Actualités en épidémiologie sur les ITS
avril 1998
Utilisation des contraceptifs oraux et du
condom
Globalement, le nombre de cas déclarés de maladies
transmises sexuellement (MTS) au Canada est à la baisse.
Cependant, les taux de MTS continuent d'être largement
supérieurs à la moyenne chez les Canadiens et les
Canadiennes âgés de 15 à 24 ans surtout
dans les cas de la chlamydiose et de la
gonorrhée1. Par conséquent, il demeure
important que les jeunes se protègent contre les MTS. Bien
que l'abstinence ou le fait d'attendre plus longtemps avant
d'avoir des relations sexuelles constituent des moyens
efficaces d'éviter de contracter des MTS,
l'utilisation appropriée du condom permet de
réduire le risque de transmission des MTS parmi ceux qui
choisissent d'être sexuellement actifs. Chez la femme,
les infections non décelées ou non traitées
peuvent conduire à des complications sévères,
telles les atteintes inflammatoires pelviennes (AIP), les
grossesses extra-utérines et la stérilité. De
plus, les condoms de latex intacts constituent une barrière
mécanique permanente contre la contamination par le virus de
l'immunodéficience humaine (VIH), le VHS, le virus de
l'hépatite B (VHB), Chlamydia trachomatis et le gonocoque.
Dans ce contexte, on craint que les jeunes Canadiens courent des
risques inutiles lorsqu'ils choisissent d'utiliser des
contraceptifs oraux pour prévenir les grossesses puisque
leurs relations sexuelles n'étant pas
protégées, ils risquent de contracter une MTS. Le
problème semble découler de la
nécessité de composer avec deux objectifs, soit
prévenir les grossesses et se protéger contre les
MTS. Il n'existe aucune méthode qui, à elle
seule, permet à la fois de prévenir les grossesses et
de protéger contre les MTS. En effet, les contraceptifs qui
sont les plus efficaces pour prévenir les grossesses, comme
la pilule anticonceptionnelle ou le stérilet, n'offrent
guère de protection contre les MTS. Les condoms, cependant,
protègent contre les MTS, mais ils ne constituent pas les
meilleurs contraceptifs. Le présent document décrit
certains des liens entre l'utilisation de contraceptifs oraux
et l'utilisation du condom.
Les contraceptifs oraux doivent être
utilisés en parallèle avec le condom
- Les femmes qui prennent des contraceptifs oraux pour
prévenir les grossesses devraient également utiliser
un condom pour se protéger contre les MTS; or, des
données de recherche indiquent que ces m"mes femmes ne
songent pas nécessairement au condom comme mesure de
précaution contre les MTS2.
- Une étude effectuée en 1995 (n=1438) a
révélé que seulement 27 % des femmes qui
utilisaient des contraceptifs oraux avaient simultanément
recours au condom.
Le risque de MTS est souvent sous-estimé par les
femmes qui utilisent des contraceptifs oraux
- Une analyse secondaire du sous-ensemble des étudiants de
collèges et d'universités visés dans
l'Étude sur les jeunes Canadiens face au sida
(âgés en moyenne de 19,7 ans) a fait
état d'un lien complexe entre le nombre de partenaires,
l'utilisation du condom et l'utilisation de contraceptifs
oraux. Les étudiants qui avaient un plus grand nombre de
partenaires sexuels étaient plus susceptibles d'utiliser
des contraceptifs oraux et moins susceptibles d'utiliser des
condoms4. Dans cette étude, parmi les personnes
qui avaient eu 10 partenaires ou plus durant leur vie,
seulement 21 % des hommes et 7,5 % des femmes ont
déclaré utiliser le condom
régulièrement. Dans l'ensemble, 24,8 % des
hommes et 15,6 % des femmes ont déclaré utiliser
le condom régulièrement.
- Une étude effectuée en 1994 auprès de
femmes américaines exposées au risque d'infection
à VIH a révélé que celles qui
utilisaient régulièrement des contraceptifs oraux
étaient beaucoup plus nombreuses à évaluer le
risque d'infection à VIH comme «très peu
probable» (73 % par opposition à 58 %),
même après que les différences réelles
entre les groupes quant au risque eurent été
vérifiées5. Les croyances concernant
l'efficacité d'une méthode pour
empêcher les grossesses peuvent porter à
généraliser et à conclure à son
efficacité pour prévenir les maladies.
- En 1995, une étude brésilienne
effectuée auprès de partenaires de sexe
féminin d'hommes séropositifs a
révélé que l'utilisation de contraceptifs
oraux était associée à un certain nombre de
comportements à risque, dont les relations anales,
l'omission d'utiliser un condom durant les relations anales
et le nombre élevé de relations sexuelles avec un
partenaire. L'utilisation des contraceptifs oraux était
également associée à des facteurs qui
pourraient indiquer qu'on ne se perçoit guère
vulnérable aux MTS, par exemple le fait qu'on n'a
jamais eu de MTS auparavant et que son partenaire ne montre aucun
symptôme clinique du VIH6.
La grossesse est la conséquence des relations
sexuelles dont les adolescents s'inquiètent le
plus
- Dans l'Étude sur les jeunes Canadiens face au sida,
les répondants devaient indiquer quelles étaient les
conséquences possibles des relations sexuelles qui les
inquiétaient le plus. Dans tous les groupes
étudiés, soit les élèves de
11e année, les décrocheurs et les
étudiants de collège et d'université, la
grossesse a été la réponse la plus
fréquente. Environ 57 % des élèves de
11e année (femmes et hommes confondus) et
59,5 % des étudiants de collège et
d'université considéraient la grossesse comme la
conséquence des relations sexuelles qui soulevait le plus
d'inquiétude. Par ailleurs, seulement 4 % des
élèves de 11e année et des
étudiants de collège et d'université
étaient d'avis que les MTS étaient la
conséquence qui les inquiétait le
plus7.
- En 1992, une étude norvégienne a
révélé que la majorité des adolescents
qui utilisent des contraceptifs le font dans le but de
prévenir les grossesses et non pour se protéger
contre les MTS2. Selon cette étude,
l'utilisation des contraceptifs oraux était
généralisée parmi les adolescentes qui avaient
des rapports sexuels fréquents et un nombre restreint de
partenaires sexuels.
Les relations monogames ne protègent pas contre
le risque de MTS
- Souvent, les adolescents ont plusieurs relations monogames
successives; ils perçoivent donc généralement
le risque de MTS comme étant faible, perception qui est
parfois irréaliste, et ils jugent moins nécessaire
d'utiliser un condom pour se protéger contre le risque
de MTS2. Les adolescents qui ont des relations monogames
perçoivent la relation comme étant
«sûre» et estiment que leur partenaire semble
«sans risque».
- Au fur et à mesure que les partenaires apprennent
à se connaître, ils ont davantage tendance à
délaisser le condom au profit des contraceptifs oraux,
étant donné que tous deux ont confiance l'un en
l'autre et qu'ils se croient à l'abri des MTS.
Leur définition de la monogamie contribue à ce
sentiment d'invincibilité5.
Sensibilisation au rôle du condom dans la
prévention des MTS
- Une étude américaine effectuée
en 1996 a révélé qu'une intervention
visant à sensibiliser au sida incitait à utiliser des
moyens de contraception plus efficaces et permettait de comprendre
le rôle des méthodes de barrière dans la
prévention des MTS. Après avoir participé
à une activité de sensibilisation au sida, plus de
80 % des membres d'un groupe de 383 jeunes
Afro-Américains de 9 à 15 ans visés dans
une étude longitudinale ont déclaré utiliser
des condoms parallèlement à des contraceptifs
oraux8, ce qui est beaucoup plus élevé que
le chiffre de 66 % obtenu avant l'intervention. Les jeunes
ayant participé à une activité de
sensibilisation avaient également davantage tendance
à utiliser plus efficacement les méthodes
contraceptives dites de barrière.
- Au Canada, on a élaboré plusieurs programmes et
activités d'information axés sur la santé
sexuelle. Mentionnons par exemple le Fisher and Fisher's
Information-Motivation-Behavior Skills Model, les campagnes de
sensibilisation à l'utilisation du condom et de la
pilule (à l'intention du personnel soignant) des
Services de santé de Calgary, le programme
d'éducation sur les compétences pour des
relations saines, élaboré à
l'Université Queen's et les Lignes directrices pour
l'éducation en matière d'hygiène
sexuelle. L'évaluation de ces programmes a permis de
conclure que ces derniers contribuent à accroître
sensiblement l'utilisation du condom, à réduire
le nombre de partenaires sexuels et à retarder les
premières relations sexuelles9.
Références
- Laboratoire de lutte contre la maladie. Surveillance des
maladies transmises sexuellement au Canada : 1995 rapport
annuel. CCDR 1998;24S1:1-32.
- Traeen B et coll. Use of birth control pills and condoms
among 17-19-year-old adolescents in Norway: contraceptive versus
protective behavior? AIDS Care 1992;4(4):371-80.
- Boroditsky R, Fisher WA, Sand M. Condoms: attitudes and
practices of Canadian women. The 1995 Canadian Contraception
Study. J Soc Obstet Gynecol Can (special supplement) December,
1996.
- MacDonald et coll. High-risk STD/HIV behavior among college
students. JAMA 1990;263(23):3155-9.
- Galavotti C, Schnell DJ. Relationship between contraceptive
method choice and beliefs about HIV and pregnancy prevention. Sex Transm Dis 1994;21(1):5-7.
- Guimares MD et coll. HIV infection among female partners of
seropositive men in Brazil. Am J Epidemiol
1995;142(5):538-47.
- King A et coll. Étude sur les jeunes Canadiens face au
sida, Université Queen's à Kingston, 1988.
- Stanton BF et coll. Sexually transmitted diseases, human
immunodeficiency virus, and pregnancy prevention: combined
contraceptive practices among urban African-American
adolescents. Arch Pediatr Adolesc Med 1996;150(1):17-24.
- Maticka-Tyndale E. Reducing the incidence of sexually
transmitted disease through behavioural and social change. Can
J Human Sex 1997;6(2):89-104.
Pour partager cette page, veuillez cliquez sur le réseau sociale de votre choix.