Pour bien gérer l'incontinence
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Programme de collaboration sur la continence
Jennifer Skelly, infirmière autorisée et Ph.D., est cofondatrice et directrice du Programme de collaboration sur la continence du Centre de santé communautaire St. Joseph de Hamilton, en Ontario.
- Pouvez-vous décrire le Programme de collaboration sur la continence?
Le programme existe depuis cinq ans maintenant. À ma connaissance, il s'agit d'une initiative unique en son genre au Canada puisque ce programme autonome est entièrement géré par des infirmiers et infirmières. Quatre-vingt pour cent des patients sont dirigés chez nous par un médecin de famille et 20 p. cent choisissent eux-mêmes de nous consulter. Au début, c'était tout le contraire. Je crois que cette situation tient au fait que les médecins ont constaté tout ce que nous pouvions accomplir grâce aux traitements simples. Nous faisons notre possible pour éviter le recours aux médicaments ou à la chirurgie. Nous expliquons aux patients comment exercer les muscles du pelvis et comment modifier la quantité (et le type) de liquides qu'ils boivent. S'ils consomment de grandes quantités de caféine, nous les encourageons fortement à favoriser les boissons décaféinées. Parfois, on leur indique comment uriner à intervalles réguliers, avant que l'envie se fasse sentir. Cette technique s'avère souvent fructueuse.
- Y a-t-il des circonstances spéciales qui s'appliquent particulièrement bien aux aîné(e)s?
Nous tentons surtout d'établir comment les personnes âgées arrivent à se débrouiller et quel est leur niveau de mobilité et de dextérité manuelle (un facteur lorsqu'il s'agit de défaire ses vêtements). Nous voulons aussi savoir si leurs intestins fonctionnent bien parce que la moitié du temps, au moins, c'est la constipation qui est à l'origine du problème. Dans les cas de démence ou de la maladie d'Alzheimer, certaines personnes n'arrivent plus à reconnaître les signes indiquant qu'il est temps d'aller aux toilettes. Ceci peut aussi se produire après une crise, si les gens oublient où sont situées les toilettes. Il incombe au soignant ou à la soignante d'indiquer la route des toilettes aux personnes qui souffrent de la maladie d'Alzheimer. Lorsque les aîné(e)s habitent seuls, on peut régler une montre pour qu'elle sonne aux deux heures. Ceci fonctionne très bien pendant les premières étapes, mais lorsque leur mémoire commence à flancher, certaines personnes oublient la signification de la sonnerie.
- Trouvez-vous que les patients sont craintifs?
On note une certaine appréhension, surtout lorsque les personnes ont déjà subi divers tests. Beaucoup de personnes sont humiliées d'avoir à discuter de tels problèmes avec quelqu'un d'autre. Il arrive souvent qu'elles se mettent à pleurer lorsqu'elles abordent la chose pour la première fois, parce qu'il s'agit d'une situation tellement frustrante. En général, elles semblent rassurées au moment de partir car elles ont enfin trouvé quelqu'un qui les comprend et à qui elles peuvent se confier.
- Les cas d'incontinence sont-ils plus fréquents chez les femmes que chez les hommes?
Oui. Il est intéressant de noter que selon l'Australian Continence Foundation, une femme sur quatre et un homme sur dix éprouvent une forme quelconque d'incontinence au cours de leur vie. Ce rapport augmente à 20 p. cent environ après 65 ans. Plus l'invalidité est grande, plus le problème semble fréquent. Beaucoup de femmes plus jeunes ont des fuites d'urine lorsqu'elles rient, toussent ou éternuent. Elles pensent qu'il s'agit d'une situation normale, et ne savent pas que le renforcement des muscles pelviens pourra réduire ou éliminer ce problème. Nous nous efforçons d'expliquer qu'il s'agit d'un problème que l'on peut soigner. En outre, un nombre croissant de médecins nous envoient les patients dès l'apparition des premiers symptômes.
- Comment procédez-vous à l'évaluation des patients, surtout les aîné(e)s?
Nous traçons, dans chaque cas, un profil exhaustif. Nous demandons aux patients d'uriner afin de mesurer la quantité d'urine et de s'assurer qu'il n'y a aucune infection des voies urinaires. Puis, grâce à l'échographie, nous vérifions la vessie pour voir si l'évacuation s'effectue bien. Dans le cas des femmes, nous examinons les grandes lèvres de la vulve et nous mettons un doigt dans le vagin pour voir la fermeté des muscles. S'il y a des problèmes plus graves qui dépassent nos compétences, nous demandons aux patients de consulter un urogynécologue ou un urologue.
- Pouvez-vous identifier les problèmes susceptibles de provoquer l'incontinence?
Environ 20 p. cent des personnes qui ont un problème d'incontinence ont aussi une infection. Souvent, les aîné(e)s ne le savent même pas car ils n'éprouvent aucune sensation de brûlure et n'ont pas de pertes. Parfois, le seul symptôme tient à l'apparition ou à l'aggravation de l'incontinence. Nous trempons des bâtonnets dans l'urine pour déceler la présence d'une infection et pour mesurer le taux de glucose. Si une personne diabétique vient me voir en se plaignant d'envies subites et de fréquence urinaire la nuit, et si elle affiche un taux élevé de glucose endant la journée, un retour au régime alimentaire prescrit permet souvent de résoudre le problème.
- Les hommes font-ils face à des problèmes spéciaux?
Nous collaborons avec un urologue dont les patients doivent subir une ablation de la prostate. Ceci nous permet de leur enseigner, avant l'opération, les exercices de Kegel. Nous leur expliquons aussi ce qui va se passer après l'enlèvement du cathéter et nous les aidons à accepter le fait qu'ils seront un peu ou très incontinents au début. Hier, nous avons eu la visite d'un homme que nous avons rencontré pour la première fois il y a cinq semaines. Il a eu son opération il y a quatre semaines et il est au moins trois mois en avance sur les personnes qui viennent frapper à notre porte trois, six ou neuf mois après la chirurgie.
- Les exercices de Kegel sont-ils efficaces?
Oui, mais si les gens n'ont pas appris à les faire comme il faut, ils ne serviront à rien. Nous ne recommandons plus aux patients d'arrêter et de recommencer à uriner comme méthode pour trouver les bons muscles du plancher pelvien, parce que l'évacuation d'urine ne dépend pas seulement du contrôle musculaire. Nous leur montrons plutôt comment resserrer le rectum. Même s'il s'agit d'un exercice tout simple, vous seriez surpris de constater combien de gens pensent qu'il s'agit de resserrer les muscles fessiers, de rentrer le ventre ou de soulever le pelvis.
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