Actualités en épidémiologie sur le VIH/sida - mai
2004
L'infection à VIH chez les HRSH au Canada
Introduction
Points saillants

Au Canada, 77,1 % des cas cumulatifs de sida
chez les adultes de sexe masculin sont survenus chez des HRSH.

Depuis que le dépistage a commencé en
1985, 70,2 % des rapports de test positif pour le VIH concernent
des HRSH.

On a estimé que 40 % des nouveaux cas
d'infection à VIH au Canada étaient associés
aux HRSH en 2002.
Au Canada, l'épidémie d'infection à
VIH/sida a eu un impact très important sur les hommes qui
ont des relations sexuelles avec des hommes (HRSH). Bien que
l'ampleur de l'épidémie ne les affecte plus
autant qu'au cours de la première moitié des
années 1980, ce groupe compte toujours le plus grand nombre
de cas déclarés d'infection à VIH et de
sida. Des données récentes sur l'incidence du VIH
et les comportements à risque indiquent que les HRSH
continuent d'être exposés à l'infection
à VIH et à d'autres infections transmises
sexuellement (ITS). Le présent rapport fait le point sur la
situation du VIH et du sida parmi les HRSH du Canada.
Données sur la surveillance du sida
- En date du 30 juin 2003, le Centre de prévention et de
contrôle des maladies infectieuses (CPCMI) faisait
état d'un total de 18 934 cas de sida. Parmi les 17 136
cas de sida chez les hommes adultes, 77,1 % étaient
attribués aux HRSH et 5,0 % de plus, aux HRSH qui
déclaraient également utiliser des drogues par
injection (HRSH/UDI)1.
- On a observé une diminution régulière de
la proportion des cas de sida attribués aux HRSH chez les
hommes adultes, parmi ceux signalés au CPCMI entre 1986 et
1999. Cette proportion est passée d'environ 80 % avant
1996 à 54,4 % en 1999. En 2000, elle est passée
à 57,4 % et elle est demeurée assez stable depuis. En
2002, la proportion était de 53,2 %1.
- La proportion des cas de sida chez les adultes attribués
aux HRSH/UDI est demeurée relativement stable, variant entre
2,7 % et 6 % au cours des cinq dernières
années1.
Données sur la surveillance du VIH
Alors que les données sur le sida nous ren-seignent sur
les infections à VIH contractées il y a environ 10
ans, les données sur le VIH brossent un tableau des
infections plus récentes.
- Le CPCMI collige et condense à l'échelle
nationale les rapports de test positif pour le VIH
communiqués par chaque province et territoire. Ces rapports
révèlent qu'avant 1998, 75,5 % des rapports de
test positif chez les adultes de sexe masculin concernaient les
HRSH. Cette proportion a ensuite diminué jusqu'à
environ 48 % en 1998-1999. Elle est passée à
53,7 % en 2000 et s'est située entre 48 % et 52 %
en 2001-20021. On note une tendance semblable dans le
nombre absolu de rapports de test positif attribués aux HRSH
chez les hommes adultes. L'accroissement du nombre et de la
proportion d'HRSH auxquels sont attribués des rapports
de test positif chez les adultes de sexe masculin en 2000 a
été le premier observé depuis les
années 1980.
Les HRSH demeurent la principale source
d'infections prévalentes et incidentes à
VIH
Les estimations de la prévalence (nombre de personnes
vivant avec le VIH) et de l'incidence (nombre de personnes
nouvellement infectées au cours d'une année) de
2002 révèlent que les HRSH demeurent le groupe le
plus touché. À la fin de 2002, quelque 56 000 (46 000
à 66 000) Canadiens vivaient avec le VIH (incluant ceux qui
étaient atteints du sida). De ce nombre, 58 % ou 32 500
étaient des HRSH. En 2002, l'augmentation absolue la
plus marquée des infections prévalentes
s'observait dans la catégorie d'exposition des HRSH
: il y en avait 2 900 de plus qu'en 1999 (augmentation relative
de 10 %). La catégorie d'exposition combinée des
HRSH et des UDI (HRSH-UDI) réunissait 4 % des infections
prévalentes en 20022.
En 2002, les HRSH étaient la source de 40 % du total
estimatif de 2 800 à 5 200 nouvelles infections à VIH
au Canada, soit de 1 000 à 2 000 nouvelles infections, ce
qui représente une lègère hausse par rapport
à l'estimation de 38 % en 1999 (figure
1)2.
Figure 1.
Répartition (%) des nouvelles infections à VIH parmi
les HRSH, selon la période

Taux élevés d'incidence de
l'infection à VIH dans certaines parties du
Canada
- À la fin des années 1990, les données
provenant de l'Ontario indiquaient une augmentation du taux
d'incidence de l'infection à VIH chez les HRSH
habitués des tests de dépistage, qui est passé
de 0,79 infection pour 100 personnes-années (PA) en 1996
à 1,39 pour 100 PA en 1999. Ce taux était
significativement plus élevé à Toronto et
à Ottawa que dans le reste de l'Ontario3.
L'incidence semble s'être stabilisée en
Ontario en 20003. L'utilisation d'une nouvelle
technique de laboratoire pour identifier les infections
récentes parmi les nouveaux cas d'infection à VIH
(test STARHS) diagnostiqués entre 1999 et 2002 a
montré que le taux d'incidence chez les HRSH de Toronto
est passé de 4,3 pour 100 PA en 1999 à 2,8 pour 100
PA en 2001 et qu'il est demeuré assez stable
jusqu'en 2002. En revanche, l'incidence chez les HRSH
d'Ottawa a semblé augmenter, passant de moins de 0,1
pour 100 PA en 1999 à 3,5 pour 100 PA durant la
première moitié de 2001, et tombant à environ
1,8 pour 100 PA en 20024.
- Au Québec, la cohorte Oméga fournit des
renseignements sur l'incidence et les déterminants
socio-psychologiques de l'infection à VIH chez les HRSH
qui habitent Montréal. Entre octobre 1997 et août
2001, le taux général d'incidence dans la cohorte
de Montréal est demeuré relativement stable, variant
de 0,44 à 0,71 pour 100 PA. Les tendances de l'incidence
variaient cependant selon l'âge. Les taux relatifs en
2001 étaient de 2,7 chez les HRSH plus jeunes et de 1,3 chez
les HRSH plus âgés5. Entre octobre 1996 et
octobre 2002, l'incidence globale s'est
élevée à 0,59 pour 100 PA. Entre 1997 et 2002,
elle a subi une hausse non significative, passant de 0,56 à
0,88 pour 100 PA6.
- En Colombie-Britannique, les résultats de la recherche
Vanguard, une cohorte prospective de jeunes hommes homosexuels et
bisexuels de Vancouver, montrent que le taux annuel d'incidence
de l'infection à VIH parmi ceux qui n'avaient jamais
fait usage de drogues par injection est passé de 0,2-1,0
pour 100 PA entre 1996 et 1999 à 2,0 pour 100 PA en 2000 et
à 2,5 au cours des neuf premiers mois de
20017.
- En ce qui a trait à la séroprévalence, les
données (auto-déclarées ou
vérifiées) des enquêtes directes auprès
des HRSH révèlent un taux très
élevé avant 1990, soit de 23 % à 32 % à
Vancouver8,9, de 27 % à 57 % à
Toronto8,10, de 20 % à 25 % à
Montréal8,11 et entre 10 % et 20 % dans
d'autres régions du Canada7. Entre 1998 et
2000, il semble s'être produit une diminution du taux de
prévalence parmi les HRSH étudiés par des
méthodes similaires : p. ex., 16 % à
Vancouver12,13 et de 10 % à 16 % à
Montréal14,15. Une enquête effectuée
en Colombie-Britannique en 2002 a révélé une
prévalence globale de 12,9 % et déterminé
qu'une plus forte proportion d'hommes séropositifs
pour le VIH résidaient à Vancouver16.
Toutefois, on observe encore un taux élevé de
prévalence parmi les HRSH/UDI, par exemple, entre 14 % et 22
% de ceux participant aux programmes d'échange de
seringues du Québec (1995-2000)17,18.
- Les résultats de la cohorte Oméga ont
indiqué que la prévalence du VIH a augmenté
avec l'âge, passant d'un taux de 0,0 % chez les HRSH
de moins de 20 ans à 3,1 % chez les 40 à 44 ans, et
retombant à 0,4 % chez les 45 ans et plus. Toutefois, cette
tendance n'était pas statistiquement
significative5.
Persistance des comportements à risque chez les
HRSH
Des données récentes sur les comportements
à risque donnent à penser que les HRSH continuent de
courir un risque considérable d'infection à VIH
et d'ITS en ayant des relations sexuelles anales sans
protection (passives ou actives) avec des partenaires habituels ou
occasionnels ou en ayant des rapports sexuels sans protection
(oraux ou anaux) avec un partenaire séropositif.
- On estime qu'environ 15 % des HRSH de Montréal sont
présentement infectés par le VIH. Les
résultats de l'étude de la cohorte Oméga
de Montréal indiquent que 12 % des HRSH ont des
relations anales non protégées (RANP) avec des
partenaires occasionnels. Cela pourrait entraîner une
augmentation importante du risque de nouvelles infections à
VIH19. Entre 1997 et 2002, les relations anales à
risque (RAR) ont augmenté légèrement, passant
de 16 % à 19 %, et les RANP ont aussi augmenté
légèrement, passant de 34 % à 39 %. Il faut
surveiller de près les hausses de comportements à
risque, même si elles sont faibles, et apprendre à
mieux les comprendre afin de pouvoir déterminer leur effet
possible sur l'incidence de l'infection à
VIH6.
- Dans une autre étude menée à
Montréal, la prévalence des RANP était de 12 %
parmi les HRSH recrutés dans les bars et les saunas, mais
atteignait 21 % à 24 % chez les HRSH
séropositifs14. Une étude sur les
comportements sexuels à risque des HRSH séropositifs
pour le VIH à Montréal a révélé
que 15 % d'entre eux avaient eu des relations sexuelles anales
actives sans protection avec un partenaire
séronégatif ou un parte-naire dont l'état
sérologique était inconnu15.
- En ce qui a trait au retour à des comportements à
risque, les données disponibles indiquent que 10 % des
membres de la cohorte de Montréal et entre 26 % et 30 % de
ceux de la cohorte de Vancouver qui déclaraient avoir des
pratiques sexuelles sans risque au départ ont admis avoir eu
des RANP lors du suivi effectué de six à 12 mois plus
tard20,21.
- Une enquête effectuée en 2002 auprès des
HRSH de la C.-B. a révélé que la
majorité des participants déclaraient
généralement des pratiques sexuelles sans risque
(73,4 %). Cependant, ceux qui avaient de multiples partenaires
déclaraient 25 % de RANP de plus , le taux étant
passé de 18,8 % en 2000 à 23,5 % en 2002.
L'enquête a également révélé
qu'au moins 27 % des participants avaient eu des relations sans
protection l'année précédente avec un
partenaire dont l'état sérologique était
inconnu16.
- Entre mai 1995 et septembre 2001, les hommes de 15 à 35
ans participant à une étude de cohorte d'HRSH
dans l'agglomération urbaine de Vancouver ont fait
état d'un nombre croissant de RANP actives (risque
relatif : 3,5) et passives (risque relatif : 5,1) avec un
partenaire séropositif; cette augmentation des RANP
était associée à une
séroconversion22.
- Les données de la cohorte de Montréal et de celle
de Vancouver ont été combinées et
analysées pour comparer les comportements sexuels des hommes
bisexuels et des homosexuels, séropositifs ou non,
âgés entre 16 et 30 ans. Les résultats montrent
que 56 % des sujets séropositifs et 40 % des sujets
séronégatifs déclaraient avoir eu des RANP
passives au cours des six derniers mois ou de la dernière
année23. Plus récemment, le comportement
à risque levé chez les HRSH dans les deux villes a
été associé à l'usage de nitrite de
pentyle et aux rapports sexuels dans des endroits publics et
commerciaux. Au nombre des déterminants indépendants
de la prise de risque chez les hommes dans les deux villes figurait
l'utilisation de nitrite de pentyle (Vancouver : rapport de
cotes [RC] : 2,1; Montréal : RC : 2,9) et des relations
sexuelles dans des bains publics (Vancouver : RC : 1,9;
Montréal : R : 1,8). À Vancouver, les relations
sexuelles dans un bar (RC : 1,8) et le fait d'avoir eu au moins
20 partenaires occasionnels au cours de l'année
précédente (RC : 1,7) étaient associés
à des rapports sexuels à risque élevé.
Dans le cas des hommes de Montréal, le fait d'avoir eu
un partenaire occasionnel (RC : 3,0) et au moins deux partenaires
réguliers au cours de l'année
précédente (RC : 3,0) était
corrélé de façon indépendante au
comportement sexuel à risque
élevé24.
- Les résultats de l'étude d'une cohorte
d'HRSH de 15 à 35 ans participant au projet Vanguard de
Vancouver ont révélé que la proportion
d'HRSH qui déclaraient des RANP actives avec des
partenaires occasionnels avait augmenté
considérablement, passant de 17 % en 1997-1998 à 22 %
en 2001-2002, et que la proportion de ceux qui déclaraient
des RANP passives était passée de 11 % à 16 %
au cours de la même période25. On observait
une augmentation des RANP tant actives que passives avec un
partenaire régulier, mais elle n'était pas
statistiquement significative. Cependant, il n'y a eu aucun
changement notable dans le taux de séroconversion VIH au
cours de cette période (1997-2002). Cette étude a
également montré que la plupart des HRSH qui avaient
des RANP déclaraient les avoir avec des partenaires
séroconcordants, quoique 12 % aient déclaré
des RANP passives avec des partenaires
séroconcordants25. Dans le cadre de cette
même étude, on a observé une importante
augmentation de la proportion d'HRSH qui déclaraient
avoir utilisé de la métamphétamine, de
l'ecstasy et de la marijuana; la prise de nitrite de pentyle,
de marijuana, d'hallucinogènes, de
métamphétamine et d'ecstasy s'est
avérée associée à des RANP passives
avec des partenaires occasionnels26.
- On peut se servir des données relatives aux ITS comme
marqueurs des comportements sexuels à risque. Un examen des
données de surveillance canadiennes de la gonorrhée
révèle que les cas déclarés de
gonorrhée chez les hommes ont augmenté de 53 % entre
1997 et 2001, la hausse la plus marquée (68 %) ayant
été observée chez les 30 à 39
ans27. Malgré les limites des données
permettant de déterminer l'orientation sexuelle des cas
déclarés, on peut estimer que moins de 4 % des cas de
sexe masculin de 1994 à 2001 sont associés aux
HRSH28. Dans une analyse d'une éclosion de syphilis
parmi les HRSH de Calgary (Alberta) en 2000-2001, il a
été rapporté que 35,7 % des cas étaient
coinfectés par le VIH28. L'importance du taux de
coinfection par le VIH, l'éclosion de syphilis
elle-même et l'augmentation des cas de gonorrhée
viennent renforcer l'hypothèse d'une augmentation
des rapports non protégés parmi les HRSH.
Commentaire
On doit tenir compte d'un certain nombre de biais en
interprétant ces résultats. Les données
relatives au diagnostic de l'infection à VIH sont
limitées aux personnes qui demandent à subir un test
de dépistage; les tendances relevées peuvent donc
être influencées par les habitudes en matière
de dépistage ou par la meilleure élimination des
tests en double. De plus, l'information servant à
l'identification utilisée lors des tests de
dépistage peut être incomplète ou inexacte, ce
qui peut restreindre l'utilité des estimations de
l'incidence du VIH. Les résultats des études de
cohorte sont limités par les biais de sélection, le
nombre de sujets perdus de vue et les difficultés
liées à la généralisation.
En dépit de ces limites, les données disponibles
semblent indiquer une augmentation à l'échelle
nationale du nombre de nouvelles infections à VIH parmi les
HRSH à la fin des années 1990 et, même si cette
augmentation peut ne pas s'être maintenue au-delà
de cette période, le taux d'incidence global ne semble
pas avoir diminué depuis lors. De plus, on observe toujours
la présence de comportements à haut risque parmi les
HRSH dans l'ensemble du pays. Cette situation s'observe
également ailleurs. Par exemple, on a constaté une
augmentation des comportements à risque pour le VIH et/ ou
les ITS chez les HRSH aux États-Unis29-31,
à Amsterdam32 et à Sydney, en
Australie33.
Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ces augmentations
des comportements à risque liés au VIH, notamment le
sentiment de complaisance ou d'optimisme découlant du
succès du traitement antirétroviral27, le
faux sentiment de sécurité lié à un
résultat négatif au test de dépistage, un
manque d'expérience directe de
l'épidémie de sida parmi la jeune
génération d'homosexuels ainsi qu'un
désir d'échapper aux normes rigoureuses
liées à la conduite d'une vie sexuelle sans
risque34-36, l'abus d'alcool et de
drogues24,36-38 et l'impact des salons de clavardage
comme milieu à risque39.
L'augmentation du nombre de nouvelles infections parmi les
HRSH et du nombre d'HRSH vivant avec le VIH souligne la
nécessité d'adopter des programmes de
prévention novateurs afin de réduire la propagation
du VIH et des ITS dans la communauté homosexuelle. Ces
programmes devraient cibler non seulement les personnes qui ne sont
pas encore infectées, mais aussi celles qui sont
séropositives pour le VIH. À l'échelle
nationale, il serait utile de mesurer les comportements à
risque dans le temps et dans différents milieux, aussi bien
ruraux qu'urbains, afin de mieux caractériser
l'épidémie parmi les HRSH et d'appuyer des
programmes de prévention et de soins efficaces.
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