoires, 2001
Source : Statistique Canada, CANSIM, tableau 105-0027, no 82-221-XIF au catalogue. Nota : Fumeurs qui ont déclaré fumer quotidiennement.
Environ 11 % des 65 à 74 ans et 6,5 % des 75 ans et plus étaient des fumeurs en 2004 (Statistique Canada, 2004). Le taux en apparence plus faible chez les 75 ans et plus pourrait fort bien être en réalité attribuable aux décès liés à la cigarette chez les fumeurs du groupe des 65 à 74 ans (ministère de la Santé de la Colombie-Britannique, 2005)
C'est chez les aînés qu'on trouve le taux global le plus élevé (53,5 %) d'anciens fumeurs comparativement à tous les autres groupes d'âge (Statistique Canada, 2004). Cela révèle deux grandes tendances : d'abord, un grand nombre d'aînés au Canada sont d'anciens fumeurs; ensuite, il y a eu une baisse marquée du tabagisme au cours des dernières années (Statistique Canada, 2004). Heureusement, les anciens fumeurs (surtout ceux qui ne fument plus depuis au moins 15 ans) et les personnes qui n'ont jamais fumé sont plus susceptibles de rester en santé et de se rétablir après une maladie (Shields et Martel, 2006). On a relevé ces mêmes tendances chez les personnes qui faisaient régulièrement de l'activité physique, avaient un poids normal et ne consommaient de l'alcool qu'à l'occasion ou une fois par semaine. On peut en déduire que les comportements sains ont un effet cumulatif pour ce qui est d'aider les aînés à rester en santé et à se remettre après une maladie (Shields et Martel, 2006).
Les effets négatifs du tabac et les avantages de l'abandon au troisième âge sont bien établis. Il existe toutefois peu de documentation résumant les pratiques exemplaires en matière d'abandon du tabac au troisième âge, probablement parce qu'il y a peu de programmes ciblant expressément les aînés ou parce que ces mesures ne sont pas évaluées. Il serait peut-être souhaitable d'élaborer diverses interventions ciblées pour aider les aînés à cesser de fumer et de répertorier les pratiques exemplaires, tout en tenant compte des facteurs économiques et environnementaux qui empêchent les aînés d'arrêter de fumer. Soulignons que nous n'avons trouvé aucune évaluation d'intervention visant les aînés relativement à la fumée secondaire, à l'exception de quelques politiques publiques limitant l'usage du tabac dans les établissements de soins de longue durée et les résidences pour personnes âgées.
Il est rare qu'une seule intervention suffise à amener une personne à cesser de fumer. Le modèle des étapes du changement, selon lequel le comportement d'une personne change au fil du temps au fur et à mesure que la personne passe par différentes étapes (Zimmerman et al., 2000; Prochaska et al., 1992) est un modèle qui a permis d'approfondir nos connaissances sur les changements comportementaux et qui a été utilisé avec succès dans des programmes d'abandon de la cigarette. Une meilleure compréhension des diverses étapes du changement par lesquelles passent les aînés pourrait nous aider à utiliser des pratiques plus efficaces et des interventions ciblées en matière d'abandon du tabac (Zimmerman et al., 2000; Clark et al., 1997).
Ce modèle pourrait également nous aider à mieux comprendre le tabagisme chez les aînés et les raisons qui les amènent à fumer moins ou à abandonner complètement. L'apparition d'une nouvelle maladie chronique pourrait, par exemple, motiver davantage la personne à cesser de fumer. C'est ce qu'on a constaté chez les aînés qui avaient commencé à souffrir de problèmes vasculaires (p. ex., maladie du coeur, hypertension artérielle, accident vasculaire cérébral ou diabète), mais non pas chez ceux qui étaient atteints de problèmes respiratoires (p. ex., bronchite chronique, emphysème, asthme). On n'a relevé aucun lien entre les affections préexistantes, vasculaires ou respiratoires, et l'abandon du tabac (Shields, 2004). Dans le cadre d'une autre étude récente, on a constaté que les femmes âgées étaient plus susceptibles de cesser de fumer que les hommes du même groupe d'âge et que les participants qui avaient abandonné la cigarette étaient plus susceptibles d'avoir appris peu de temps avant qu'ils étaient gravement malades (Whitson et al., 2006).
Il semblerait que les programmes d'abandon du tabac adaptés aux aînés puissent être efficaces (Rimer et Orléans, 1994; Santé Canada, 2002c). De plus, d'après certains travaux préliminaires, la démarche axée sur la réduction des méfaits pourrait être une solution efficace pour lutter contre le tabagisme chez les aînés (Santé Canada, 2002e). Nous savons cependant que les aînés sont moins influencés par les messages sur les méfaits de la cigarette - ce qui est peut-être attribuable au fait que la plupart des campagnes antitabac ciblent presque exclusivement les adultes plus jeunes (Santé Canada, 2002c). Une solution possible serait de diffuser des messages qui portent sur l'incidence du tabac sur l'autonomie et la qualité de vie à mesure qu'on avance en âge (Lacroix et Omenn, 1992). Le défi qui se pose consiste à accroître les occasions de renforcer les initiatives de lutte contre le tabagisme et d'abandon du tabac destinées aux aînés afin d'équilibrer un programme de prévention de plus en plus axé sur les jeunes (Santé Canada, 2002c).
Les aînés représentent un public cible important pour les initiatives d'abandon du tabac. Ils ont également besoin qu'on les protège contre la fumée secondaire. Selon les données disponibles, il faudrait que les politiques et les pratiques adoptées pour favoriser l'abandon du tabac chez les aînés et la création de lieux sans fumée à leur intention :
L'abandon du tabac et les lieux sans fumée sont des éléments essentiels pour protéger la santé et favoriser un vieillissement en santé, même au troisième âge. Il n'est jamais trop tard pour cesser de fumer.
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