Agence de la santé publique du Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Partagez cette page

Diabète au Canada

LE DIABÈTE CHEZ LES AUTOCHTONES

(tiré du Document de travail en vue de l'élaboration d'une stratégie concernant le diabète chez les Autochtones : rapport du groupe de travail, ébauche, 17 juin 1998, avec la permission de la Division de l'analyse des programmes de santé, Programmes de santé des Premières Nations et des Inuits, Direction générale des services médicaux, Santé Canada.)

Prévalence du diabète

  • La prévalence du diabète est très élevée chez les Autochtones
    Le taux de prévalence du diabète standardisé pour l'âge chez les Autochtones est au moins trois fois supérieur à celui de l'ensemble de la population(23,24). Une série d'études ont fait ressortir des taux élevés dans les communautés des Premières Nations et, bien qu'on ait peu de données sur le diabète chez les Métis, les résultats de l'Enquête auprès des peuples autochtones indiquent que les taux de prévalence sont de loin supérieurs à la moyenne chez les non-Autochtones. Seuls les Inuits font exception à la règle : actuellement, les taux de prévalence chez les Inuits sont inférieurs à la moyenne nationale. Les données indiquent toutefois qu'ils sont en hausse et on craint qu'ils ne deviennent avec le temps aussi élevés que ceux des autres groupes autochtones. De plus, étant donné que certains diabétiques ne sont pas au courant de leur état ou n'ont pas fait l'objet d'un diagnostic, les données actuelles sont probablement une sous-estimation de la prévalence réelle du diabète, qui pourrait être jusqu'à deux fois plus élevée(25).
  • FIGURE 23
    Diabète selon le groupe d'âge : Premières Nations, 1991

    FIGURE 23

    * Mise en garde : variabilité d'échantillonnage élevée liée à ce chiffre.

    Données de l'Enquête auprès des peuples autochtones. Personnes qui s'identifient comme «Indiens de l'Amérique du Nord».
    Source : Bobet, 1997, Direction générale des services médicaux.

    Selon un rapport de Statistique Canada publié en 1991, le taux de prévalence du diabète chez les groupes autochtones au Canada est de : 8,5 % chez les Indiens d'Amérique du Nord vivant dans les réserves et les établissements indiens; 5,3 % chez les Indiens d'Amérique du Nord vivant hors réserves; 5,5 % chez les Métis; et 1,9 % chez les Inuits(26).

  • La plupart des Autochtones atteints du diabète sont des femmes

    Environ les deux tiers des membres des Premières Nations ayant fait l'objet d'un diagnostic de diabète sont des femmes(24).

  • Les taux de prévalence varient énormément d'un endroit à l'autre

    Les taux de prévalence varient d'une province à l'autre et d'une communauté à l'autre. Cela signifie que les taux sont plus de trois fois supérieurs à la moyenne nationale à certains endroits, alors qu'ils sont inférieurs ailleurs. Selon les résultats de l'Enquête auprès des peuples autochtones de 1991, les taux provinciaux les moins élevés ont été enregistrés en Colombie-Britannique et dans les territoires du nord, et les taux les plus élevés, dans la région comprenant l'Ontario, le Manitoba et la Saskatchewan(24).

  • La prévalence du diabète est à la hausse

    Avant 1940, le diabète était pour ainsi dire inexistant chez les Autochtones(26,27). On manque de statistiques à ce sujet, car rares sont les groupes qui ont fait l'objet d'un suivi longitudinal pendant un certain temps. Cependant, une étude menée en 1983 auprès de la population de la zone de Sioux Lookout a mis en évidence un taux de prévalence de 2,8 %. En 1994, le taux avait grimpé à 3,8 %, et dans près de 45 % des cas, le diagnostic avait été posé au cours des cinq années précédentes(28,29). Dans le cas de maladies chroniques comme le diabète, on peut s'attendre à ce que la prévalence augmente avec le temps en fonction du taux d'incidence, du taux de survie chez les diabétiques et du vieillissement de la population. Au Manitoba, on estime que le nombre de cas de diabète chez les Autochtones pourrait tripler d'ici 20 ans(30).

    Complications associées au diabète

    Étant donné qu'il peut s'écouler de 10 à 20 ans avant l'apparition de bon nombre des complications associées au diabète et que cette maladie est relativement nouvelle chez les Autochtones, il ne faut pas s'étonner des lacunes dans la littérature en ce qui concerne les complications (nature, moment d'apparition et gravité) auxquelles font face les Autochtones du Canada. La littérature existante fait état des complications suivantes :

  • Augmentation du risque de maladie cardio-vasculaire (cardiopathie)

    Le risque de maladie cardio-vasculaire est beaucoup plus élevé chez les diabétiques que chez les non-diabétiques(24,31). Chez les Autochtones inscrits du Manitoba, près de 60 % des personnes hospitalisées pour une cardiopathie et environ la moitié des personnes hospitalisées pour un accident vasculaire cérébral étaient diabétiques(32). À Kahnawake, la moitié des diabétiques étaient atteints d'une cardiopathie grave pouvant entraîner une crise cardiaque et nécessiter un pontage coronarien(33).

  • Prévalence accrue de l'hypertension (pression artérielle élevée)

    La prévalence de l'hypertension est beaucoup plus élevée chez les adultes des Premières Nations atteints du diabète que chez les non-diabétiques : 43 % contre seulement 10 %. On a établi que l'hypertension non traitée est aussi un facteur de risque de maladies cardio-vasculaires, telles que les crises cardiaques et les accidents vasculaires cérébraux, de néphropathie et de rétinopathie.

  • Augmentation du risque d'accident vasculaire cérébral

    Des études ont permis d'établir que les diabétiques sont plus exposés aux accidents vasculaires cérébraux que les non-diabétiques, peut-être parce que beaucoup d'entre eux souffrent aussi d'hypertension(31). Dans une étude menée à Kahnawake (au Québec), on a observé que 13 % des diabétiques avaient eu un accident vasculaire cérébral, contre seulement 3 % des personnes d'un groupe comparable de non-diabétiques. Cela correspond à un rapport des cotes de 4,5(33). Dans la même étude, on a observé que le risque de macroangiopathie (maladie macrovasculaire) était six fois plus élevé chez les personnes atteintes du diabète. Ces chiffres sont comparables à ceux observés dans la population non autochtone.

  • Risque accru d'amputations des membres inférieurs

    Chez les diabétiques, le risque de subir une amputation des membres inférieurs est 15 fois plus élevé que chez les non-diabétiques. Ce sont les personnes de plus de 40 ans, dont le diabète a été diagnostiqué il y a au moins 10 ans, qui sont les plus exposées(34). Une étude menée auprès d'Autochtones de l'Oklahoma a montré qu'il s'écoulait en moyenne 6,6 ans entre le diagnostic et la première amputation(35). Toutefois, si les sujets à risque sont activement recherchés et traités, il est possible de prévenir jusqu'à 50 % des amputations(34). Règle générale, les taux de morbidité et de mortalité sont élevés chez les diabétiques qui ont subi une amputation. Chez les Autochtones de l'Oklahoma, le taux de survie quinquennal après la première amputation n'était que de 40 %(35).

  • Taux plus élevés de néphropathie et dedialyse - en particulier chez les Autochtones diabétiques

    Whiteside(36) observe une prévalence beaucoup plus élevée de la néphropathie diabétique chez les Autochtones du Canada que dans l'ensemble de la population atteinte du diabète. Les taux s'échelonnent entre 25 % et 60 % chez les diabètes atteints depuis 15 à 20 ans. Au Manitoba, on estime qu'un Autochtone est 12 fois plus exposé à la néphropathie diabétique qu'un non-Autochtone. Dans cette province, le risque d'insuffisance rénale terminale (IRT) est environ quatre fois plus élevé chez les Autochtones que chez les autres Manitobains, et plus de la moitié de ces cas d'IRT sont causés par le diabète.

    Chez les Autochtones souffrant d'IRT, le risque relatif de subir une dialyse est 6,5 fois plus élevé que chez les patients non autochtones (Dr K.N. Bernstein, Central Dialysis Unit, Manitoba : communication personnelle, 1998). Parmi les membres des Premières Nations qui vivent au Manitoba, on a observé une augmentation des mises en dialyse de plus de 400 % depuis 1987(32).

    FIGURE 24
    Présence d'une ou de plusieurs complications* :
    Premières Nations, 1991, selon le groupe d'âge et
    le statut à l'égard du diabète

    FIGURE 24

    * Personnes signalant un ou plusieurs des problèmes suivants : hypertension artérielle, cardiopathie, troubles de la vue.
    Données de l'Enquête nationale auprès des peuples autochtones de 1991. Personnes qui s'identifient comme des «Indiens de l'Amérique du Nord».
    Source : Bobet, 1997, Direction générale des services médicaux.

  • Taux plus élevés de complications oculaires

    Le diabète est responsable de la rétinopathie diabétique, qui est la principale cause de nouveaux cas de cécité chez les adultes nord-américains. Les diabétiques présentent aussi des taux plus élevés de cataractes. Les National Institutes of Health des États-Unis indiquent qu'environ la moitié des diabétiques présentent une certaine forme d'affection de l'oeil, et un peu plus de 10 % d'entre eux souffrent d'une atteinte rétinienne grave. Chez les Pimas de l'Arizona, toutefois, le taux de rétinopathie grave s'élève à 18 %(27), et à Kahnawake (Québec), 50 % des patients ont une rétinopathie après 10 à 15 ans de diabète(33).

  • Fréquence de la neuropathie périphérique

    Le diabète peut porter atteinte au système nerveux. Cette atteinte se manifeste par une aréflexie (absence de réflexes) et un ralentissement de la conduction nerveuse; elle est généralement associée à de la douleur et à une diminution de la sensibilité au niveau des membres inférieurs. Les estimations de la fréquence de cette complication chez les diabétiques varient considérablement, et aucune ne porte expressément sur les Autochtones.

    Groupes auxquels les initiatives sur le diabète doivent accorder une attention particulière

    Outre les tendances générales décrites ici, il convient d'examiner les répercussions du diabète sur des sous-populations précises :

  • Enfants - Enfants autochtones ayant fait l'objet d'un diagnostic de diabète de type 2

    Bien que le diabète de type 2 soit souvent considéré comme une maladie «de la maturité», au cours des dernières années, des cas ont été diagnostiqués chez des enfants autochtones, dès l'âge de 5 à 8 ans, aussi bien au Nord de l'Ontario(37) qu'au Manitoba(38). L'incidence de cette maladie semble en outre augmenter rapidement(39). Au Manitoba, le nombre d'enfants autochtones ayant fait l'objet d'un diagnostic de diabète est passé de 20 en 1990 à 51 en 1995. On a observé un profil semblable dans la zone de Sioux Lookout : le diabète a été diagnostiqué chez 18 enfants (de moins de 16 ans) en 1994, et chez 52 enfants (de moins de 18 ans) en 1997. Dans ces deux régions, on dénombrait un plus grand nombre de filles que de garçons parmi les enfants atteints, soit plus de 5 filles pour un garçon.

    Étant donné que les complications sont liées à la durée de l'hyperglycémie, il y a tout lieu de craindre que cette survenue précoce du diabète ne contribue à accroître le risque de complications également précoces.

  • Femmes - Prévalence plus élevée, risque de complications de la grossesse et risque futur pour l'enfant

    Les données actuelles sur le diabète sucré gestationnel (DSG) chez les Autochtones du Canada sont préoccupantes. Une étude réalisée par Harris et coll. dans la zone de Sioux Lookout a fait ressortir un taux de DSG de 8,4 % - soit le taux le plus élevé jamais enregistré jusqu'ici dans la population canadienne(39). Une autre étude menée dans la zone de Sioux Lookout a révélé que 70 % des femmes atteintes du DSG finissaient par développer un diabète patent dans un délai de trois ans(40). Dans l'ensemble de la population, le taux habituel d'évolution d'une forme à l'autre s'établit entre 25 % et 60 % au cours d'une période de 10 ans et plus(41).

[Prochaine] [Table des matières] [Prochaine]