La présente étude visait à répondre aux questions de recherche suivantes :
Ces questions de recherche ont servi à structurer le corps principal du rapport. Au Chapitre 4, nous avons examiné la perception que les Canadiens travaillant pour des entreprises de plus de 500 employés ont de leur santé. Au Chapitre 5, nous avons présenté des données repères illustrant la fréquence à laquelle les travailleurs canadiens utilisent les diverses composantes du système de santé canadien. Nous nous sommes efforcés de calculer les coûts monétaires que le conflit entre le travail et la vie personnelle impose au système de santé canadien en médicaments sur ordonnance au Chapitre 6. Les données sur l'usage des médicaments sur ordonnance se trouvent au Chapitre 7. Les données relatives à l'effet des diverses variables contextuelles (p. ex., le sexe, le type d'emploi, le statut de responsable de personne à charge et le secteur d'emploi) et du conflit entre le travail et la vie personnelle sur la santé perçue et sur l'utilisation du système de soins de santé ont été intégrées aux Chapitres 4, 5 et 7.
Dans le but de rendre les choses plus claires pour le lecteur, le dernier chapitre du présent rapport adopte une approche différente et utilise, à titre de cadre organisationnel, les diverses formes de conflit entre le travail et la vie personnelle (plutôt que les questions de recherche). Il se subdivise en sept sections et commence par un aperçu des données repères pertinentes tirées de cette étude dans les domaines de la santé perçue, de l'usage des médicaments sur ordonnance et de l'utilisation du système de santé canadien (section 8.1). Ensuite, nous revoyons les principales constatations sur l'incidence du sexe, du type d'emploi, du secteur d'emploi et du statut de responsable de personne à charge sur ces constructs (section 8.2). Dans les quatre sections qui suivent, nous examinons ce qui relie le conflit entre le travail et la vie personnelle, la santé perçue, l'utilisation du système de santé canadien et l'usage des médicaments sur ordonnance. Nous présentons d'abord la documentation sur la surcharge de rôles (section 8.3), puis nous fournissons des détails sur l'interférence du travail dans la famille (section 8.4), sur celle de la famille sur le travail (section 8.5) et enfin sur la pression que ressentent les fournisseurs de soins (section 8.6). Nous présentons nos conclusions et nos principales recommandations dans la dernière section du chapitre (section 8.7).
Comment les travailleurs canadiens perçoivent-ils leur santé physique? Bien qu'un peu moins de la moitié des répondants à cette étude (48,4 %) indiquent que leur état de santé est très bon ou excellent, près d'un sur cinq (16,7 % ) perçoivent leur santé comme étant assez bonne ou mauvaise. Cette proportion de répondants qui se perçoivent en très bonne ou en excellente santé est beaucoup moins élevée que celle présentée par Statistique Canada pour les Canadiens de 12 ans et plus (d'ailleurs, rien de surprenant, la plus grande proportion d'entre eux se déclarent en assez bonne ou en mauvaise santé). Bien que la différence d'âge des deux échantillons explique quelque peu cet écart (on s'attend bien sûr à ce que les jeunes Canadiens soient en meilleure santé que les Canadiens plus âgés), il est aussi très probable que les conditions de travail et le stress lié au travail nuisent à l'état de santé des employés canadiens. Ces chiffres devraient aussi alerter les employeurs, car ils représentent une estimation timide de la proportion de l'effectif canadien qui a une incidence défavorable sur la productivité du Canada en raison de problèmes de santé, d'un absentéisme plus fréquent et des coûts d'avantages sociaux plus élevés.
Dans quelle mesure les travailleurs canadiens utilisent-ils les diverses composantes du système de santé canadien? Les travailleurs canadiens consultent régulièrement leur médecin et d'autres professionnels de soins de santé. Au cours des six mois précédant cette étude :
Combien les travailleurs canadiens dépensent-ils en médicaments d'ordonnance? Le travailleur type à l'emploi d'un des employeurs les plus importants du pays dépense environ 164 $ par année en médicaments prescrits pour son usage personnel. Bien que 44 % des employés n'achètent pas de médicaments sur ordonnance, un sur cinq d'entre eux (19 %) dépense plus de 300 $ par année30. Dans 80 % de ces cas, l'employeur en paie les coûts. La correspondance étroite entre les données sur les dépenses en médicaments sur ordonnance et la santé perçue (c.-à-d. que les répondants qui ont dépensé 300 $ ou plus en médicaments sur ordonnance ont aussi déclaré se percevoir en assez bonne ou en mauvaise santé) confirme la fiabilité de ces conclusions.
L'enquête a abouti à une importante collecte de données qui permettra d'examiner la santé perçue et l'utilisation du système de santé canadien par les travailleurs canadiens. Une des forces de cette étude est le potentiel que ces importants ensembles de données fournissent. Il sera possible d'examiner comment des facteurs clés tels que le sexe des employés, le type d'emploi et la garde des personnes à charge peuvent influer sur la perception qu'a une personne de sa santé, sur ses achats de médicaments sur ordonnance et sur son utilisation des diverses composantes du système de soins de santé. Les principales différences liées à ces variables sont résumées au tableau 2 et analysées dans le corps du rapport.
Tableau 2
Sommaire des résultats concernant les différences au
niveau de la santé entre les
groupes
La surcharge de rôles est définie comme la perception d'être dépassé par les événements, surchargé et stressé en raison des pressions subies dans de multiples rôles. Des niveaux élevés de surcharge de rôles sont devenus systémiques dans la population d'employés travaillant pour de grandes entreprises au Canada. Les données de la présente étude indiquent que la majorité des employés canadiens qui travaillent pour des entreprises dont l'effectif est supérieur à 500 personnes (58 % de l'échantillon) est aux prises avec des niveaux élevés de surcharge de rôles - soit une augmentation de 11 % au cours de ces dix dernières années31.
Quels effets une surcharge de rôles élevée a-t-elle sur la santé des travailleurs canadiens et sur le fardeau que subit le système de santé canadien? Les résultats de ces données ne laissent planer aucun doute : les employés qui subissent des niveaux élevés de surcharge de rôles sont en plus mauvaise santé physique et mentale et utilisent davantage le système de santé canadien que ceux qui ressentent de faibles niveaux de surcharge de rôles. Comparativement à leurs homologues qui subissent des niveaux faibles de surcharge de rôles, ils sont :
Quel lien ont ces données avec le système de soins de santé? Plus le conflit entre le travail et la vie personnelle est élevé, plus le coût des soins de santé augmente :
Quel lien y a-t-il entre un conflit élevé entre le travail et la vie personnelle et la pression sur le système de soins de santé? Pourrions-nous réduire cette pression en réduisant la surcharge de rôles? Les données examinées dans cette étude indiquent clairement que oui! En lançant des stratégies sur la santé en milieu de travail et de la population visant à réduire la surcharge de rôles, le Canada résoudrait le problème de disponibilité des lits auquel font face de nombreux hôpitaux et réduirait considérablement les listes d'attente aux hôpitaux ainsi que la pression que subit le personnel des soins de santé.
Ces données indiquent aussi que les employeurs qui surchargent leurs employés (c.-à-d. qui insistent beaucoup sur les heures supplémentaires non payées) en paieront le prix sous forme de coûts d'avantages sociaux plus élevés. Les entreprises qui s'efforcent de réduire la surcharge de rôles en retireraient les avantages d'accroître leurs profits, de réduire les taux d'absentéisme (voir Duxbury et Higgins [2003]) et paieraient moins d'avantages sociaux.
Cette forme de conflit entre le travail et la vie personnelle survient lorsqu'un employé n'est évidemment pas en mesure d'être à deux endroits en même temps et d'accomplir simultanément deux tâches très distinctes. Les personnes qui vivent ce type de conflit entre le travail et la vie personnelle respectent leurs exigences professionnelles au détriment de leurs obligations familiales. La plupart des répondants de notre échantillon (38 %) rapportent des niveaux modérés d'interférence du travail dans la famille; un peu plus d'un répondant sur quatre (28 %) déclarent un niveau élevé d'interférence du travail dans la famille.
Les résultats de l'analyse présentée dans ce rapport nous incitent à conclure que les employés qui subissent des niveaux élevés d'interférence du travail dans la famille sont en moins bonne santé physique et mentale et utilisent davantage le système de santé canadien que ceux qui ont une faible interférence du travail dans la famille. Comparativement à leurs homologues qui ont de faibles niveaux d'interférence du travail dans la famille, ils sont :
Bien entendu, ces données démontrent que des niveaux plus élevés de cette forme de conflit entre le travail et la vie personnelle provoquent aussi une augmentation du coût des soins de santé. Par exemple, selon nos calculs, les coûts directs des soins de santé dus à des niveaux élevés d'interférence du travail dans la famille s'élèvent à près de 2,8 milliards de dollars par année (deux tiers d'un milliard de dollars en consultation de médecins, 2 milliards de dollars par année en hospitalisations, et un peu plus de 100 millions de dollars par année en visites à la salle d'urgence d'un hôpital).
Cette forme de conflit entre le travail et la vie personnelle survient lorsqu'un employé n'est évidemment pas en mesure d'être à deux endroits en même temps et d'accomplir simultanément deux tâches très distinctes. Ce type de conflit reflète un tout autre ensemble de priorités; cependant, les employés confrontés à cette forme d'interférence laissent leurs exigences familiales entraver l'exercice de leurs responsabilités professionnelles. Les résultats de cette étude indiquent que seul un petit nombre de travailleurs canadiens ressentent cette forme de conflit entre le travail et la vie personnelle (environ 10 % de l'échantillon). Soulignons cependant que le pourcentage de l'échantillon subissant des niveaux élevés d'interférence de la famille dans le travail a doublé depuis dix ans. L'analyse des données (Duxbury et Higgins, 2003) porte à croire que cette augmentation est en grande partie attribuable à un besoin accru de soins pour les personnes à charge âgées.
Cette forme de conflit entre le travail et la vie personnelle n'est pas aussi fortement liée à la santé perçue et à l'utilisation du système de soins de santé que les autres formes de conflit entre le travail et la vie personnelle examinées dans cette étude. Alors que l'interférence de la famille dans le travail est liée négativement à la santé perçue (les employés qui ressentent des niveaux élevés d'interférence de la famille dans le travail sont presque deux fois plus susceptibles de dire que leur santé est assez bonne ou mauvaise que ceux qui subissent de faibles niveaux d'interférence de la famille dans le travail) et liée positivement à l'utilisation du système de santé canadien et à l'usage de médicaments sur ordonnance, l'ampleur de ces liens est (à une exception près) plus faible que celle observée pour les trois autres formes de conflit entre le travail et la vie personnelle. Le degré auquel cette forme de conflit entre le travail et la vie personnelle accroît le coût des soins de santé et la pression sur le système est aussi plus faible que ceux observés dans le cas de la surcharge de rôles et de la pression sur le fournisseur de soins. Ces données portent à croire que la société canadienne (mais peut-être pas les employeurs) aurait avantage à ce qu'un plus grand nombre de Canadiens accordent la priorité à leur famille plutôt qu'à leur travail.
Malgré cela, ces données indiquent aussi une certaine détérioration de la santé liée au fait d'accorder une plus grande importance aux rôles familiaux qu'aux rôles professionnels - une détérioration de la santé mentale. Les employés qui subissent une interférence élevée de la famille dans le travail sont presque deux fois plus susceptibles de consulter des professionnels de la santé mentale que leurs collègues qui subissent des niveaux plus faibles de cette interférence. Il est difficile de déterminer la cause de cette incidence majeure des troubles de santé mentale dans ce groupe (p. ex., plus de stress et de dépression) à partir des données transversales recueillies pour cette analyse. Il faudra mener une recherche plus approfondie pour déterminer la direction de la causalité de ces conclusions (c.-à-d. est-ce que d'accorder la priorité à sa famille cause un stress accru, ou est-ce qu'une personne qui a une mauvaise santé mentale accorde plus d'importance à sa famille?).
L'expression « pression sur le fournisseur de soins » est définie comme un sentiment d'écrasement, de surcharge ou de stress causé par le fait de devoir travailler et s'occuper d'un aîné ou d'un handicapé. Environ un travailleur canadien sur quatre subit des niveaux élevés de pression sur le fournisseur de soins. Nous pouvons nous attendre à ce que cette forme de conflit entre le travail et la vie personnelle augmente de façon marquée au cours des prochaines années, à mesure que de plus en plus d'employés deviennent « à risque » (le vieillissement de la population canadienne signifie que davantage d'employés assumeront des responsabilités de soins aux aînés). Il est donc important que nous comprenions les effets qu'a le conflit entre le travail et la vie personnelle sur la perception de la santé et sur l'utilisation du système de soins de santé.
Cette forme de pression semble être liée plus étroitement à des troubles de santé physique que de santé mentale, comparativement aux trois autres formes de conflit entre le travail et la vie personnelle. Les employés qui subissent des niveaux élevés de pression sur le fournisseur de soins consultent plus souvent le médecin et sont plus susceptibles de se faire hospitaliser ou de recevoir des soins en clinique externe. Ils visitent aussi plus souvent que les autres les salles d'urgence et dépensent plus en médicaments sur ordonnance. Comparativement à leurs homologues qui connaissent des niveaux faibles de pression sur le fournisseur de soins, ils sont :
Ces données semblent indiquer que la pression sur le fournisseur de soins est liée à une augmentation de l'incidence des maladies qui exigent un traitement ou des médicaments sur ordonnance.
Les données sur la pression sur le fournisseur de soins confirment aussi nos conclusions selon lesquelles le conflit entre le travail et la vie personnelle est lié à une augmentation du coût des soins de santé et des contraintes qui s'exercent sur le système. Par exemple, selon nos calculs, les coûts directs de l'hospitalisation due à une forte pression sur le fournisseur de soins s'élèvent à environ 4 milliards de dollars par année, ceux de la consultation de médecins due à la pression sur le fournisseur de soins s'élèvent à plus de 0,5 milliard de dollars par année, et ceux des visites à la salle d'urgence des hôpitaux dues à une forte pression sur le fournisseur de soins dépassent 100 millions de dollars par année.
Dans ce rapport, nous avons démontré que :
À la lumière des données de ce chapitre, la question qu'il convient de se poser n'est plus : « Combien en coûtera-t-il pour régler le problème du conflit entre le travail et la vie personnelle? », mais bien : « Comment les gouvernements peuvent-ils se permettre de ne pas régler ce conflit? ». Pourquoi les employeurs et les gouvernements devraient-ils favoriser et créer des milieux de travail sains qui permettent aux employés d'équilibrer le travail et leur vie personnelle? Tout simplement, parce que la capacité concurrentielle du Canada dans les marchés mondiaux dépend de notre capacité à résoudre ce problème. Les données présentées dans ce rapport dépeignent un sombre tableau des torts que notre négligence de la santé en milieu de travail cause au système de soins de santé. Les troubles de santé qui découlent de surcharges de tâches autant au foyer qu'au travail ainsi que de l'incapacité d'équilibrer les exigences qui s'opposent les unes aux autres coûtent cher aux employeurs et se traduisent par l'augmentation des taux d'absentéisme et des coûts des avantages sociaux, mais ils ont aussi une incidence négative sur le système de soins de santé. Comme le fait remarquer le CCSSI (2002, p. 22) :
Les limites du lieu de travail sont perméables, et les coûts se transmettent sans peine aux autres aspects de la société. C'est pourquoi la santé en milieu de travail doit être abordée en priorité par les gouvernements, et non uniquement par les employés, les employeurs et les syndicats.
Selon les données que nous avons recueillies, les employeurs et les gouvernements qui désirent améliorer la santé de leur main-d'oeuvre devraient réduire le fardeau fiscal qu'ils imposent à leurs citoyens et influencer positivement le système de soins de santé. Ils devraient aborder le problème de la surcharge de rôles. Cette forme de conflit entre le travail et la vie personnelle est fortement liée à de lourdes exigences professionnelles, à de longues heures de travail, au nombre croissant d'heures supplémentaires non payées, à un plus grand nombre de voyages liés à l'emploi ainsi qu'à un esprit général mettant l'accent sur la présence physique plutôt que sur le rendement et les résultats attendus. Elle affiche aussi les niveaux les plus élevés de risque relatif et absolu par rapport à la détérioration de la santé physique et mentale et à toutes les mesures de l'utilisation du système de santé canadien présentées dans cette étude.
L'indicateur principal de la surcharge élevée de rôles est le temps consacré à un emploi rémunéré. Comme nous l'avons fait remarquer dans le premier rapport de cette série (Higgins et Duxbury [2002]), le temps consacré au travail s'est accru de façon importante au cours de la dernière décennie. En 1991, un répondant sur dix travaillait plus de 50 heures par semaine, tandis qu'aujourd'hui, c'est un sur quatre. Au cours de la même période, le pourcentage des employés qui travaillaient entre 35 et 39 heures par semaine est passé de 48 % à 27 %. On a observé cet accroissement des heures de travail dans tous les types et secteurs d'emplois. Il faudra effectuer des recherches supplémentaires pour déterminer exactement pourquoi les exigences du travail se sont accrues au cours de la dernière décennie. Nos données sous-entendent les explications suivantes :
Le rapport entre les heures de travail, la surcharge de rôle, l'épuisement, ainsi que les problèmes de santé physique et mentale (voir Duxbury et Higgins, 2003) laisse supposer qu'il est impossible de tenir de telles charges de travail sur une longue période de temps. Les données de la présente étude confirment cette conclusion. Par leurs impôts et leur appui financier au système de soins de santé, les Canadiens subventionnent des pratiques organisationnelles telles que « en faire plus avec moins », les réductions de l'effectif, les promotions dues au nombre d'heures passées au bureau, les attentes de rendement irréalistes, la gestion des crises, etc. Ce sont les organismes qui utilisent de telles stratégies qui devraient en payer le prix, et non les contribuables canadiens. Duxbury et Higgins (2003) ajoutent plusieurs recommandations précises sur la réduction de la surcharge de rôles. Nous présentons ci-dessous d'autres recommandations pour régler ce problème.
Comme nous l'avons déjà fait remarquer, cette forme de conflit entre le travail et la vie personnelle semble être étroitement liée aux troubles de santé physique et à une plus grande utilisation des services de soins de santé et des médicaments sur ordonnance. Nous nous attendons à ce que la proportion de la population active qui subit des niveaux élevés de pression sur le fournisseur de soins augmente énormément au cours des dix prochaines années, lorsque les parents des baby-boomers, puis les baby-boomers eux-mêmes, auront besoin de soins. Si l'on ne prend aucune mesure pour mettre en oeuvre des politiques et des processus et pour créer des établissements qui aident les employés à prendre soin de leurs parents âgés, le coût des soins de santé et la pression sur le système augmenteront de manière critique dans un très proche avenir.
Nous avons aussi analysé en profondeur le problème de la pression sur le fournisseur de soins dans Duxbury et Higgins (2003), et nous avons présenté plusieurs recommandations visant à en réduire les torts. De nouveau, nous conseillons au lecteur de consulter ce document pour y trouver des idées et des suggestions visant à réduire la pression sur le fournisseur de soins. On pourra compléter ces suggestions par les recommandations supplémentaires présentées ci-dessous.
Nous avons démontré dans cette étude le besoin de voir les organismes aborder les problèmes de santé en milieu de travail, comme le conflit entre le travail et la vie personnelle, d'une manière plus responsable - et qu'ils le fassent du point de vue de la santé de la population. Comment y parvenir? Les recommandations suivantes offrent des suggestions concrètes sur la manière dont les deux intervenants principaux, les gouvernements et les employeurs, peuvent poursuivre cet objectif. Bon nombre de ces recommandations ne proviennent pas uniquement de la présente étude. Comme nous l'avons fait remarquer au début de ce rapport, depuis plusieurs années, les activités d'examen du système de soins de santé foisonnent. Les études menées dans ce domaine présentent d'excellentes recommandations et suggestions sur ce qu'il faudrait y changer, et comment accomplir ces changements. Les recommandations et les stratégies proposées par le CCSSI (2002) nous ont particulièrement aidés à formuler les conseils présentés dans ce document.
Tous les paliers de gouvernement devraient jouer un rôle crucial à ce sujet. C'est pourquoi nous offrons des recommandations dans cinq domaines généraux : les changements structuraux au palier gouvernemental, les encouragements financiers pour inciter au changement, les activités de promotion de la santé, les soins aux aînés et l'appui à la recherche et à la collecte de données pertinentes.
Le leadership de notre système de soins de santé change constamment (depuis 1990, on compte 85 sous-ministres et 79 ministres de la santé aux paliers fédéral, provincial et territorial), et le gouvernement suscite un tel nombre d'intervenants qu'il est difficile de mettre sur pied une stratégie nationale cohérente et bien ciblée. Nous recommandons donc que :
Présentement, les gouvernements paient la majeure partie du coût que causent les mauvaises pratiques de santé en milieu de travail, en appuyant le système de soins de santé du pays. Pour inciter les employeurs à se concentrer sur ce problème, les gouvernements doivent accroître les frais que l'inaction dans ce domaine coûte aux employeurs. Ils doivent envisager d'offrir des incitatifs financiers pour aider les employeurs à faire leur part en matière de promotion de la santé en milieu de travail, et imposer des amendes à ceux qui ne le font pas. Nous leur recommandons d'envisager de lancer les activités suivantes pour cela :
Les gouvernements doivent aussi jouer un rôle crucial en transmettant au grand public le besoin d'effectuer des changements dans ce domaine et en créant des partenariats avec les groupes d'intervenants clés qui ont intérêt à aborder ces problèmes. Cette stratégie encouragera plus encore les niveaux organisationnels à effectuer des changements. Pour ce faire, nous recommandons ce qui suit :
Cet enjeu réunit de nombreux intervenants. Il n'est donc pas réaliste de compter sur les gouvernements uniquement pour effectuer les changements nécessaires. Nous recommandons par conséquent que :
Les pressions que subissent les fournisseurs de soins à la famille vont très probablement s'accroître à mesure que la population canadienne vieillira et que la dispensation des soins passera des établissements aux familles et aux collectivités. Les dispensateurs de soins ont besoin de modes de soutien adéquats. Les données examinées dans le présent rapport indiquent les coûts à court terme de la dispensation de soins (p. ex., la détérioration de la santé, un accroissement de la consultation des médecins et de l'utilisation de médicaments sur ordonnance). Cependant, les résultats d'une étude récemment menée par Fast et coll. (2000) indiquent qu'il ne s'agit là que d'une faible manifestation de la réalité - autrement dit, que les gouvernements devront aussi en payer le prix, à long terme, si l'on n'apporte aucun soutien aux particuliers qui dispensent ces soins (c.-à-d. qu'ils estiment qu'il en coûterait entre 4,9 et 6,3 milliards de dollars pour que des professionnels rémunérés se substituent à ces dispensateurs de soins familiaux). Nous recommandons donc que :
Il est encore nécessaire de « prouver » la valeur et la rentabilité des programmes de santé en milieu de travail et de promouvoir le changement dans ce domaine. Nous avons besoin de recueillir des données à jour, précises et fiables sur la santé des Canadiens et sur le système de soins de santé, car nous ne pouvons pas améliorer ce que nous ne pouvons pas mesurer (ICIS, 2002). Il nous faut mener plus de recherches sur le lien entre le rendement et la productivité et les pratiques de santé en milieu de travail (CCSSI, 2002). Nous recommandons par conséquent que les gouvernements :
Enfin, comme nous constituons l'un des employeurs les plus importants au pays, nous recommandons que :
Dans Duxbury et Higgins (2003), nous avons suggéré plusieurs mesures aux employeurs désirant améliorer la santé en milieu de travail et l'équilibre entre le travail et la vie personnelle. Il a été proposé de donner aux employés un meilleur contrôle de leur journée de travail (p. ex., plus de souplesse) et de leur travail (p. ex., leur permettre de participer à la prise de décisions, leur accorder plus d'autonomie), de leur imposer des exigences professionnelles plus réalistes et d'inciter les gestionnaires à mieux soutenir leurs employés. Voici quelques autres recommandations à ce sujet :
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