La première étape en vue d'obtenir des données sur une estimation économique du conflit entre le travail et la vie personnelle est de sélectionner le facteur de stress et les conséquences précises parmi le vaste éventail de conséquences possibles qui existent. Dans le cas du conflit entre le travail et la vie personnelle, nous avons défini la source de stress comme étant la perception de la surcharge de rôles, de l'interférence du travail dans la famille, de l'interférence de la famille dans le travail et de la pression sur le fournisseur de soins.
On doit maintenant déterminer quelles conséquences explorer, compte tenu du vaste éventail de résultats disponibles sur la santé. Notre choix est facilité par le fait que les données économiques et sur les coûts de santé doivent être disponibles à l'échelle nationale à partir de sources secondaires. Comme l'ont indiqué Cooper et coll. (1996), « Le problème n'est... pas le manque de méthodes de calcul économique, mais plutôt le manque de données factuelles sur lesquelles appuyer nos calculs » (p.78) [TRADUCTION]. Après de nombreuses recherches35, nous n'avons pu trouver des données nationales fiables que pour les trois éléments suivants : consultations chez le médecin, hospitalisations et visites à l'urgence.
Voici les composants de base du modèle d'évaluation socio-économique (Levi & Lunde-Jensen, 1996) et les sources de données canadiennes utilisées pour répondre à ces besoins :
Des données sur le système de soins de santé et des indicateurs économiques de base sont nécessaires afin de pouvoir calculer l'utilisation totale de ce composant du système de soins de santé et d'assigner une valeur au coût moyen par utilisation (dans notre cas, les visites chez le médecin, les hospitalisations et les visites à l'urgence). L'information sur les données du système de soins de santé utilisée dans le présent rapport est comprise dans les encadrés E1 (Visites chez le médecin), E2 (Hospitalisations) et E3 (Visites à l'urgence).
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Encadré E1 Données utilisées dans les calculs concernant les visites chez le médecin Source : Institut canadien d'information sur la santé (2001). Base de données nationale sur les médecins, Rapport sur les catégories du système de groupement national, Canada, 1996-1997 à 1998-1999 (tableau 21-5). Ottawa : ICIS Les données suivantes sont nécessaires pour effectuer ces calculs :
Les données suivantes ont été obtenues de l'ICIS (2001) :
Les limites particulières des données concernant le coût comprennent le fait que celui-ci a été calculé en tenant compte de toutes les visites chez le médecin, y compris les visites liées à la maternité et les bilans de santé. Les données sont davantage limitées par le fait qu'elles sont fondées sur 1998-1999 (l'année la plus récente pour laquelle les données étaient disponibles à l'échelle nationale). Les coûts ont probablement augmenté dans les dernières années et, à ce titre, les chiffres contenus dans le présent rapport sous-estiment la situation réelle. Les données concernant le nombre de visites sont davantage limitées par le fait que seules les données pour tous les patients étaient disponibles (et pas seulement les données pour les patients employés). Les aînés ont habituellement davantage recours au système de soins de santé, tandis que les plus jeunes Canadiens jouissent d'une meilleure santé. Nous ne sommes pas certains, par conséquent, des répercussions que ces limites auront sur nos estimations de coûts. |
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Encadré E2 Données utilisées dans les calculs concernant les hospitalisations Source : Communication personnelle, Institut canadien d'information sur la santé, Base de données canadienne SIG, octobre 2002. Les données suivantes sont nécessaires pour effectuer ces calculs :
Les données suivantes ont été obtenues de l'ICIS (2002) :
L'une des limites majeures de ces données est qu'elles tiennent compte des patients de tous les âges, à l'exception des nouveau-nés au moment de l'accouchement. Il s'est avéré impossible d'obtenir les données qui étaient restreintes par l'âge du patient. De plus, les données sont dépassées de plusieurs années. Les coûts hospitaliers ont sûrement changé depuis 1999-2000. |
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Encadré E3 Données utilisées dans les calculs concernant les visites à l'urgence Source : Communication personnelle, Institut canadien d'information sur la santé, Base de données canadienne sur les congés des patients, mars 2003. Les données suivantes sont nécessaires pour effectuer ces calculs :
Les données suivantes ont été obtenues de l'ICIS (2003) :
Le lecteur doit être conscient des limites possibles associées à ces données. La limite principale concerne le fait qu'il s'agit de la première année de production de ces données par l'ICIS. Puisque la méthodologie est en cours de mise au point, les chiffres sont préliminaires et assujettis à révision et au développement. Cette prudence s'explique par le fait que le rapport des dépenses liées aux visites varie largement d'une province à l'autre. Le fait que la population pour laquelle les données ont été recueillies est âgée entre 15 et 64 ans constitue une autre limite. Il est possible que le nombre de visites à l'urgence varie en fonction de l'âge des patients. |
Une estimation de la proportion de l'utilisation de ce composant du système de soins de santé lié au conflit entre le travail et la vie personnelle. L'ensemble des données du document de 2001 intitulé « Équilibre entre le travail, la famille et le style de vie : une étude nationale » a été utilisé pour estimer la prévalence, le risque relatif et la fraction causale. Voici les questions auxquelles nous devons trouver réponse :
Les tableaux E1 à E3 présentent les données utilisées pour répondre aux questions relatives aux visites chez le médecin, aux hospitalisations et aux visites à l'urgence.
Tableau E1
Coûts du conflit entre le travail et la vie personnelle :
Visites chez le médecin
Tableau E2
Coûts du conflit entre le travail et la vie personnelle :
Hospitalisations
Tableau E3
Coûts du conflit entre le travail et la vie personnelle :
Visites à l'urgence
On a répondu à la question 1 (prévalence) en calculant la proportion de l'échantillon qui a signalé un conflit important entre le travail et la vie personnelle (c.-à-d. opérationnalisé comme surcharge de rôles élevée, interférence élevée du travail dans la famille, interférence élevée de la famille dans le travail, pression élevée sur le fournisseur de soins).
On a répondu à la question 2 (risque relatif - RR) en calculant comme suit :
Une fois la population à risque quantifiée et ses risques excédentaires définis, nous pouvons calculer la partie de l'utilisation totale du système de soins de santé qui aurait été évitée en l'absence du facteur de risque (question 3 : la fraction causale). On la calcule à partir de la prévalence (P) et du risque relatif (RR) à l'aide de la formule suivante :
Fraction causale = (RR - 1) * P / ((RR - 1) * P + 1)
Ainsi, par exemple, 58,0 % de l'échantillon mentionne une surcharge de rôles élevée et 12,3 % rapporte une faible surcharge de rôles. Les employés qui ont une surcharge de rôles élevée ont en moyenne consulté 1,74 fois un médecin sur une période de six mois, comparativement à seulement 1,11 consultation pour les employés qui ont une faible surcharge de rôles. Le RR est donc de 1,58 (c.-à-d. que les visites chez un médecin parmi les employés qui ont une surcharge de rôles élevée était de 1,58 fois le nombre de visites des travailleurs qui ont une faible surcharge de rôles).
On poursuit le calcul. Si le risque du groupe exposé
correspond à 1,58 fois celui du groupe de contrôle et
que la prévalence est de 58 %, la formule de la fraction
causale correspond à (1,58 - 1) * 0,58 / [(1,58 - 1) * 0,58
+ 1] = 0,25. Les visites chez le médecin en excédent
chez les employés qui travaillent dans des conditions
où le conflit entre le travail et la vie personnelle est
important s'élèvent donc à 25 %. On
aboutit à un excédent de 48 millions de visites chez
le médecin par année qui peuvent être
attribuées aux niveaux élevés de surcharge de
rôles (c.-à-d. 25 % de 192 millions). Pour estimer les
coûts associés à ce nombre de visites en
excédent, nous utilisons le coût moyen national
d'une visite chez le médecin. Pour 1999
(l'année disponible la plus récente), il
s'élève à 38,31 $ par visite. Nous
multiplions ensuite le nombre de visites en excédent par le
coût par visite pour arriver à un coût estimatif
annuel des visites excédentaires chez le médecin qui
peuvent être attribuées aux niveaux
élevés de surcharge de rôles : 1,84 milliard de
dollars par année. On a effectué des calculs
similaires pour calculer l'augmentation des coûts
liée à l'interférence du travail dans la
famille, à l'interférence de la famille dans le
travail et à la pression sur le fournisseur de soins (voir
tableau E1
) et
l'augmentation des coûts relative à toutes les
formes de conflit pour les hospitalisations (tableau E2
) et les visites
à l'urgence (tableau E3
).
À notre connaissance, ces estimations représentent la première tentative visant à attribuer une valeur aux coûts des soins de santé du conflit entre le travail et la vie personnelle à l'échelle nationale, et c'est pourquoi elles ont leurs limites. Nous devons souligner une fois de plus que ces estimations sont prudentes et qu'elles ne représentent probablement qu'une fraction des coûts qui peuvent être attribuables au conflit entre le travail et la vie personnelle. En ce qui concerne le secteur des soins de santé, nous n'avons pu obtenir de données fiables que pour trois aspects de l'utilisation du système de santé : les visites chez le médecin, les hospitalisations et les visites à l'urgence. Nos estimations, par conséquent, ne peuvent évaluer le rôle du conflit entre le travail et la vie personnelle dans les dépenses publiques pour des services tels que les procédures de diagnostique, les visites chez des professionnels de la santé mentale, et la part du gouvernement dans le coût des médicaments utilisés pour traiter les maladies liées au stress. Nous ne pouvons pas non plus attribuer les coûts aux entreprises privées et aux particuliers relativement à l'utilisation que font les employés des services d'autres professionnels de la santé et des médicaments sur ordonnance (p. ex., les coûts liés au programme d'aide aux employés et les coûts d'un chiropraticien, d'un physiothérapeute et de médicaments sur ordonnance qui sont payés par l'employeur dans le cadre du régime d'avantages sociaux de l'employé ou payés par l'employé lui-même en l'absence d'un tel régime).
Nos estimations sont également limitées par l'échantillon que nous avons utilisé comme base de calcul de nos multiplicateurs. Les employés de notre échantillon ne sont peut-être pas représentatifs des autres employés du Canada, car ils travaillent pour des entreprises qui emploient plus de 500 personnes. Levi et Lunde-Jensen (1996), toutefois, soutiennent que la validité de l'information peut être améliorée en comparant les estimations à celles obtenues dans d'autres échantillons. À cet égard, nous faisons remarquer que nos fractions étiologiques (c.-à-d. la proportion des visites excédentaires chez le médecin, par exemple, associée au conflit entre le travail et la vie personnelle) concordent avec les chiffres obtenus dans les études de l'Union européenne (Levi et Lunde-Jensen, 1996).
Enfin, nos estimations sont également limitées par nos sources de données nationales39. Il est suffisant de dire que trouver les renseignements appropriés sur les soins de santé était un défi de taille. Bien que Statistique Canada et l'ICIS fournissent d'excellentes données sur la santé, il s'est avéré quasi impossible de comparer « des oranges avec des oranges ». De grandes différences interprovinciales dans les calendriers des paiements et les catégories de classification ont rendu l'établissement du coût des services de médecins et des visites à l'hôpital extrêmement difficile. Une bonne quantité de données ne sont toujours pas recueillies à l'échelle nationale et n'étaient disponibles que pour certaines provinces. Le haut niveau de variabilité de ces données d'une province à l'autre (p. ex., les données sur les diagnostiques de consultations externes) nous empêchait d'extrapoler avec confiance ces données à l'échelle nationale. L'on peut aussi attribuer une autre difficulté au fait que la façon dont les données ont été recueillies, regroupées et saisies a changé de manière remarquable au cours des dernières années, car Statistique Canada et l'ICIS ont tenté d'améliorer le processus de collecte des données. Aussi, il est difficile de faire des comparaisons avec le passé. Cette prudence est particulièrement importante en ce qui a trait à la comparaison des coûts de l'augmentation du nombre de visites chez le médecin pour le système de soins de santé déclarés dans notre étude de 1999 (Duxbury et al., 1999) aux calculs contenus dans le présent rapport40.
L'ICIS (2002) présente aussi les difficultés d'obtenir des données sur les soins de santé à l'échelle nationale. Il attribue certaines de ces difficultés au fait que la constitution de dossiers de santé électroniques est complexe et que des mesures appropriées de protection de la vie privée restent à établir. De nombreuses compétences ont en fait adopté des lois protégeant la confidentialité des renseignements relatifs à la santé. Espérons que cette situation sera corrigée dans un avenir rapproché, car le gouvernement du Canada a engagé 500 millions de dollars dans Inforoute Santé du Canada Inc. (ICIS) pour établir et accélérer la création de systèmes modernes d'information sur la santé (ICIS, 2002).
Dans l'ensemble, nous croyons que nos estimations sont justes, compte tenu des données disponibles. Nous sommes davantage rassurés par le fait que ces chiffres représentent une estimation moins élevée en ce que nous n'avons examiné que quelques-uns des coûts possibles pour les personnes qui ont déclaré des niveaux élevés de conflit (les personnes dont le niveau de conflit est modéré contribuent probablement aussi à l'augmentation des coûts). Si des données plus récentes devenaient disponibles, les multiplicateurs obtenus dans cette étude devraient permettre de faire de nouveaux calculs facilement.
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