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La Tuberculose au Canada 2000


LA TUBERCULOSE AU CANADA 2000
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Cat. H49-108/2000
ISBN 0-662-67074-4


Rapport spécial du
Comité canadien de lutte antituberculeuse

Rapport spécial du Comité canadien de lutte antituberculeuse: La tuberculose chez les Canadiens nés à l'étranger

Contexte


Aperçu

Entre 1970 et 2000, le nombre de cas annuels de tuberculose chez les Canadiens nés à l'étranger n'a pas beaucoup progressé. On a cependant observé une importante augmentation de la proportion de cas de tuberculose chez les personnes nées à l'étranger. L'incidence de la maladie est la plus élevée durant les premières années au pays, mais des cas continuent d'être diagnostiqués bien des années après l'arrivée au Canada. 

Méthodologie 

Nous avons examiné les données concernant les cas de tuberculose signalés de 1970 à 2000 au Système canadien de déclaration des cas de tuberculose (SCDCT). Le système de déclaration est conçu pour recueillir de l'information sur tous les nouveaux cas actifs et les cas de rechute de tuberculose diagnostiqués au Canada dans toutes les provinces et tous les territoires. Les cas signalés au SCDCT répondent à la définition de cas des Normes canadiennes pour la lutte antituberculeuse1. Le rapport de cas contient des renseignements sur certaines caractéristiques démographiques, dont l'origine ethnique. Aux fins du présent rapport, l'origine ethnique est classée selon les catégories suivantes : né à l'étranger (d'après les régions de l'Organisation mondiale de la Santé [OMS])2, Autochtone, et non-Autochtone né au Canada. Nous avons exclu de l'analyse les cas dont l'origine ethnique était inconnue.

Résultats


Résultats globaux 

Le pourcentage de cas totaux signalés chez les personnes nées à l'étranger au Canada a augmenté considérablement depuis 1970 : de 1970 à 2000, la proportion de cas de tuberculose est passée de 18 % à 65 % de tous les cas signalés (figure 1). L'incidence de la maladie et le nombre total de cas recensés chez les personnes nées à l'étranger n'ont pas progressé de façon notable (figures 2 et 3). Le nombre de cas dans cette population a crû d'environ 2 % par année.

Figure 1
Proportion de cas de tuberculose au Canada selon l'origine, 1970–2000

Figure 1

Figure 2
Incidence de la tuberculose au Canada, 1980–2000

Figure 2

En général, l'incidence de la maladie dans cette population est la plus forte dans les premières années qui suivent l'arrivée au Canada (figure 4). En 2000, l'incidence de la tuberculose chez toutes les personnes nées à l'étranger s'élevait à 19,5 pour 100 000.


Figure 3
Cas de tuberculose au Canada, 1970–2000

Figure 3

Figure 4
Incidence de la tuberculose chez les Canadiens nés à l'étranger, la première et la deuxième années après leur arrivée

Figure 4

Parmi les cas de tuberculose nés à l'étranger qui ont été signalés en 2000, 10 % ont développé une tuberculose active dans la première année qui a suivi leur arrivée, 17 % dans les 2 premières années de résidence et 35 % dans les 5 premières années. Bien qu'une proportion importante de cas de tuberculose nés à l'étranger soient diagnostiqués dans les 5 premières années suivant leur arrivée, des cas continuent d'être signalés bien des années après l'arrivée au pays, leur nombre baissant d'environ 10 % par année (figure 5).

L'origine ethnique des cas de tuberculose chez les personnes nées à l'étranger reflète les changements survenus dans les tendances et profils d'immigration. Avec le temps, la région du Pacifique occidental est devenue le lieu d'origine de la majorité des cas diagnostiqués chez les personnes nées à l'étranger. Le nombre de cas d'origine européenne a chuté considérablement, alors qu'on notait une tendance à la hausse dans le nombre de cas en provenance de l'Asie du Sud-Est et de l'Afrique (figure 6).


Figure 5
Cas de tuberculose nés à l'étranger selon le nombre d'années écoulées depuis l'arrivée au Canada

Figure 5

Figure 6
Cas de tuberculose nés à l'étranger selon la région de l'OMS

Figure 6

Résultats de 2000


Répartition géographique 

La majorité des personnes nées à l'étranger (90 %) se sont installées dans les provinces de la Colombie-Britannique, de l'Ontario et du Québec. En conséquence, 87 % des cas nés à l'étranger (1 007 sur 1 157) provenaient de ces trois provinces en 2000. 

Caractéristiques démographiques 

L'âge médian des cas de tuberculose était de 39 ans chez les personnes nées à l'étranger (immigrants reçus, 50 ans – réfugiés – 30 ans et autres non-résidents – 38 ans) comparativement à 27 ans chez les Autochtones nés au Canada et à 59 ans chez les non-Autochtones nés au Canada. 

Aucune différence importante n'a été relevée dans le nombre de cas entre les hommes et les femmes (51 % et 49 %, respectivement). 

Caractéristiques cliniques 

Le taux de tuberculose pulmonaire à frottis positif dans cette population était de 6,1 pour 100 000 en 2000, soit 31 % de tous les cas signalés chez les personnes nées à l'étranger. La proportion de cas de tuberculose pulmonaire à frottis positif n'était pas plus élevée chez les Canadiens nés à l'étranger (50 % des cas de tuberculose pulmonaire) comparativement à la population née au Canada (55 %). 

Un fort pourcentage (66 %) des cas de tuberculose extrapulmonaire déclarés au Canada était né dans un autre pays. La majorité d'entre eux souffraient d'une tuberculose des ganglions périphériques. En fait, 80 % des cas de tuberculose des ganglions périphériques signalés au Canada étaient nés à l'étranger et cette forme d'atteinte était la plus répandue chez les personnes en provenance de la région du Pacifique occidental. 

Une proportion croissante de cas de tuberculose chez les personnes nées au Canada et à l'étranger sont traités au moyen de trois médicaments antituberculeux ou plus (personnes nées à l'étranger 1991 – 51 %; 2000 – 68 %; nées au Canada 1991 – 54 %; 2000 – 68 %). 

Parmi tous les cas de tuberculose signalés, 11 % présentaient une résistance à un ou plusieurs médicaments, et 1 % une multirésistance. La grande majorité des cas de tuberculose pharmacorésistante recensés au Canada étaient nés dans un autre pays. Parmi tous les cas de tuberculose pharmacorésistante signalés au Canada en 2000, 81 % des cas de pharmacorésistance et 85 % des cas de tuberculose multirésistante étaient nés à l'étranger. Dans l'ensemble, les cas nés à l'étranger étaient quatre fois plus nombreux à présenter une résistance aux médicaments et six fois plus nombreux à souffrir d'une tuberculose multirésistante que les personnes nées au Canada.

Analyse


Pourquoi un tel changement? 

Les changements dans les tendances relatives au pays d'origine des migrants au Canada ont contribué de façon très importante à la hausse du nombre de cas de tuberculose chez les personnes nées à l'étranger. Plus de 90 % de tous les cas de tuberculose dans le monde surviennent dans les pays en développement. L'OMS indique que plus de 85 % des réfugiés proviennent de régions du monde où les taux de tuberculose sont élevés2. L'immigration ne cesse d'augmenter au Canada, notamment en provenance de pays où l'incidence et la prévalence de la tuberculose sont jusqu'à 20 fois plus élevés qu'au Canada.

En outre, bien que le dépistage de la tuberculose active chez la plupart des immigrants et des réfugiés soit obligatoire, la maladie n'apparaît bien souvent qu'après l'arrivée au Canada. La plupart des cas de tuberculose chez les personnes nées à l'étranger résultent probablement d'une réactivation d'une infection contractée dans un autre pays3,4

Risque pour les Canadiens 

En général, même si l'on observe une proportion accrue de cas de tuberculose chez les personnes nées à l'étranger, la transmission à des personnes nées au Canada n'est pas importante5. Cette absence de transmission serait due, croit-on, au dépistage obligatoire de la tuberculose au moment de l'immigration, à la surveillance médicale des personnes admises qui souffrent de tuberculose inactive, à l'intégration retardée des migrants et au traitement adéquat des cas. 

Résumé 

De plus en plus, il faudra compter sur le contrôle de la maladie chez les personnes nées à l'étranger pour réduire le fardeau de la tuberculose au Canada. Les personnes nées à l'étranger risquent fortement de développer une tuberculose dans les 2 premières années suivant leur arrivée, mais ce risque demeure présent pendant de nombreuses années par la suite. C'est surtout dans cette population qu'on retrouve les cas de tuberculose pharmacorésistante, mais ce problème n'est pas encore devenu préoccupant au Canada. 

Orientations 

Bien que l'élimination de la maladie chez les personnes nées à l'étranger présente des difficultés et requière une approche assez flexible, les priorités et les lignes directrices mises de l'avant dans la Stratégie nationale d'élimination de la tuberculose6 demeurent les mêmes : 

  1. Trouver les personnes souffrant de la maladie active et veiller à ce qu'elles terminent leur traitement 

  2. Retracer les contacts des personnes souffrant de la maladie active et vérifier la présence de la tuberculose-maladie ou de la tuberculose-infection chez chacun de ces contacts 

  3. Effectuer un dépistage chez les personnes à risque élevé d'infection, offrir un traitement prophylactique et veiller à ce que ce traitement soit mené à bien. 


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Membres du Comité canadien de lutte antituberculeuse : Dr V. Hoeppner (président); Dr M. Baikie; Dr C. Balram; Mme C. Case; Dr E. Ellis (secrétaire exécutif); Dr R.K. Elwood (ancien président); Mme P. Gaba; Dr B. Graham; Dr B. Gushulak; Mme C. Helmsley; Dr E.S. Hershfield; Mme R. Hickey; Dr A. Kabani; Dr B. Kawa; Dr R. Long; Dre F. Stratton; Mme N. Sutton; Dr L. Sweet; Dr T.N. Tannenbaum. 

Ce rapport a été rédigé par Mme Melissa Phypers, épidémiologiste principale, Tuberculose et maladies respiratoires bactériennes, Santé Canada. Nous tenons à remercier Mme Dena Schanzer, Division de la modélisation et de la projection, Santé Canada, pour son aide dans l'analyse des données.

Références


  1. Normes canadiennes pour la lutte antituberculeuse. 5e éd. Ottawa : l'Association pulmonaire du Canada, 2000. 

  2. Organisation mondiale de la Santé. WHO report on the tuberculosis epidemic 2001. 2001. Genève, Suisse, Programme mondial de lutte contre la tuberculose, 2001. 

  3. Small PM, Hopewell PC, Singh SP et coll. The epidemiology of tuberculosis in San Francisco. A population-based study using conventional and molecular methods. N Engl J Med  1994;330:1703-9. 

  4. Borgdorff MW, Behr MA, Nagelkerke NJ et coll. Transmission of tuberculosis in San Francisco and its association with immigration and ethnicity. Int J Tuberc Lung Dis 2000;4:287-94. 

  5. Menzies D, Chan CH, Vissandjee B. Impact of immigration on tuberculosis infection among Canadian-born schoolchildren and young adults in Montreal. Am J Respir Crit Care Med 1997;156:1915-21.

  6. Santé Canada. Compte rendu de la Conférence nationale de concertation sur la tuberculose, 3 au 5 décembre 1997. RMTC 1998;24S2.