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Comportements à risque chez les utilisateurs de drogues par injection au Canada

Points saillants

Les données disponibles indiquent que le partage du matériel d'injection de drogue demeure fréquent chez les UDI.

Les recherches montrent que les UDI ont fréquemment des rapports sexuels non protégés.

Il faut obtenir des données sur les tendances comportementales afin de pouvoir interpréter de manière fiable les changements qui se produisent dans l'incidence et la prévalence du VIH chez les UDI et de faciliter l'évaluation des programmes de prévention qui visent cette population.

Actualités en épidémiologie VIH/SIDA

avril 2003

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Comportements à risque chez les utilisateurs de drogues par injection au Canada


Introduction

En 1999, 34,1 % des quelque 4 190 nouveaux cas d'infection à VIH au Canada ont été recensés parmi les utilisateurs de drogues par injection (UDI)1, contre 46,7 % des 4 200 nouveaux cas estimés d'infection à VIH en 19961. En dépit d'une légère diminution du nombre estimatif de nouvelles infections chez les UDI au cours de cette période, le VIH demeure un problème majeur parmi les UDI. Une tendance similaire a été observée dans le nombre de cas séropositifs attribués à l'utilisation de drogues par injection et signalés au Centre de prévention et de contrôle des maladies infectieuses (CPCMI). Le pourcentage de cas séropositifs signalés qui était associé à l'utilisation de drogues par injection est passé de 33,5 % en 1997 à 28,7 % en 1999 et à 25,3 % à la fin de 20012. Faute de vaccin contre le VIH, la modification du comportement demeure l'outil principal de prévention de l'infection à VIH chez les UDI. Cette approche concerne autant les UDI infectés que ceux qui ne le sont pas et vise surtout leur comportement sexuel et leurs habitudes de partage des seringues. Dans cet article sont décrits succinctement les comportements à risque, qu'ils soient sexuels ou qu'ils aient trait à l'injection de drogues, chez les UDI au Canada.

Le partage des seringues et du matériel d'injection : une pratique à éviter

Le partage (prêt ou emprunt) d'aiguilles et de seringues constitue un mode reconnu de transmission du VIH et est relativement fréquent chez les UDI :

  • Une étude menée auprès des UDI de Regina en 2000 révèle que 30 % des répondants déclaraient avoir emprunté des aiguilles ou seringues usagées au cours des six derniers mois3.

  • Dans une étude d'une cohorte d'UDI de Vancouver, 27,6 % des participants disaient avoir partagé des seringues au cours des six mois précédents (étude menée de janvier 1999 à octobre 2000). De plus, 19,1 % des participants déclaraient avoir partagé des seringues, bien qu'ils n'aient aucune difficulté à se procurer des seringues neuves et stériles4.

  • Les résultats de l'étude SurvIDU indiquent que la prévalence de l'emprunt de seringues au cours des six derniers mois parmi les nouveaux participants au programme d'échange de seringues (PES) à Montréal est passée de 45,1 % en 1995 à 36,4 % en 2000 pendant qu'à Québec, l'emprunt de seringues passait de 41,2 % à 21,6 % durant la même période. Bien que ces résultats laissent entrevoir une amélioration des habitudes de partage parmi les UDI dans ces régions, la proportion de participants qui déclarent partager des seringues demeure relativement élevée5.

  • Dans une étude effectuée en 1998 à Saskatoon, 53 % des UDI disaient partager des seringues et 24 % l'avaient fait au cours des 6 mois précédant l'étude6.

Souvent appelée « partage indirect », la pratique qui consiste à emprunter et à prêter du matériel d'injection (cuillères, filtres, eau, etc.) est également associée à l'infection à VIH. Certaines études laissent supposer que cette pratique est répandue chez les UDI :

  • Selon les résultats du volet d'Ottawa de l'étude SurvIDU, 42 % des UDI avaient partagé d'autre matériel d'injection que des seringues au cours des six mois précédents, alors que 20 % n'avaient partagé que ce matériel7.

  • Dans l'étude des UDI de Regina, 44 % des participants déclaraient avoir emprunté du matériel d'injection usagé au cours des 6 derniers mois. L'article le plus fréquemment emprunté était la cuillère (réchaud) dans 37 % des cas, suivie de la seringue (29 %), de la ouate (27 %) et de l'eau (24 %). De plus, 42 % des participants disaient également avoir prêté du matériel d'injection au cours des six derniers mois3.

  • Dans l'étude de 1998 menée à Prince Albert, en Saskatchewan, 30 % des utilisateurs actuels de drogue par injection (ceux qui se sont injecté des drogues au cours des six mois précédant l'étude) avaient emprunté des réchauds au cours des six derniers mois, et la proportion de ceux qui avaient emprunté des filtres et de l'eau au cours de la même période était de 26,2 % et 27,1 %, respectivement8.

  • Une étude menée en 1998 à Saskatoon a révélé que 62 % des UDI disaient partager leur matériel d'injection, et la moitié d'entre eux l'avait fait au cours des six mois précédant l'étude6.

  • Dans une étude portant sur le PES de Calgary, 25 % des participants disaient avoir partagé leur matériel d'injection au cours des 6 mois précédant l'étude9.

  • Dans une étude de cohortes effectuée à Vancouver entre 1996 et 2000, 38 % des hommes et 37 % des femmes ont déclaré avoir emprunté du matériel d'injection, et on a constaté que c'était l'un des facteurs de risque de séroconversion chez les hommes10.

  • À l'étranger11-13, des études menées auprès des UDI ont permis d'identifier d'autres pratiques d'injection qui peuvent accroître le risque de transmission du VIH, comme le front-loading ou le back-loading. Lorsque deux ou plusieurs UDI préparent une solution de drogue dans une seule seringue, ils peuvent prendre une partie de la solution pour remplir une ou plusieurs autres seringues soit par l'avant, après avoir retiré l'aiguille (ce qu'on appelle le front-loading), soit par l'arrière, après avoir retiré le piston (ce qu'on appelle le back-loading). La mesure dans laquelle de tels comportements à risque sont répandus chez les UDI canadiens fait encore l'objet de recherches.

Argent et drogues en échange de rapports sexuels non protégés : un troc hasardeux

Au Canada, bon nombre d'UDI monnayent leurs faveurs sexuelles et ont des rapports sexuels non protégés avec leurs clients :

  • Parmi une cohorte d'UDI de Montréal, 18,1 % des hommes déclaraient avoir pratiqué la prostitution14.

  • Dans une étude menée à Winnipeg en 1998, 71,5 % des UDI de sexe féminin et 30,2 % des UDI de sexe masculin ont dit avoir déjà reçu de l'argent en échange de services sexuels. De plus, 25 % des femmes n'exigeait pas toujours de leurs clients masculins qu'ils portent le condom, comparativement à 52 % des hommes qui offraient leurs services à d'autres hommes15.

  • Dans une étude menée en 1998 à Saskatoon, la moitié des femmes UDI disaient avoir échangé leurs faveurs sexuelles contre de l'argent et 19 % contre des drogues ou un endroit pour dormir au cours des six mois précédents6. Dans la même étude, 93 % utilisaient un condom avec un partenaire occasionnel, mais le quart ne le faisait pas toujours. De façon générale, 41 % de la population étudiée utilisait un condom avec des partenaires réguliers.

Risques liés aux rapports sexuels avec des partenaires réguliers ou occasionnels

Le port du condom est peu répandu chez les UDI qui ont des rapports hétérosexuels avec des partenaires réguliers ou occasionnels :

  • Lors d'une étude menée auprès d'UDI à Winnipeg en 1998, 68 % des femmes et 57 % des hommes qui avaient eu des partenaires sexuels réguliers au cours des 12 mois précédant l'enquête ont déclaré ne jamais utiliser le condom, comparativement à environ 30 % des hommes et des femmes qui avaient eu des partenaires sexuels occasionnels au cours de la même période15.

  • Les UDI de l'étude menée à Regina en 2000 étaient peu nombreux à utiliser le condom avec leurs partenaires occasionnels ou habituels. Ainsi, 94 % des hommes UDI et 92 % des femmes UDI disaient ne pas utiliser le condom régulièrement, voire jamais, lors des relations sexuelles vaginales avec des partenaires habituels de sexe opposé. Parmi les répondants qui avaient des partenaires occasionnels, 58 % des hommes et 71 % des femmes disaient ne pas employer régulièrement ou du tout le condom avec ce type de partenaire3.

  • Dans une étude effectuée à Calgary, 27 % des participants disaient toujours utiliser un condom et 37 % n'y avaient jamais recours9.

  • Dans l'étude de cohortes VIDUS menée à Vancouver entre 1996 et 2000, 18 % des hommes et 20 % des femmes disaient employer le condom avec leurs partenaires sexuels réguliers, et la non-utilisation du condom avec un partenaire sexuel régulier constituait le plus important facteur de risque de séroconversion chez les femmes10.

Partenaires homosexuels et UDI de sexe masculin

Une minorité importante d'UDI de sexe masculin admettent avoir des relations sexuelles avec d'autres hommes :

  • Parmi les UDI de sexe masculin qui ont déclaré avoir eu des rapports sexuels au cours des 6 mois précédents, 7 % disent n'avoir que des partenaires du même sexe, alors que 6 % ont eu des rapports sexuels avec les deux sexes au cours de cette période16.

  • Dans l'étude SurvIDU, 13 % des hommes rapportent avoir eu des rapports homosexuels au cours des 6 derniers mois et seulement quelque-uns d'entre eux déclarent avoir régulièrement utilisé le condom17.

  • Dans l'étude menée à Calgary, 7 % des hommes et 12 % des femmes disaient avoir eu des relations sexuelles avec un partenaire du même sexe au cours des six mois précédant l'étude9.

  • Dans l'étude de cohorte Oméga portant sur les HRSH à Montréal, 6 % des répondants s'injectaient des drogues, et 48 % de ces derniers avaient emprunté des seringues usagées et 4 % avaient échangé des drogues contre des faveurs sexuelles18.

Adoption de précautions ou pratiques plus risquées après un test de dépistage positif?

Il faut effectuer plus de recherches afin d'établir si les UDI continuent d'avoir des comportements à risque élevé après avoir appris qu'ils étaient séropositifs ou s'ils modifient leurs comportements :

  • Parmi les UDI dans une étude au Québec, 73,1 % de ceux qui étaient séropositifs avaient cessé de prêter des seringues, comparativement à 56 % des UDI séronégatifs, au cours des six mois suivant la réception des résultats du test. Toutefois, 8,5 % des UDI séropositifs et 16,0 % des UDI non infectés ont commencé à prêter des seringues à des partenaires séropositifs durant cette période. Dans la même étude, 62 % des UDI séropositifs avaient cessé d'emprunter des seringues, comparativement à 58,6 % des UDI séronégatifs au cours des six mois qui ont suivi l'obtention de leur résultat positif, et 16,7 % des UDI séropositifs et 19,5 % des UDI non infectés ont commencé à emprunter des seringues à des partenaires séropositifs pendant la même période19.

  • Dans une étude des UDI de Vancouver, 35 % des sujets séropositifs ont déclaré avoir emprunté des seringues avant d'apprendre qu'ils étaient séropositifs. Au cours des mois qui ont suivi leur test positif, seulement 21 % d'entre eux ont confirmé avoir continué d'emprunter des seringues. De plus, 37 % des UDI séropositifs ont déclaré avoir prêté des seringues avant de connaître leur état, tandis que seulement 21 % de ces sujets ont poursuivi cette pratique après avoir su qu'ils étaient infectés20.

  • Dans une étude portant sur des femmes de Montréal, le taux d'utilisation du condom après l'obtention d'un résultat positif au test de détection du VIH était faible chez les UDI (19 %) comparativement aux non-UDI d'origine haïtienne (30 %) et aux non-UDI de race blanche (62 %)21.

L'injection de drogue : un problème chez les détenus et les jeunes de la rue

Il est manifestement nécessaire d'offrir des programmes adéquats et accessibles de prévention de l'infection à VIH aux détenus et aux jeunes de la rue qui utilisent des drogues par injection :

  • À Montréal, une étude en cours sur les jeunes de la rue (13-25 ans) révèle que 23,2 % des répondants avaient fait usage de drogue par injection au cours des six mois précédents. En tout, 58,2 % des UDI avaient emprunté une seringue usagée au moins une fois et 67,5 % avaient emprunté d'autres articles d'injection. Près de 8,0 % des UDI déclaraient avoir emprunté une seringue usagée d'une personne infectée par le VIH22.

  • Dans une enquête menée auprès des détenues d'une prison du Québec, 38 % des femmes ont déclaré s'être injecté des drogues avant leur incarcération, et près de la moitié avaient partagé des seringues. En outre, 11 % de ces répondantes ont admis s'être injecté des drogues au cours de leur séjour en prison, et la plupart (80 %) ont partagé des seringues23.

  • Dans cette même étude, 26 % des hommes ont dit s'être injecté des drogues avant leur incarcération, et près de la moitié ont partagé des seringues. De plus, 2 % de ces répondants ont déclaré s'être injecté des drogues lors de leur séjour en prison, et la plupart (92 %) ont partagé des seringues23.

  • Dans une enquête sur la consommation de drogue chez les étudiants au Nouveau-Brunswick, moins de 1 % des élèves de la 7e, 9e, 10e et 12e année s'étaient injecté des drogues au cours de l'année précédant l'étude24.

Commentaire

Bien que plusieurs études régionales en cours au Canada recueillent des données sur les comportements à risque des utilisateurs de drogue par injection et qu'un grand nombre d'études ponctuelles et transversales portant sur la prise de risques parmi les UDI aient été menées, il est difficile, voire impossible, de comparer la fréquence des comportements à risque d'un ensemble de données à l'autre. En plus des divergences méthodologiques entre les études, différents chercheurs ont colligé des données sur les comportements à risque en utilisant des questions différentes ou des questions formulées différemment, différentes variables ou définitions de concepts, différents cadres temporels pour les comportements rapportés et différentes catégories de réponses. Il est donc difficile d'utiliser l'information disponible relativement aux comportements à risque des UDI en vue d'identifier des tendances ou d'aider à évaluer l'efficacité des programmes et des politiques de prévention à une échelle supérieure à celle des municipalités ou des régions.

De plus, bien que les estimations nationales relatives au VIH pour 1999 indiquent une diminution du nombre de nouvelles infections attribuées à l'injection de drogue au cours de l'année, l'absence relative de données sur les tendances comportementales empêche d'interpréter de façon fiable cette observation. À ce stade de l'épidémie d'infection à VIH au Canada, on a cruellement besoin d'exercer une surveillance continue des comportements à risque parmi les populations d'UDI dans tout le pays. Santé Canada est en train de mettre en place un système de surveillance des comportements à risque associés au VIH et au VHC (hépatite C) dans des centres sentinelles aux quatre coins du Canada, grâce à la collaboration des autorités sanitaires régionales, des intervenants communautaires et des chercheurs. Le système de surveillance a été mis à l'essai en octobre-novembre 2002 à Regina, à Victoria et à Sudbury ainsi qu'à Toronto; des liens sont également établis avec des études sur les UDI au Québec. L'enquête de surveillance devrait être répétée chaque année. Le suivi dans le temps des comportements sexuels à risque et des habitudes d'injection fourniraient d'importantes données sur les tendances, qui pourraient être utilisées pour faciliter la conception des programmes de prévention et l'évaluation de l'efficacité des programmes. Ces données comportementales pourraient également aider à interpréter les changements dans la prévalence et l'incidence du VIH chez les UDI et serviraient de système de préalerte pour la propagation du VIH dans cette population. La surveillance comportementale de certains sous-groupes clés d'UDI, à savoir les détenus et les jeunes de la rue, est également indispensable si l'on veut adapter les interventions au visage changeant de l'épidémie d'infection à VIH chez les UDI au Canada.

Références

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  8. Siushansian J, Hay K, Findlater R, Bangura H, Archibald C, Young E.. The Prince Albert seroprevalence study (PASS): prevalence of HIV, hepatitis B, and hepatitis C and high risk behaviours among injection drug users and their sexual partners.Rapport préparé pour le Prince Albert Health District et Saskatchewan Health, Division de l'épidémiologie et de la surveillance du VIH/sida, CPCMI, 2001.

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  10. Spittal P M, Craib K J P, Wood E et coll. Risk factors for elevated HIV rates among female injection drug users in Vancouver. CMAJ 2002;166(7):894-9.

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  14. Bruneau J, Lamothe F, Soto J et coll. Sex-specific determinants of HIV infection among injection drug users in Montreal. CMAJ 2001;164:767-773.

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  18. Dufour A, Alary M, Otis J et coll. Risk behaviours and HIV infection among men having sexual relations with men: Baseline characteristics of participants in the Omega cohort study, Montreal, Quebec, Canada. Can J Public Health 2000;91(5):345-9.

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  21. Hankins C, Gendron S, Tran T, Lamping D, Lapointe N. Sexuality in Montreal women living with HIV. AIDS CARE 1997;9(3):261-271.

  22. Roy E, Haley N, Boivin J et coll. Prevalence of HIV Infection and risk behaviours among Montreal street youth. International Journal of STD & AIDS 2000; 11:241-247

  23. Dufour A, Alary M, Poulin C et coll. Prevalence and risk behaviours for HIV infection among inmates of a provincial prison in Quebec City. AIDS 1996;10:1009-15.

  24. A report on "Provincial Student Drug Use Survey-Highlights 2002". New Brunswick, Department of Health and Wellness.

Pour obtenir plus de renseignements consulter :

Division de l'épidémiologie et de la surveillance du VIH/sida
Centre de prévention et de contrôle des maladies infectieuses
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