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Consommation d'alcool et grossesse : Une importante question sociale et de santé publique au Canada

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3 Les habitudes de consommation d'alcool des femmes

Ce que révèlent les études Bien qu'il faille reconnaître les limites des données, les enquêtes montrent que, dans l'ensemble, les trois-quarts des adolescentes et des femmes adultes au Canada disent avoir consommé de l'alcool au cours des 12 mois précédant l'enquête. En moyenne, plus du dixième ont dit avoir trop bu au moins une fois par mois, avec un taux typiquement plus élevé chez les jeunes femmes. La prévalence et la fréquence de la consommation et de la forte consommation d'alcool est plus élevée chez les adolescentes et les jeunes femmes. La consommation d'alcool chez les filles d'âge scolaire semble avoir augmenté entre la fin des années 80 et la fin des années 90, puis s'est relativement stabilisée depuis. Ces constatations soulèvent des inquiétudes pour la santé et la sécurité des jeunes femmes et, si elles sont enceintes, pour le foetus. Il semble que les taux soient encore plus élevés chez les femmes qui ne fréquentent pas d'établissement scolaire ou qui vivent dans la rue, et que leur consommation soit généralement plus risquée que celle de leurs homologues fréquentant l'école secondaire.

Lacunes dans les données des enquêtes

Il convient d'observer qu'il existe des lacunes dans les données des enquêtes, telles que la couverture superficielle des sujets complexes, des ensembles de données non comparables, une évaluation insuffisante de l'impact de la vie sociale, une faible validité, un rappel des répondants médiocre, la sous-estimation et l'incapacité de mesurer certains sujets29. De plus, les femmes marginales, peut-être plus à risque de consommer de l'alcool pendant la grossesse, sont probablement peu touchées par ce type d‘enquête et (ou) peu portées à y répondre.

La documentation établit clairement que les femmes, en général, présentent des taux de consommation d'alcool et de problèmes de consommation plus bas que ceux des hommes27, mais qu'elles risquent davantage cependant de connaître des problèmes reliés à l'alcool28. Cela est dû en partie à des facteurs de nature biologique, tels que la structure corporelle et l'influence hormonale. Des facteurs sociaux spécifiques au sexe, comme l'exposition aux représailles et le manque de soutien social, contribuent également de façon significative aux problèmes causés par l'alcool chez les femmes. Afin d'apporter une information valable aux discussions actuelles sur les meilleures interventions en ce qui concerne la consommation d'alcool chez les femmes et les problèmes qui en découlent, il est important d'abord de se familiariser avec l'ensemble des habitudes de consommation d'alcool des femmes au Canada. Les données présentées dans la présente section et les suivantes proviennent principalement d'articles publiés suite à des enquêtes nationales et provincialesxii. Ces enquêtes rapportent habituellement la prévalence, la fréquence et le niveau de consommation (c.-à-d. combien de femmes consomment de l'alcool, à quelle fréquence et quelle quantité)xiii. Ceci est important car, comme il a été déjà mentionné, l'on a fait le lien entre le développement foetal, la quantité d'alcool consommé (c.-à-d., taux élevés d'alcoolémie) et la fréquence de la consommation. Une consommation excessive d'alcool, à la longue a aussi été associée à de sérieux problèmes de santé chez les femmes, tels que les maladies affectant le foie, le coeur, l'estomac et le cerveau, de même que certains types de cancer30.

D'après une enquête nationale31 de 2004 sur la consommation d'alcool et d'autres drogues chez les Canadiens (de 15 ans et plus), 76,8 % des femmes ont signalé avoir consommé de l'alcool au cours de l'année précédente. L'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de 2000-2001, Cycle 1,1 (ESCC), relativement à la consommation d'alcool de l'année précédente, révèle des faits similaires chez les répondants de 12 ans et plus, dont 73,1 % disent consommer de l'alcool. Parmi les femmes qui ont dit avoir consommé de l'alcool au cours de l'année précédente, la fréquence de la consommation varie grandement : 32,6 % ont bu moins d'une fois par mois, 13,4 % une fois par mois, 16,1 % de 2 à 3 fois par mois, 13,4 % une fois par semaine, 19,7 % de 2 à 6 fois par semaine et 4,8 % tous les jours32.

Figure 1 : Fréquence de consummation, femmes agés 12 ans et plus, 2000-2001

Si l'on examine la quantité d'alcool consommé par les Canadiens, une consommation importante, telle que définie dans l'Enquête sur les toxicomanies au Canada (ETC) de 2004, correspond pour les femmes à quatre consommations ou plus pour la même occasion. Parmi les femmes qui avaient consommé de l'alcool l'année précédente, (15 ans et plus), 3,3 % ont signalé une consommation importante au moins une fois par semaine et 17,0 % au moins une fois par mois33. Dans l'ESCC de 2000-2001 (où la définition de consommation d'alcool importante pour les femmes correspond à cinq consommations ou plus par occasion), 8,3 % des femmes ont dit qu'elles avaient beaucoup consommé au moins une fois par mois. De plus, les données de l'ESCC montrent que deux fois plus de femmes autochtones que non-autochtones ont signalé ce niveau de consommation34. En plus des limites des données provenant des enquêtes déjà soulignées, le fait que l'on ne s'entende pas sur la définition des variables ne facilite pas la comparaison des ensembles de données. Cela peut contribuer à expliquer la différence susmentionnée dans les niveaux de consommation importante signalés dans l'ETC de 2004 et l'ESCC de 2000-2001. L'on accorde de plus en plus d'attention à la consommation d'alcool chez les adolescentes et les jeunes femmes. L'adolescence étant une période de maturation cérébrale et hormonale, les habitudes de consommation d'alcool pendant cette période peuvent influer sur les habitudes futures, et il est donc probable que la consommation d'alcool dans cette catégorie de la population ait des conséquences à long terme. Selon l'Enquête sur les comportements liés à la santé chez les enfants d'âge scolaire de 2001-2002 (ECSES), 22 % des filles de dixième année, 12 % des filles de huitième année et 2 % des filles de sixième année ont dit qu'elles consommaient tout genre de boissons alcoolisées au moins une fois par semaine35. Les études canadiennes ont aussi révélé que les jeunes ont davantage tendance à avoir des relations sexuelles sans moyens de contraception lorsqu'ils ont consommé de l'alcool36. Une étude américaine indique que le tiers des femmes enceintes de 14 à 21 ans ont dit qu'elles consommaient de l'alcool lorsqu'elles sont devenues enceintes37. Il semble également que les jeunes femmes aient

Figure 2 : Consommation d'alcool chez les jeunes femmes (consomment une boisson alcoolisée une fois par semain ou plus), 2001-2002

Cuites d'un soir

Le niveau de consommation d'alcool chez les adolescentes et les jeunes femmes est particulièrement préoccupant46,47. Les jeunes femmes sont habituellement davantage portées à prendre des cuites d'un soir (c.-à-d. plus de quatre ou cinq boissons par occasion) que les femmes plus âgées. Ainsi, l'Enquête sur les campus canadiens de 1998 fait état de 56,1 % de femmes qui consomment cinq boissons ou plus par occasion au moins une fois durant l'année scolaire et de 25,2 % en consommant huit boissons ou plus par occasion48. Même si l'on ne peut faire de comparaison directe, l'OSDUS de 2003 révèle que 21,7 % des femmes ont dit avoir consommé cinq boissons ou plus par occasion au moins une fois au cours des quatre semaines précédant l'enquête. Ce pourcentage est plus élevé que les 18 % signalés en 2001, mais presque identique aux 21,5 % rapportés en 199949.

tendance à reconnaître leur grossesse plus tardivement que les femmes plus âgées38. Il est également intéressant de s'attarder aux études qui signalent le fait que plus une femme commence tôt à

Aperçu : Consommation d'alcool ou d'autres drogues avant avoir un problème d'alcool plus tard dans la vie39.


Aperçu : Consommation d'alcool ou d'autres drogues avant l'âge de 13 ans

Lors d‘une évaluation informelle du programme d'Edmonton First Steps Fetal Alcohol Spectrum Disorder qui offre un encadrement aux femmes enceintes ou venant d'accoucher qui ont consommé de la drogue ou de l'alcool pendant leur grossesse, l'on a constaté que sur les 96 femmes inscrites au programme, toutes avaient commencé à consommer de l‘alcool et (ou) des drogues avant l'âge de 13 ans40.


Des enquêtes menées au cours des années 90 ont indiqué que la prévalence de la consommation d'alcool chez les élèves du niveau secondaire au Canada avait considérablement augmenté41. L'Ontario Student Drug Use Survey (OSDUS), à laquelle l'on se réfère couramment au sujet des habitudes de consommation d'alcool chez les enfants d'âge scolaire au Canada, a montré que la consommation d'alcool avait baissé à la fin des années 80, mais qu'elle avait augmenté vers la fin des années 90, et qu'elle était relativement stable depuis42. L'ESCC de 2000-2001 signale que 71,1 % des femmes de 15 à 19 ans avaient consommé de l'alcool au cours des 12 mois précédents43. Bien qu'il ne fasse pas de distinction entre les sexes, l'ETC de 2004 signale que 90 % environ des Canadiens âgés de 18 à 24 ans avaient consommé de l'alcool au cours de l'année précédente44. Les données de l'Enquête nationale sur la santé de la population (ENSP) de 1996-1997 montrent également que les jeunes femmes ont plus tendance que les femmes plus âgées à signaler une consommation d'alcool régulière : 59 % des femmes de 20 à 24 ans et 56 % des femmes de 18 à 19 ans buvaient régulièrement, à comparer à 50 % environ des femmes de 25 à 54 ans, 41 % du groupe des 55 à 64 ans, 34 % des 64 à 74 ans et 23 % du groupe des plus de 75 ans45. Il existe peu d'information disponible sur les jeunes marginales, mais d'après les indications, le pourcentage de ces femmes qui consomment de l'alcool est plus élevé, et leurs habitudes de consommation entraînent des risques plus élevés que chez leurs homologues fréquentant l'école secondaire50. Les jeunes femmes sans-abri sont tout particulièrement exposées à un ensemble de risques reliés à leur consommation de drogues dures et également à d'autres comportements à risques51.


xii. Il se peut qu'il y ait d'autres données récentes recueillies au Canada sur la consommation d'alcool des femmes pendant la grossesse celles qui figurent dans le présent document (p. ex., l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de 2003, l'Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes de 2002-2003), toutefois, elles n'étaient pas disponibles pour le présent rapport. Tel que l'indique la section sur la méthodologie, le présent point sur la recherche se concentre uniquement sur les données publiées.

xiii. Les enquêtes examinent également les questions de consommation d'alcool et de la dépendance envers l'alcool chez les groupes à risque élevé en utilisant des outils tels que le Alcohol Use Disorders Identification Test (AUDIT), qui mesure la consommation d'alcool dangereuse et nocive, la dépendance envers l'alcool et certaines conséquences particulières de la consommation d'alcool.

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