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Le point sur la recherche

Consommation d'alcool et grossesse : Une importante question sociale et de santé publique au Canada

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5 Caractéristiques et situation des femmes qui consomment de l'alcool pendant la grossesse

Ce que révèlent les études Les conditions concomitantes que connaissent les femmes enceintes qui consomment de l'alcool sont en général reliées à la consommation d'une autre substance (p. ex. drogues illicites, tabac), à la santé mentale (p. ex. problèmes d'ordre cognitif, dépression) et à leur situation (p. ex. violence, manque de soutien social). Les enquêtes et études canadiennes récentes aident à comprendre partiellement les caractéristiques et la situation des femmes qui consomment de l'alcool pendant leur grossesse. Bien que les données soient éparses et que certaines ne concernent qu'une province, elles sont tout de même significatives. Dans l'ensemble, les femmes ayant un meilleur revenu et qui sont plus âgées sont davantage portées à signaler leur consommation d'alcool pendant la grossesse, les femmes plus jeunes et les femmes plus âgées boivent plus fréquemment, et ce sont plutôt les femmes plus jeunes qui prennent cinq consommations ou plus par occasion et qui ont les revenus les plus bas. Il y a peu d'information sur les variations régionales, mais les données existantes montrent que les taux de consommation d'alcool pendant la grossesse les plus élevés se retrouvent au Québec et les plus bas dans les Provinces atlantiques du Canada. Il est évident qu'il faut poursuivre la recherche.

5.1 Problèmes vécus par les femmes enceintes qui consomment de l'alcool

La recherche actuelle indique que la grossesse constitue, pour un grand nombre de femmes, une raison de réduire ou de cesser leur consommation d'alcool 92-95. Ce n'est pas le cas, cependant, pour toutes les femmes. De plus, il est important de savoir que ce ne sont pas toutes les femmes qui découvrent immédiatement qu'elles sont enceintes, et que, par conséquent, elles continuent de boire pendant le premier trimestre et même après dans certains cas. Ceci peut nous donner un aperçu du profil des femmes qui boivent pendant la grossesse. Il devient alors important de connaître non seulement les taux, la fréquence et les niveaux de consommation d'alcool des femmes pendant la grossesse, mais aussi leurs caractéristiques et leur situation, afin d'éclairer les discussions actuelles sur les stratégies et les approches les plus efficaces. Tout comme l'examen des données sur les habitudes de consommation d'alcool chez les femmes, les enquêtes et la recherche présentées dans la présente section ne permettent pas de tout expliquer. Elles donnent par contre un point de départ qui aide à décrire les femmes qui boivent bien qu'elles soient enceintes, et un aperçu de l'étendue des facteurs étroitement liés qui influencent leur vie. Cela est essentiel pour cerner correctement et complètement les facteurs de risque pour des populations spécifiques96.

Un rapport de 2004 sur le traitement de l'alcoolisme et de la toxicomanie chez les femmes publié par l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime décrit les femmes aux prises avec des problèmes de consommation de substances comme de manière générale…

…ayant moins de ressources (éducation, emploi, revenu) que les hommes, étant plus susceptibles d'avoir un partenaire alcoolique ou toxicomane, ayant la garde des enfants et ayant des problèmes plus graves au début du traitement. …[Elles] affichent également des taux plus élevés que les hommes de traumatismes liés à des abus physiques et sexuels et à des troubles psychiatriques concomitants, particulièrement le stress post-traumatique et d'autres troubles de l'humeur et troubles anxieux (1).

D'après la documentation canadienne sur la consommation d'alcool pendant la grossesse, les femmes enceintes font face à de nombreuses autres problématiques interreliées entourant leur consommation de substance. La consommation d'autres substances est l'un des éléments déjà mentionné. D'autres éléments sont reliés aux questions d'ordre social, juridique, ou du domaine de la santé97-101 (voir Tableau 1 ci-dessous). Il est important de savoir que les diverses études ne s'accordent pas totalement sur ces éléments102, ils correspondent cependant à un modèle que l'on retrouve dans la documentation américaine103-109. Il est important également de savoir que, chez les femmes autochtones du Canada, ces éléments se rattachent au contexte de l'oppression coloniale et à ses conséquences, comme la marginalisation sociale et économique actuelle et le lien intergénérationnel entre l'instruction en pensionnat et le SAF/ETCAF chez les peuples autochtones110.

L'on peut avoir un aperçu des conditions concomitantes qui touchent les femmes enceintes consommant de l'alcool en étudiant les mères naturelles d'enfants atteints du SAF. Un important projet de recherche dans l'État de Washington aux États-Unis par Astley et autres (2000) a décrit le profil de femmes qui ont donné naissance a un enfant atteint du SAF, et défini les éléments qui ont aidé la mère à parvenir à l'abstinence ou au contraire qui l'en ont empêché111 xxiii. Sur 80 femmes participant à l'étude, 50 étaient parvenues à l'abstinence au moment de leur entrevue et 25 n'y étaient pas parvenues. Dans l'ensemble les participantes présentaient un risque élevé, bon nombre d'entre elles étant aux prises avec des problèmes de santé mentale ou ayant été victimes d'abus, ce qui correspond aux caractéristiques susmentionnées. En ce qui concerne la situation des femmes qui sont parvenues à l'abstinence, Ashley et autres ont indiqué qu'elles avaient en moyenne :

Tableau 1 : Résumé des conditions concomitantes vécues par les femmes enceintes qui consomment de l'alcool
parent unique violence, mauvais traitements, abus sexuel, traumatisme
enfant(s) en foyer d'accueil/changements de foyer démêlés avec le système judiciaire pénal
faible revenu/statut socio-économique/ pauvreté faible soutien social
accès limité aux soins et services prénatals/postnatals naissance antérieure d'un enfant avec exposition prénatale à l'alcool et (ou) à d'autres drogues
sentiment/expérience de perte de contrôle faibles niveaux de scolarité et d'alphabétisation
emploi de subalterne, peu rémunéré problèmes de santé physique et mentale
concomitants troubles cognitifs, peut-être dus à l'ETCAF substances co-existing use of other substancesconsommation concomitante d'autres
grossesse imprévue /grossesses faible estime de soi Honte
facteurs historiques et culturels dépression et autre(s) problème(s) de santé mentale
âge avancé forte consommation d'alcool avant la grossesse mauvaise nutrition
exposition prénatale de la mère elle-même à l'alcool, au tabac ou à d'autres drogues exposition à l'alcool, au tabac ou à d'autres drogues à un jeune âge
environnement médiocre de la petite enfance des femmes (stress, mauvais traitements, négligence) consommation d'alcool et de drogue du père/conjoint pendant la grossesse
déséquilibre physique, mental, social et spirituel logement et conditions de vie instables

un QI beaucoup plus élevé, un revenu familial plus élevé, des réseaux d'appui social plus importants et satisfaisants et qu'elles étaient plus susceptibles d'avoir une appartenance religieuse. Les participantes étaient toutes aussi susceptibles les unes que les autres d'avoir des problèmes de santé mentale, mais celles qui sont parvenues à l'abstinence étaient plus susceptibles d'avoir suivi un traitement….Celles qui sont parvenues à l'abstinence ont signalé des niveaux de consommation d'alcool plus élevés juste avant la naissance de leur enfant et étaient plus susceptibles d'avoir des parents qui avaient des problèmes de consommation d'alcool (513).

Dans son analyse des données de l'ESCC de 2000-2001 pour la province de l'Alberta, l' AADAC révèle de nettes différences selon le revenu chez les femmes qui ont dit avoir consommé de l'alcool au cours de leur dernière grossesse. Les femmes bénéficiant d'un revenu plus élevé étaient davantage portées à révéler leur consommation. Quarante pour cent et demie (40,5 %) des femmes touchant un revenu de plus de 80 000 $ l'ont fait, et ce taux a diminué régulièrement jusqu'à 9,9 % pour les femmes touchant un revenu de 29 999 $ et moins112. Ce résultat pour l'Alberta est corroboré par des analyses de données canadiennes de l'ENSP de 1994-1995 et de l'ELNEJ de 1994-1995. Les deux enquêtes ont révélé que la consommation d'alcool pendant la grossesse était très courante chez les femmes ayant un revenu plus élevé113.

Figure 4 : Différence selon le revenu chez les femmes qui ont déclaré avoir consommé de l'alcool au cours de leur dernière grossesse, 2000-2001

Les données de l'ELNEJ de 1994-1995, 1996-1997 et 1998-1999 indiquent aussi que les femmes plus âgées ont plus tendance à déclarer leur consommation d'alcool pendant la grossesse. Les données les plus récentes de l'ELNEJ de 1998-1999 révèlent que 14,1 % des enfants de moins de deux ans dont la mère avait moins de 25 ans au moment de l'enquête ont été exposés à une certaine quantité d'alcool avant la naissance, à comparer à 21,6 % des enfants dont les mères avaient 35 ans et plus114.

Variations régionales dans la consommation d'alcool

Il y avait peu d'information au sujet des variations régionales dans la consommation d'alcool chez les femmes enceintes, mais, les analyses de l'ELNEF de 1998-1999 montrent que le Québec présente les taux les plus élevés (25,1 %) et les Provinces atlantiques, les plus faibles (7,7 %)121. L'on peut trouver les mêmes résultats dans les analyses de l'ELNEJ de 1994-1995 et de 1996-1997122,123. De plus, une enquête de l'an 2000 sur les femmes canadiennes a constaté que les femmes du Québec étaient beaucoup moins portées à déclarer qu'elles cesseraient de consommer de l'alcool si elles devenaient enceintes124.

L'AADAC a également examiné la fréquence de la consommation d'alcool chez les femmes de l'Alberta enceintes au moment de l'enquête. L'on a découvert que les femmes en âge de procréer appartenant au groupe d'âge des plus jeunes (18 à 20 ans) étaient celles qui étaient les moins susceptibles de boire moins d'une fois par mois. Les femmes des groupes des plus jeunes et des plus âgées (18 à 20 ans et 31 à 44 ans) étaient plus susceptibles de boire plus fréquemment (une à six fois par semaine) que celles âgées de 21 à 30 ans115. L'on fait remarquer dans ce rapport que ces résultats correspondent à la recherche américaine, laquelle indique une fréquence de consommation plus importante chez les collégiennes et chez les femmes plus âgées116.

Pour ce qui est de la quantité d'alcool consommé par occasion chez les femmes de l'Alberta en âge de procréer (18 à 44 ans), les jeunes femmes étaient plus susceptibles de déclarer une consommation de cinq boissons ou plus par occasion (14,1 % des femmes de 18 à 20 ans ont consommé cette quantité une fois ou plus par semaine contre 6,2 % du groupe des 21 à 25 ans). Dans les deux groupes des plus âgées (26 à 44 ans), 3 % seulement des femmes ont dit avoir consommé cinq boissons ou plus par occasion une fois ou plus par semaine. Encore une fois, le rapport souligne que ces résultats concordent avec d'autres recherches sur les habitudes de consommation, y compris les études américaines117. Ainsi, l'enquête de 2002 du Behavioural Risk Factor System révèle que les cuites d'un soir chez les femmes enceintes et les femmes en âge de procréer sont plus fréquentes chez les 18 à 24 ans (19,4 %), suivies des 25 à 34 ans (13,1 %) et des 35 à 44 ans (8,6 %)118. Donc, même si les femmes enceintes de l'Alberta ayant un revenu plus élevé avaient davantage tendance à boire, les femmes enceintes à faible revenu, lorsqu'elles le faisaient, étaient plus susceptibles de prendre une cuite d'un soir (c.-à-d. prendre cinq boissons ou plus par occasion) une fois par mois ou plus souvent (22,4 % des femmes dont le revenu se situe entre 10 000 $ et 19 000 $) et une fois par semaine ou plus (9,2 % des femmes dont le revenu est de moins de 10 000 $, 5,7 % dans le groupe des 10 000 $ à 19 999 $ et de 4 % à 5 % dans le groupe des plus de 20 000)119. L'étude de Saskatoon sur la grossesse et la santé est arrivée à un résultat similaire indiquant que les femmes enceintes à revenu plus élevé sont plus susceptibles de consommer de l'alcool120.


xxiii. L'abstinence était définie comme « n'a pas consommé d'alcool ou n'en consomme que de petites quantités seulement à des occasions spéciales » Astley, S., D. Bailey, C. Talbot, S. Clarren (2000). “Fetal Alcohol Syndrome (FAS) primary prevention through FAS diagnosis: II. A comprehensive profile of 80 birth mothers of children with FAS”. Alcohol & Alcoholism. Vol. 25, No. 5. pp. 513.

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