La présente section de Actualités en épidémiologie traite du nombre estimatif de Canadiens qui, à la fin de 2002, avaient contracté le VIH sans le savoir. On y présente également un sommaire des données dispo-nibles sur les caractéristiques des personnes qui ont subi un test de dépistage du VIH au Canada.
Il peut être utile pour plusieurs raisons de savoir si l'on est infecté ou non par le VIH. Les conseils prodigués au moment du dépistage du VIH peuvent jouer un rôle critique quant à la manière de réduire le risque d'infection à VIH. Lorsqu'une personne s'avère séropositive, on peut envisager d'amorcer une thérapie antirétrovirale. S'il s'agit d'une femme enceinte, le traitement peut faire passer de 25 % à 8 % ou moins les risques que le nourrisson soit infecté1.
Depuis 1985, les Canadiens ont la possibilité de subir le test de dépistage du VIH. Certaines personnes ont eu accès aux services de dépistage par l'entremise de tests codés ou confidentiels au cabinet du médecin, dans une clinique ou à des centres de dépistage anonyme.
Les données des rapports de test positif pour le VIH sont transmises par toutes les provinces et tous les territoires du Canada au Centre de prévention et de contrôle des maladies infectieuses (CPCMI) et elles sont incorporées au rapport semi-annuel le plus récent : Le VIH et le sida au Canada : rapport de surveillance en date du 30 juin 20032. Ces renseignements sont non nominatifs et confidentiels, les tests en double pour la même personne étant éliminés dans la mesure du possible. Il est nécessaire d'enlever les doubles afin de rendre compte fidèlement du nombre de nouveaux diagnostics d'infection à VIH chaque année. Les taux d'élimination des doubles entrées varient selon l'année, la province et la nature des données (nominatives, non nominatives ou anonymes). Il importe de noter que, dans la plupart des provinces, cette capacité d'éli-miner les tests en double s'est grandement améliorée depuis 1995.
Au 31 décembre 20022, 52 680 résultats positifs avaient été signalés au CPCMI. Si l'on tient compte de la sous-déclaration et des retards dans la déclaration, environ 57 000 Canadiens avaient obtenu des résultats positifs aux tests de détection du VIH entre 1985 (année où les tests ont débuté) et la fin de 2002. De ce nombre, environ 18 000 étaient morts à la fin de 2002 (après correction pour tenir compte de la sous-déclaration et des retards dans la déclaration). Ainsi, environ 39 000 de ces 57 000 personnes savaient qu'elles avaient contracté le VIH et étaient toujours vivantes à la fin de 2002.
Il importe de noter que les renseignements relatifs aux tests positifs pour le VIH ne concernent que les personnes trouvées séropositives après un test et ne représentent pas toutes les personnes qui ont été infectées par le VIH, car certaines personnes infectées n'ont pas encore subi de test de dépistage.
En décembre 2003, le CPCMI a publié des estimations relatives à la prévalence du VIH au Canada à la fin de 20023. On estimait qu'à la fin de 2002, près de 56 000 (entre 46 000 et 66 000) Canadiens vivaient avec le VIH, y compris ceux qui vivaient avec le sida. Ce nombre comprend ceux qui connaissent leur état (ont subi un test positif) et ceux qui ne savent pas qu'ils sont infectés.
La différence entre l'ensemble des personnes séropositives et en vie (56 000) et le nombre de personnes conscientes de leur infection et en vie à la fin de 2002 (39 000) nous donne une estimation du nombre de personnes vivantes qui ne savent pas qu'elles sont infectées (dont la séropositivité n'a pas été vérifiée). Cette différence s'élève à environ 17 000 personnes, soit près de 30 % des quelque 56 000 Canadiens qui vivaient avec l'infection à VIH à la fin de 2002.
Une enquête pancanadienne effectuée en mars 2003 auprès de personnes de plus de 15 ans ayant fait l'objet d'une sélection aléatoire a révélé qu'un peu plus du quart (27 %) avaient déjà subi un test de dépistage du VIH, abstraction faite des tests effectués à des fins d'assurance, pour faire un don de sang et pour participer à une recherche4. Dans cette enquête, les femmes étaient plus nombreuses que les hommes à avoir déjà subi un test (29 % par rapport à 24 %) et parmi les personnes qui ont déclaré avoir subi un test, 42 % n'en avaient pas subi au cours des deux dernières années, 38 % avaient subi un test au cours des deux dernières années et 18 % avaient subi deux tests ou plus au cours des deux dernières années.
Les données de cette enquête de 2003 montrent que la proportion de personnes qui affirment avoir déjà subi un test est plus élevée qu'au moment de l'enquête pan-canadienne menée en janvier 1997. Cette enquête avait révélé que 18,6 % des hommes et 16,2 % des femmes âgés de 15 ans et plus avaient subi un test de dépis-tage du VIH (abstraction faite des tests effectués sur les dons de sang et à des fins d'assurance)5,6. Parmi les personnes testées, 39 % avaient subi un test au cours de l'année précédant l'enquête, 57 % durant les deux années précédentes et, dans 43 % des cas, le dernier test remontait à plus de deux ans auparavant. Une autre enquête réalisée en 1996 a montré que, si l'on tient compte des tests connexes tels les tests sur les dons de sang ou pour l'assurance-vie, 41 % des hommes et 31 % des femmes au Canada avaient subi un test de dépistage de l'infection à VIH7.
Des enquêtes nationales menées auprès de l'ensemble de la population semblent indiquer que ceux qui font état de facteurs de risque sont plus nombreux à avoir subi un test :
Les Canadiens présentant des facteurs de risque d'infection à VIH sont plus nombreux à avoir subi un test de détection du VIH que ceux qui ne présentent pas de tels facteurs de risque. Toutefois, il y a toujours une proportion importante de personnes présentant des facteurs de risque qui n'ont jamais subi de test de dépistage du VIH. On estime que près de 17 000 personnes, soit 30 % de la population infectée par le VIH, ne savent pas qu'elles sont infectées. Il faudra obtenir encore plus de renseignements sur les personnes qui risquent d'être infectées par le VIH mais qui n'ont pas subi de test de dépistage. Compte tenu de ces données et du fait que de nouveaux traitements sont offerts contre l'infection à VIH, il importe plus que jamais que tous les Canadiens puissent avoir accès à des services de dépistage du VIH, en particulier les personnes qui courent le plus grand risque d'être infectées.
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