Ce chapitre sur la méthodologie se subdivise en quatre sections. Nous présentons d'abord des renseignements sur l'échantillon. La section 2 décrit ensuite la manière dont nous avons mesuré les constructs clés tels que la santé perçue et le conflit entre le travail et la vie personnelle. À la section 3, nous présentons brièvement les techniques statistiques utilisées pour analyser les données. La dernière section contient un aperçu des protocoles de rapport suivis.
Les répondants de l'étude « Équilibre entre le travail, la famille et le style de vie : une étude nationale » sont issus de 100 entreprises canadiennes de 500 employés et plus. Quarante de ces entreprises sont exploitées dans le secteur privé, 22, dans le secteur public et 38, dans le secteur sans but lucratif (SBL). L'échantillon est constitué d'entreprises privées du secteur des télécommunications, de la haute technologie, de la vente au détail, du transport, de l'industrie pharmaceutique, des services financiers, du divertissement, des ressources naturelles et de la fabrication. En ce qui a trait au secteur public, 7 administrations municipales, 7 ministères provinciaux et 8 ministères ou organismes fédéraux ont participé à l'enquête. Quant aux organismes sans but lucratif, l'échantillon comprend 15 établissements hospitaliers ou conseils régionaux de santé, 10 conseils scolaires, 8 universités et collèges et 5 « autres » organismes qui entrent dans la catégorie d'organismes sans but lucratif ou de services publics en général (p. ex., services sociaux, organismes de bienfaisance, services de protection).
Un total de 31 571 personnes ont participé à l'étude. La répartition de l'échantillon s'est faite de la façon suivante :
On trouve la description complète de l'échantillon dans Higgins et Duxbury (2002). On trouvera aussi plus de détails sur le conflit entre le travail et la vie personnelle et sur d'autres données tirées de la présente étude dans Duxbury et Higgins (2003). Voici un résumé des principales conclusions qui intéresseront les lecteurs.
L'échantillon du sondage de 2001 est bien équilibré en ce qui a trait à l'âge, à la région, à la taille de la collectivité, au type d'emploi, à la scolarité et à la formation, au revenu personnel, au revenu du ménage et à la situation financière de la famille. À bien des égards, les caractéristiques démographiques de l'échantillon correspondent aux données nationales, suggérant ainsi que les résultats de ce sondage peuvent être généralisés au-delà de la recherche. On estime qu'environ la moitié des répondants au sondage peuvent être considérés comme des travailleurs du savoir masculins et féminins ayant fait des études avancées. La majorité des répondants composent des familles à double revenu et disent vivre « bien » (mais non dans l'opulence) grâce à deux revenus d'emploi permanents. Celles et ceux qui forment des familles traditionnelles où l'homme joue le rôle de soutien de famille sont minoritaires (5 % de l'échantillon et 11 % des hommes de l'échantillon) et beaucoup moins nombreux que les répondants qui élèvent seuls leurs enfants. Le fait que les familles traditionnelles ont tendance à reposer sur un homme gestionnaire ou professionnel hautement rémunéré suggère que cette situation familiale se limite aux ménages gagnant un revenu supérieur.
L'âge moyen des répondants est de 42,8 ans. À cet âge, les travailleurs ont atteint la mi-carrière ou arrivent à un stade de leur cycle de vie professionnelle où l'avancement professionnel est rapide, où les enfants qui ont atteint l'âge adulte vivent encore sous leur toit (le « nid plein » du cycle de vie personnelle) et pendant lequel s'opère la transition de la quarantaine du développement adulte. À chacun de ces stades, les adultes subissent plus de stress et s'acquittent de responsabilités personnelles et professionnelles plus grandes. Trois quarts des personnes sondées sont présentement mariées ou vivent en union libre. De cette proportion, 69 % font partie de ménages bi-actifs, 11 % sont des parents seuls et 12 % vivent dans les milieux ruraux. Une personne sur trois occupe un poste administratif ou de bureau, compte moins d'années de scolarité (c'est dire que sa mobilité d'emploi s'en trouve réduite), et son revenu et celui de son ménage sont moindres. Le quart des répondants disent que leur budget est serré; 29 % gagnent moins de 40 000 $ par an, et un peu plus du quart font partie d'une famille dont le revenu est inférieur à la moyenne canadienne. Parmi les répondantes et répondants, une personne sur trois ne compte que des études secondaires ou moins.
Dans le présent rapport, nous nous concentrons sur quatre types de conflit entre le travail et la vie personnelle : surcharge de rôles, interférence du travail dans la famille, interférence de la famille dans le travail et pression sur le fournisseur de soins.
La surcharge de rôles, c'est avoir trop de choses à faire en une période donnée. Cette forme de conflit entre le travail et la vie personnelle survient quand les exigences totales en matière de temps et d'énergie associées aux activités à entreprendre sont trop importantes pour remplir ses obligations adéquatement ou sans inquiétude. La majorité des employés de notre échantillon (58 %) est aux prises avec des niveaux élevés de surcharge de rôles. Trente pour cent rapportent des niveaux modérés de surcharge de rôles. Seulement 12 % des répondants de cet échantillon mentionnent des niveaux faibles de surcharge de rôles.
L'interférence du travail dans la famille survient quand les exigences et responsabilités professionnelles rendent difficile l'exécution des responsabilités familiales. Un Canadien sur quatre participant à cet échantillon signale que ses responsabilités professionnelles entravent sa capacité à remplir ses responsabilités familiales. Près de 40 % des répondants rapportent des niveaux modérés d'interférence. La proportion de l'effectif canadien qui est aux prises avec des niveaux élevés d'interférence du travail dans la famille n'a pas considérablement changé au cours de la dernière décennie.
L'interférence de la famille dans le travail se produit quand les exigences et responsabilités familiales rendent difficile l'exécution des responsabilités professionnelles. Seulement 10 % des Canadiens de l'échantillon rapportent des niveaux élevés d'interférence de la famille dans le travail, tandis qu'un tiers signalent des niveaux modérés d'interférence de ce genre. Le pourcentage de travailleurs canadiens qui donnent la priorité à leur famille plutôt qu'à leur travail a doublé ces dix dernières années.
L'expression « pression sur le fournisseur de soins » est définie comme le stress physique, financier et mental lié à la prestation de soins et d'aide à un handicapé ou à un aîné à charge. Environ une personne sur quatre subit des niveaux élevés de pression sur le fournisseur de soins16. Les autres répondants (74 %) subissent rarement une pression sur le fournisseur de soins.
Qui, dans cet échantillon, a le plus de mal à concilier le travail et la vie personnelle? La preuve est évidente : les travailleurs canadiens qui ont la garde de personnes à charge (c.-à-d. charge des enfants ou des aînés, ou les deux). Ils signalent des niveaux plus élevés de conflit entre le travail et la vie personnelle que ceux qui n'en ont pas, quelle que soit la façon dont on évalue le conflit entre le travail et la vie personnelle. La conclusion selon laquelle les employés qui n'ont pas de responsabilités de garde de personnes à charge réussissent mieux à équilibrer leur travail et leur vie familiale peut être attribuée à deux facteurs : moins d'exigences à l'extérieur du travail et plus de latitude pour régler des problèmes liés au travail (p. ex., plus de contrôle sur leur temps).
Le type d'emploi est lié à toutes les mesures du conflit entre le travail et la vie personnelle, sauf une de celles que nous examinons dans cette étude. Les employés qui font face à plus d'exigences au travail (c.-à-d. les gestionnaires et les professionnels) sont plus susceptibles que les employés qui occupent des postes « autres » de connaître des niveaux élevés de surcharge de rôles et d'interférence du travail dans la famille. Ceux qui occupent des postes « autres » sont toutefois plus susceptibles de mentionner des niveaux élevés de pression sur le fournisseur de soins en raison du stress financier associé aux soins aux aînés.
Les femmes sont plus susceptibles que les hommes de signaler des niveaux élevés de surcharge de rôles et de pression sur le fournisseur de soins. Ceci correspond au fait que les femmes consacrent plus d'heures par semaine que les hommes à des activités non liées au travail, comme les soins aux enfants et aux aînés, et sont plus susceptibles d'assumer des responsabilités principales concernant les tâches non liées au travail.
Un sondage de 12 pages a été réalisé dans un format sensible aux marques, un code à barres unique ayant été lié à chaque organisation qui participait à l'étude, pour recueillir les données. Le sondage est divisé en neuf sections : votre emploi, votre gestionnaire, la gestion du temps, le travail, la famille et la vie personnelle, les formules de travail, le milieu de travail, la famille, la santé mentale et physique, et les données sur le répondant. Pratiquement toutes les échelles utilisées dans le questionnaire sont des mesures psychométriques qui ont été validées dans d'autres études.
L'un des objectifs principaux de la présente recherche est d'appliquer une valeur monétaire au conflit entre le travail et la vie personnelle. Pour ce faire, nous avons élaboré un certain nombre de questions sur l'usage que font les répondants du système de santé canadien et des médicaments sur ordonnance. Ces mesures s'inspirent des questions élaborées par Moos et coll. (1988) pour leur questionnaire Health and Daily Living (HDL). L'information sur les constructs utilisée aux fins de l'analyse est présentée dans les encadrés 3 (définition du conflit entre le travail et la vie personnelle), 4 (mesure du conflit entre le travail et la vie personnelle) et 5 (résultats relatifs à la santé et aux soins de santé).
|
Encadré 3 Définition du conflit entre le travail et la vie personnelle Le conflit entre le travail et la vie personnelle est globalement conceptualisé dans cette étude pour inclure la surcharge de rôles, l'interférence du travail dans la famille, l'interférence de la famille dans le travail et la pression sur le fournisseur de soins. Voici la définition ad hoc de chacun de ces concepts. La surcharge de rôles, c'est avoir trop de choses à faire en une période donnée. Cette forme de conflit entre le travail et la vie personnelle survient quand les exigences totales en matière de temps et d'énergie associées aux activités à entreprendre sont trop importantes pour remplir ses obligations adéquatement ou sans inquiétude. L'interférence entre les rôles, c'est quand des demandes incompatibles rendent difficile, voire impossible l'exécution de toutes les tâches d'un employé. L'interférence entre les rôles a deux volets :
La pression sur le fournisseur de soins : La pression sur le fournisseur de soins est une conséquence pouvant découler de la responsabilité de prendre soin d'un enfant ou d'une personne âgée. La pression sur le fournisseur de soins est un concept à plusieurs dimensions défini du point de vue des « fardeaux » ou des changements dans la vie quotidienne du fournisseur de soins qui peuvent être attribués au besoin de venir en aide (Robinson, 1983). Quatre types de pressions sur le fournisseur de soins découlant du stress ont été définis : les pressions psychologiques (c.-à-d. dépression, anxiété, épuisement affectif), les pressions physiques, les pressions financières et les pressions familiales. On doit souligner que les recherches sur la pression sur le fournisseur de soins portent généralement sur les pressions associées à la prestation de soins aux aînés ou à des personnes à charge souffrant d'un handicap plutôt qu'à celles liées aux soins à l'enfant. |
|
Encadré 4 Mesure du conflit entre le travail et la vie personnelle On a évalué la surcharge de rôles dans cette étude à l'aide de cinq éléments tirés de l'échelle élaborée par Bohen et Viveros-Long (1981). La surcharge de rôles est calculée en additionnant la moyenne de ces cinq éléments. Des pointages élevés démontrent une surcharge de rôles importante. Dans cette étude, le coefficient alpha de Cronbach pour cette échelle est de 0,88. On a mesuré l'interférence du travail dans la famille à l'aide de l'échelle de Likert à cinq éléments mise au point par Gutek, Searle et Kelpa (1991). L'interférence du travail dans la famille est calculée en additionnant la moyenne de ces cinq éléments. Des pointages élevés démontrent de l'interférence perçue. Dans cette étude, le coefficient alpha de Cronbach pour cette échelle est de 0,92. On a évalué l'interférence de la famille dans le travail à l'aide de l'échelle de Likert à cinq éléments mise au point par Gutek, Searle et Kelpa (1991). L'interférence de la famille dans le travail est calculée en additionnant la moyenne de ces cinq éléments. Des pointages élevés démontrent de l'interférence perçue. Dans cette étude, le coefficient alpha de Cronbach pour cette échelle est de 0,87. La pression sur le fournisseur de soins a été quantifiée à l'aide d'une version modifiée à trois éléments de l'index pression sur le fournisseur de soins de Robinson (1983) (les pressions familiales, un facteur familial important, ont été évaluées séparément). Cet index mesure le fardeau objectif (plutôt que subjectif) dans quatre domaines. Les répondants devaient indiquer (à l'aide de l'échelle de Likert à cinq éléments) à quelle fréquence ils éprouvaient des problèmes à avoir soin d'un aîné ou d'un parent handicapé ou d'une personne à charge à cause de pressions physiques, de contraintes financières ou parce qu'ils se sentaient complètement dépassés. Voici les choix de réponse possibles : jamais, tous les mois, toutes les semaines, plusieurs fois par semaine ou quotidiennement. La pression totale sur le fournisseur de soins est calculée en additionnant la moyenne de ces trois facteurs. Des pointages élevés démontrent des pressions plus grandes. Cette mesure a été utilisée dans un certain nombre d'études avec succès (Robinson rapporte un coefficient alpha de Cronbach de 0,91). Dans cette étude, le coefficient alpha de Cronbach est de 0,78. |
|
Encadré 5
Mesure des résultats La perception de la santé a été mesurée en posant la question suivante aux répondants : « Comparativement à d'autres personnes de votre âge, comment décririez-vous votre état de santé habituel? » Une échelle de Likert de cinq points définis comme suit a été utilisée pour les réponses : 1 = mauvais, 2 = moyen, 3 = bon, 4 = très bon et 5 = excellent. Cette mesure de l'état de santé a été jugée par Statistique Canada (1999) comme étant une bonne variable explicative de la présence de problèmes de santé mesurés plus « objectivement » ainsi que de l'utilisation des soins de santé et de la longévité. L'utilisation du système de santé canadien par les employés canadiens a été estimée en demandant aux répondants de préciser (par oui ou non) s'ils avaient, au cours des six derniers mois :
On a ensuite demandé aux répondants qui ont indiqué avoir eu recours à un des services ci-dessus de consigner le nombre de visites qu'ils avaient effectuées (ou, dans le cas des hospitalisations, le nombre de jours qu'ils avaient passés dans un hôpital) dans la période de six mois. Ces mesures sont utilisées de deux façons dans l'étude : (1) comme indicateur des sollicitations relatives aux différentes facettes du système de soins de santé, et (2) comme indicateurs (quoique élémentaires) de la santé physique et mentale d'un employé. La première question de la série (visites chez un médecin) a été élaborée par Moos, Cronkite, Billings et Finney (1988) pour être utilisée dans le questionnaire Health and Daily Living Form. Des études précédentes ont déterminé que cette mesure constitue un bon indicateur de l'état de santé réel et qu'elle reflète fidèlement les visites réelles chez le médecin. En conséquence, les autres mesures d'utilisation ont été conçues en se servant du même format. Utilisation de médicaments sur ordonnance : La perception de l'utilisation des médicaments sur ordonnance a également fait l'objet de la présente étude. On a demandé aux répondants s'ils avaient, au cours des six derniers mois, acheté des médicaments sur ordonnance pour leur usage personnel (oui ou non). On a demandé à ceux qui ont répondu oui de préciser environ quelles sommes ils avaient dépensées en médicaments sur ordonnance au cours des six derniers mois. Les choix suivants leur étaient proposés : 0 $, moins de 50 $, de 50 $ à 99 $, de 100 $ à 149 $, de 150 $ à 199 $, de 200 $ à 299 $, de 300 $ à 399 $ et 400 $ ou plus. On leur a aussi demandé de préciser qui avait payé les médicaments sur ordonnance qu'ils avaient achetés pour leur utilisation personnelle. Les réponses allaient des répondants qui payaient 100 % aux entreprises qui payaient 100 %. Cette mesure a été élaborée pour la présente étude. |
Notre étude a produit des résultats pour les aspects suivants de la santé et des soins de santé : la santé perçue, l'usage du système de santé canadien et l'usage perçu des médicaments sur ordonnance. Nous présentons ci-dessous et dans l'encadré 5 des détails sur chacune de ces mesures.
Les mesures de l'état de santé peuvent être subjectives (p. ex., l'auto-évaluation de son état de santé) ou objectives (comme la mesure de la tension artérielle). Elles peuvent décrire la santé directement (p. ex., l'incidence du cancer) ou indirectement (p. ex., l'usage des soins de santé comme indicateur approximatif de l'existence d'un trouble de santé) (Statistique Canada, 1999). La mesure de l'état de santé autoévalué utilisée dans cette étude (voir l'encadré 5) a été créée par Statistique Canada; elle résume la perception qu'a le répondant de sa santé physique et mentale conformément à ses valeurs personnelles (Statistique Canada, 1999, p. 217). Statistique Canada (1999) a découvert que cet indicateur de l'état de santé prédisait adéquatement la présence de problèmes de santé mesurés plus « objectivement » ainsi que l'usage des soins de santé et la longévité.
Utilisation du système de santé canadien : Dans cette étude, nous examinons le degré auquel les travailleurs canadiens utilisent cinq composantes du système de santé canadien : les médecins, les autres professionnels des soins de santé, les professionnels de la santé mentale, les hôpitaux (salles d'urgence et hospitalisations de plus d'une journée) et les cliniques de consultation externe. Bien que l'usage des services de soins de santé soit un indicateur moins satisfaisant de l'état de santé que les mesures de la santé physique comme celles de la tension artérielle et du cholestérol, il est utile pour mesurer la santé (Statistique Canada, 1999). De plus, l'information sur les consultations chez les médecins, les autres professionnels de soins de santé et le recours aux services hospitaliers peut signaler l'émergence de tendances qui pourraient avoir des répercussions sur les budgets de soins de santé (Statistique Canada, 1999) et nous permettre d'estimer les coûts que le conflit entre le travail et la vie personnelle inflige à la société canadienne sous forme de pressions sur le système de soins de santé.
Utilisation de médicaments sur ordonnance : L'usage des médicaments sur ordonnance et les coûts qu'il produit augmente rapidement au Canada (Statistique Canada, 1999). On a estimé, par exemple, que les Canadiens ont dépensé plus de 15,5 milliards de dollars en médicaments en 2001-soit une augmentation de 8,6 % par rapport à l'année précédente. Pourquoi les Canadiens dépensent-ils plus en médicaments? Parmi les raisons citées dans la documentation, on trouve la détérioration de la santé des Canadiens, la tendance à se faire traiter par médicaments (plutôt que par la chirurgie), l'émergence de nouvelles maladies qui ne se traitent que par des médicaments particuliers et la création de nouveaux médicaments pour traiter des maladies déjà bien connues (ICIS, 2002). Au Canada, les secteurs public et privé se partagent le coût des médicaments, et plusieurs entreprises s'inquiètent de l'augmentation du coût de l'assurance-santé depuis que leurs employés achètent plus de médicaments sur ordonnance. Aux fins de la présente étude, nous utiliserons cette mesure de deux manières : comme substitut de l'indicateur de l'état de santé (en supposant que l'augmentation des dépenses en médicaments sur ordonnance indique une détérioration de la santé) et pour mieux évaluer les effets d'un conflit élevé entre le travail et la vie personnelle sur les profits de l'entreprise.
Nous avons entrepris les types d'analyse suivants pour atteindre les objectifs de recherche définis plus haut.
Santé perçue : Nous présentons ces données de deux manières : le niveau moyen de la santé perçue, et la fréquence à laquelle les répondants indiquent que leur santé est :
Utilisation des services de soins de santé : Un des principaux objectifs de l'étude est d'estimer le degré auquel les travailleurs canadiens utilisent les différentes composantes du système de soins de santé. Nous avons examiné deux aspects de cette utilisation : l'utilisation probable (c.-à-d. le pourcentage de participants de l'échantillon qui utilisaient et qui n'utilisaient pas les services) ainsi que la moyenne du volume de services utilisés. Ces dernières données sont présentées de deux manières :
Utilisation des médicaments sur ordonnance : Après avoir examiné la répartition des réponses, nous avons réduit cette variable en trois groupes : ceux qui n'ont rien dépensé, ceux qui ont dépensé de 1 $ à 150 $ et ceux qui ont dépensé plus de 150 $ en médicaments sur ordonnance au cours des six mois précédant l'étude. Nous avons ensuite calculé les fréquences pour chaque groupe.
Incidence du conflit entre le travail et la vie personnelle : Le deuxième objectif de cette recherche est d'examiner l'incidence d'un conflit important entre le travail et la vie personnelle sur la santé perçue, sur l'utilisation du système de santé canadien et sur l'usage de médicaments sur ordonnance. L'encadré 6 présente les méthodes suivies pour examiner cette incidence.
Incidence du sexe, du type d'emploi, du statut de responsable de personne à charge et du secteur d'emploi sur les résultats relatifs à la santé : Les recherches menées dans ce domaine indiquent que le sexe, le type d'emploi, le statut de responsable de personne à charge et le secteur d'emploi pourraient tous influencer les résultats (c.-à-d. le conflit entre le travail et la vie personnelle, la santé perçue, l'utilisation du système de soins de santé) présentés dans cette étude17. La méthode utilisée pour examiner les différences entre les groupes en ce qui concerne les résultats relatifs à la santé se trouve à l'encadré 7.
Risque relatif : Le risque relatif est une mesure de la force d'association entre deux constructs. Plus le risque relatif est élevé, plus l'association est forte (ICIS, 2003). Par exemple, les chercheurs ont déterminé que le risque relatif que courent les fumeurs de développer un cancer des poumons par rapport aux non-fumeurs est d'environ 3,0 (ICIS, 2003); autrement dit, les fumeurs sont 3,0 fois plus susceptibles de développer un cancer des poumons que les non-fumeurs. Dans le présent rapport, le risque relatif a été calculé en divisant le pourcentage de l'échantillon qui subissait un conflit élevé entre le travail et la vie personnelle et qui a signalé un résultat particulier, par le pourcentage de participants de l'échantillon qui vivaient un faible conflit entre le travail et la vie personnelle et qui ont signalé ce même résultat (ou vice-versa, le cas échéant).
|
Encadré 6 Méthodologie utilisée pour examiner les effets du conflit entre le travail et la vie personnelle Le présent rapport examine les effets d'un conflit majeur entre le travail et la vie personnelle sur la perception de la santé, l'utilisation de médicaments sur ordonnance et l'utilisation du système de santé canadien (les mesures utilisées pour quantifier chacun de ces résultats sont décrites dans l'encadré 5). On peut résumer la procédure empruntée aux fins de cette analyse comme suit :
|
|
Encadré 7 Méthodologie utilisé pour examiner l'incidence du sexe, du type d'emploi, de la responsabilité de personnes à charge et du secteur d'emploi Ce document examine comment des facteurs contextuels clés interviennent dans le conflit entre le travail et la vie personnelle. Il se penche aussi sur l'association entre ces facteurs contextuels et les attitudes et résultats examinés. Voici comment nous avons conceptualisé ces facteurs :
La présente étude s'appuie sur une méthode assez unique d'analyse de l'incidence du sexe sur le conflit entre le travail et la vie personnelle en se penchant sur les différences selon le sexe par rapport au type d'emploi, à la garde de personnes à charge et au secteur d'emploi. Une telle analyse reconnaît que les Canadiennes et les Canadiens vivent des réalités différentes et que ce pourrait être ces réalités, plutôt que le sexe lui-même, qui ont un effet sur les attitudes et les résultats observés dans cette analyse. Ce genre d'analyse devrait fournir un apport inestimable aux décideurs qui veulent savoir si le soutien et les interventions devraient viser un groupe particulier (par exemple, les femmes ou les parents) ou encore une situation environnementale (par exemple, les emplois permettant peu de marge de manoeuvre au travailleur). Deux différents tests statistiques ont été utilisés pour déterminer si les différences étaient significatives sur le plan statistique. Des tabulations en croix ont été employées quand les données étaient déclarées sous forme de fréquence (c.-à-d. % de ceux qui utilisent un service) pour déterminer si l'effet du type d'emploi, du secteur d'emploi ou de la garde de personnes à charge sur le résultat d'intérêt est le même pour les hommes et les femmes. Dans les cas où nous avons déclaré une moyenne (c.-à-d. un nombre de visites par période de six mois), un test F a été utilisé pour tester les différences entre les groupes. Quand il était question de plus de trois groupes, les tests de suivi de Scheffe ont été utilisés pour déterminer quels groupes étaient différents les uns des autres. |
Soulignons enfin que la nature transversale des données recueillies lors de cette étude signifie qu'il est impossible de déterminer l'orientation de la causalité entre les différentes mesures de conflit entre le travail et la vie personnelle et l'utilisation du système de soins de santé. Théoriquement, la majorité des résultats de recherche dans ce domaine appuyent notre hypothèse selon laquelle plus le conflit entre le travail et la vie personnelle est élevé, plus la santé se détériore et plus l'employé a recours à des services médicaux. Cependant, les auteurs reconnaissent qu'il est possible que dans certains cas, cette causalité soit renversée (c.-à-d. que les gens qui sont malades et qui utilisent plus souvent le système de soins de santé sont plus susceptibles de vivre un conflit entre le travail et la vie personnelle à cause de leur trouble de santé).
Toutes les différences examinées dans le rapport répondent à deux critères : elles sont significatives sur le plan statistique et importantes (c.-à-d. qu'elles ont une importance du point de vue pratique). La deuxième exigence est nécessaire compte tenu que les tailles importantes des échantillons signifient que des différences aussi faibles que 0,5 % sont souvent significatives sur le plan statistique. En interprétant les données, le lecteur devrait se rappeler que plus la différence est importante, plus le résultat sera significatif.
Le lecteur se rappellera que les chiffres mentionnés dans ce rapport ont été arrondis à la décimale près ou présentés sous forme de nombres entiers. Les pourcentages, une fois additionnés, ne s'élèveront donc pas toujours à 100 %.
Dans le questionnaire, nous avons demandé aux répondants de fonder sur la période de six mois précédant cette étude leurs réponses aux questions sur l'utilisation du système de soins de santé, des médicaments sur ordonnance, etc. Nous avons choisi cette période parce que dans ce domaine, les résultats de recherche indiquent que les répondants se souviennent moins bien de ce qu'ils ont fait au cours d'une période plus longue. Les données recueillies sont donc présentées pour une période de six mois. Toutefois, les données présentées dans la section sur les conclusions tirées de l'étude représentent la fréquence des consultations et de l'utilisation sur une période d'un an. Nous avons effectué ces estimations en multipliant les données recueillies par deux.
Soulignons enfin que pour faciliter la lecture de ce texte, nous avons placé la plupart des données sur les sources en annexe, à la fin du rapport. Les données sont regroupées ainsi :
Pour partager cette page, veuillez cliquez sur le réseau sociale de votre choix.