Auteure : Sharon Bartholomew
Le Groupe de travail canadien sur l'audition des enfants (GTCAE) a préparé le présent document comme une source de référence fondée sur les données probantes entourant le développement précoce de l'audition et de la communication (DPAC). Pour la gouverne du lecteur, les données en question sont présentées et examinées par sujet. Le dernier chapitre tire des conclusions, lorsque cela s'avère possible; il traite aussi brièvement du contexte élargi à prendre en considération dans l'élaboration des programmes.
Le GTCAE espère que ce document de base servira aux décideurs des politiques et des programmes de DPAC dans les diverses instances au Canada. Le document a pour but d'améliorer les programmes de DPAC et les services offerts aux enfants.
Quant aux objectifs, il y en a plusieurs :
Ce document s'adresse tout particulièrement aux intervenants suivants :
La création du GTCAE par la Division de la surveillance de la santé et de l'épidémiologie, au sein de l'Agence de santé publique du Canada (anciennement la Direction générale de la santé de la population et de la santé publique de Santé Canada) remonte à septembre 2000, par suite de l'intérêt croissant manifesté envers le domaine du DPAC. Le Groupe de travail se composait de représentants d'associations professionnelles nationales; de parents et consommateurs; d'experts en oto-rhino-laryngologie, en audiologie, en pathologies du langage et de la parole, en soins infirmiers, en santé des enfants et en santé publique recrutés partout au Canada. Cette nature pluri-disciplinaire du Groupe de travail s'est avérée essentielle à la réalisation du présent document. Toutes les disciplines pertinentes à la DPAC étaient représentées au GTCAE, de façon à ce que ce document de référence soit aussi pertinent que possible dans une gamme étendue de professions, et pour les personnes concernées. Le GTCAE a, pour produire le présent rapport, effectué des examens systématiques et critiques des écrits dans les domaines d'activité suivants :
Le GTCAE n'a pas effectué ces analyses à titre d'examens systématiques officiels1, sauf dans le cas des options de développement de la communication. Cependant, ce sont des experts de ces domaines qui ont effectué les recherches au cours d'une période de temps commune (de 1966 à 2000), en puisant à une foule de banques de données électroniques et en cherchant manuellement des documents d'archives et des revues professionnelles pertinentes. Le Groupe a choisi l'expression « examen critique » au lieu « d'examen narratif » ou « d'examen systématique » et a agréé chaque examen avant son achèvement. Ce document présente des versions abrégées de tous les examens; on peut les obtenir sous forme intégrale anglaise en s'adressant à la Section de la santé maternelle et infantile, Division de surveillance de la santé et de l'épidémiologie, à l'Agence de santé publique du Canada.
Afin que ce document soit bien adapté à son auditoire cible, le Groupe a procédé, à partir d'une ébauche, à des consultations qui se sont poursuivies pendant six mois en 2003 sur tout le territoire canadien. Les personnes invitées à ces consultations étaient des représentants de gouvernements provinciaux et territoriaux, des professionnels, des chercheurs, des enseignants et des groupes de consommateurs. Les points de vue recueillis se sont révélés très précieux et ont été intégrés au présent rapport.
Le lecteur est averti que certains termes utilisés dans ce document peuvent différer des termes d'usage commun utilisés antérieurement. La terminologie choisie, de l'avis délibéré du GTCAE, reflète avec plus de précision les travaux courants dans le domaine. Parmi les tournures terminologiques renouvelées choisies, mentionnons les suivantes :
| Nouvelle expression | Expression remplacée |
|
|
|
|
Si d'une part la tournure « détection et prise en charge précoces des troubles de l'audition » (DPCPTA) est populaire, surtout aux États-Unis, les limites de sa portée sont importantes. Le terme « prise en charge » est générique et peut sembler incongru dans un contexte mettant l'accent sur un processus familial visant le développement précoce et maximal des fonctions distinctes d'audition et de communication.
Par contre, la tournure « développement précoce de l'audition et de la communication » (DPAC) met l'accent sur l'objectif premier d'améliorer le développement de la fonction de communication, ce qui peut inclure la parole, le langage visuel et le langage parlé. En outre, elle permet la connotation d'un développement accéléré de la capacité auditive, soit l'un des résultats souhaités d'un dépistage précoce d'un trouble de l'audition. La capacité auditive en elle-même est un facteur précieux d'analyse, tout comme elle l'est dans son rôle d'intermédiaire dans le développement de la communication. Le terme accentue l'élément positif (comme le faisait la partie minutieusement choisie du terme « détection précoce (et prise en charge) des troubles de l'audition », en plus de mettre l'accent sur l'atteinte des buts ultimes du programme, plutôt que sur ses éléments nécessaires mais insuffisants, comme la détection de la déficience auditive.
Le GTCAE désire aussi définir clairement le cadre dans lequel il utilise le terme « dépistage universel des troubles de l'audition chez les nouveau-nés » (DUTAN) aux fins du présent document. Le DUTAN témoigne tout particulièrement d'un dépistage entrepris à l'échelle de la population dans son ensemble, et non d'un DPAC pris dans son ensemble.
Nous avons préféré, dans ce document, le terme « déficience auditive » au terme « perte auditive ». Même si en Amérique du Nord on utilise de préférence le terme de perte auditive, le GTCAE estime que dans le cadre du présent document, la notion de déficience auditive est plus pertinente et plus rapprochée de la terminologie utilisée dans la Classification internationale sur le fonctionnement, l'invalidité et la santé (ICF) de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS)2.
Le GTCAE se fonde sur les principes directeurs suivants :
Le GTCAE assumera le rôle de chef de file dans l'élaboration et la diffusion d'un document de base sur le développement précoce de l'audition et de la communication (DPAC) au Canada. Ce document servira de référence aux intéressés qui, dans toute province et tout territoire au Canada, s'apprêtent à élaborer leur propre programme ou politique en matière de DPAC
Le GTCAE s'appuiera sur une démarche fondée sur les constats ou données probantes dans l'élaboration d'un document de référence sur le DPAC. Cette démarche recourt à l'examen systématique et critique de l'information actuellement disponible sur les programmes et recherches sur l'audition infantile.
Le GTCAE favorise une démarche intégrée au contexte familial, reflétant la compréhension des facteurs physiques, émotionnels, mentaux et psychologiques du développement de l'audition et de la communication chez les enfants atteints d'une déficience auditive et dans leur famille.
Le GTCAE est un partenariat entre divers intervenants : les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux, les associations professionnelles, de consommateurs et de parents, et les divers experts d'influence nationale et internationale dans les domaines de l'oto-rhino-laryngologie, de l'audiologie, des pathologies de la parole et du langage, des soins infirmiers, de la santé infantile et de la santé publique. Le présent rapport sur le DPAC est le fruit de la collaboration de tous les intervenants qui ont misé sur leur expérience, créé des liens et offert des occasions d'étendre les compétences et de promouvoir les pratiques exemplaires de développement de l'audition et de la communication.
Le GTCAE estime important d'utiliser, comme guide terminologique, la Classification internationale du fonctionnement, de l'invalidité et de la santé (ICF) de l'OMS relativement à la pratique clinique, à la recherche et à la programmation. L'ICF offre un cadre conceptuel d'information applicable aux soins de santé personnels. Ce cadre inclut les domaines de la prévention, de la promotion de la santé et de l'amélioration de la participation, en ce qu'il retire ou atténue les obstacles sociétaux et en ce qu'il encourage la prestation des mécanismes d'aide et de soutien sociaux.
L'ICF, publiée en 2001, établit la classification des fonctionnements et déficiences chez l'humain; elle remplace la Classification internationale des troubles, déficiences et handicaps (ICIDH) qui se bornait à décrire les conséquences ou retombées des maladies chroniques.
Les quatre principaux buts de l'ICF sont les suivants :
L'objectif fondamental du dépistage est de trouver les personnes à risque de subir une condition particulière, en imposant un examen à toutes les personnes asymptomatiques au sein d'un groupe démographique. Le dépistage vise l'amélioration des conditions chez les personnes touchées.
Pour qu'un programme de dépistage soit justifié, il faut qu'il réponde à certains critères. Un exemple classique de tels critères se trouve dans le document de l'OMS, Principles and Practices of Screening for Disease, 19683.
L'OMS utilise comme définition du dépistage celle mise de l'avant lors d'une conférence sur les maladies chroniques tenue en 1951, où l'on définissait le dépistage comme « l'identification présumée de maladies ou de troubles non reconnus par l'application de tests, d'examens ou d'autres procédés pouvant être rapidement exécutés » (traduction). Le document ajoute que les tests de dépistage permettent d'identifier les personnes apparemment en bonne santé mais probablement atteintes de celles qui ne sont probablement pas atteintes par une affection donnée. Le but d'un test de dépistage n'est pas de nature diagnostique. Les personnes dont l'atteinte est cernée ou probable doivent être acheminées vers un médecin ou autre spécialiste, pour diagnostic et traitement correspondant4.
Le document Principles and Practices of Screening for Disease3 décrit les objectifs généraux de la détection précoce comme étant, d'une part, la découverte et la prise en charge de conditions qui se manifestent en présence d'un changement pathologique, mais qui n'ont pas encore atteint un état auquel on cherchera spontanément une aide médicale et, d'autre part, l'atteinte d'un meilleur rendement par unité budgétaire grâce à l'économie de temps des professionnels hautement qualifiés, étant donné que l'on peut confier une partie du travail à du personnel moins qualifié mais en mesure d'exécuter les tests de dépistage.
Voici les dix principes de détection précoce de la maladie inscrits au document de l'OMS :
Depuis de nombreuses années, nous avons recouru, en tout ou en partie, aux principes de l'OMS pour justifier des programmes de dépistage. Cependant, dans le contexte actuel des soins de santé, l'application de ces principes fait ressortir certaines lacunes. Le Comité national du dépistage du Service national de santé de Grande-Bretagne a estimé améliorer les principes de l'OMS en y ajoutant des critères portant sur trois situations : les effets négatifs du dépistage, les coûts de substitution liés au dépistage et, au lieu de la suggestion qu'il existe un traitement acceptable, l'ajout d'un énoncé quant à la robutesse des données probantes à propos du traitement (voir le tableau 1).
| Tableau 1 : Critères élaborés par le Comité national du dépistage5 | ||||||||
|
Pour partager cette page, veuillez cliquez sur le réseau sociale de votre choix.