avril 2003
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VIH/sida
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L'infection à VIH et le sida chez les jeunes au Canada
Introduction
Bien que les jeunes (soit les personnes de 10 à 24 ans) représentent actuellement une faible proportion du nombre total de cas d'infection à VIH et de sida signalés au Canada, ce groupe a été fortement touché par l'épidémie d'infection à VIH/sida à l'échelle mondiale. Selon le rapport le plus récent d'ONUSIDA, environ 11,8 millions de personnes de 15 à 24 ans vivent avec le VIH/sida, et la moitié de toutes les nouvelles infections dans le monde surviennent chez des jeunes1. Ces derniers sont vulnérables en général à l'infection à VIH à cause de nombreux facteurs, dont les comportements sexuels à risque, la toxicomanie (y compris l'injection de drogues) et la perception que le VIH ne constitue pas une menace pour eux. Les jeunes Canadiens doivent disposer des renseignements et des habiletés nécessaires pour adopter et conserver des comportements qui les protègent contre le VIH. Le présent numéro des Actualités en épidémiologie fait le point sur la situation de l'infection à VIH et du sida chez les jeunes Canadiens. On y décrit également les comportements à risque associés à l'infection à VIH dans cette population.
Données sur le sida2
En date du 30 juin 2002, 18 332 cas de sida dont on connaissait l'âge ont été signalés au Centre de prévention et de contrôle des maladies infectieuses (CPCMI). De ce nombre, 627 (3,4 %) étaient des jeunes de 10 à 24 ans.
Comme le montre le tableau 1, près des deux tiers des cas cumulatifs de sida signalés chez les jeunes de 10 à 19 ans étaient associés à l'administration de sang et de produits sanguins. Près de la moitié des jeunes sidéens de 20 à 24 ans étaient des hommes qui avaient des relations sexuelles avec d'autres hommes (HRSH) et 20 % avaient des contacts hétérosexuels.
Tableau 1 : Nombre de cas déclarés de sida et leur distribution selon les catégories d'exposition ( %) chez les jeunes de 10 à 24 ans au Canada, en date du 30 juin 2002.
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UDI = Utilisateurs de drogue par injection, HRSH = Hommes qui ont des relations sexuelles avec d'autres hommes
1 Les pourcentages sont basés sur le nombre total de cas moins les rapports où la catégorie d'exposition était inconnue ou « non identifiée ».
* Le mode de transmission est connu mais ne peut être classé dans l'une ou l'autre des principales catégories d'exposition.
Données sur le dépistage du VIH2
Les données transmises par les programmes provinciaux et territoriaux de dépistage du VIH ne permettent pas de distinguer les groupes d'âge de 10 à 14 ans et de 20 à 24 ans avant 1998, ce qui limite l'analyse des données sur les rapports de test positif pour le VIH chez les jeunes.
Au 30 juin 2002, 46 801 cas séropositifs dont on connaissait l'âge avaient été signalés au CPCMI. De ce nombre, 684 (1,5 %) avaient entre 15 et 19 ans, et 12 595 (26,9 %) entre 20 et 29 ans.
La proportion de femmes séropositives varie considérablement selon l'âge et est la plus forte chez les adolescentes et les jeunes adultes. En 2001, les femmes représentaient 44,5 % des cas séropositifs chez les jeunes de 15 à 29 ans, soit une augmentation de 41 % par rapport à 2000.
En ce qui concerne la première moitié de 2002, 40 % des sujets séropositifs de 20 à 29 ans dont on connaissait la catégorie d'exposition avaient eu des contacts hétérosexuels, 40 % étaient des HRSH et 15 % s'étaient injecté des drogues. Les contacts hétérosexuels et l'injection de drogues étaient les catégories d'exposition chez 55 % et 36 %, respectivement, des sujets séropositifs de 15 à 19 ans (n=19).
En tout, 708 rapports de test positif pour le VIH concernant des personnes de moins de 15 ans avaient été transmis en date du mois de juin 2002. Parmi les 354 cas dans ce groupe dont on connaissait la catégorie d'exposition, plus de 90 % citaient la transmission périnatale et l'exposition à du sang ou des produits sanguins infectés comme facteurs de risque.
Incidence et prévalence du VIH chez les jeunes
Les renseignements sur la prévalence et l'incidence du VIH combinés aux données de surveillance du VIH/sida sont plus utiles que les seules données de surveillance pour dépeindre l'ampleur actuelle de l'épidémie d'infection à VIH dans les divers sous-groupes de Canadiens. Jusqu'à présent, un petit nombre d'études au Canada ont examiné la prévalence ou l'incidence du VIH chez les jeunes, bien que la plupart des recherches se soient intéressées aux populations à risque plus élevé :
Dans la Vancouver Injection Drug User Study (VIDUS), la prévalence du VIH chez les utilisateurs de drogues par injection de 24 ans et moins entre 1996 et 2001 s'établissait à 17 %. L'incidence de l'infection à VIH chez les participants de ce groupe d'âge s'élevait à 2,96 pour 100 années-personnes chez les hommes et à 5,69 chez les femmes3.
Dans l'Étude de cohortes sur les jeunes de la rue de Montréal, les participants âgés de 14 à 25 ans ont été observés à partir de janvier 1995. La prévalence de l'infection à VIH au moment du recrutement dans la cohorte était de 1,4 % (14 sujets sur 1 013). L'incidence de l'infection à VIH jusqu'en septembre 2000 se chiffrait à 0,69 pour 100 années-personnes4. Chez les jeunes de la rue de Montréal de sexe masculin qui déclaraient avoir des relations sexuelles avec d'autres hommes, la prévalence s'établissait à 4,9 % et l'incidence à 1,2 pour 100 années-personnes4,5.
Une prévalence de 0,25 % a été relevée au milieu des années 90 chez les contrevenants de 12 à 19 ans en Colombie-Britannique, dont bon nombre avaient des antécédents d'injection de drogues6.
La surveillance de l'infection à VIH exercée par les hôpitaux sentinelles au Québec (début des années 90)7 ainsi qu'une étude des femmes qui consultent pour des soins prénatals en Colombie-Britannique (début des années 90)8 et une enquête sur les jeunes de tout le Canada participant à un programme d'échange international (première moitié des années 1990)9 font état de taux de prévalence de 0,04 % à 0,08 % chez les jeunes de 14 à 25 ans. Dans une étude menée à la fin des années 90 et portant sur des femmes qui voulaient se faire avorter à Montréal, la prévalence de l'infection à VIH chez celles de 20 à 24 ans s'élevait à 0,0015 %, et aucune infection n'a été détectée chez les femmes de moins de 20 ans10. Il convient de noter que ces dernières études portaient sur des échantillons de jeunes relativement modestes et non représentatifs; une prévalence nulle ou très faible n'est donc pas nécessairement rassurante.
Données sur les comportements à risque chez les jeunes
Les recherches montrent que les jeunes Canadiens commencent à avoir des relations sexuelles à un âge relativement précoce :
Une proportion importante de jeunes rapportent avoir eu de nombreux partenaires sexuels au cours de l'année précédente :
Parmi les répondants célibataires qui n'en étaient pas à leurs premières expériences sexuelles (jamais mariés, divorcés et veufs) dans l'ENSP de 1996, 29,4 % des hommes de 15 à 19 ans avaient eu plus d'un(e) partenaire sexuel(le) au cours des 12 mois précédents, contre 27,5 % des hommes de 20 à 24 ans. Pour leur part, 21,8 % des femmes de 15 à 19 ans et 21,9 % des femmes de 20 à 24 ans avaient eu plus d'un partenaire sexuel au cours de cette période11.
Dans une étude portant sur les jeunes hommes gais et bisexuels de 15 à 30 ans à Vancouver, 16 % des sujets ont dit échanger leurs faveurs sexuelles contre de l'argent ou de la drogue. La prévalence de l'infection à VIH chez des sujets qui s'étaient adonnés à la prostitution était beaucoup plus élevée que chez les autres (7,3 % c. 1,1 %) et l'incidence était également plus élevée (4,7 c. 0,9 pour 100 année-personnes)12.
Les études montrent que de nombreux jeunes Canadiens ont des relations sexuelles non protégées. Il semble qu'un plus grand nombre de jeunes femmes que de jeunes garçons n'ont pas recours au condom :
Dans l'ENSP de 1994 (si l'on excluait les sujets qui avaient un seul partenaire et qui étaient mariés, en union de fait, divorcés ou veufs), 51 % des jeunes femmes et 29 % des jeunes garçons sexuellement actifs de 15 à 19 ans ont dit n'avoir jamais utilisé ou avoir utilisé seulement parfois un condom au cours de l'année précédente13. Les pourcentages correspondants dans le groupe des 20 à 24 ans étaient de 53 % et de 44 %13.
Dans une étude en cours à Montréal sur les jeunes de la rue, seulement 13,2 % des participants ont dit toujours utiliser le condom durant des relations vaginales, mais seulement 32,4 % s'en servaient toujours durant les rapports anaux14.
Les taux de chlamydiose et de gonorrhée chez les 15 à 24 ans donnent une idée de la fréquence des relations sexuelles non protégées chez les jeunes :


Les recherches révèlent qu'il est nécessaire d'effectuer une évaluation continue de la fréquence de l'injection de drogues et des comportements à risque liés à cette pratique chez les jeunes, en particulier les jeunes de la rue :
Dans une étude des UDI de Calgary effectuée en 1998, 46 % des participants qui avaient moins de 25 ans disaient avoir emprunté du matériel d'injection au cours des 6 mois précédents comparativement à 24 % des participants de 25 ans ou plus17.
Selon des résultats récents de l'Étude de cohorte sur les jeunes de la rue de Montréal, qui se poursuit toujours, 47,2 % des participants avaient des antécédents d'injection de drogues4. Une proportion alarmante de jeunes de la rue avaient commencé à s'injecter des drogues, soit environ 7,9 pour 100 années-personnes18.
Commentaire
L'infection à VIH et le sida affectent de nombreux sous-groupes de Canadiens, y compris les jeunes. Bien que les données limitées dont on dispose semblent indiquer que la prévalence de l'infection à VIH est actuellement faible chez les jeunes, les données sur les comportements sexuels à risque et les MTS montrent clairement qu'il existe un risque de propagation de cette infection chez les jeunes Canadiens. Il faut recueillir plus d'information sur l'incidence et la prévalence de même que sur les tendances relatives aux comportements à risque pour le VIH afin de pouvoir orienter et évaluer les programmes de prévention destinés aux jeunes Canadiens. Il faut également des données épidémiologiques et comportementales sur les jeunes à risque élevé, tels que les jeunes de la rue, afin de pouvoir effectuer une évaluation complète du risque de transmission du VIH chez les jeunes du Canada.
Références
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juillet 2002, Genève.
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Roy E, Hayley N, Boivin JF, Frappier JY, Claessens C, Lemire N. «Étude de cohortes sur l'infection au VIH chez les jeunes de la rue de Montréal.» Rapport final au LLCM, mars 1998 et Roy E. (communication personnelle à M. Nguyen, Division de l'épidémiologie et de la surveillance du VIH/sida, Centre de prévention et de contrôle des maladies infectieuses, ASPC, Santé Canada, avril 1999).
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Santé Canada. Tableaux des données relatives aux MTS, Annexe 2. Division de la lutte contre les MTS, CPCMI, Santé Canada. http://www.phac-aspc.gc.ca/std-mts/
17. Guenter CD, Fonesca K, Nielsen DM, et coll. HIV Prevalence Remains Low Among Calgary's Needle Exchange Program Participants. Can J Public Health 2000; 91(2);129-132.
Pour obtenir plus de renseignements consulter :
| Division de
l'épidémiologie et de la surveillance du
VIH/sida Centre de prévention et de contrôle des maladies infectieuses Agence de la santé publique du Canada Pré Tunney, Indice de l'adresse 0900B1 Ottawa, (Ontario) K1A 0L2 Téléphone : (613) 954-5169 Fax: (613) 946-8695 |
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