La transmission du VIH d'une femme enceinte infectée par le virus à son enfant nouveau-né est qualifiée de transmission mère-enfant, périnatale ou verticale du VIH. L'infection de l'enfant par le VIH peut survenir durant la gestation (in utero), durant l'accouchement (lorsque le fœtus entre en contact avec le sang maternel et la muqueuse dans la filière pelvi-génitale) ou après l'accouchement, lors de l'allaitement maternel. La présente section des Actualités en épidémiologie fait le point sur la transmission périnatale du VIH au Canada et présente des recommandations concernant le dépistage du VIH chez les femmes enceintes.
Entre 1985 et la fin juin 2003, 49 657 rapports de test positif pour le VIH chez les adultes avaient été communiqués au Centre de prévention et de contrôle des maladies infectieuses (CPCMI) de Santé Canada, dont 7 256 (15,0 %) chez des femmes. Parmi les tests positifs signalés chez les femmes adultes, 78,4 % concernaient des femmes au plus fort de leur période de procréation (entre 15 à 39 ans)1.
Selon des études sur la prévalence de l'infection à VIH chez les femmes enceintes, le taux de prévalence au Canada s'élèverait à environ 3 ou 4 pour 10 000, mais les taux ne sont pas disponibles pour toutes les provinces, et les données concernant certaines provinces n'ont pas été mises à jour depuis 10 ans. Le tableau 1 présente les taux observés dans certaines provinces.
En Ontario, on a confirmé la présence de l'infection à VIH chez 105 nourrissons (< 2 ans) nés entre 1984 et 2001. Près de 56 % des mères séropositives ont cité comme facteur de risque d'infection à VIH le fait d'être originaire d'un pays où l'infection à VIH est endémique (pays où les contacts hétérosexuels constituent le mode prédominant de transmission du VIH). En outre, 32 % des femmes ont mentionné comme facteur de risque les contacts hétérosexuels ailleurs que dans un pays d'endémie, et 9 % ont mentionné l'injection de drogues9.
Au Québec, entre juillet 1997 et juin 2001, près de 60 % des 209 femmes enceintes infectées par le VIH étaient originaires d'un pays d'endémie. Parmi ces femmes, 73 (34,9 %) étaient Africaines et 52 (24,9 %) étaient Haïtiennes10.
Selon le Groupe canadien de recherche sur le sida chez les enfants, le nombre annuel d'enfants soumis à une exposition périnatale au VIH, qui était d'environ 50 à 70 par année au début des années 90, a atteint 158 en 2002, comme l'indique la figure 1. La présence de l'infection à VIH a été confirmée chez 420 des 1 584 cas d'exposition périnatale au VIH chez les nourrissons qui ont été déclarés entre 1984 et 2002. Chez 120 autres nourrissons, le statut à l'égard de l'infection n'a pas été confirmé (statut sérologique indéterminé, décès ou sujet perdu de vue)11. Chez les 1 044 nourrissons restants, on a confirmé l'absence d'infection à VIH.
| Tableau 1. Prévalence de l'infection à VIH chez les femmes enceintes au Canada | ||
| Province | Prévalence du VIH/ 10 000 femmes enceintes |
Année |
| Colombie-Britannique | 3,4 | 19942 |
| Alberta | 3,3 | 20033 |
| Manitoba | 3,2 | 1994-19954 |
| Ontario | 3,1* | 20025 |
| Québec | 5,2 | 19906 |
| Nouveau-Brunswick | 4,1 | 1994-19967 |
| Terre-Neuve-et-Labrador | 1,5 | 1995-19968 |
| *Parmi les 78 % de femmes enceintes qui ont subi un test de dépistage du VIH. | ||
Figure 1. Nombre signalé de nourrissons exposés au VIH in utero et nombre de cas confirmés d'infection à VIH

Dans toutes les provinces et tous les territoires du Canada, ce sont les femmes enceintes qui décident de subir ou non le test de dépistage du VIH. Des lignes directrices et des recommandations concernant le dépistage du VIH chez les femmes enceintes ont été élaborées dans chaque province et territoire pour favoriser la prise de décisions éclairées; un résumé des diverses approches concernant le dépistage prénatal du VIH au Canada est présenté au tableau 2.
Une revue des dossiers des femmes enceintes, qui a débuté huit mois après la mise en œuvre des lignes directrices universelles concernant le counselling prénatal et la transmission verticale en Ontario et qui a duré deux ans, a révélé que la transmission périnatale était toujours présente. Les auteurs de l'étude ont donc conclu que les lignes directrices existantes n'étaient pas totalement adoptées et ont suggéré que pour diminuer encore plus la transmission périnatale, l'Ontario devrait inclure le dépistage du VIH dans les tests prénatals systématiques, tout en avisant les femmes qu'elles peuvent refuser le test12.
| Tableau 2. Approches concernant le dépistage prénatal du VIH au Canada et année de la mise en œuvre ou de la recommandation* | ||
| Province/territoire | Approche concernant le dépistage | Année |
| Colombie-Britannique | Le dépistage du VIH est offert dans le cadre des soins prénatals courants et s'accompagne de services de counselling avant et après le test. Les femmes doivent donner leur consentement éclairé. | 1994 |
| Yukon | Le dépistage du VIH chez les femmes enceintes est fortement recommandé, et le dépistage chez les partenaires sexuels est aussi encouragé. | 1994 |
| Territoires du Nord-Ouest | Le dépistage prénatal du VIH a été introduit en 1993 dans le cadre d'un programme auquel les femmes devaient demander de participer. En 1998, le dépistage du VIH a été intégré aux soins prénatals systématiques, mais les femmes ont la possibilité de s'y soustraire. | 1993, programme revu en 1998 |
| Nunavut** | Même politique que les Territoires du Nord-Ouest | 1999 |
| Alberta | Le dépistage du VIH fait partie des tests sanguins prénatals systématiques effectués chez toutes les femmes enceintes en Alberta, et le dépistage du VIH est fait, à moins que la femme refuse (politique de retrait). | 1998 |
| Saskatchewan | Le consentement est obtenu avant le test, et des services de counselling adéquats sont offerts avant et après le test. | 1999 |
| Manitoba | Le dépistage du VIH est offert à toutes les femmes enceintes dans le cadre des soins prénatals usuels; la décision de subir le test es tvolontaire et fondée sur un choix éclairé. | 2002 |
| Ontario | Toutes les femmes enceintes sont invitées à subir un dépistage du VIH, dans le cadre des soins prénatals, accompagné de services adéquats de counselling avant et après le test. Les femmes doivent donner leur consentement éclairé. | 1998 |
| Québec | Toutes les femmes enceintes et celles qui envisagent une grossesse sont invitées à subir un dépistage du VIH. | 1997 |
| Nouveau-Brunswick | Les médecins encouragent systématiquement toutes les femmes enceintes à subir un test de dépistage du VIH, qui s'accompagne de services de counselling adéquats avant et après le test, et à donner leur consentement éclairé. | 1999 |
| Nouvelle-Écosse | Le dépistage du VIH est offert à toutes les femmes enceintes en même temps que les autres tests prénatals durant le premier trimestre de grossesse. Si une femme refuse de se faire tester durant le premier trimestre de sa grossesse ou si l'on sait qu'elle s'adonne à des activités à risque élevé, on lui offre le test plus tard au cours de la grossesse. | 1998 |
| Île-du-Prince-Édouard | Le dépistage du VIH est recommandé à toutes les femmes enceintes et est offert lors de la première consultation prénatale. | 1999 |
| Terre-Neuve-et-Labrador | Le dépistage du VIH fait partie du dépistage prénatal systématique et est effectué, à moins que la femme ne décide de s'y soustraire. | 1997 |
*Selon les données fournies par les coordonnateurs provinciaux/territoriaux des données sur le VIH/sida, janvier 2003. **Le Nunavut est devenu un nouveau territoire en avril 1999 après sa séparation des Territoires du Nord-Ouest. |
||
Les données provenant des programmes de dépistage prénatal du VIH peuvent fournir des renseignements importants sur l'efficacité des recommandations relatives à ce type de dépistage. Voici des données de plusieurs provinces :
Le dépistage du VIH durant la grossesse peut fournir l'occasion d'offrir un traitement anti-rétroviral à la mère et au nourrisson, notam-ment les traitements suivants :
Les données du programme national de surveillance des centres pédiatriques et des cliniques du VIH au Canada (où 95 % des nourrissons dont la mère a reçu un diagnostic d'infection à VIH sont suivis) indiquent que la proportion de femmes enceintes qui prennent des antirétroviraux a augmenté régulièrement au cours des 10 dernières années, étant passé de 19 % en 1992 à 56 % en 1996, à 84 % en 2000 et à 90 % en 200211. Le taux d'infection à VIH chez les nourrissons expo-sés durant la période périnatale a diminué de façon importante avec le temps au Canada à cause des traitements antirétroviraux : de 33 % en 1994-1995, ce taux est passé à 2,6 % en 200011.
Au Québec, à l'Hôpital Sainte-Justine, qui traite les enfants, le recours à l'AZT a réduit la probabilité de transmission mère-enfant du VIH : le taux était de 28,3 % chez les paires mères-nourrissons qui n'avaient pas reçu d'AZT, comparativement à 3,8 % chez les paires qui avaient reçu un traitement partiel ou complet à l'AZT19.
Une étude réalisée entre 1993 et 1999 sur l'usage de l'AZT en Colombie-Britannique a mis en évidence une diminution du taux de transmission verticale du VIH, qui est passé de 28 % chez les paires mères-nourrissons non traitées à 13 % chez les paires traitées partiellement et à 0 % chez les paires ayant reçu un traitement complet20.
En Alberta, une étude ayant porté sur la prévention de la transmission périnatale du VIH entre 1998 et 1999 a révélé que lorsque les mères séropositives recevaient des antirétroviraux durant la grossesse et l'accouchement, 31 bébés sur 36 (86 %) n'étaient pas infectés par le VIH21.
Le dépistage du VIH chez les femmes enceintes représente clairement une impor-tante occasion de prévenir la transmission périnatale du VIH aux nourrissons. On estime que si ces programmes permettaient d'effectuer un dépistage chez 90 % des femmes enceintes au Canada, on arriverait à réduire de 65 % le nombre de nourrissons infectés par le VIH (par rapport au nombre observé en l'absence de dépistage prénatal et en présumant que 24 % des femmes enceintes non traitées et 6 % des femmes enceintes traitées auraient des enfants infectés par le VIH)22.
Le CPCMI a estimé qu'environ 17 000 Canadiens sont infectés par le VIH sans le savoir23. La proportion des rapports de test positif pour le VIH chez les femmes est à la hausse. Ainsi, plus le nombre de femmes infectées par le VIH est élevé, plus le risque de transmission périnatale augmente. Si l'on considère ce risque et le fait qu'il est possible de prévenir l'infection périnatale, il est important que toutes les femmes enceintes et les femmes qui envisagent une grossesse aient accès à des soins prénatals qui comprennent le dépistage du VIH ainsi que des services de counselling et des soins adéquats.

Pour partager cette page, veuillez cliquez sur le réseau sociale de votre choix.