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Les blessures non intentionnelles chez les aînés représentent un fardeau significatif, en termes humains aussi bien qu'économiques. La principale cause des blessures chez les aînés du Canada est la chute. Les blessures attribuables à une chute menacent la vie autonome des personnes âgées, leur autonomie en général, leur mobilité, leur capacité fonctionnelle et leur état de santé. Les blessures peuvent précipiter le placement en établissement, voire même le décès. Si une chute n'occasionne pas une blessure, elle peut néanmoins se traduire par des craintes accrues et persistantes chez les personnes âgées et la réduction des activités (comme l'exercice régulier), deux facteurs qui peuvent avoir des conséquences négatives sur leur état de santé global et leur fonctionnement et augmenter les risques d'autres chutes à l'avenir. Les aînés qui subissent une blessure à la suite d'une chute s'en remettent rarement complètement. Ils éprouvent souvent des douleurs chroniques, leur mobilité est réduite, ils perdent leur autonomie et leur confiance, et leur qualité de vie s'en trouve compromise ( ASPC, 2005; Santé Canada, 2002f).
La prévention des chutes donne aux aînés la possibilité de demeurer actifs et autonomes, et d'avoir une vie enrichissante et bien remplie. La prévention dans ce domaine n'est toutefois pas chose simple. Les facteurs de risque sont nombreux et complexes et interagissent les uns avec les autres de façon synergique aux niveaux biologique/médical, comportemental, environnemental et socioéconomique. Certains facteurs de risque sont directement liés à la santé de la personne, tandis que d'autres sont directement liés à son environnement (ASPC, 2005; Scott, Peck et Kendall, 2004).
En 1998, plus de 980 millions de dollars sur les 2,4 milliards de dollars en coûts directs rattachés à des chutes ont été consacrés à des blessures causées par des chutes chez les aînés (Angus et al., 1998). Les blessures occasionnées par des chutes chez les 65 ans et plus au Canada coûtent à l'économie un montant estimatif de 2,8 milliards de dollars par année. Les coûts directs d'une fracture de la hanche pour le système de santé se situeraient entre 24 400 $ et 28 000 $. Cette estimation comprend les coûts d'hospitalisation, les médicaments et les services de fournisseurs de soins pour le traitement et la réadaptation (Scott, Peck et Kendall, 2004). De façon générale, la période de réadaptation et de rétablissement est plus longue et plus pénible chez les aînés qui ont subi une chute causant blessure - jusqu'à deux fois plus longue pour les chutes que pour toutes les autres causes d'hospitalisation. Ces chutes représentent donc un lourd fardeau pour le système de santé (ministère de la Santé de la Colombie-Britannique, 2005).
D'après une autre étude portant sur un programme multi-stratégique de prévention des chutes, un investissement moyen de 906 $ permet d'économiser 3 695 $ en raison de la diminution du nombre de blessures découlant de chutes (Santé Canada, 2002f). L'Agence de la santé publique du Canada estime en outre qu'une réduction de 20 % des chutes se traduirait par 7 500 hospitalisations de moins et 1 800 aînés de moins avec une incapacité permanente; les économies nationales totales s'élèveraient à quelque 138 millions de dollars par année (ASPC, 2005).
Le taux de chutes causant blessure augmente avec l'âge et il est plus élevé chez les femmes que chez les hommes, et ce, pour tous les groupes d'âge (voir la figure 7.1). Le Rapport sur les chutes des aînés au Canada met en relief certains autres chiffres étonnants sur les blessures et les chutes chez les aînés au Canada (ASPC, 2005) :
D'après les renseignements fournis par les répondants à l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, 37 % des blessures causées par une chute chez les aînés concernaient la hanche, la cuisse, le genou, la partie inférieure de la jambe ou la cheville. La majorité des répondants ont indiqué avoir glissé, trébuché ou fait un faux pas (44 %); 26 % ont dit être tombés dans un escalier; 20 % ont glissé sur une surface glacée ou enneigée (ASPC, 2005).
Le sexe et l'âge avancé sont deux facteurs importants. Les aînés qui subissent une chute causant une blessure sont plus susceptibles d'être des femmes, d'appartenir au groupe des 80 ans et plus, d'être veuf(ve)s, séparé(e)s ou divorcé(e)s, d'avoir fait des études postsecondaires et d'avoir un revenu inférieur à 15 000 $ (ASPC, 2005). De façon générale, les femmes sont plus susceptibles de faire une chute causant une blessure et affichent un taux plus élevé d'hospitalisation découlant d'une chute. Elles sont également plus susceptibles que les hommes de subir une fracture au moment d'une chute, ce qui est attribuable en partie à une densité osseuse moins forte après la ménopause et à des taux d'ostéoporose plus élevés.
Figure 7.1 Taux estimés de chutes avec blessure, par groupe d'âge et sexe, âge 65+, Canada, 2002-2003
Source : Cycle 2.1 de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, dans Agence de la santé publique du Canada (2005), Rapport sur les chutes des aînés au Canada.
Les données disponibles nous montrent que la prévention des blessures est une question multidimensionnelle et multisectorielle qui englobe les grands déterminants du vieillissement en santé et une combinaison de facteurs de risque qui agissent en interaction. D'autres travaux de recherche sont nécessaires pour déterminer l'efficacité par rapport au coût d'interventions précises menées indépendamment ou en combinaison avec d'autres (p. ex., programmes d'exercices à la maison; utilisation d'appareils de protection et d'appareils fonctionnels, tels que les protège-hanches; évaluations approfondies des risques de chute environnementaux) (Scott, Peck et Kendall, 2004).
La prévention des chutes est en outre directement liée à certains autres facteurs d'un vieillissement en santé, plus particulièrement une saine alimentation et l'activité physique. Il faudrait pousser les recherches pour mieux comprendre et éliminer les obstacles à l'exercice et trouver des moyens d'encourager les aînés à prendre des mesures pour maintenir leur santé et leur mobilité (Scott, Peck et Kendall, 2004). On sait aussi que les aînés peuvent parfois surestimer leur condition physique et sous-estimer leur susceptibilité aux blessures ou les problèmes qui les rendent vulnérables (ASPC, 2005). Des travaux de recherche supplémentaires dans ce domaine pourraient être utiles pour élaborer des programmes de prévention et pour déterminer les raisons pour lesquelles certaines personnes se prévalent de certaines interventions plus que d'autres.
Diverses mesures de prévention se sont avérées efficaces pour réduire le nombre de chutes et les blessures causées par des chutes à la maison, dans la collectivité et dans les établissements. L'activité physique régulière, la vérification des médicaments, des évaluations périodiques de la vue et de l'ouïe, une alimentation saine et régulière, l'adaptation du domicile et de l'environnement, des chaussures adéquates, des visites régulières chez le médecin et la communication d'information sur la prévention des chutes en sont des exemples (Réseaux des bases factuelles en santé, 2004; ASPC, 2005; Anciens combattants Canada (ACC), 2002). Pour pouvoir arriver à réduire ou à éliminer le fardeau occasionné par les blessures causées par des chutes chez les aînés, il faudra y mettre des ressources et combiner efficacement diverses interventions portant sur la prévention primaire et la prévention secondaire (Scott, Peck et Kendall, 2004).
De pied ferme - Une stratégie d'intervention à facettes multiples pour la prévention des chutes chez les aînés
De pied ferme est une stratégie d'intervention à facettes multiples pour prévenir les chutes portant sur les facteurs de risques comportementaux et environnementaux liés aux chutes chez les aînés vivant dans la collectivité. Les aînés qui ont terminé le programme ont montré des réductions dans huit des neuf facteurs de risque traités dans le programme. Au cours de la période de suivi de quatre mois, la proportion d'aînés ayant subi une chute était inférieure dans le groupe de traitement (17 %) par rapport au groupe témoin (35 %).
Source : ASPC (2005), Rapport sur les chutes des aînés au Canada.
Selon les données disponibles, il faudrait que les politiques et les pratiques adoptées pour favoriser la prévention des chutes chez les aînés :
Les arguments en faveur de la prévention des chutes, tant sur le plan humain que sur le plan économique, sont de poids; le rendement de l'investissement dans la prévention est évident. Le meilleur moyen de protéger les aînés contre les blessures est de prévenir ces dernières. Il nous faut maintenant l'engagement politique et les ressources nécessaires pour mettre en oeuvre des combinaisons efficaces d'interventions partout au pays.
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