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Actualités en épidémiologie sur le VIH/sida - mai 2004

Dépistage et déclaration de l'infection à VIH au Canada

Introduction

Points Saillants

Des tests nominatifs, non nominatifs et anonymes de dépistage du VIH sont offerts au Canada.

Bien que les tests anonymes puissent favoriser le dépistage, ils ne sont pas offerts dans toutes les provinces et tous les territoires.

Depuis le 1er mai 2003, la déclaration de l'infection à VIH est obligatoire dans l'ensemble des provinces et territoires.

Il y a eu 18 934 cas de sida signalés au Centre de prévention et de contrôle des maladies infectieuses (CPCMI) entre 1979 et le 30 juin 2003 et 53 887 tests de dépistage du VIH positifs déclarés entre 1985 et la fin juin 20031. Les rapports de test positif de dépistage du VIH transmis au CPCMI concernent les personnes qui ont obtenu un résultat positif à un test nominatif, non nominatif ou anonyme effectué dans les provinces et territoires et dont les résultats sont communiqués au CPCMI par leurs autorités sanitaires ou leur labo-ratoire de dépistage du VIH respectifs.

La présente section des Actualités en épidémiologie résume l'information la plus récente concernant la déclaration de l'infection au VIH au Canada, notam-ment les types de tests de dépistage du VIH offerts et le moment où la déclaration de l'infection à VIH est devenue obligatoire dans chaque province et territoire. Une maladie à déclaration obligatoire est une maladie jugée à ce point importante du point de vue de la santé publique que sa survenue doit obligatoirement être déclarée aux autorités sanitaires. (Les termes « à notification obligatoire » et « à déclaration obligatoire » sont utilisés de manière interchangeable lorsqu'on aborde la question de la déclaration de l'infection à VIH/du sida au Canada.)

Infection à VIH : maladie maintenant à déclaration obligatoire dans tout le Canada

  • Depuis le 1er mai 2003, la loi oblige à déclarer les infections à VIH dans l'ensemble des provinces et territoires. Il est donc maintenant obligatoire de déclarer les tests positifs pour le VIH et les diagnostics de sida dans toutes les provinces et tous les territoires du Canada.
  • La plupart du temps, lorsque des tests sont effectués, c'est aux laboratoires et aux médecins qu'il incombe de déclarer les infections à VIH, mais les pratiques varient d'une province ou d'un territoire à l'autre.
  • Lorsque l'infection à VIH est à déclaration obligatoire, des renseignements « nominatifs » ou « non nominatifs/non identificateurs » concernant les personnes qui ont obtenu des résultats positifs au test de dépistage du VIH sont transmis aux autorités sanitaires provinciales ou territoriales. Au nombre de ces renseignements figurent des données démographiques, telles que l'âge et le sexe de la personne; les risques associés à la transmission du VIH; et des données de laboratoire, telles que la date du premier test positif chez la personne.
  • Il n'est pas requis par la loi de déclarer les infections à VIH à l'échelle nationale, mais toutes les provinces et tous les territoires les signalent volontairement au CPCMI. Les rapports sur les tests positifs pour le VIH et les cas de sida sont communiqués au CPCMI sans données permettant d'identifier les cas.
  • Les habitudes de dépistage du VIH dans la population générale de même que le profil des personnes qui subissent des tests sont des renseignements importants qui per-mettent de mieux concevoir et cibler les programmes d'intervention2 et de replacer les données de surveillance du VIH/sida en contexte.

Dépistage du VIH : trois types de tests offerts au Canada

Les Canadiens qui décident de subir un test de dépistage du VIH peuvent choisir entre trois options différentes selon la province ou le territoire où est effectué le test :

  1. Dépistage nominatif du VIH
    • Il peut être effectué à de nombreux endroits, y compris dans des cliniques et au cabinet d'un professionnel de la santé.
    • La personne qui fait faire le test connaît l'identité de la personne testée.
    • C'est le nom de la personne testée qui figure sur la demande de test de dépistage du VIH.
    • On recueille toute une gamme de données sur le patient (âge, sexe, ville de résidence, nom du professionnel de la santé traitant, pays de naissance, etc.), de l'information décrivant les facteurs de risque d'infection
    • à VIH de la personne testée et des données de laboratoire. La quantité d'information recueillie varie selon la province ou le territoire.
    • Si le résultat du test de dépistage du VIH est positif, la personne qui a fait faire le test est tenue par la loi d'en aviser les autorités sanitaires.
    • Le résultat du test est consigné dans le dossier médical de la personne testée.
       
  2. Dépistage du VIH non nominatif/ non identificateur

    Ces tests sont similaires aux tests nomi-natifs à tous égards sauf pour l'aspect suivant :

    • La personne qui fait faire le test utilise un code ou les initiales du patient testé sur la demande (et non pas le nom partiel ou entier).
       
  3. Dépistage anonyme
  • Il est habituellement offert dans des cliniques spécialisées, organisées et financées par des services de santé publique et par certains professionnels de la santé.
  • La personne qui fait faire le test ne connaît pas l'identité de la personne testée.
  • Un code est utilisé pour le test de détection du VIH. La personne qui fait faire le test et le laboratoire qui teste l'échantillon de sang ne savent pas à qui renvoie le code. Seule la personne testée connaît le code unique non identificateur.
  • Des données telles que l'âge, le sexe, les facteurs de risque d'infection à VIH et l'origine ethnique de la personne testée pourraient être recueillies durant le dépistage anonyme, selon la province ou le territoire où le test est demandé ou selon le lieu où le test est effectué.
  • Les résultats du test ne sont pas consignés dans le dossier médical de la personne testée. C'est cette dernière seulement qui peut décider de dévoiler son nom et de verser le résultat du test dans son dossier.

Les types de services de dépistage du VIH et l'information relative à la déclaration de l'infection à VIH au Canada sont résumés au tableau 1.

Tableau 1. Dépistage et déclaration de l'infection à VIH par province/territoire
  Province/territoire Types de test de dépistage du VIH offerts Année où la déclaration de l'infection à VIH est devenue obligatoire Responsabilité de la déclaration de l'infection à VIH Type de test déclaré à la province/au territoire
Colombie-Britannique N, NN, A 2003 L, M N, NN*
Yukon N, NN 1995 M N
Territoires du Nord-Ouest N, NN 1988 L, M, IA N
Nunavut N, NN 1999 L, M, IA N
Alberta N, NN, A 1998 L, M NN
Saskatchewan N, NN, A 1988 L, M NN
Manitoba NN 1987 L, M NN
Ontario N, NN, A 1985 L, M N, NN*
Québec N, NN, A 2002 L, M NN
Nouveau-Brunswick N, NN, A 1985 L, M, IA NN
Nouvelle-Écosse N, NN, A 1985 L, M N, NN
Île-du-Prince-Édouard N, NN 1988 L, M, IA N, NN
Terre-Neuve-et-Labrador N, NN, A** 1987 L, M N
N = nominatif
A = anonyme
M = médecin
NN = non nominatif/non identificateur
L = laboratoire
IA = infirmière

*En Ontario et en Colombie-Britannique, les données sur les tests positifs de dépistage anonyme du VIH (DAV) sont communiquées de façon non nominative à l'échelle provinciale.

**Si une personne a obtenu un résultat positif à un test anonyme, cette personne est intégrée au système nominatif, dans lequel le counselling, les soins de suivi et la déclaration des données sur l'infection à VIH sont tous effectués de façon nominative.

Accès au dépistage anonyme du VIH (DAV) : façon de promouvoir le dépistage

Le tableau 2 résume l'information relative à la situation du dépistage anonyme du VIH au Canada.

Tableau 2. Situation du dépistage anonyme du VIH (DAV) par province/territoire
Province/territoire Année où le DAV a été offert Nombre de sites offrant le DAV Déclaration de données du DAV* Services de counselling offerts
Colombie-Britannique 1985 Tout cabinet de médecin Oui Oui
Yukon - - - -
Territoires du Nord-Ouest - - - -
Nunavut - - - -
Alberta 1992 3 Oui Oui
Saskatchewan 1993 3 Non Oui
Manitoba - - - -
Ontario 1992 33 Oui Oui
Québec 1987 60+ Non Oui
Nouveau-Brunswick 1998 7 - Oui
Nouvelle-Écosse 1994 1 Non Oui
Île-du-Prince-Édouard - - - -
Terre-Neuve-et-Labrador ** 6 Oui† Oui†

*Indique si les données concernant les résultats positifs au DAV sont transmises au Centre de prévention et de contrôle des maladies infectieuses.

**Le DAV est offert sur demande, mais ne fait pas partie des lignes directrices officielles de la province.

†Si une personne obtient un résultat positif au DAV, cette personne est intégrée au système nominatif, dans lequel le counselling, les soins de suivi et la déclaration des données sur l'infection à VIH sont tous effectués de façon nominative.

  • Comme le dépistage anonyme protège au plus haut point la confidentialité des renseignements recueillis, il pourrait encourager un plus grand nombre de personnes à se présenter à des tests de dépistage du VIH et à solliciter un counseling3.
  • Une étude d'évaluation du DAV en Ontario laisse croire que ce genre de dépistage incite à se faire tester des populations qui autrement ne le feraient pas4.
  • Plusieurs études menées aux États-Unis ont montré que les programmes de DAV encouragent les gens à subir un test de dépistage du VIH, en particulier les personnes à risque élevé ou celles qui ne solliciteraient pas volontairement un test si le dépistage était nominatif ou non nominatif/non identificateur5-7.
  • Des entrevues réalisées auprès de 835 patients ayant récemment reçu un diagnostic de sida aux États-Unis a révélé que lorsque les tests anonymes sont offerts, ces derniers sont effectués moins longtemps après le début de l'infection à VIH, ce qui accélère l'accès à des soins médicaux8.
  • En Ontario, la proportion des tests de dépistage anonymes du VIH est demeuré stable depuis 1992, soit environ 4 %9.
  • Au Québec, entre 1994 et 1998, plus de 45 % des personnes qui ont recours au dépistage anonyme ont déclaré que l'anonymat du test était l'une des principales raisons qui les avaient incitées à subir le test10.

Commentaire

La loi rend maintenant obligatoire la déclaration de l'infection à VIH dans toutes les provinces et tous les territoires, mais les pratiques relatives à la déclaration peuvent varier d'un endroit à l'autre. La législation touchant la déclaration de l'infection à VIH dans toutes les provinces et tous les terri-toires canadiens pourrait contribuer à accroître le nombre de résultats de tests transmis au CPCMI. Un changement rendant obligatoire la déclaration de l'infection à VIH en Alberta, en 1998, s'est traduit par une hausse importante du nombre de tests de dépistage effectués chez les hommes et les femmes11. L'obligation de déclarer les infections à VIH dans tout le Canada devrait donc permettre de recueillir des données épidémiologiques plus complètes et d'exercer une surveillance plus exacte et opportune de l'épidémie d'infection à VIH.

Toutes les provinces et tous les territoires du Canada offrent au moins une forme de dépis-tage du VIH : 1) nominatif, 2) non nominatif/non identificateur ou 3) anonyme. À l'heure actuelle, le dépistage nominatif et le dépistage non nominatif sont très répandus au Canada, alors que le dépistage anonyme n'est offert que dans huit provinces. Une plus grande accessibilité aux différents types de dépistage du VIH pourrait permettre aux gens de choisir le cadre dans lequel ils se sentent le plus à l'aise pour subir un test et recevoir du counselling, ce qui devrait inciter un plus grand nombre de personnes à subir un test et aider à mieux cibler les programmes d'intervention et de traitement12.

Références

  1. Santé Canada. Le VIH et le sida au Canada : Rapport de surveillance au 30 juin 2003. Ottawa : Division de l'épidémiologie et de la surveillance du VIH/sida, Centre de préven-tion et de contrôle des maladies infectieuses, Santé Canada, novembre 2003.
  2. Houston S, Archibald CP, Strike C, Sutherland D.  Factors associated with HIV testing among Canadians: results of a population-based survey. Int J STD AIDS 1998;9:341-46.
  3. Jürgens R, Palles M. HIV testing and confidentiality: a discussion paper. Canadian HIV/ AIDS Legal Network and the Canadian AIDS Society, 1997: 52-69.
  4. Ontario Ministry of Health. Anonymous HIV testing evaluation: January 1992 to June 1993. Toronto: AIDS Bureau, Ontario Ministry of Health, novembre 1994.
  5. Keagles SM, Catania JA, Coates TJ et coll. Many people who seek anonymous HIV-antibody testing would avoid it under other circumstances. AIDS 1990;4(6):585-88.
  6. Hoxworth T, Hoffman R, Cohn D et coll. Anonymous HIV testing: does it attract clients who would not seek confidential testing? AIDS Public Policy J 1994;9(4):182-88.
  7. Hertz-Picciotto I, Lee LW, Hoyo C. HIV test-seeking before and after the restriction of anonymous testing in North Carolina. Am J Public Health 1996;86(10):1446-50.
  8. Bindman AB et coll. Multistate evaluation of anonymous HIV testing and access to medical care, JAMA 1998;280(16):1416-20.
  9. Remis RS, Swantee C, Rottensten K et coll. Report on HIV/AIDS in Ontario 2002 Nouvelle fenêtre novembre 2003.
  10. Ministère de la santé et des services sociaux du Québec. Le dépistage anonyme du VIH, 2001.
  11. Jayaraman GC, Preiksaitis JK, Larke B. Mandatory reporting of HIV infection and opt-out prenatal screening for HIV infection: effect on testing rate. Can Med Assoc J 2003;168(6); 679-82.
  12. Hong BA, Berger SG. Characteristics of individuals using different HIV/AIDS counseling and testing programs. AIDS 1994;8:259-62.

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