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7. La prévention des chutes et la santé des aînés

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Conséquences des chutes

Les blessures non intentionnelles chez les aînés représentent un fardeau significatif, en termes humains aussi bien qu'économiques. La principale cause des blessures chez les aînés du Canada est la chute. Les blessures attribuables à une chute menacent la vie autonome des personnes âgées, leur autonomie en général, leur mobilité, leur capacité fonctionnelle et leur état de santé. Les blessures peuvent précipiter le placement en établissement, voire même le décès. Si une chute n'occasionne pas une blessure, elle peut néanmoins se traduire par des craintes accrues et persistantes chez les personnes âgées et la réduction des activités (comme l'exercice régulier), deux facteurs qui peuvent avoir des conséquences négatives sur leur état de santé global et leur fonctionnement et augmenter les risques d'autres chutes à l'avenir. Les aînés qui subissent une blessure à la suite d'une chute s'en remettent rarement complètement. Ils éprouvent souvent des douleurs chroniques, leur mobilité est réduite, ils perdent leur autonomie et leur confiance, et leur qualité de vie s'en trouve compromise ( ASPC, 2005; Santé Canada, 2002f).

Prévenir les blessures causées par les chutes

La prévention des chutes donne aux aînés la possibilité de demeurer actifs et autonomes, et d'avoir une vie enrichissante et bien remplie. La prévention dans ce domaine n'est toutefois pas chose simple. Les facteurs de risque sont nombreux et complexes et interagissent les uns avec les autres de façon synergique aux niveaux biologique/médical, comportemental, environnemental et socioéconomique. Certains facteurs de risque sont directement liés à la santé de la personne, tandis que d'autres sont directement liés à son environnement (ASPC, 2005; Scott, Peck et Kendall, 2004).

  • Parmi les facteurs de risque biologiques et médicaux figurent l'âge, les maladies chroniques ou aiguës (p. ex., les maladies du coeur, l'ostéoporose, le diabète et l'arthrite), les incapacités physiques, la faiblesse musculaire et la mauvaise condition physique.
  • Les facteurs de risque comportementaux comprennent en général les comportements risqués (comme monter dans une échelle peu solide), la prise de médicaments (p. ex., l'utilisation de médicaments multiples), une mauvaise alimentation et une activité insuffisante. Des décisions à première vue simples, qui font partie de la vie courante, peuvent avoir une grande incidence sur le risque de chute.
  • Les facteurs de risque environnementaux sont ceux qui se trouvent dans l'environnement de la personne, habituellement là où elle habite. Il peut s'agir de meubles ou de tapis qui sont mal placés et d'autres dangers qui posent un risque de blessure. Près de la moitié des chutes des personnes âgées se produisent à la maison, dans la salle de bain ou dans l'escalier (ASPC, 2005). Les trottoirs et les chaussées inégaux, de même qu'un mauvais éclairage, sont des exemples de risques que l'on trouve à l'extérieur. Dans les établissements, les dangers sont plus systémiques, mais tout aussi importants. Les édifices mal conçus et le non-respect des normes, des codes ou des règlements en matière de sécurité et de bâtiment en sont des exemples.
  • Le faible revenu est un facteur qui se répercute sur l'accès à un logement conforme aux normes en matière de sécurité, de même qu'à des services de santé et des services sociaux adéquats, y compris de l'information sur la prévention des chutes. Les aînés à risque peuvent également avoir des difficultés sur le plan de la sécurité alimentaire qui se répercutent sur leur état nutritionnel et augmentent leur risque de chute grave (p. ex., au moment d'un étourdissement).

Coûts et économies liés aux chutes

En 1998, plus de 980 millions de dollars sur les 2,4 milliards de dollars en coûts directs rattachés à des chutes ont été consacrés à des blessures causées par des chutes chez les aînés (Angus et al., 1998). Les blessures occasionnées par des chutes chez les 65 ans et plus au Canada coûtent à l'économie un montant estimatif de 2,8 milliards de dollars par année. Les coûts directs d'une fracture de la hanche pour le système de santé se situeraient entre 24 400 $ et 28 000 $. Cette estimation comprend les coûts d'hospitalisation, les médicaments et les services de fournisseurs de soins pour le traitement et la réadaptation (Scott, Peck et Kendall, 2004). De façon générale, la période de réadaptation et de rétablissement est plus longue et plus pénible chez les aînés qui ont subi une chute causant blessure - jusqu'à deux fois plus longue pour les chutes que pour toutes les autres causes d'hospitalisation. Ces chutes représentent donc un lourd fardeau pour le système de santé (ministère de la Santé de la Colombie-Britannique, 2005).

D'après une autre étude portant sur un programme multi-stratégique de prévention des chutes, un investissement moyen de 906 $ permet d'économiser 3 695 $ en raison de la diminution du nombre de blessures découlant de chutes (Santé Canada, 2002f). L'Agence de la santé publique du Canada estime en outre qu'une réduction de 20 % des chutes se traduirait par 7 500 hospitalisations de moins et 1 800 aînés de moins avec une incapacité permanente; les économies nationales totales s'élèveraient à quelque 138 millions de dollars par année (ASPC, 2005).

Chutes chez les aînés au Canada

Le taux de chutes causant blessure augmente avec l'âge et il est plus élevé chez les femmes que chez les hommes, et ce, pour tous les groupes d'âge (voir la figure 7.1). Le Rapport sur les chutes des aînés au Canada met en relief certains autres chiffres étonnants sur les blessures et les chutes chez les aînés au Canada (ASPC, 2005) :

  • près de 62 % des hospitalisations liées à des blessures chez les aînés sont la conséquence de chutes;
  • le taux de blessures liées aux chutes est neuf fois plus élevé chez les aînés que chez les personnes de moins de 65 ans;
  • près de la moitié des aînés qui subissent une chute présentent une blessure mineure et entre 5 % et 25 % subissent une blessure grave, telle qu'une fracture ou une entorse;
  • 40 % de toutes les admissions dans les maisons de soins infirmiers sont la conséquence d'une chute;
  • les chutes provoquent plus de 90 % de l'ensemble des fractures de la hanche chez les aînés et 20 % de ces patients décèdent dans l'année suivant la fracture.

D'après les renseignements fournis par les répondants à l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, 37 % des blessures causées par une chute chez les aînés concernaient la hanche, la cuisse, le genou, la partie inférieure de la jambe ou la cheville. La majorité des répondants ont indiqué avoir glissé, trébuché ou fait un faux pas (44 %); 26 % ont dit être tombés dans un escalier; 20 % ont glissé sur une surface glacée ou enneigée (ASPC, 2005).

Le sexe et l'âge avancé sont deux facteurs importants. Les aînés qui subissent une chute causant une blessure sont plus susceptibles d'être des femmes, d'appartenir au groupe des 80 ans et plus, d'être veuf(ve)s, séparé(e)s ou divorcé(e)s, d'avoir fait des études postsecondaires et d'avoir un revenu inférieur à 15 000 $ (ASPC, 2005). De façon générale, les femmes sont plus susceptibles de faire une chute causant une blessure et affichent un taux plus élevé d'hospitalisation découlant d'une chute. Elles sont également plus susceptibles que les hommes de subir une fracture au moment d'une chute, ce qui est attribuable en partie à une densité osseuse moins forte après la ménopause et à des taux d'ostéoporose plus élevés.

Figure 7.1 Taux estimés de chutes avec blessure, par groupe d'âge et sexe, âge 65+, Canada, 2002-2003

Figure 7.1 Taux estimés de chutes avec blessure, par groupe d’âge et sexe, âge 65+, Canada, 2002-2003

Source : Cycle 2.1 de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, dans Agence de la santé publique du Canada (2005), Rapport sur les chutes des aînés au Canada.

Lacunes en matière de connaissances

Les données disponibles nous montrent que la prévention des blessures est une question multidimensionnelle et multisectorielle qui englobe les grands déterminants du vieillissement en santé et une combinaison de facteurs de risque qui agissent en interaction. D'autres travaux de recherche sont nécessaires pour déterminer l'efficacité par rapport au coût d'interventions précises menées indépendamment ou en combinaison avec d'autres (p. ex., programmes d'exercices à la maison; utilisation d'appareils de protection et d'appareils fonctionnels, tels que les protège-hanches; évaluations approfondies des risques de chute environnementaux) (Scott, Peck et Kendall, 2004).

La prévention des chutes est en outre directement liée à certains autres facteurs d'un vieillissement en santé, plus particulièrement une saine alimentation et l'activité physique. Il faudrait pousser les recherches pour mieux comprendre et éliminer les obstacles à l'exercice et trouver des moyens d'encourager les aînés à prendre des mesures pour maintenir leur santé et leur mobilité (Scott, Peck et Kendall, 2004). On sait aussi que les aînés peuvent parfois surestimer leur condition physique et sous-estimer leur susceptibilité aux blessures ou les problèmes qui les rendent vulnérables (ASPC, 2005). Des travaux de recherche supplémentaires dans ce domaine pourraient être utiles pour élaborer des programmes de prévention et pour déterminer les raisons pour lesquelles certaines personnes se prévalent de certaines interventions plus que d'autres.

Pratiques prometteuses

Diverses mesures de prévention se sont avérées efficaces pour réduire le nombre de chutes et les blessures causées par des chutes à la maison, dans la collectivité et dans les établissements. L'activité physique régulière, la vérification des médicaments, des évaluations périodiques de la vue et de l'ouïe, une alimentation saine et régulière, l'adaptation du domicile et de l'environnement, des chaussures adéquates, des visites régulières chez le médecin et la communication d'information sur la prévention des chutes en sont des exemples (Réseaux des bases factuelles en santé, 2004; ASPC, 2005; Anciens combattants Canada (ACC), 2002). Pour pouvoir arriver à réduire ou à éliminer le fardeau occasionné par les blessures causées par des chutes chez les aînés, il faudra y mettre des ressources et combiner efficacement diverses interventions portant sur la prévention primaire et la prévention secondaire (Scott, Peck et Kendall, 2004).

De pied ferme - Une stratégie d'intervention à facettes multiples pour la prévention des chutes chez les aînés

De pied ferme est une stratégie d'intervention à facettes multiples pour prévenir les chutes portant sur les facteurs de risques comportementaux et environnementaux liés aux chutes chez les aînés vivant dans la collectivité. Les aînés qui ont terminé le programme ont montré des réductions dans huit des neuf facteurs de risque traités dans le programme. Au cours de la période de suivi de quatre mois, la proportion d'aînés ayant subi une chute était inférieure dans le groupe de traitement (17 %) par rapport au groupe témoin (35 %).

Source : ASPC (2005), Rapport sur les chutes des aînés au Canada.

Orientations pour les politiques et les pratiques

Selon les données disponibles, il faudrait que les politiques et les pratiques adoptées pour favoriser la prévention des chutes chez les aînés :

  • Reposent sur une combinaison d'interventions (p. ex., sensibilisation, application de codes du bâtiment pour assurer la sécurité, activité physique, contrôle des médicaments, etc.) pour atténuer les divers facteurs de risques liés aux chutes. Il faudrait aussi que l'efficacité et la rentabilité de ces mesures soient évaluées et consignées.
  • Soient axées sur la promotion de la sécurité et une adaptation du domicile, plus particulièrement des escaliers et des salles de bain puisque ce sont là les deux endroits où surviennent la grande majorité des chutes.
  • Adaptent les interventions et la documentation aux besoins des femmes à faible revenu et plus âgées (75 ans et plus), qui sont particulièrement à risque.
  • Visent l'établissement et la mise à profit de partenariats multisectoriels aux niveaux fédéral, provincial et municipal.
  • Veillent à la mise en application des normes et des codes du bâtiment, assurant ainsi un environnement sécuritaires pour les aînés.

Les arguments en faveur de la prévention des chutes, tant sur le plan humain que sur le plan économique, sont de poids; le rendement de l'investissement dans la prévention est évident. Le meilleur moyen de protéger les aînés contre les blessures est de prévenir ces dernières. Il nous faut maintenant l'engagement politique et les ressources nécessaires pour mettre en oeuvre des combinaisons efficaces d'interventions partout au pays.

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