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Actualités en épidémiologie sur le VIH/sida - mai 2004

La surveillance des souches de VIH-1 au Canada

Introduction

Points Saillants

Le Programme canadien de la surveillance des souches et de la résistance aux médicaments ayant trait au VIH continue de surveiller et d'évaluer les souches de VIH et la transmission de la pharmacorésistance au Canada.

Bien que la souche B du VIH-1 continue de prédominer, les souches A, C, D, E et G et diverses souches recombinantes en circulation ont été détectées au Canada.

La prévalence générale des souches non-B du VIH-1 au Canada est de 7,5 %.

Chez les cas d'infection par une souche du VIH-1 nouvellement diagnostiqués et naïfs de tout traitement au Canada, on a observé des proportions sensiblement plus élevées d'infections dues à des souches non-B du VIH-1 chez les femmes (comparativement aux hommes), chez les personnes qui citent les contacts hétérosexuels comme leur principal facteur d'exposition et chez les Noirs, les Asiatiques ou les personnes d'origine ethnique mixte.

Deux types de VIH ont été caractérisés chez les humains, le VIH-1 et le VIH-2. Ces deux types peuvent causer le sida. Le VIH-2 est moins répandu que le VIH-1 et est surtout présent en Afrique occidentale. Le VIH-1 peut être divisé en trois grands groupes : « M » (majeur), « O » (outlier) et « N » (nouveau)1. La grande majorité des isolats se retrouve dans le groupe « M ». Des lignées distinctes à l'intérieur du groupe M, appelées souches ou sous-types, ont également été identifiées. Citons les sous-types A à E (le sous-type E est également appelé CRF01_AE (forme recombinante en circulation, CRF A/E)), les sous-types F à H, J et K2. Les sous-types A et C du VIH-1 sont les plus répandus, étant responsables d'environ la moitié des infections à VIH-1 dans le monde. Au Canada, aux États-Unis et en Europe de l'Ouest, le sous-type B prédomine. À cause des voyages et de la migration, les sous-types non-B sont de plus en plus souvent signalés cependant dans ces régions du monde.

La présente section des Actualités en épidémiologie décrit les raisons pour lesquelles la surveillance des souches du VIH est importante et résume les activités de surveillance des souches de VIH au Canada et la prévalence des souches différentes de VIH aux États-Unis et en Europe de l'Ouest.

Pourquoi surveiller les souches de VIH?

Le Programme canadien de surveillance des souches et de la résistance aux médicaments ayant trait au VIH (PCSSRMV) regroupait au départ un ensemble intégré de projets visant à améliorer la surveillance nationale du VIH. Grâce à la collaboration des provinces et de Santé Canada, des échantillons de laboratoire (sérum de personnes chez lesquelles l'infection à VIH a nouvellement été diagnostiquée) et les données épidémiologiques correspondantes sont transmis par les laboratoires provinciaux de santé à Santé Canada pour que celui-ci caractérise les souches de VIH et évalue la pharmacorésis-tance. Les résultats sont ensuite communiqués aux intéressés provinciaux et autres. Un des principaux objectifs de ce programme est d'exercer une surveillance systématique des sous-types de VIH au Canada dans les quatre buts suivants :

  1. Améliorer le diagnostic et les stratégies de dépistage du VIH

    En raison de la grande diversité génétique du VIH, les tests diagnostiques ne peuvent pas toujours détecter de manière fiable les différentes souches de VIH en circulation3,4. La section sentinelle du PCSSRMV, par l'entremise des services de référence des Laboratoires nationaux du VIH/sida, tente d'atteindre ce but en analysant les échantillons dont les résultats sont inhabituels. Si l'on connaît les souches de VIH en circulation, on peut modifier les tests actuels afin de s'assurer que tous les cas séro-positifs sont détectés au moment du dépistage. Ces connaissances permettent également de garantir la sûreté des réserves de sang vu que les tests de dépistage utilisés dans les dons de sang devraient permettre de détecter les variants du VIH en circulation.

  2. Faciliter la mise au point de vaccins

    Il importe de connaître la distribution des sous-types viraux et les variations à l'intérieur des sous-types afin de mieux cibler les activités de mise au point de vaccins et les analyses étant donné que l'efficacité réelle et potentielle des vaccins peut dépendre du sous-type3,4.

  3. Évaluer les tendances relatives à la transmission du VIH

    Bien qu'on ait eu recours à des analyses génétiques pour évaluer la propagation du VIH dans le monde4,5, on s'entend peu sur l'effet des différences dans le sous-type de VIH sur les taux de transmission sexuelle et maternelle6-9. Certaines études font état de différences dans les propriétés biologiques de sous-types de VIH-110-12, mais ces différences doivent être confirmées. Le fait de connaître la distribution des variants du VIH au Canada ainsi que les facteurs épidémiologiques correspondants aidera à évaluer l'effet de toute différence au niveau de la transmissibilité. Les répercussions de telles observations sur le plan de la santé publique, notamment pour les stratégies de prévention et de traitement, présentent un grand intérêt.

  4. Évaluer la pathogenèse de l'infection à VIH et la progression des maladies associées au virus

    Bien que la vitesse de progression des maladies associées au VIH dépend de nombreux facteurs, dont les facteurs liés à l'hôte, les données semblent indiquer que les réponses immunitaires sont moins affaiblies par le VIH-2 que par le VIH-113,14, ce qui mérite d'être clarifié. Alors que certaines études semblent indiquer que les sous-types génétiques jouent un rôle dans la progression de la maladie, d'autres soutiennent le contraire. Bon nombre de ces études ont été examinées par Hu et ses collègues 3 et par Tatt et son équipe4. Cette question doit être examinée plus à fond.

Distribution des sous-types de VIH-1

Canada

  • Les résultats du PCSSRMV montrent que 7,5 % de la population échantillonnée (n = 1 673) était infectée par des sous-types non-B (voir la distribution des sous-types au tableau 1).
  • Selon les résultats préliminaires du PCSSRMV, une proportion importante de personnes infectées par un sous-type non-B du VIH-1 sont des femmes, sont d'origine africaine ou asiatique ou ont cité les contacts hétéro-sexuels comme leur principal facteur de risque15. Ces corrélations peuvent probablement s'expliquer par les voyages et la migration en provenance de zones d'endémicité où des sous-types différents de VIH-1 prédominent et où les contacts hétérosexuels constituent le principal facteur de risque d'infection à VIH-1.
  • En 1995, un cas d'infection par le sous-type A du VIH-1 a été signalé chez un homme né en Afrique qui avait émigré au Canada en 198316.
  • Le BC Centre for Excellence in HIV/AIDS a effectué des analyses génétiques du VIH couplées à des études de cohorte et aux données du programme de traitement de l'infection à VIH de la C.-B. Ces études semblent indiquer qu'en C.-B., les sous-types non-B sont à l'origine d'au moins 4,4 % des infections à VIH chez les per-sonnes qui entreprennent un traitement médicamenteux17. Les sous-types A, C, D et CRF01_AE du VIH-1 ont également été détectés.
  • Des souches de VIH-2 ont été détectées au Canada dès 198818.
Tableau 1. Distribution des sous-types de VIH-1
Sous-type de VIH-1 Fréquence Pourcentage
A 25 1,5
A/B 1 < 0,1
A/C 1 < 0,1
A/D 5 0,3
A/E* 9 0,5
A/G 3 0,2
B 1 547 92,5
B/C 1 < 0,1
B/D 1 < 0,1
C 73 4,4
D 6 0,4
G 1 < 0,1
Total 1 673 100
* Le sous-type recombinant A/E a également été appelé sous-type E.

Selon les études existantes sur les populations à haut risque, le sous-type B est le sous-type de VIH-1 le plus fréquent au Canada.

  • En 1998, les échantillons sérologiques de 31 personnes séropositives des deux sexes, représentant environ 25 % des personnes reconnues séropositives à Terre-Neuve, étaient tous infectés par le sous-type B19.
  • En 1999, toutes les séquences de VIH-1 analysées chez les utilisateurs de drogues par injection (n = 17) et les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (n = 5) qui résidaient à Montréal20 appar-tenaient au sous-type B.
  • En date d'octobre 2003, 106 échantillons de virus séquencés provenant de 107 participants à l'étude Polaris sur la séroconversion VIH étaient de sous-type B. L'unique exception était de sous-type A/G recombinant21.

États-Unis

  • Dès 1993, la présence du sous-type D a été signalée aux États-Unis22.
  • D'après les résultats de la surveillance sentinelle continue des souches et de la phar-macorésistance exercée par les Centers for Disease Control and Prevention, 1,6 % des cas nouvellement diagnostiqués d'infection à VIH étaient porteurs du sous-type A (n = 321)23.
  • Dans une autre étude de cohorte portant sur 88 sujets naïfs qui s'étaient présentés à un hôpital de Boston en 1999, neuf (10 %) étaient infectés par un sous-type non-B de VIH-1 (sous-types A, C et E et A/G recombinant). Toutes ces personnes étaient nées à l'extérieur des États-Unis24.
  • Dans une étude en population générale portant sur les personnes atteintes d'une infection à VIH ou du sida qui étaient considérées comme à haut risque pour une infection par le groupe O d'après leur pays de naissance (n = 155), deux cas d'infection par le groupe O et 27 cas dus au groupe M non-B ont été détectés. Les deux cas d'infection dus au groupe O ont été décelés chez des personnes nées en Afrique25.
  • Une étude sur les donneurs de sang infectés par le VIH, visant la période 1997-2000, a révélé que 2,1 % étaient porteurs de sous-types non-B26.
  • Une enquête effectuée sur une cohorte militaire américaine récemment infectée a révélé que 5,4 % des cas étaient de sous-types non-B et ces cas étaient associés à des contacts hétérosexuels (comparativement des contacts homosexuels/bisexuels) et des affectations à l'étranger27.

Europe de l'Ouest

  • Une augmentation de la prévalence des sous-types non-B du VIH-1 a été signalée dans certains pays d'Europe de l'Ouest, et la plupart de ces infections provenaient de pays où les sous-types non-B prédomi-naient. Par exemple, une étude des primo-infections à VIH en France en 1999-2000 a révélé que 19 % des sous-types étaient non-B28. Thomson et Najera ont effectué une recension d'études semblables29.
  • Des souches de VIH du groupe O, qui se rencontre le plus souvent en Afrique occi-dentale, ont été isolées en Europe de l'Ouest, notamment dans des pays comme la Norvège, l'Espagne31 et la France32.
  • Des souches recombinantes de VIH-1 ont également été détectées dans des pays comme le R.-U.33, l'Espagne34 et la Grèce35.

Commentaire

L'introduction de variants du VIH au Canada remettra inévitablement en question les tests diagnostiques et les algorithmes d'interprétation existants. Selon l'impact qu'auront les souches sur l'efficacité réelle et théorique des vaccins, l'orientation des recherches et des tests futurs dans le domaine des vaccins pourrait s'en trouver modifiée. De plus, selon les découvertes qui seront faites concernant la transmissibilité, la pathogénicité et le traitement spécifique de chaque souche, la variation des souches de VIH pourrait contribuer à changer la nature de l'épidémie au Canada. Il est donc important d'entreprendre la collecte et l'analyse systématique des données issues de la surveillance des souches au Canada.

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