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1 Introduction
La consommation d'alcool chez les femmes pendant la grossesse constitue au Canada une importante question sociale et de santé publique, en raison d'une prise de conscience sociétale plus grande relativement aux coûts personnels et sociaux reliés à l'Ensemble des troubles causés par l'alcoolisation foetale (ETCAF). La présent document, qui fait le point sur la recherche, vise à éclairer les discussions actuelles à propos des meilleures approches à adopter face à la consommation d'alcool chez les femmes enceintes, ainsi qu'aux problèmes qui s'y rattachent, fait le sommaire de la documentation canadienne et internationale (principalement américaine). Trois sujets sont abordés : les habitudes de consommation d'alcool des femmes pendant la grossesse (sections III et IV); les caractéristiques et la situation des femmes qui consomment de l'alcool pendant la grossesse (section V); et les interventions sur le plan de la santé publique, des services sociaux, et du système juridique face à la consommation d'alcool chez les femmes enceintes (sections VI - X). Pour chaque sujet, les points forts et les limites de la documentation sont passés en revue, et à partir de là, des recommandations sont proposées pour poursuivre la recherche. S'il y a lieu, l'on discute des répercussions des programmes et des politiques. Le présent rapport s'adresse aux différents partenaires de l'Agence de la santé publique du Canada.
Un grand nombre de facteurs complexes et interdépendants permettent d‘expliquer la consommation d'alcool chez les femmes. Cela s'applique particulièrement à la consommation d'alcool pendant la grossesse. La consommation d'alcool des femmes enceintes ne peut être séparée des autres aspects de leur vie1, tels que la violence et le statut socioéconomique, et il semble souvent difficile d'isoler leur consommation d'alcool d'autres comportements potentiellement dommageables, tels que la consommation de tabac et d'autres drogues. En général, la consommation excessive de substances chez les femmes est liée à un ensemble de facteurs biologiques, génétiques, psychologiques, sociaux, culturels, relationnels, environnementaux, économiques et spirituels2. Néanmoins, il existe de bonnes raisons pour se concentrer sur l'alcool uniquement. La consommation d'alcool pendant la grossesse peut avoir diverses conséquences négatives pour la santé des femmes, y compris sur leur bien-être physique, mental, émotionnel et spirituel, et elle est l'une des premières causes des anomalies congénitales et des retards du développement chez les enfants canadiens3.
Les femmes qui consomment de l'alcool pendant la grossesse risquent de donner naissance à un enfant atteint de l'ensemble des troubles causés par l'alcoolisation foetale (ETCAF), y compris sa forme la plus visible, le syndrome d'alcoolisation foetale (SAF)4,5 i.
Il est difficile d'estimer le nombre d'enfants atteints de l'ETCAF et du SAFii. Les principales difficultés proviennent du fait que la capacité de diagnostic est inadéquate et qu'elle n'est pas uniformément distribuée dans l'ensemble du pays, et aussi du fait que les études se limitent souvent à des populations particulières pas nécessairement représentatives, que certains aspects de la recherche dénotent une faiblesse de méthodologie, et que les études sont en général difficilement comparables6. L'on estime que le SAF présente un taux de 1 à 2 pour 1 000 naissances vivantes, tandis que les taux de l'ETCAF sont moins nets mais de toute évidence plus élevés7. Dans le Cadre d'Action sur l'ETCAF de Santé Canada, son incidence est estimée à 9 pour 1 000 naissances vivantes8. Suite à la récente publication des lignes directrices concernant le diagnostic de l'ETCAF, le calcul de l'incidence deviendra progressivement plus exact. L'on estime également que l'incidence du SAF et de l'ETCAF est plus élevée chez quelques collectivités autochtones du Canada9,10. Certaines études suggèrent des taux allant de 25 à 200 pour 1 000 naissances vivantes dans quelques collectivités nordiques isolées11. Il n'existe pas d'études connues sur le SAF et l'ETCAF chez d'autres populations canadiennes particulières12.
Il est à présent possible de préciser davantage, mais sans certitude, la quantité d'alcool, s'il y en a une, que les femmes peuvent consommer en toute sécurité pendant leur grossesse sans risque d'affecter le foetus13-16. La quantitéiii, le momentiv et la fréquencev de la consommation d'alcool sont des facteurs essentiels permettant de déterminer le risque d'ETCAF; d'autres facteurs cependant aident à déterminer ce risque, tels que l'âge et la santé de la mère, la consommation d'autres substances, ainsi que la prédisposition génétique de la mère et du foetus17. Les plus récentes recherches suggèrent qu'un taux de consommation d'alcool plus modéré pendant la grossesse, comparé à des habitudes de consommation entraînant une alcoolémie importante, peuvent causer des troubles cognitifs à long terme18-20 vi. En l'absence d'information conclusive, Santé Canada et les autres autorités, y compris le Department of Health and Human Services des États-Unis21,22, recommandent que les femmes s'abstiennent de consommer de l'alcool pendant la grossessevii. Les messages publics sur la santé traitent de façon similaire les effets nocifs de l'alcool sur les enfants allaités (ex. : les habitudes de sommeil et de veille, la moindre consommation de lait, les retards du développement de la motricité), et soulignent l'importance de l'horaire de l'allaitement maternel, afin de s'assurer que les femmes et leurs bébés ne soient pas exposés à l'alcool23-25.
Si l'on veut soutenir la santé des femmes enceintes au Canada, et apporter les interventions les plus efficaces, il est essentiel de comprendre les habitudes de consommation des femmes qui consomment de l'alcool pendant la grossesse, les caractéristiques de ces femmes et les circonstances entourant leur consommation. Il est également important d'être informé sur les interventions actuelles au plan de la santé publique, des services sociaux, et du système juridique face à la consommation d'alcool chez les femmes enceintes.
i. « L'ensemble des troubles causés par l'alcoolisation foetale (ETCAF) est un terme générique employé pour décrire la gamme des conséquences qui peuvent survenir chez un individu dont la mère a consommé de l'alcool pendant la grossesse. Ces conséquences peuvent inclure des déficiences physiques, intellectuelles, comportementales et d'apprentissage permanentes. L'expression ETCAF n'est pas proposée en vue de son emploi comme diagnostic clinique » (Chudley, A.E., J. Conry, J.L. Cook, C. Loock, T. Rosales, N. LeBlanc (2005). « Ensemble des troubles causes par l'alcoolisation foetale : lignes directrices canadiennes concernant le diagnostic ». Journal de l'Association médicale canadienne. 172 (5 suppl). pp. s1). « Le syndrome d'alcoolisme foetal (SAF) est un diagnostic médical qui réfère à un ensemble précis d'anomalies liées à la consommation d'alcool durant la grossesse. L'expression effets de l'alcool sur le foetus sert à décrire certaines anomalies imputables à l'alcoolisation du foetus lorsque la consommation d'alcool durant la grossesse est confirmée ». (Santé Canada (2001). The Facts: Fetal Alcohol Syndrome/Fetal; Alcohol Effects. ON: Santé Canada. p. 1).
ii. Il est important de reconnaître dès le début du présent rapport que bien qu'il doit y avoir eu consommation d'alcool pendant la grossesse pour que le bébé soit atteint de l'ETCAF, les taux de prévalence et d'incidence de la consommation ne peuvent être comparés avec ceux de cette affection.
iii. Une consommation d'alcool « dangereuse » est habituellement définie comme cinq consommations ou plus en une occasion, ou une cuite d'un soir. Certains la définissent comme quatre consommations ou plus pour tenir compte du métabolisme plus lent des femmes par rapport à celui des hommes.
iv. Le moment s'entend du stade de la grossesse pendant lequel la femme consomme de l'alcool. Les dommages au foetus causés par l'alcool aux premiers stades de la conception (trois premières semaines) peuvent entraîner une fausse couche; jusqu'à la douzième semaine, ils peuvent inclure des anomalies de la tête et du visage, des lésions cérébrales et un plus faible poids à la naissance; et aux derniers stades la consommation d'alcool peut également entraîner des retards de développement. Alberta Alcohol and Drug Abuse Commission : http://www.aadac.com/547_1222.asp
v. Une fréquence « dangereuse » de consommation d'alcool est généralement définie comme sept verres ou plus par semaine.
vi. L'une des préoccupations à l'égard des études qui se concentrent sur des niveaux de consommation modérée d'alcool est qu'elles négligent souvent la complexité des habitudes de consommation et mesurent des niveaux moyens de consommation. Abel observe que « étant donné que c'est le taux d'alcoolémie, plutôt que la quantité d'alcool consommé qui est le facteur déterminant des dommages au foetus, la différence dans les habitudes de consommation est un facteur essentiel pour déterminer les dangers potentiels de l'alcool » (Abel, E. (1996). Moderate drinking during pregnancy. Clinica Chimica Acta. 246. p. 149-154). Par exemple, le calcul de la consommation moyenne ne tient pas compte des différences entre ces deux scénarios : la femme A a consommé deux boissons alcoolisées le vendredi soir et cinq le samedi soir, et la femme B a consommé une boisson alcoolisée chaque soir avec son dîner.
vii. Les messages de santé publique qu'il convient de diffuser à propos de la consommation d'alcool pendant la grossesse fait l'objet de débats au niveau national tant qu'international. Voir les sections ultérieures sur la prévention pour de plus amples renseignements.
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