La mention de l'origine ethnique dans les rapports de cas de sida et de test positif pour le VIH est devenue un élément important de la surveillance du sida et de l'infection à VIH, car elle offre une perspective unique de l'épidémie. Comme d'autres descripteurs démographiques, l'information sur l'origine ethnique peut faciliter la création et l'évaluation de programmes ciblés de prévention et de traitement de même que l'élaboration de politiques sanitaires.
La présente section des Actualités en épidémiologie présente un résumé de l'information sur l'origine ethnique contenue dans le système national de surveillance du sida et du VIH. On trouvera d'autres renseignements dans Le VIH et le sida au Canada - Rapport de surveillance en date du 30 juin 20031.
Depuis 1982, année où le premier cas de sida a été signalé au Canada, 85,8 % (16 244/18 934) des cas de sida déclarés jusqu'au 30 juin 2003 s'accompagnaient d'information sur l'origine ethnique. Durant cette période, la proportion de cas pour lesquels on disposait de cette information a augmenté. Entre 1982 et 1991, 80,6 % des rapports de cas de sida indiquaient l'origine ethnique, et la proportion est passée à 89,6 % au cours de la période 1992-2001. En 2002, l'origine ethnique a été mentionnée dans 85,2 % (241/283) des rapports.
Le nombre annuel de cas déclarés de sida a diminué au cours des 10 dernières années, passant de 1 750 à 283 entre 1992 et 2002. Au cours des six premiers mois de 2003, 71 cas de sida ont été signalés. Le nombre de cas dans certains groupes ethniques n'a pas cependant décliné au même rythme que dans d'autres. Afin de mieux comprendre les tendances selon l'origine ethnique, il est utile d'examiner la proportion de tous les cas déclarés de sida attribués à un groupe ethnique donné.
Dans le passé, ce sont les Blancs qui ont enregistré la plus forte proportion de cas déclarés de sida, mais cette proportion a régressé au cours des 10 dernières années. La proportion des cas déclarés de sida dont on connaît l'origine ethnique chez les personnes de race blanche était plus élevée en 1988 (91,1 %), mais a diminué régulièrement pour tomber à 68,0 % en 1999. Depuis lors, cette proportion est passée à 74,5 % en 2000 et a chuté à 68,1 % en 2001. En 2002, 58,9 % des cas déclarés de sida dont on connaissait l'origine ethnique étaient de race blanche.
Parallèlement à la diminution observée chez les Blancs, on a enregistré une hausse correspondante du pourcentage de cas déclarés de sida chez d'autres groupes ethniques. La proportion a augmenté plus particulièrement chez les Autochtones et les Noirs depuis 1994 (figure 1). En 2001, les Autochtones et les Noirs formaient 3,3 % et 2,2 %, respectivement, de la population canadienne2. La même année, on retrouvait dans ces deux groupes 5,5 % et 15,3 %, respectivement, des cas signalés de sida dont on connaissait l'origine ethnique. En 2002, ces proportions sont passées à 12,9 % et 18,3 %, respectivement. C'est dire que les Autochtones comme les Noirs sont surreprésentés parmi les cas déclarés de sida. Les Noirs ont la plus forte proportion de cas signalés de sida parmi les groupes non blancs, ce qui est appréciable compte tenu de leur nombre au Canada.
Figure 1. Proportion de cas
déclarés de sida dans certains groupes
ethniques,
selon l'année

* comprend les catégories ethniques Asiatiques, Asiatiques du Sud et Arabes/Asiatiques de l'Ouest
L'information consignée sur l'origine ethnique n'est pas aussi complète dans les rapports de test positif pour le VIH que dans les rapports de cas de sida, car on ne dispose de ces renseignements que pour certaines provinces et certains territoires. Les cas d'infection à VIH sont déclarés depuis moins longtemps que ceux de sida et il subsiste certaines craintes concernant la consignation de données confidentielles. L'analyse de l'information sur l'origine ethnique dans les rapports des tests de dépistage du VIH représente donc tout un défi.
Ce n'est que depuis 1998 qu'on dispose de données sur l'origine ethnique des cas d'infection par le VIH; il n'est donc possible d'effectuer des comparaisons que pour la période qui s'est écoulée depuis. Entre janvier 1998 et le 30 juin 2003, 29,4 % des rapports de test positif pour le VIH contenaient des renseignements sur l'origine ethnique (3 706/12 602). La proportion des rapports renfermant de telles données s'établissait à 27,1 % en 1998 et a culminé à 32,8 % en 2000 avant de retomber à 28,5 % en 2002.
Dans toute analyse des données sur l'infec-tion à VIH, il importe de tenir compte du fait que les provinces et territoires ne fournissent pas tous de l'information sur l'origine ethnique des cas. Au nombre des provinces et territoires qui fournissent cette information figurent la Colombie-Britannique, le Yukon, l'Alberta, les Territoires du Nord-Ouest, le Nunavut, la Saskatchewan, le Manitoba, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l'Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve-et-Labrador. On n'utilise donc que les données de ces provinces et territoires pour procéder à un examen selon l'origine ethnique, incluant les catégories des Autochtones et des Noirs. Dans les provinces et territoires qui fournissent des renseignements sur l'origine ethnique, 90,8 % des rapports de test positif pour le VIH indiquaient l'origine ethnique entre janvier 1998 et le 30 juin 2003 (3 706/4 080). Par conséquent, les données sur l'origine ethnique ne doivent pas être considérées comme représentatives de l'ensemble du Canada. Il faut également prendre en considération que les sources des rapports contenant de l'information sur l'origine ethnique correspondent à des régions où la population autochtone est nombreuse comparativement à d'autres régions du Canada.
La majorité des rapports de test positif pour le VIH qui contiennent des renseignements sur l'origine ethnique concernent des Blancs, ce qui correspond à la situation observée pour les rapports de cas de sida. Les Blancs représentaient 67,8 % des cas séropositifs dont l'origine ethnique était connue en 1998. Cette proportion est tombée à 60,6 % entre 1999 et 2001, puis à 56,1 % en 2002.
En 1998, 18,8 % des cas séropositifs dont l'origine ethnique était connue étaient des Autochtones, alors qu'en 2001, cette proportion atteignait 26,2 % (figure 2). La proportion des rapports de test positif pour le VIH chez les Autochtones en 2002 s'élevait à 23,8 %. Ces proportions sont plus élevées que celles attribuées aux Autochtones pour les cas déclarés de sida. Par exemple, en 2001, 5,5 % des cas déclarés de sida dont l'origine ethnique était connue étaient des Autochtones. Cette différence est probablement due en partie au fait que les données sur l'origine ethnique des cas d'infection à VIH sont surtout transmises par les provinces de l'Ouest, où les Autochtones sont plus nombreux. De plus, les rapports de test positif pour le VIH reflètent mieux l'actuelle épidémie d'infection à VIH que les rapports de cas de sida. Pour obtenir des renseignements additionnels sur le VIH/sida chez les Autochtones, prière de se reporter à la section intitulée « L'infection à VIH et le sida chez les peuples autochtones du Canada : un problème toujours préoccupant ».
Figure 2. Proportion des cas séropositifs pour le VIH signalés dont on connaît l'origine ethnique dans les groupes autres que les Blancs, 1998-2002

* comprend les catégories ethniques Asiatiques, Asiatiques du Sud et Arabes/Asiatiques de l'Ouest
Comparativement à d'autres groupes ethniques qui ne sont pas des Blancs, les Autochtones représentent une plus forte proportion des cas séropositifs dont l'origine ethnique a été consignée (figure 2). Il faut cependant rappeler que les deux provinces les plus populeuses, l'Ontario et le Québec, ne transmettent pas de données sur l'origine ethnique des cas d'infection à VIH.
Comme les données sur l'origine ethnique des cas séropositifs pour le VIH ne sont pas complètes à l'échelle nationale, il faut faire preuve de prudence dans leur interprétation. Il importe cependant de rappeler que la proportion de cas attribuée aux Noirs a augmenté de façon constante au cours des cinq dernières années. En 1998, les Noirs représentaient 5,5 % des cas séropositifs dont l'origine ethnique était connue. En 2002, la proportion avait atteint 10,7 %.
Sur les 3 706 cas séropositifs dont l'origine ethnique était connue et qui ont été signalés entre janvier 1998 et le 30 juin 2003, 851 étaient des Autochtones, 306 des Noirs et 2 254 des Blancs. Les 295 cas restants appartenaient à d'autres catégories ethniques. Le tableau 1 illustre la distribution des rapports de test positif pour le VIH selon le sexe, l'âge et la catégorie d'exposition, pour les trois groupes ethniques susmentionnés. Ces renseignements peuvent faciliter la conception et le ciblage des programmes de prévention et de soins.
Comme le montre le tableau 1, les rapports concernant les Autochtones et les Noirs sont répartis également entre les hommes et les femmes, et la proportion est plus élevée en bas âge que chez les Blancs. L'injection de drogues est un mode de transmission très important chez les Autochtones. Comme il est indiqué au tableau 1, 61,1 % des cas qui se sont révélés séropositifs chez les Autochtones entre 1998 et le 30 juin 2003 étaient des UDI. Chez les Blancs, les plus fortes proportions de cas séropositifs appartenaient aux catégories des HRSH (40,0 %) et des UDI (34,2 %). Les personnes dont l'infection à VIH était attribuée à des contacts hétérosexuels† représentaient la plus forte proportion des cas séropositifs chez les Noirs (75,3 %). La majorité (68,1 %) des cas de la catégorie d'exposition hétérosexuelle sont classés dans le sous-groupe indiquant un pays d'origine où cette forme de transmission est endémique (pays où la transmission hétérosexuelle du VIH prédomine).
| Tableau 1. Rapports de test positif pour le VIH dans certains groupes ethniques, 1998-30 juin 2003 | |||
| Blancs | Autochtones | Noirs | |
| Sexe | n = 2 241 | n = 847 | n = 304 |
| Femmes | 16,4% | 45,1% | 43,8% |
| Âge | n = 2 251 | n = 848 | n = 305 |
| 20-29 ans | 16,1% | 26,5% | 33,1% |
| 30-39 ans | 38,2% | 40,9% | 41,3% |
| 40-49 ans | 29,7% | 22,3% | 14,1% |
| Catégorie d'exposition | n = 2 161 | n = 828 | n = 300 |
| HRSH | 40,0% | 7,9% | 13,3% |
| UDI | 34,2% | 61,1% | 8,0% |
| Hétérosexuels† | 21,2% | 26,4% | 75,3% |
HRSH = hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, UDI = utilisateurs de drogues par injection † La catégorie d'exposition
hétérosexuelle inclut les personnes nées dans
un pays où l'infection à VIH est
endémique, les personnes qui signalent des contacts
hétérosexuels avec une personne infectée ou
à risque plus élevé d'infection à
VIH et les personnes qui signalent les contacts
hétérosexuels comme étant le seul facteur de
risque. |
|||
Plusieurs facteurs limitent grandement l'exactitude des renseignements sur l'origine ethnique provenant des données de surveillance sur le sida et l'infection à VIH. Il faut garder à l'esprit les lacunes suivantes lorsqu'on examine ces données :
Compte tenu de ces limites, il faut faire preuve de prudence lorsqu'on interprète les données présentées sur l'origine ethnique des cas de sida et d'infection à VIH. Cela s'applique particulièrement aux rapports de test positif pour le VIH qui renferment des données moins complètes sur l'origine ethnique.
Les groupes de santé communautaire et les autorités sanitaires peuvent se servir des renseignements sur l'origine ethnique provenant des données de surveillance du VIH/ sida pour planifier plus efficacement les programmes de prévention et de soins destinés aux différentes communautés ethniques. Lorsque ces données sont combinées à d'autres descripteurs épidémiologiques de l'épidémie de VIH/sida, tels que le sexe, le groupe d'âge et la catégorie d'exposition, elles peuvent devenir un outil très utile permettant de diriger les programmes vers les groupes qui en bénéficieront le plus. Pour être mieux en mesure de le faire, il est essentiel d'améliorer l'exhaustivité et l'exactitude des renseignements sur l'origine ethnique dans les données de surveillance.
30 janvier 2003.
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