avril 2003
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VIH/sida
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La surveillance des souches de VIH-1 au Canada
Introduction
Deux types de VIH ont été caractérisés chez les humains, le VIH-1 et le VIH-2. Ces deux types peuvent causer le sida. Le VIH-2 est moins répandu que le VIH-1 et est surtout présent en Afrique occidentale. Le VIH-1 peut être divisé en trois grands groupes : « M2 » (majeur), « O » (outlier) et « N » (nouveau)1. La grande majorité des isolats se retrouve dans le groupe « M ». Des sous-types distincts à l'intérieur du groupe « M » ont également été identifiés. Citons les sous-types A à E (le sous-type E est également appelé CRF01_AE (forme recombinante en circulation, CRF A/E)), les sous-types F à H, J et K2. Les sous-types A et C du VIH-1 sont les plus répandus, étant responsables d'environ la moitié des infections à VIH-1 dans le monde. Au Canada, aux États-Unis et en Europe de l'Ouest, le sous-type B prédomine. À cause des voyages et de la migration, les sous-types non-B sont de plus en plus souvent signalés cependant dans ces régions du monde.
Le présent numéro des Actualités en épidémiologie décrit les raisons pour lesquelles la surveillance des souches du VIH est importante et résume les activités de surveillance des souches de VIH au Canada et la prévalence des souches différentes de VIH aux États-Unis et en Europe de l'Ouest.
Pourquoi surveiller les souches de VIH?
Le Programme canadien de surveillance des souches et de la résistance aux médicaments ayant trait au VIH (PCSSRMV) regroupait au départ un ensemble intégré de projets visant à améliorer la surveillance nationale du VIH. Grâce à la collaboration des provinces, des territoires et de Santé Canada, des échantillons de laboratoire (sérum de cas qui viennent d'être trouvés séropositifs) et les données épidémiologiques correspondantes sont transmis par les laboratoires provinciaux de santé à Santé Canada pour que celui-ci caractérise les souches de VIH et évalue la pharmacorésistance. Les résultats sont communiqués aux principaux intéressés, notamment les provinces et les territoires, une fois les analyses terminées. Un des principaux objectifs de ce programme est d'exercer une surveillance systématique des sous-types de VIH au Canada dans les quatre buts suivants :
Améliorer le diagnostic et les
stratégies de dépistage du VIH
En
raison de la grande diversité génétique du
VIH, les tests diagnostiques ne peuvent pas toujours
détecter de manière fiable les différentes
souches de VIH en circulation3,4. La section sentinelle
du PCSSRMV, par l'entremise des services de
référence des Laboratoires nationaux du VIH/sida,
tente d'atteindre ce but en analysant les échantillons
dont les résultats sont inhabituels. Si l'on
connaît les souches de VIH en circulation, on peut modifier
les tests actuels afin de s'assurer que tous les cas
séropositifs sont détectés au moment du
dépistage. Ces connaissances permettent également de
garantir la sûreté des réserves de sang vu que
les tests de dépistage utilisés dans les dons de sang
devraient permettre de détecter les variants du VIH en
circulation.
Faciliter la mise au point de
vaccins
Il importe de connaître la
distribution des sous-types viraux et les variations à
l'intérieur des sous-types afin de mieux cibler les
activités de mise au point de vaccins et les analyses
étant donné que l'efficacité réelle
et potentielle des vaccins peut dépendre du
sous-type3,4.
Évaluer les tendances relatives à la
transmission du VIH
Bien qu'on ait eu
recours à des analyses génétiques pour
évaluer la propagation du VIH dans le monde4,5,
on s'entend peu sur l'effet des différences dans le
VIH sur les taux de transmission sexuelle et
maternelle6-9. Certaines études font état
de différences dans les propriétés biologiques
de sous-types de VIH-110-12, mais ces différences
doivent être confirmées. Le fait de connaître la
distribution des variants du VIH au Canada ainsi que les facteurs
épidémiologiques correspondants aidera à
évaluer l'effet de toute différence au niveau de
la transmissibilité. Les répercussions de telles
observations sur le plan de la santé publique, notamment
pour les stratégies de prévention et de traitement,
présentent un grand intérêt.
Évaluer la pathogenèse de
l'infection à VIH et la progression des maladies
associées au virus
Bien que la vitesse de
progression des maladies associées au VIH dépend de
nombreux facteurs, dont les facteurs liés à
l'hôte, les données semblent indiquer que les
réponses immunitaires sont moins affaiblies par le VIH-2 que
par le VIH-113,14, ce qui mérite d'être
clarifié. Alors que certaines études semblent
indiquer que les sous-types génétiques jouent un
rôle dans la progression de la maladie, d'autres
soutiennent le contraire. Bon nombre de ces études ont
été examinées par Hu et ses
collègues3 et par Tatt et son
équipe4. Cette question doit être
examinée plus à fond.
Distribution des sous-types de VIH-1
Canada:
Tableau 1: Distribution des sous-types de VIH-1
|
a Le sous-type recombinant A/E a également été appelé sous-type E
Selon les résultats préliminaires du PCSSRMV, une proportion importante de personnes infectées par un sous-type non-B du VIH-1 sont des femmes, sont d'origine africaine ou asiatique ou ont cité les contacts hétérosexuels comme leur principal facteur de risque15. Ces corrélations peuvent probablement s'expliquer par les voyages et la migration en provenance de zones d'endémicité où des sous-types différents de VIH-1 prédominent et où les contacts hétérosexuels constituent le principal facteur de risque d'infection à VIH-1.
En 1995, un cas d'infection par le sous-type A du VIH-1 a été signalé chez un homme né en Afrique qui avait émigré au Canada en 198316.
Le BC Centre for Excellence in HIV/AIDS a effectué des analyses génétiques du VIH couplées à des études de cohorte et aux données du programme de traitement de l'infection à VIH de la C.-B. Ces études semblent indiquer qu'en C.-B., les sous-types non-B sont à l'origine d'au moins 4 % des infections à VIH chez les personnes qui entreprennent un traitement médicamenteux17. Les sous-types A, C et D du VIH-1 ont également été détectés.
Des souches de VIH-2 ont été détectées au Canada dès 198818.
Selon les études existantes sur les populations à haut risque, le sous-type B est le sous-type de VIH-1 le plus fréquent au Canada.
En 1998, les échantillons sérologiques de 31 personnes séropositives des deux sexes, représentant environ 25 % des personnes reconnues séropositives à Terre-Neuve, étaient tous infectés par le sous-type B19.
En 1999, toutes les séquences de VIH-1 analysées chez les utilisateurs de drogues par injection infectés (n = 17) et les hommes infectés qui avaient des relations sexuelles avec d'autres hommes (n = 5) et qui résidaient à Montréal20 appartenaient au sous-type B.
En date de novembre 2000, tous les échantillons des 31 sujets qui ont présenté une séroconversion dans la cohorte POLARIS en Ontario étaient infectés par le sous-type B21.
États-Unis :
Dès 1993, la présence du sous-type D a été signalée aux États-Unis22.
D'après les résultats de la surveillance sentinelle continue des souches et de la pharmacorésistance exercée par les CDC, 1,6 % des cas nouvellement diagnostiqués d'infection à VIH étaient porteurs du sous-type A (n = 321)23.
Dans une autre étude de cohorte portant sur 88 sujets naïfs qui s'étaient présentés à un hôpital de Boston en 1999, neuf (10 %) étaient infectés par un sous-type non-B de VIH-1 (sous-types A, C et E et A/G recombinant). Toutes ces personnes étaient nées à l'extérieur des États-Unis24.
Dans une étude en population générale portant sur les personnes atteintes d'une infection à VIH ou du sida qui étaient considérées comme à haut risque pour une infection par le groupe O d'après leur pays de naissance (n = 155), 2 cas d'infection par le groupe « O » et 27 cas dus au groupe M, non-B ont été détectés. Les deux cas d'infection dus au groupe « O » ont été décelés chez des personnes nées en Afrique25.
Europe de l'Ouest :
Une augmentation de la prévalence des sous-types non-B du VIH-1 a été signalée dans certains pays d'Europe de l'Ouest, et la plupart de ces infections provenaient de pays où les sous-types non-B prédominaient. Bon nombre de ces études ont été passées en revue par Thomson et Najera26.
Des souches de VIH du groupe « O », qui se rencontre le plus souvent en Afrique occidentale, ont été isolées en Europe de l'Ouest, notamment dans des pays comme la Norvège27, l'Espagne28 et la France29.
Des souches recombinantes de VIH-1 ont également été détectées dans des pays comme le R.-U.30, l'Espagne31 et la Grèce32.
Commentaire
L'introduction de variants du VIH au Canada remettra inévitablement en question les tests diagnostiques et les algorithmes d'interprétation existants. Selon l'impact qu'auront les sous-types sur l'efficacité réelle et théorique des vaccins, l'orientation des recherches et des tests futurs dans le domaine des vaccins pourrait s'en trouver modifiée. Et selon les découvertes qui seront faites concernant la transmissibilité, la pathogénicité et le traitement spécifique de chaque sous-type, l'épidémie d'infection à VIH au Canada pourrait prendre un nouveau visage. Il est donc important d'entreprendre la collecte et l'analyse systématique des données issues de la surveillance des souches au Canada.
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