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Consommation d'alcool et grossesse : Une importante question sociale et de santé publique au Canada

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7.2 Identification des femmes enceintes alcooliques ou toxicomanes

Outils de dépistage validés

Les questionnaires TWEAK et T-ACE sont tous deux conçus spécifiquement pour les femmes enceintes. On a validé le questionnaire TWEAK auprès de différentes populations, y compris des patientes dans les services d'urgence qui sont issues de différents milieux169-171. Russell et autres ont évalué l'efficacité des questionnaires TWEAK et T-ACE. Ils ont conclu qu'ils sont très efficaces pour repérer les habitudes de consommation à risque pendant la grossesse. Selon une étude réalisée par Flynn et autres, il est possible d'administrer le questionnaire TWEAK dans des cliniques d'obstétriciens occupées, et ce d'une façon acceptable pour les femmes172. Dans son examen des questionnaires de dépistage, Chang (2001) a conclu que le questionnaire T-ACE ne prend qu'une minute à faire remplir et que le questionnaire TWEAK, bien qu'il soit également utile, ne présente pas d'avantages particuliers par rapport au questionnaire T-ACE173.

Il existe, chez les spécialistes, un large consensus en faveur du dépistage de la consommation d'alcool chez les femmes enceintes lors de la prestation de soins ordinaires de santé prénatale dans un milieu de soins de première ligne, car ce milieu s'y prête bien165,166. Il existe beaucoup d'obstacles à la mise en oeuvre du dépistage systématique de toutes les femmes enceintes, mais il est primordial de ne pas laisser à la discrétion des femmes concernées la décision de faire le dépistage167. Certaines femmes pourraient refuser de reconnaître qu'elles ont un problème d'alcool en raison d'un manque de motivation ou d'une crainte d'être victime de discrimination par des fournisseurs de soins de santé. Certains fournisseurs de soins de santé pourraient aussi hésiter à interroger leur patiente sur leur consommation d'alcool. Le meilleur moyen d'atténuer le malaise éprouvé par les deux parties est, d'une part, de créer un environnement impartial et respectueux où les questions nécessaires au dépistage de la consommation d'alcool sont posées dans le cadre d'un examen de l'état de santé général et, d'autre part, de fournir aux médecins davantage d'information sur les programmes d'action directe qui fournissent de l'aide et des soins aux femmes enceintes. Chez les femmes démunies qui se trouvent à la rue, il est peut-être plus efficace de faire le dépistage dans le cadre d'interventions communautaires qui sont menées par des professionnels de la santé et des travailleurs sociaux qui ont gagné au préalable la confiance de ces dernières168.

Pour se renseigner sur les habitudes de consommation d'une femme, il suffit simplement d'avoir un entretien avec elle, où l'on pourrait discuter de son état de santé général et de son bien-être. Les questionnaires de dépistage rapide constituent aussi une solution de remplacement efficace. Il s'agit d'outils d'une grande simplicité d'emploi qui sont principalement utilisés dans des milieux de soins de santé – une clinique d'obstétricien est un endroit idéal – mais qui peuvent aussi être administrés par un professionnel dans d'autres services de santé ou services sociaux. Ces professionnels peuvent en outre aider la personne à répondre aux questions.

Les questionnaires de dépistage présentent habituellement un inconvénient : les répondantes ont tendance à ne pas déclarer la totalité de leur consommation d'alcool. Pour contourner cette tendance, les questionnaires T-ACE et TWEAK ne comprennent pas de questions sur les quantités d'alcool réellement consommées ou sur les habitudes actuelles de consommation.

Comme il est tout de même important d'obtenir ces renseignements, Hankin et Sokol ont suggéré que si les réponses à ces questionnaires laissent entendre qu'une femme a un problème d'alcool, on devrait faire un suivi en l'interrogeant, de façon délicate, sur les quantités d'alcool consommées au moment de la conception et sur sa consommation actuelle174.

Quelle que soit la méthode utilisée, il est crucial de l'appliquer dans un contexte positif et sensible à la situation des femmes enceintes, en particulier pour celles qui consomment de l'alcool ou d'autres drogues. En adoptant une approche respectueuse exempte de tout jugement, on peut poser ouvertement des questions auxquelles la femme enceinte sera davantage portée à donner des réponses franches175. Dans une étude menée auprès de femmes enceintes en Colombie-Britannique, Ling a constaté que ces femmes font des déclarations passablement exactes concernant leur consommation d'alcool et d'autres drogues (comme le confirme le test du méconium du nouveau-né) lorsqu'on les aborde sans les juger et qu'on leur fournit des renseignements pour les aider à prendre soin d'elles-mêmes et de leur enfant176. De plus, on a indiqué que la répétition des mesures de dépistage (c.-à-d. lors de chaque visite prénatale) pourrait permettre de resserrer graduellement les liens avec la femme enceinte, ouvrant ainsi la voie à des rapports francs et sincères, ainsi qu'à une possibilité d'intervention. Il faut prendre davantage de temps pour soulever avec elle la question de la consommation d'alcool dans un tel contexte, mais on a soutenu que c'était un moyen efficace d'aborder des questions ou de s'attaquer à des complications qui pourraient autrement survenir ultérieurement au cours de la grossesse177. Plutôt que de poser des questions sur la consommation d'alcool ou de recourir à des questionnaires de dépistage de problèmes d'alcool, on peut utiliser des biomarqueurs (p. ex. le méconium, la désialotransferrine et le gamma glutamyl-transpeptidase (GGT)). Ils ont l'avantage de pouvoir être administrés de manière non-intrusive (physiquement) et de mesurer les habitudes actuelles et récentes de consommation plutôt que les antécédents en matière de consommation. Toutefois, des questions d'éthique surgissent lorsqu'on administre un test à une femme à son insu ou sans son consentement. C'est ce qui se produit lorsqu'on utilise des biomarqueurs. Pour cette raison, il faut mener d'autres recherches et lancer un débat avec toutes les parties concernées relativement aux questions sociales, juridiques et éthiques avant de pouvoir recommander l'utilisation systématique de tests de laboratoire pour détecter les femmes enceintes qui ont des habitudes de consommation à risque178-180.

Bien sûr, le dépistage de la consommation d'alcool chez les femmes enceintes suppose qu'il existe des ressources d'intervention pour aider les femmes dont la consommation d'alcool pose problème. Il n'existe aucune donnée empirique à l'appui, mais les spécialistes s'entendent généralement sur le fait que les ressources disponibles pour prendre soin des femmes enceintes qui ont des problèmes de consommation d'alcool ou d'autres drogues, de même que pour les traiter, sont largement insuffisantes au Canada.

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