Énoncé provisoire sur le diagnostic, le traitement et la déclaration du lymphogranulome vénérien (LGV) au Canada
Lymphogranuloma venereum (LGV) au Canada :
Recommandations pour son diagnostic et son traitement Protocole de
surveillance accrue à l'échelle nationale
[Table des matières] [ Prochaine]
Le lymphogranulome vénérien (LGV) est une
infection transmissible sexuellement (ITS) causée par les
sérotypes L1, L2 et L3 de C. trachomatis.
Contrairement aux sérotypes A-K, les sérotypes du LGV
sont invasifs et affectent surtout les tissus lymphoïdes. Le
LGV peut se transmettre par contact sexuel vaginal, anal ou oral et
peut être prévenu par l'emploi de
préservatifs ou d'autres méthodes
barrières. S'il n'est pas traité, le LGV peut
occasionner de graves complications telles que l'enflure ou la
difformité/destruction des organes génitaux/du rectum
(y compris le rétrécissement du rectum), et risque,
rarement, d'entraîner une
méningo-encéphalite, une hépatite et le
décès. Le LGV peut augmenter les risques
d'acquisition ou de transmission du VIH, d'autres ITS et
d'autres pathogènes à diffusion
hématogène tel le virus de l'hépatite
C.

Épidémiologie
Jusqu'à dernièrement, le LGV était une
infection rare dans les pays industrialisés et
s'attrapait généralement dans les régions
endémiques. Le LGV est endémique dans certaines
parties de l'Afrique, de l'Asie, de l'Amérique
du Sud et des Caraïbes. Il serait la cause de près de 2
à 10 % des ulcères génitaux dans certaines
régions d'Afrique et de l'Inde. Cependant, des cas
récents ayant touché des hommes ayant eu des rapports
sexuels avec d'autres hommes (HARSAH) ont été
signalés en Europe, dès 2003 aux Pays-Bas, et
dernièrement en Amérique du Nord.
Des cas de LGV ont été signalés dans les
pays suivants :
- Pays-Bas
- Belgique
- France
- Allemagne
- Suède
- Royaume-Uni
- États-Unis
Des cas récents touchant des HARSAH ont été
associés avec des ITS concomitantes telles que le VIH et le
virus de l'hépatite C ou des rencontres sexuelles
occasionnelles (ex. soirées cuir), ainsi qu'avec des
activités sexuelles à risque plus élevé
tel le « fisting ».

Tableau clinique et critères diagnostiques
Le LGV se divise généralement en trois stades
:
1. LGV primaire :
- Période d'incubation de 3 à 30 jours.
- Petite papule non douloureuse au point d'inoculation
(vagin, pénis, rectum, parfois au niveau du col
utérin) pouvant devenir ulcéreuse.
- Guérissant spontanément, elle peut facilement
passer inaperçue.
2. LGV secondaire :
- Débute dans les deux à six semaines qui suivent
la lésion primaire.
- Il s'accompagne souvent de symptômes
systémiques significatifs tels qu'une fièvre de
faible grade, des frissons, un malaise, des myalgies, des
arthralgies; il se manifeste parfois par de l'arthrite, une
pneumopathie inflammatoire ou une
hépatite/périhépatite; on observe rarement des
lésions cardiaques, une méningite aseptique ou des
lésions oculaires inflammatoires.
- Des abcès et des écoulements d'une fistule
sont possibles (moins d'un patient sur trois).
- Il touche les ganglions lymphatiques inguinaux/fémoraux
OU l'anus et le rectum.
- Le LGV secondaire inguinal se caractérise par une
lymphadénopathie douloureuse inguinale et (ou)
fémorale (généralement unilatérale) -
les ganglions lymphatiques douloureux sont appelés «
bubons ».
- « Signe du sillon » - présence de ganglions
inguinaux ou fémoraux de part et d'autre du ligament
inguinal (ce signe ayant déjà été
considéré comme pathognomonique du LGV).
- Une lymphadénopathie cervicale a été
décrite dans des cas de patients ayant eu des rapports
sexuels oraux.
- LGV secondaire ano-rectal caractérisé par une
rectite hémorragique aiguë.
- Pertes sanguines, purulentes ou muqueuses de l'anus.
3. LGV tertiaire (chronique, non traité) :
- Plus fréquent chez les femmes que chez les hommes.
- Les lésions chroniques inflammatoires entraînent
des cicatrices :
- Obstruction lymphatique causant un éléphantiasis
génital.
- Sténoses et fistules anales.
- Destruction importante possible des parties génitales
(esthiomène).

Diagnostic
Le diagnostic du LGV n'est pas toujours évident
à établir. Les signes et symptômes du LGV
ressemblent beaucoup à ceux d'autres ITS, d'autres
infections, d'effets indésirables des médicaments
et de tumeurs malignes. Le diagnostic s'appuie souvent sur
l'histoire rapportée par le patient et le tableau
clinique. Il est appuyé par des analyses de laboratoire,
même si au Canada des tests de confirma tion du LGV sont
facilement disponibles dans certains laboratoires (voir
Analyses de laboratoire
ci-après).
Interventions diagnostiques
- Anuscopie/sigmoïdoscopie/rectoscopie :
- Caractéristiques similaires à celles de la colite
ulcéreuse.
- Rectite granulaire ou ulcérative.
- Aspiration des bubons :
- Les bubons liés au LGV contiennent
généralement de petites quantités de liquide
lactescent.
- L'aspiration peut nécessiter l'injection de 2
à 5 ml de solution saline stérile.
- Il faut aspirer les bubons à travers une peau
saine.
Prélèvement
d'échantillons
Pour un diagnostic définitif du LGV, il faut insister sur
les échantillons cliniques tels que les frottis obtenus par
écouvillonnage et les aspirats. Les tests
sérologiques, même s'ils sont moins certains,
peuvent contribuer au diagnostic. La section suivante décrit
les types d'échantillons à prélever pour
le diagnostic du LGV, en fonction des stades de l'infection.
Pour obtenir de plus amples renseignements et détails sur
les modalités des tests, voir la section Analyses de laboratoire ci-après.
- LGV primaire :
- Écouvillonnage d'une lésion pour :
Étant
donné que la nature invasive du LGV n'est pas encore
observable pendant le stade primaire de l'infection, il est peu
probable que des tests sérologiques soient utiles à
ce stade.
- LGV secondaire :
- Aspiration des bubons pour :
L'identification de C. trachomatis dans le liquide des
bubons est très évocatrice du LGV, même avant
ou sans l'identification des sérotypes du LGV.
- Écouvillonnage rectal, vaginal ou urétral pour :
- une culture, ou
- un TAAN*.
- Urine pour :
| *Au Canada, les TAAN ne sont pas officiellement
approuvés avec les écouvillonnages rectaux ou
oropharyngés. Il est conseillé de refaire les tests
pour confirmer un résultat positif. |
- Sérologie (la méthode varie en fonction des
laboratoires) :
- Test de la micro-immunofluorescence (MIF).
- Test de la fixation du complément :
- Voir la note à la section Analyses de
laboratoire ci-après.
- LGV tertiaire :
- Comme pour le LGV secondaire (voir ci-dessus).
Analyses de
laboratoire
La disponibilité et le type d'analyses de
détection du LGV varient en fonction du laboratoire.
Certains laboratoires locaux sont en mesure de procéder
à des tests spécifiques au LGV, tandis que
d'autres doivent avoir recours au Laboratoire national de
Microbiologie (LNM) en passant par leur laboratoire provincial.
Veuillez vous communiquer avec votre laboratoire local pour obtenir
de plus amples renseignements sur la façon de
prélever et de trans porter les échantillons. Dans la
mesure du possible, les cas soupçonnés de LGV doivent
passer des analyses de laboratoire à partir
d'échantillons écouvillonnés et
sériques.
Voici les recommandations d'entreposage et de livraison des
échantillons envoyés au LNM :
- les écouvillonnages secs doivent être
entreposés et livrés congelés;
- les écouvillonnages entreposés dans des milieux
de transport pour un dépistage viral ou chlamydial doivent
rester congelés à -80 °C si on prévoit
faire une culture, ou à -20 °C si on ne prévoit
pas de culture;
- les échantillons d'urine doivent rester
congelés.
De nombreuses analyses de laboratoire ne font pas de distinction
entre les sérotypes LGV et non-LGV de C.
trachomatis. Certaines méthodes laissent entrevoir le
LGV. Deux méthodes, la technique du fragment de restriction
polymorphe (RFLP) et le séquençage de l'ADN, sont
offertes au Canada afin de diagnostiquer avec certitude le LGV
(leur accessibilité dépend de chaque
laboratoire).
Tests non spécifiques :
- Culture pour détecter C. trachomatis :
- Elle ne permet pas de bien distinguer les sérotypes LGV
des sérotypes non-LGV, cependant les sérotypes LGV
donnent lieu à une culture positive sans centrifugation (les
sérotypes non-LGV requièrent une centrifugation).
- Une dilution (1:10) des écouvillonnages anaux/rectaux
peut être requise à cause de la toxicité
fécale.
- Les cultures positives pourraient être envoyées
pour passer d'autres tests identifiant avec certitude les
sérotypes LGV (voir ci-après).
- Test d'amplification des acides nucléiques (TAAN)
pour C. trachomatis :
- Ce test comprend la réaction de polymérase en
chaîne (PCR), la réaction de ligase en chaîne
(LCR), l'amplification médiée par la tran scrip
tion (TMA) et l'amplification par déplacement de
séquence (SDA).
-
- Nous ne connaissons pas les différences de
sensibilité et de spécificité pour le
dépistage des sérotypes LGV et non-LGV.
- Ce test ne permet pas de différencier les
sérotypes LGV des sérotypes non-LGV.
- Les échantillons positifs pourraient être
envoyés pour passer d'autres tests identifiant avec
certi tude les sérotypes LGV (voir ci-après).
- Sérologie :
- À cause de la nature inva ive du LGV, les titres
sérologiques sont généralement
significativement plus élevés en présence
d'une infec tion à C. trachomatis de
sérotype LGV que ceux d'un sérotype non-LGV.
- Les tests sérologiques peuvent laisser entrevoir une
infection LGV, mais ils ne sont pas définitifs.
- Les analyses varient en fonction du laboratoire :
- Test de la micro-immunofluorescence (MIF) pour C.
trachomatis : titre élevé (titre >=
1:256)
- Test de la fixation du complément (FC) pour Chlamydia :
positif (titre >= 1:64)
- Le test de la MIF est plus spécifique que la FC pour le
diag nostic du LGV.
- La FC peut poser des problèmes de réaction
croisée.
- Le test de l'intradermoréaction de Frei n'est
plus utilisé.
Tests spécifiques au LGV (tests de
confirmation) :
- Séquençage de l'ADN
- Les échantillons ayant obtenu des résultats
positifs quant au dépistage de C. trachomatis par
TAAN ou en culture peuvent être envoyés pour subir un
séquençage de l'ADN.
- Identification certaine des sérotypes LGV.
- Technique du fragment de restriction polymorphe (RFLP)
- Les échantillons ayant obtenu des résultats
positifs quant au dépistage de C. trachomatis par
TAAN ou en culture peuvent être envoyés pour subir un
test de RFLP.
- Identification certaine des sérotypes LGV.
Aux laboratoires envoyant des échantillons au LNM pour
des tests de confirmation, veuillez noter que c'est
l'échantillon original qui doit être testé
par PCR pour le dépistage du gène omp1; pour
le séquençage, il faut donc envoyer ce produit
provenant de la PCR au LNM.

Traitement
- Premier choix :
- Doxycycline, 100 mg, par voie orale, 2 f.p.j., pendant 21 jours
(B2)
- Autre traitement :
- Érythromycine, 500 mg, par voie orale, 4 f.p.j., pendant
21 jours (C3)
- Traitement possible :
- Azithromycine, 1 g, par voie orale, une fois par semaine,
pendant 3 semaines* (C3)
| *Même si certains experts considèrent
l'azithromycine comme efficace dans le traitement du LGV, nous
ne disposons pas de suffisamment de données cliniques pour
le confirmer. |
La posologie de l'érythromycine s'applique
à l'érythromycine base. On peut la remplacer par
des doses similaires d'autres préparations (À
L'EXCEPTION de la formulation d'estolate
d'érythromycine, contre-indiquée en cas de
grossesse). Pendant la grossesse, utiliser de
l'érythromycine, mais PAS la formulation à base
d'estolate.
- L'aspiration des bubons peut soulager les symptômes,
mais l'incision/le drainage ou l'excision des ganglions
n'est pas utile et peut retarder la guérison.
Traitement des partenaires
Il faut communiquer avec les partenaires sexuels des 60 derniers
jours et les traiter de la manière suivante (peu importe si
des signes/symptômes sont présents) :
- Azithromycine, 1 g, par voie orale, dose unique (C3) OU
- Doxycycline, 100mg, par voie orale, 2 f.p.j., pendant 7 jours
(C3)
|
Niveau et qualité des
preuves
|
| Niveau |
| A |
Bonnes preuves (les bienfaits sont considérablement
supérieurs aux risques) |
| B |
Preuves convenables (les bienfaits sont supérieurs aux
risques) |
| C |
Preuves pas assez fortes pour justifier une recommandation
générale |
| D |
Inefficace (les risques dépassent les bienfaits) |
| I |
Preuves insuffisantes (insuffisance de preuves, preuves de
mauvaise qualité, preuves contradictoires)
|
| Qualité |
|
I
|
Preuves provenant de >= 1 essai clinique
randomisé |
| II |
Preuves provenant de >= 1 essai clinique non
randomisé (cohorte, cas-témoin, séries
chronologiques, résultats spectaculaires dans les
expériences non contrôlées) |
| III |
Opinion des experts |

Déclaration des cas et notification aux partenaires
- Le LGV n'est pas une maladie à déclaration
obligatoire à l'échelle nationale mais, à
la lumière des nouveaux cas rapportés, un
système de surveillance accrue a été mis sur
pied en février 2005 par l'Agence de la santé
publique du Canada en partenariat avec les provinces et
territoires.
- Le LGV doit être signalé par les organismes locaux
de santé publique aux organismes régionaux et
provinciaux/territoriaux concernés. Les provinces et
territoires ont consenti à signaler les cas de LGV à
la Section de la santé sexuelle et des infections
transmissibles sexuellement de l'Agence de la santé
publique du Canada au (613) 946-8637 (veuillez consulter le
Protocole de surveillance accrue et le guide de cas
ci-après).

Suivi
-
Les patients ayant reçu un diagnostic de LGV devraient
être suivis jusqu'à l'obtention d'un
résultat négatif au test de dépistage
contrôle de Chlamydia et jusqu'à leur
rétablissement clinique. Les testes
sérologiques sont inutiles pour surveiller la réponse
au traitement parce que les anticorps peuvent rester élever
malgré le succès du traitement .
- Un test de guérison devrait être effectué
de 3 à 4 semaines après la fin du traitement complet
afin d’éviter tout faux résultat positif
causé par la présence d’organismes non viables
(surtout si on a utilisé un TAAN).
Il faut communiquer avec les partenaires sexuels des 60 derniers
jours et les traiter (voir la section Traitement).
Il se peut qu'une intervention chirurgicale soit requise
pour soigner les lésions génitales/ rectales dues au
LGV tertiaire.
Prise en considération d'autres MTS
- À cause des taux de co-infection, les tests de
dépistage du VIH, de la syphilis, du VHS, de la
gonorrhée, de l'hépatite B et de
l'hépatite C sont recommandés chez les patients
atteints du LGV.
- Il faut aussi envisager des tests de dépistage du
chancre mou et du granulome vénérien (granulome
inguinal) chez les patients atteints du LGV, surtout si ceux-ci ont
voyagé dans des régions où ces infections sont
endémiques.
- En général, le VIH semble avoir peu d'effets
sur la présentation clinique du LGV, même si des
présentations atypiques de la maladie ont été
rarement signalées chez des patients séropositifs.
- La durée de l'infection à LGV risque
d'être plus longue chez les patients porteurs du
VIH.
- Pendant la grossesse, il faut utiliser
l'érythromycine pour le traitement du LGV.
- La préparation d'estolate d'érythromycine
est contre-indiquée pendant la grossesse.
- Il faut proposer la vaccination contre l'hépatite B
aux patients qui ne sont pas immunisés contre ce virus.
- Il ne faut pas manquer toute occasion de prodiguer des conseils
sur les rapports sexuels plus sécuritaires.
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