Actualités en épidémiologie sur le VIH/sida - mai 2004
L'infection à VIH et le sida chez les jeunes au
Canada
Introduction
Points Saillants

Les données sur les comportements à risque
chez les jeunes Canadiens montrent qu'il existe un risque de transmission
du VIH.

Les jeunes de la rue, les jeunes qui s'injectent
des drogues et les jeunes hommes ayant des relations sexuelles avec
des hommes sont particulièrement vulnérables.

Tout un éventail d'activités de
prévention doivent être mises en uvre pour aider à réduire
au minimum le risque de transmission du VIH chez les jeunes.
Bien que les jeunes (soit les personnes de 10 à 24 ans)
représentent actuellement une faible proportion du nombre
total de cas d'infection à VIH et de sida
signalés au Canada, ce groupe a été fortement
touché par l'épidémie d'infection
à VIH/sida à l'échelle mondiale. Selon le
rapport le plus récent d'ONUSIDA, environ 11,8 millions
de personnes de 15 à 24 ans vivent avec le VIH/sida, et la
moitié de toutes les nouvelles infections dans le monde
surviennent chez des jeunes1. Ces derniers sont en
général vulnérables à l'infection
à VIH à cause de nombreux facteurs, dont les
comportements sexuels à risque, la toxicomanie (y compris
l'injection de drogues) et la perception que le VIH ne
constitue pas une menace pour eux. Les jeunes Canadiens doivent
disposer des renseignements et des habiletés
nécessaires pour adopter et conserver des comportements qui
les protègent contre le VIH. La présente section des Actualités en épidémiologie fait le
point sur la situation de l'infection à VIH et du sida
chez les jeunes Canadiens. On y décrit également les
comportements à risque associés à
l'infection à VIH dans cette population.
Données sur le sida2
En date du 30 juin 2003, 18 929 cas de sida dont on connaissait
l'âge ont été signalés au Centre de
prévention et de contrôle des maladies infectieuses
(CPCMI). De ce nombre, 649 (3,4 %) étaient des jeunes de 10
à 24 ans.
Comme le montre le tableau 1, près
des deux tiers des cas cumulatifs de sida signalés chez les
jeunes de 10 à 19 ans étaient associés
à l'administration de sang et de produits sanguins.
Près de la moitié des jeunes sidéens de 20
à 24 ans étaient des hommes ayant des relations
sexuelles avec des hommes (HRSH) et 20 % avaient des contacts
hétérosexuels. Les contacts
hétérosexuels comprennent les contacts sexuels avec
une personne qui présente un risque de VIH, une personne qui
vient d'un pays où l'infection à VIH est
endémique et les contacts hétérosexuels qui
constituent le seul facteur de risque déterminé.
| Tableau 1.
Nombre de cas déclarés de sida et leur distribution
selon la catégorie d'exposition chez les jeunes de 10
à 24 ans, au Canada, diagnostiqués en date du 30 juin
2003 |
| Catégorie |
10-19 ans |
20-24 ans |
| Nombre de cas |
93 |
556 |
| Pourcentage de tous les cas de sida signalés |
0,49 % |
2,9 % |
| Catégorie d'exposition* |
| 61 % |
Sang et produits sanguins |
| 9 % |
HRSH |
| 13 % |
Contacts hétérosexuels/ endémique |
| 8 % |
UDI |
| 6 % |
HRSH/UDI |
| 3 % |
Autre + périnatal |
|
| 51 % |
HRSH |
| 20 % |
Contacts hétérosexuels/ endémique |
| 11 % |
UDI |
| 11 % |
HRSH/UDI |
| 7 % |
Sang et produits sanguins |
| 0 % |
Autre** |
|
UDI = Utilisateurs de drogues par injection,
HRSH = Hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. |
*Les pourcentages sont basés sur le nombre total de cas
moins les rapports où la catégorie d'exposition
était inconnue ou « non identifiée ».
**Le mode de transmission est connu, mais ne peut être
classé dans l'une ou l'autre des principales
catégories d'exposition. |
Données sur le dépistage du
VIH2
Les données transmises par les programmes provinciaux et
territoriaux de dépistage du VIH ne permettent pas de
distinguer les groupes d'âge de 10 à 14 ans et de
20 à 24 ans avant 1998, ce qui limite l'analyse des
rapports sur le dépistage du VIH chez les jeunes.
- Au 30 juin 2003, 50 332 cas séropositifs dont on
connaissait l'âge avaient été
signalés au CPCMI. De ce nombre, 721 (1,4 %) avaient entre
15 et 19 ans, et 13 083 (26,0 %), entre 20 et 29 ans.
- Parmi tous les cas séropositifs pour le VIH
déclarés, la proportion de femmes varie
considérablement selon l'âge et est la plus forte
chez les adolescentes et les jeunes adultes. En 2002, les femmes
représentaient 38,6 % des cas séropositifs
déclarés chez les jeunes de 15 à 29 ans
(196/508), soit une diminution par rapport aux 44,4 % (194/437)
enregistrés en 2000.
- En 2002, 41,9 % des cas séropositifs
déclarés de 10 à 29 ans dont on connaissait la
catégorie d'exposition étaient des HRSH, 35,0 %
avaient eu des contacts hétérosexuels et 17,5 %
s'étaient injecté des drogues. Les contacts
hétérosexuels et l'injection de drogues
étaient les catégories d'exposition chez 63 % et
32 %, respectivement, des sujets séropositifs de 15 à
19 ans (n = 19) dont la catégorie d'exposition
était connue.
- En tout, 675 rapports de dépistage positif du VIH
concernant des personnes de moins de 15 ans avaient
été reçus au 30 juin 2003. Parmi les 360 cas
dans ce groupe dont on connaissait la catégorie
d'exposition, plus de 90 % des cas étaient attribuables
à une transmission périnatale et à
l'exposition à du sang ou à des produits sanguins
infectés.
Incidence et prévalence du VIH chez les
jeunes
Les renseignements sur la prévalence et l'incidence
du VIH combinés aux données de surveillance du
VIH/sida sont plus utiles que les seules données de
surveillance pour dépeindre l'ampleur actuelle de
l'épidémie d'infection à VIH dans les
divers sous-groupes de Canadiens. Jusqu'à
présent, un petit nombre d'études au Canada ont
examiné la prévalence ou l'incidence du VIH chez
les jeunes, bien que la plupart des recherches se soient
intéressées aux populations à risque plus
élevé :
- Dans la Vancouver Injection Drug User Study (VIDUS), la
prévalence du VIH chez les utilisateurs de drogues par
injection (UDI) de 24 ans et moins entre 1996 et 2001
s'établissait à 17 %. L'incidence de
l'infection à VIH chez les participants de ce groupe
d'âge s'élevait à 2,96 pour 100
personnes-années chez les hommes et à 5,69 chez les
femmes3.
- On a observé un taux de prévalence du VIH
élevé chez les jeunes Autochtones de la C.-B. qui
utilisent des drogues par injection. Dans l'étude VIDUS,
une comparaison entre les jeunes Autochtones et les jeunes
non-Autochtones UDI (de 24 ans ou moins) a
révélé un taux de prévalence de
l'infection à VIH de 39 % chez les Autochtones UDI et de
11 % chez les non-Autochtones UDI4.
- D'autres données tirées de l'étude
VIDUS ont montré une prévalence élevée
de la coinfection VIH/hépatite C (VHC). Dans une
étude récente, un échantillon d'UDI
âgés de 29 ans ou moins présentaient un taux de
coinfection de 16 %, alors que 53 % des UDI étaient
uniquement positifs pour le VHC et 3 % étaient uniquement
positifs pour le VIH5.
- Dans l'Étude de cohorte sur les jeunes de la rue de
Montréal, les participants âgés de 14 à
25 ans ont été observés à partir de
janvier 1995. La prévalence de l'infection à VIH
au moment du recrutement dans la cohorte était de 1,4 % (14
sujets sur 1 013). L'incidence de l'infection à VIH
jusqu'en septembre 2000 se chiffrait à 0,69 pour 100
personnes-années5. Chez les HRSH qui
participaient à l'Étude de cohorte sur les jeunes
de la rue de Montréal en 2000, la prévalence du VIH
s'établissait à 4,9 % et l'incidence,
à 1,2 pour 100 personnes-années6,7.
- Une prévalence du VIH de 0,25 % a été
relevée au milieu des années 90 chez les
contrevenants de 12 à 19 ans en Colombie-Britannique, dont
bon nombre avaient des antécédents d'injection de
drogues8.
- La surveillance de l'infection à VIH exercée
par les hôpitaux sentinelles au Québec (début
des années 90)9 ainsi qu'une étude des
femmes qui consultent pour des soins prénatals en
Colombie-Britannique (début des années
90)10 et une enquête sur des jeunes de tout le
Canada participant à un programme d'échanges
internationaux (première moitié des années
1990)11 font état de taux de prévalence de
0,04 % à 0,08 % chez les jeunes de 14 à 25 ans. Dans
une étude menée à la fin des années 90
et portant sur des femmes qui voulaient se faire avorter à
Montréal, la prévalence de l'infection à
VIH chez celles de 20 à 24 ans s'élevait à
0,0015 %, et aucune infection n'avait été
détectée chez les femmes de moins de 20
ans12. Il convient de noter que ces dernières
études portaient sur des échantillons de jeunes
relativement modestes et non représentatifs; une
prévalence nulle ou très faible n'est donc pas
nécessairement rassurante.
- Dans une étude récente axée sur les HRSH
âgés de 16 à 30 ans (cohorte Omega à
Montréal), des taux de séroprévalence de 19,4
% et de 19,5 % ont été observés respectivement
chez les HRSH néo-canadiens et chez les HRSH canadiens
établis13. Une autre étude menée
avec la même cohorte a révélé que les
HRSH de moins de 30 ans affichaient un taux d'incidence
légèrement plus élevé, soit de 0,72
pour 100 personnes-années, comparativement à 0,52
pour 100 personnes-années chez les HRSH de 30 ans et
plus14.
- À Vancouver, l'étude Vanguard observe les
jeunes HRSH (de moins de 30 ans) pour l'infection à VIH
et les comportements à risque. Dans une étude
publiée récemment, l'incidence de l'infection
à VIH signalée dans la cohorte était de 1,9
pour 100 personnes-années15.
- Le système de surveillance accrue des jeunes de la rue
au Canada est un réseau de surveillance national,
multicentrique et transversal des jeunes de la rue
âgés de 15 à 24 ans au Canada. Parmi les jeunes
ayant subi des tests de dépistage en 2001, 1,0 %
étaient positifs pour le VIH, 3,6 %, pour le virus de
l'hépatite C, 11,5 % pour Chlamydia et 14,2 %, pour le
virus herpes simplex 216.
Données sur les comportements à risque
chez les jeunes
Les recherches montrent que les jeunes Canadiens commencent
à avoir des relations sexuelles à un âge
relativement précoce :
- Dans l'Enquête nationale sur la santé de la
population (ENSP) de 1996, 25,6 % des participantes de 15 à
19 ans disaient avoir eu des relations sexuelles à
l'âge de 15 ans ou avant. Près de 20 % des jeunes
garçons dans ce groupe d'âge disaient
également avoir eu leurs premiers rapports sexuels à
15 ans ou avant17.
Une proportion importante de jeunes déclarent avoir eu de
multiples partenaires sexuels au cours de l'année
précédente :
- Parmi les répondants célibataires qui n'en
étaient pas à leurs premières
expériences sexuelles (jamais mariés, divorcés
et veufs) dans l'ENSP de 1996, 29,4 % des hommes de 15 à
19 ans avaient eu plus d'un(e) partenaire sexuel(le) au cours
des 12 mois précédents, contre 27,5 % des hommes de
20 à 24 ans. Pour leur part, 21,8 % des femmes de 15
à 19 ans et 21,9 % des femmes de 20 à 24 ans avaient
eu plus d'un(e) partenaire sexuel(le) au cours de cette
période17.
- Dans une étude portant sur les jeunes hommes gais et
bisexuels de 15 à 30 ans à Vancouver, 16 % des sujets
ont dit échanger leurs faveurs sexuelles contre de
l'argent ou de la drogue. La prévalence de
l'infection à VIH chez des sujets qui
s'étaient adonnés à la prostitution
était beaucoup plus élevée que chez les autres
(7,3 % c. 1,1 %) et l'incidence était également
plus élevée (4,7 c. 0,9 pour 100
personnes-années)18.
Les études laissent croire que de nombreux jeunes
Canadiens ont des relations sexuelles non protégées.
Il semble qu'un plus grand nombre de jeunes femmes que de
jeunes garçons n'ont pas recours au condom :
- Dans l'ENSP de 1994 (si l'on excluait les sujets qui
avaient un seul partenaire et qui étaient mariés, en
union de fait, divorcés ou veufs), 51 % des jeunes femmes et
29 % des jeunes hommes sexuellement actifs de 15 à 19
ans ont dit n'avoir jamais utilisé ou n'avoir
utilisé qu'à l'occasion un condom au cours de
l'année précédente19. Les pourcentages
correspondants dans le groupe des 20 à 24 ans étaient
de 53 % et de 44 %19.
- Dans une étude en cours sur les jeunes de la rue
à Montréal, seulement 13,2 % des participants ont dit
toujours utiliser le condom durant des relations vaginales, mais
seulement 32,4 % s'en servaient toujours durant les rapports
anaux20. D'autres données sur les
comportements à risque révèlent
également d'autres comportements sexuels à risque
alarmants : 33 % des sujets s'étaient
adonnés à des activités sexuelles de survie
(prostitution), 51,1 % avaient eu des relations sexuelles avec un
UDI, 26,6 %, avec un HRSH, 40,6 %, avec un(e) prostitué(e)
et 8,2 %, avec une personne séropositive pour le
VIH.21
Les taux de chlamydiose et de gonorrhée chez les 15
à 24 ans donnent une idée de la fréquence des
relations sexuelles non protégées chez les jeunes
:
- La figure 1 montre qu'en 2000,
l'incidence signalée de chlamydiose au Canada
étaient la plus élevée chez les femmes de
15 à 19 ans (1236,1/100 000 femmes).
L'incidence déclarée de gonorrhée au
Canada était également la plus élevée
dans ce groupe de jeunes femmes (96,4/
100 000)22,23 (figure 2).
Figure 1. Taux de
chlamydiose génitale déclarés au Canada selon
le groupe d'âge et le sexe, 2000

Figure 2. Taux de
gonorrhée déclarés au Canada selon le groupe
et le sexe, 2000

Les recherches révèlent qu'il est
nécessaire d'effectuer une évaluation continue de
la fréquence de l'injection de drogues et des
comportements à risque liés à cette pratique
chez les jeunes, en particulier les jeunes de la rue :
- Dans une étude portant sur les UDI de Calgary
effectuée en 1998, 46 % des participants qui avaient moins
de 25 ans disaient avoir emprunté du matériel
d'in-jection au cours des six mois précédents
comparativement à 24 % des participants de 25 ans ou
plus24.
- Selon des résultats récents de l'Étude
de cohorte sur les jeunes de la rue de Montréal, qui se
poursuit toujours, 42,8 % des participants avaient des
antécédents d'injection de drogues25.
Par ailleurs, une proportion alarmante de jeunes de la rue avaient
commencé à s'injecter des drogues, soit environ
7,9 pour 100 personnes-années26.
- En 2001, 18,3 % des jeunes recrutés dans le programme de
surveillance accrue des jeunes de la rue au Canada ont
déclaré s'être déjà
injecté des drogues au cours de leur vie16.
Commentaire
L'infection à VIH et le sida touchent de nombreux
sous-groupes de Canadiens, y compris les jeunes. Bien que les
données limitées dont on dispose semblent indiquer
que la prévalence de l'infection à VIH est
actuellement faible chez les jeunes, les données sur les
comportements sexuels à risque et les ITS montrent
clairement que le risque de propagation de cette infection chez les
jeunes Canadiens demeure important. Il faut recueillir plus
d'information sur l'incidence et la prévalence de
même que sur les tendances relatives aux comportements
à risque pour le VIH afin de pouvoir orienter et
évaluer les programmes de prévention destinés
aux jeunes Canadiens. Il faut également des données
épidémiologiques et comportementales sur les jeunes
à risque élevé, tels que les jeunes de la rue,
afin de pouvoir effectuer une évaluation complète du
risque de transmission du VIH chez les jeunes du Canada.
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