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7.3 Interventions de courte durée
Si, à la lumière d'un entretien ou des réponses fournies à un questionnaire de dépistage, une femme enceinte semble avoir des problèmes d'alcool, il convient de la soumettre à une évaluation plus poussée. Si la femme n'est pas dépendante à l'alcool et dispose d'un soutien social raisonnable, une solution viable serait d'effectuer une intervention de courte durée (entre une et trois séances) menée par un professionnel de soins de santé ou de services sociaux181. À la suite d'un examen des interventions de courte durée, Yahne et Miller ont résumé de la façon suivante les éléments d'une intervention fructueuse, qu'ils ont désignée par l'acronyme FRAMES182:
Aperçu : chaque minute compte
Les interventions de courte durée (10 à 15 minutes) fondées sur ce modèle général se sont révélées efficaces auprès de différents segments de la population lorsqu'elles sont axées sur les problèmes d'alcool et qu'elles sont menées par des médecins183 . Il existe maintenant des preuves solides qu'une intervention de courte durée peut être efficace chez les femmes en âge de procréer qui ne sont pas dépendantes à l'alcool. Les interventions de courte durée se sont également révélées efficaces pour réduire la consommation d'alcool chez les femmes enceintes qui consommaient de l'alcool sans en être dépendantes.
Dans le cadre d'une étude expérimentale bien conçue, Manwell et autres ont mis à l'essai une intervention auprès de femmes en âge de procréer qui ne cherchaient pas à se faire soigner. L'intervention comprenait deux séances de 15 minutes avec un médecin à un intervalle d'un mois (comportant des conseils, de l'éducation, un aiguillage vers des ressources spécialisées et l'utilisation d'un cahier d'exercices). Une infirmière de clinique faisait un appel de suivi aux patientes dans les deux semaines suivant chaque séance avec un médecin. Les interventions étaient menées par 64 médecins de soins communautaires qui avaient été formés à l'aide de jeux de rôles et de techniques générales d'acquisition de compétences. L'échantillon se composait de femmes âgées de 18 à 40 ans qui consommaient au moins 11 verres par semaine et quatre verres à chaque occasion ou qui avaient obtenu une note de deux ou plus au questionnaire CAGExxvi. Selon les résultats du suivi effectué après 48 mois (ce qui représente une durée exceptionnellement longue dans la documentation scientifique), les femmes qui avaient fait l'objet d'une intervention avaient réduit leur consommation d'alcool de 48 % en moyenne (de 14 à 7,5 verres par semaine). Le nombre de sujets qui avait déclaré prendre des cuites d'un soir était passé de 93 % à 68 %, alors que le nombre de cuites d'un soir au cours du mois précédent était passé de cinq à trois184.
Chang et autres ont fait l'essai d'une intervention en deux séances visant à aider les femmes enceintes à se fixer des objectifs de réduction de consommation d'alcool pendant leur grossesse. Ils ont constaté que ce genre d'intervention aidait ces femmes à réduire leur consommation d'alcool185. Hankin et autres ont mené des essais cliniques comparatifs et aléatoires pour évaluer l'efficacité d'une stratégie d'intervention de courte durée visant à modifier les habitudes de consommation d'alcool pendant les grossesses subséquentes. Ils ont effectué un suivi et ils ont constaté que la consommation des femmes du groupe expérimental était légèrement supérieure à la moitié de la consommation des femmes du groupe témoin. Les femmes qui avaient déclaré consommer beaucoup d'alcool avant leur grossesse étaient celles qui avaient réduit le plus fortement leur consommation après avoir fait l'objet d'une intervention intensive de courte durée. De plus, les nouveau-nés des femmes qui avaient tiré parti d'interventions intensives de courte durée présentaient une meilleure croissance que ceux des femmes qui n'en avaient pas fait l'objet186.
Les entretiens motivationnels (EM) conçus par Miller et Rollnick187 se sont révélés efficaces dans une certaine mesure comme mode d'intervention de courte durée auprès de femmes enceintes188. Handmaker et autres ont mis à l'essai, dans un contexte de soins prénataux, une brève intervention fondée sur l'EM auprès d'un petit échantillon de femmes enceintes consommatrices d'alcool189. Après avoir fait l'objet d'une évaluation, les femmes de l'échantillon expérimental ont participé à une intervention d'une heure comportant une discussion sur l'état de leurs connaissances actuelles sur les effets de la consommation d'alcool, des observations sur la gravité de leur problème d'alcool et des commentaires pour les encourager à changer leurs habitudes de consommation. Les femmes du groupe témoin ont fait l'objet d'une évaluation et ont reçu par la poste des renseignements sur les risques éventuels de la consommation d'alcool pendant la grossesse. On a constaté que les femmes qui avaient des taux d'alcoolémie élevés avant l'intervention avaient des taux beaucoup moins élevés après l'intervention que les femmes du groupe témoin.
Les Centers for Disease Control (CDC) des États-Unis ont mené une vaste étude de faisabilité qui a montré qu'une intervention relativement brève (cinq séances) fondée sur l'EM pouvait aider les femmes à risque élevé à changer leurs habitudes. L'étude a permis de conclure que les entretiens de motivation axés sur la réduction de la consommation d'alcool à risque et sur l'utilisation de moyens de contraception sont faisables et prometteurs dans le cas des femmes qui courent un risque élevé de consommer de l'alcool pendant leur grossesse190. L'intervention comprenait quatre entretiens de modification menés par un professionnel de la santé mentale et une consultation de planification familiale avec un médecin spécialisé en planification familiale. Les discussions tenues lors de chaque séance étaient adaptées à l'auto-évaluation que la femme avait faite relativement à sa volonté de changer ses habitudes de consommation et de discuter de sa consommation d'alcool ou de l'utilisation de moyens de contraception. En somme, le but était de fournir de brefs conseils et du counselling à des moyennes et grandes consommatrices, afin de les inciter à réduire leur consommation ou de les aiguiller vers des services communautaire de traitement de l'alcoolisme.
On a constaté que le fait d'avoir deux choix pour atteindre un résultat positif semblait plaire, ce qui vient appuyer l'affirmation selon laquelle les gens s'engageaient davantage à atteindre des objectifs s'ils les fixaient eux-mêmes. Environ une femme sur quatre avait choisi de recourir à un moyen de contraception efficace comme mesure principale pour réduire le risque d'une grossesse alcoolisée, 12 % avait choisi uniquement de réduire leur consommation d'alcool et près du tiers a déclaré qu'elles avaient adopté les deux mesures. Les femmes à faible risque (d'après la note qu'elles ont obtenu au questionnaire sur la consommation d'alcool) étaient celles qui étaient le plus susceptibles de réduire les risques d'une grossesse alcoolisée, mais les moins portées à réduire leur consommation d'alcool (c.-à-d. elles avaient tendance à réduire les risques en adoptant des moyens de contraception efficaces). Ces résultats encourageants ont été observés dans six collectivités réparties dans différentes régions des États-Unis. Il sera toutefois important d'étudier le modèle à l'aide d'un plan expérimental pour accroître le degré de confiance en son efficacité, ce qui constitue l'objectif poursuivi par les CDC. Une version modifiée de cette méthode est en train d'être mise à l'épreuve auprès d'adolescentes. Elle fait l'objet d'un essai dans le cadre du projet Balance (Birth Control and Alcohol Awareness: Negotiating Choices Effectively) qui est en cours d'exécution auprès d'étudiantes de niveau universitaire dans le sud-est des États-Unis191.
Il semble que toute attention constructive qui sera apportée à cette question aidera les femmes non dépendantes à l'alcool à modifier leurs comportements. La grande majorité des femmes qui apprennent qu'elles sont enceintes ou qui prévoient de l'être arrêtent de boire de leur propre chef192. Chez d'autres femmes, leur demander de répondre à un questionnaire de dépistage administré de façon respectueuse et exempte de tout jugement suffit pour les sensibiliser et les amener à modifier leurs comportements193. Outre le constat élémentaire indiquant que les consommatrices non dépendantes ont tendance à mieux réagir aux interventions de courte durée que les buveuses dépendantes, il faudrait mener d'autres recherches pour comprendre comment différentes femmes réagissent à divers niveaux d'intervention. À la lumière de ce constat, Handmaker et autres ont proposé aux fournisseurs de soins d'utiliser les interventions de courte durée auprès de femmes enceintes dépendantes à l'alcool dans le cadre d'une approche de soins par étapes194,195. Selon le modèle de soins par étapes, les clientes sont évaluées selon leur niveau de motivation, l'efficacité personnelle perçue, le niveau de dépendance, la comorbidité et les facteurs socio-culturels, puis orientées vers un des trois niveaux de traitement. Le principe directeur de ce modèle consiste à recourir d'abord au niveau d'intervention le moins intensif (et le moins coûteux), puis de passer progressivement à un niveau supérieur si le niveau inférieur se révèle inefficace.
Il importe aussi de signaler dans la présente section que, bien qu'on ait évoqué l'hypothèse que la consommation d'alcool par le père puisse avoir un effet biologique sur le développement du foetus, l'existence de cet effet et son rôle éventuel n'ont pas été démontrés196,197. Par conséquent, le rôle de l'homme dans l'apparition d'anomalies congénitales semble principalement d'ordre social et psychologique. Toutefois, l'homme semble exercer une influence assez forte sur la femme enceinte, diverses études ayant démontré le lien entre la consommation d'alcool par le conjoint et la consommation par la femme enceinte198. Par conséquent, bien qu'il n'existe aucune preuve empirique allant dans un sens ou dans l'autre, il est raisonnable de s'intéresser aux pères consommateurs et de les inviter à encourager leur conjointe à faire des choix sains.
xxvi. Le CAGE est un questionnaire comprenant quatre questions pour dépister les problèmes d'alcool. Les questions visent à savoir si la personne a déjà essayé de réduire sa consommation (CUT BACK), s'est déjà fâchée (ANNOYED) face à des reproches concernant sa consommation, s'est déjà senti coupable ( GUILTY) de boire ou buvait tôt le matin pour se réveiller (EYEOPENER).
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