Centre de prévention et de contrôle des maladies infectieuses |
![]() |
[précédent] [Table des matières ] [ prochaine]
Le 15 janvier 2002, Citoyenneté et Immigration Canada
(CIC) a ajouté un test de dépistage de routine du VIH
à l'examen médical réglementaire aux fins
de l'immigration que doivent passer certains demandeurs, dans
le cas des personnes âgées de 15 ans ou plus ainsi que
des enfants qui ont reçu du sang ou des produits sanguins,
dont la mère est séropositive pour le VIH ou qui sont
candidats à l'adoption. Depuis son entrée en
vigueur en juin 2002, la Loi sur l'immigration et la protection
des réfugiés (LIPR) stipule que
l'admissibilité des demandeurs doit être
évaluée sur le plan du fardeau que
représenteraient leurs besoins en soins de santé.
Toutefois, certains groupes sont exemptés des dispositions
de la LIPR, par exemple les demandeurs d'asile et les candidats
à l'immigration dans la catégorie du regroupement
familial. Pour obtenir de plus amples renseignements sur cette loi,
consulter le site Web de CIC (www.cic.gc.ca
).
Du 15 janvier 2002 au 31 décembre 2004, 1 474 demandeurs se sont révélés séropositifs pour le VIH au cours de leur examen médical aux fins de l'immigration***. Parmi ceux-ci :
Dans la plupart des provinces et des territoires, lorsqu'on procède au dépistage du VIH au Canada, les rapports de tests positifs sont traités de la même manière que ceux touchant les autres tests positifs pour le VIH et sont intégrés aux rapports provinciaux et territoriaux sur le VIH présentés au CPCMI. Les 918 rapports de tests positifs pour le VIH établis pour le Canada représentent 12 % des 7 522 tests positifs pour le VIH signalés au CPCMI au cours de la période précitée.
Les données de surveillance nationale du VIH ne portent que sur les personnes qui ont passé un test de dépistage, chez qui on a diagnostiqué une infection à VIH et dont les résultats positifs des tests ont été signalés au CPCMI. Par conséquent, ces données ne reflètent pas toute la portée de l'épidémie. On complète les données de surveillance nationale par d'autres sources de données et méthodes analytiques afin d'estimer le nombre total de gens atteints du VIH (prévalence) et le nombre de personnes nouvellement infectées (incidence). Le CPCMI estime que le nombre de Canadiens atteints du VIH (prévalence), y compris ceux qui ont le sida, était de 56 000 (46 000 à 66 000) en 200223. De plus, on a estimé que cela comprenait environ 3 700 à 5 700 cas d'infection prévalente à VIH chez les personnes originaires de pays où le VIH est endémique dans la catégorie d'exposition du contact hétérosexuel, ce qui représente de 7 à 10 % des infections prévalentes au Canada.
On a également estimé que, des 2 800 à 5 200 cas de nouvelles infections à VIH signalés au Canada en 2002, de 250 à 450 touchaient des personnes appartenant à la sous-catégorie d'exposition au VIH endémique (ce qui représente de 6 à 12 % des nouvelles infections au Canada)23. Il importe de noter que ces nouvelles infections comprennent divers cas d'infections contractées dans le pays d'origine, de même que celles contractées au Canada. Remis et Merid13 ont effectué une modélisation visant à différencier les sources d'infection en Ontario, et leurs résultats laissent croire que 20 à 60 % des personnes nouvellement porteuses d'infections qui appartenaient au groupe d'exposition au VIH endémique en Ontario avaient contractées ces infections au Canada. Il faut distinguer les infections à VIH contractées à l'étranger de celles contractées au Canada afin de non seulement bien mesurer l'incidence canadienne, mais aussi de mieux orienter les programmes de prévention et de soins, notamment lorsqu'on tient compte de facteurs démographiques comme l'âge et le sexe d'une personne.
Lorsque ces estimations de l'incidence et de la prévalence nationales sont comparées aux données du recensement de 2001, on peut voir que les personnes originaires de pays où le VIH est endémique sont surreprésentées dans l'épidémie de VIH au Canada. En 2001, environ 1,5 % des Canadiens étaient nés dans un pays où le VIH est endémique3, mais ce groupe représentait environ 7 à 10 % des infections prévalentes à VIH et 6 à 12 % des nouvelles infections en 2002.
Nous le répétons, les estimations précitées ne portent que sur les personnes infectées nées dans un pays où le VIH est endémique et classées dans la catégorie d'exposition par contact hétérosexuel. Les personnes de ces pays qui appartiennent à d'autres catégories d'exposition ne sont pas incluses, quoique leur nombre n'est probablement pas négligeable. Par exemple, à l'aide de la modélisation mathématique, Remis et Merid13 ont estimé que, en 2002, 2 627 résidents de l'Ontario atteints d'une infection à VIH étaient originaires de pays où le VIH est endémique (1 366 de l'Afrique subsaharienne et 1 261 des Antilles). Cela représente 11 % des 23 563 personnes qui seraient infectées à VIH en Ontario, soit une proportion beaucoup plus élevée que l'estimation selon laquelle 2,6 % des Ontariens seraient originaires d'un pays où le VIH est endémique. En outre, Remis et Merid13 ont estimé qu'au moins 400 de ces 2 627 personnes infectées à VIH appartenaient à la catégorie d'exposition des HRSH.
En 1999, Adrien et ses collaborateurs24 ont évalué la prévalence de l'infection à VIH parmi les Montréalais d'origine haïtienne dans le cadre d'une étude épidémiologique clinique menée auprès de 5 039 personnes âgées de 15 à 49 ans qui étaient nées en Haïti ou dont au moins un parent y était né. Dans l'ensemble, la prévalence du VIH dans cette population était de 1,3 % (1,6 % chez les hommes et 1,1 % chez les femmes), proportion qui était inférieure chez les personnes nées au Canada ou qui y habitaient depuis longtemps. Ces données montrent encore qu'il y a surreprésentation des personnes originaires de pays où le VIH est endémique dans l'épidémie du VIH au Canada.
Nous avons résumé ici les données de surveillance du VIH et du sida relatives aux personnes appartenant à la sous-catégorie d'exposition au VIH endémique, à l'intérieur de la catégorie d'exposition par contact hétérosexuel. Il importe de noter que, en raison d'un certain nombre de limites précitées, les données de surveillance ne montrent pas toute l'ampleur de l'épidémie du VIH et ne représentent pas le nombre réel de gens infectés (prévalence) ni le nombre de gens nouvellement infectés au cours d'une année donnée (incidence). Ces données n'offrent aucun renseignement sur les personnes infectées qui n'ont toujours pas subi un test de dépistage ni été diagnostiquées. Le CPCMI estime qu'environ 30 % des 56 000 Canadiens qui étaient probablement infectés à la fin de 2002 ne le savaient pas23. En outre, les données sont insuffisantes en raison du peu de déclarations, des retards au chapitre de la transmission des déclarations et du manque d'information relativement à certaines variables (surtout l'origine ethnique et la catégorie d'exposition). En se fiant à la sous-catégorie d'exposition au VIH endémique, on n'obtient aucune information sur les personnes originaires d'un pays où le VIH est endémique mais qui sont classées dans une catégorie d'exposition supérieure dans la hiérarchie (p. ex. les HRSH ou les UDI). D'autres limites aux données de surveillance du VIH/sida sont précisées dans le document intitulé Le VIH et le sida au Canada : Rapport de surveillance en date du 31 décembre 2004 25.
Malgré les limites associées aux données de surveillance, certaines tendances liées à l'épidémie du VIH/sida se dégagent chez les personnes originaires de pays où le VIH est endémique. Les tendances observées révèlent une proportion croissante de cas déclarés du VIH et du sida attribués à ce groupe, lequel est surreprésenté dans l'épidémie du VIH au Canada. De plus, parmi les personnes particulièrement touchées, mentionnons les gens âgés de moins de 40 ans et les femmes, y compris celles en âge de procréer. La plupart des gens associés à la sous-catégorie d'exposition au VIH endémique se sont identifiés sur le plan ethnique comme des Noirs.
Il importe d'améliorer les données de surveillance du VIH/sida à l'échelle nationale de façon à permettre une observation et une classification plus précises des tendances liées au VIH chez les personnes originaires de pays où le VIH est endémique, ce qui donnerait lieu à de meilleures données visant à orienter les programmes de prévention et de soins destinés à ce groupe. Pour ce faire, le CPCMI s'efforce de collaborer plus étroitement avec les gouvernements provinciaux et territoriaux et les intervenants communautaires en vue notamment d'améliorer la qualité de l'information relative aux catégories d'exposition et à l'appartenance ethnique pour les personnes nées dans des pays où le VIH est endémique. Nous devons également entreprendre d'autres recherches dans ce domaine afin de mieux comprendre les raisons des tendances observées et de trouver les meilleurs moyens d'y faire face. Des données de surveillance et de recherche plus complètes permettraient aux décideurs, aux agents de santé publique et aux membres de la collectivité d'élaborer, d'offrir et de soutenir conjointement des services de prévention, d'éducation et de soutien adaptés aux cultures de ce groupe dans toutes les régions du Canada.
[précédent] [Table des matières ] [ prochaine]
*** Correspondance avec CIC, 15 mars 2005.
Pour partager cette page, veuillez cliquez sur le réseau sociale de votre choix.