(juillet 2002 à juin 2004)
La vitamine D est essentielle pour l'homéostase du calcium et pour la minéralisation du squelette en croissance. Une carence en vitamine D pendant l'enfance peut avoir des conséquences cliniques importantes, car elle entraîne un défaut de minéralisation des cartilages de conjugaison (rachitisme) et des tissus osseux (ostéomalacie). Une croissance linéaire déficiente et des malformations squelettiques sont des caractéristiques de la carence en vitamine D pendant l'enfance, en plus des convulsions hypocalcémiques, d'une dentition anormale et d'un retard des étapes normales de développement. La maladie est tout à fait évitable, par de simples mesures comme un apport diététique convenable de vitamine D ou l'administration quotidienne de suppléments vitaminiques.
Selon la documentation scientifique récente, l'incidence de rachitisme par carence en vitamine D (RCVD) est en hausse dans de nombreux pays du monde, et l'expérience clinique laisse supposer que le Canada ne ferait pas exception. Cette constatation s'avère malgré la politique canadienne de santé publique réglementée selon laquelle tous les produits laitiers liquides (à l'exception des yogourts à boire) doivent être enrichis de vitamine D, car les nourrissons et les enfants habitant au Canada ne peuvent dépendre d'une exposition suffisante au soleil pour synthétiser la vitamine D. En outre, la Société canadienne de pédiatrie (SCP) recommande que tous les enfants allaités exclusivement reçoivent un supplément quotidien de vitamine D par voie orale, car le lait maternel n'est pas une riche source de ce nutriment. Malgré ces mesures préventives, le RCVD semble beaucoup trop fréquent au Canada, certains groupes géoethniques continuant de présenter un risque accru de souffrir de la maladie. L'objectif principal de la présente étude consiste à déterminer l'incidence de RCVD chez les enfants habitant au Canada en obtenant un compte rendu de tous les cas nouvellement diagnostiqués entre juillet 2002 et juin 2004.
Enfants jusqu'à 18 ans inclusivement, souffrant de rachitisme calcipénique secondaire à une simple carence en vitamine D (ou rachitisme nutritionnel).
Critères d'inclusion
1)
25-hydroxyvitamine D (25OHD) sérique faible,
2) phosphatase alcaline sérique élevée.
Entre juillet 2002 et décembre 2003, 111 cas de rachitisme par carence en vitamine D ont été déclarés chez des enfants vivant au Canada, dont 69 cas confirmés, 21 cas dédoublés, dix cas rejetés parce qu'ils ne respectaient pas les critères d'inclusion et 11 cas encore sous examen. Le résumé des résultats pour 2003 et les données cumulatives sont présentés aux tableaux 13 et 14.
Données démographiques
La majorité des cas confirmés de carence en vitamine
D (49 %, 34 sur 69) provenaient de l'Ontario, tandis que 16 %
venaient de l'Alberta, 13 %, du Québec et que les 22 %
restants étaient répartis entre la
Colombie-Britannique, le Manitoba, les Territoires-du-Nord-Ouest,
le Nunavut, la Saskatchewan et la Nouvelle-Écosse. Aucun cas
de rachitisme n'a été déclaré au
Yukon, au Nouveau-Brunswick ou à
l'Île-du-Prince-Édouard. Le sexe était
indiqué dans 97 % des cas, et 45 % étaient de sexe
féminin et 52 % de sexe masculin. L'âge moyen au
diagnostic était de 1,46 an (ÉT [écart-type]
0,95; plage de 0,10 à 6,34). Seize pour cent (16 %) des cas
avaient immigré au Canada au cours des mois
précédant le diagnostic. Trente-trois pour cent (33
%) des cas confirmés étaient noirs, 14 %
étaient autochtones, 13 % étaient moyen-orientaux, 10
% étaient inuits, 9 % étaient caucasiens et 1 %
était asiatique, tandis que l'origine n'était
pas indiquée dans les 20 % de cas restants. L'âge
moyen de la mère à l'accouchement était de
29 ans (ÉT 6,3; plage entre 18 et 39).
Facteurs de risque de carence en vitamine
D
Quatre-vingt-six pour cent (86 %) des cas confirmés ont
été classés comme ayant la peau café ou
foncée. Cependant, les enfants à la peau pâle
vivant au Canada n'étaient pas exempts de la maladie,
car ils représentaient 12 % (8 cas sur 69) des cas
confirmés. La couleur de la peau n'était pas
précisée dans 3 % des cas. Quatorze des 71
mères étaient voilées pendant et après
la grossesse. Les médecins ont déclaré que 85
% des cas avaient été allaités, tandis que le
mode d'alimentation n'était pas indiqué
à l'égard des autres cas confirmés. Comme
on l'avait prévu, la majorité des cas (86 %, 59
cas sur 69) n'avaient pas reçu de suppléments de
vitamine D avant l'apparition de la maladie. Chez les 14 % de
cas restants, l'administration de suppléments de
vitamine D n'était pas indiquée sur le formulaire
de rapport de cas ou l'avait été de
manière non fiable par la personne responsable avant le
diagnostic. Seulement 16 % des mères avaient reçu des
suppléments documentés de vitamine D pendant leur
grossesse. Après l'accouchement, ce chiffre avait
chuté à 6 %, et la majorité des mères
ne buvaient pas de lait pendant la période postnatale. Les
allergies au lait et l'usage de crèmes solaires ne
semblaient pas des facteurs de risque significatifs de carence en
vitamine D chez les enfants du Canada, car seulement trois des cas
confirmés présentaient une allergie au lait, tandis
que l'application fréquente de crème solaire
était documentée dans seulement deux des cas.
Caractéristiques cliniques et biochimiques au
diagnostic :
Les signes et symptômes les plus fréquents au
diagnostic incluaient une malformation squelettique (46 %), des
convulsions (15 %), un retard staturopondéral (14 %), des
fractures (10 %) et un retard dans les étapes de
développement (3 %). La découverte du rachitisme chez
les autres 12 % de cas était fortuite
(c'est-à-dire qu'une cage thoracique rachitique a
été repérée au moment d'une
radiographie découlant d'une infection respiratoire).
Vingt-neuf pour cent (29 %) des patients affichaient une
combinaison de ces signes et symptômes. L'analyse des
paramètres biochimiques sériques du
métabolisme osseux et minéral avant le début
du traitement à la vitamine D révélait un taux
moyen de phosphatase alcaline de 1 306 U/L (plage de 296 à 4
969). Le taux de 25-hydroxyvitamine D avant le traitement
était fourni dans 48 des 69 cas confirmés, et
correspondait à une valeur moyenne de 21,0 nmol/L (ÉT
14,4; plage de 1 à 58).
| TABLEAU 13 Résultats de l'étude sur le rachitisme par carence en vitamine D en 2003 |
||||
|---|---|---|---|---|
| Déclarés | Confirmés | Dédoublés | Rejetés | En cours d'examen |
| 78 | 45 | 16 | 7 | 10 |
| TABLEAU 14 Résultats cumulatifs de l'étude sur le rachitisme par carence en vitamine D de juillet 2002 à décembre 2003 |
||||
|---|---|---|---|---|
| Déclarés | Confirmés | Dédoublés | Rejetés | En cours d'examen |
| 111 | 69 | 21 | 10 | 11 |
Au cours des 18 premiers mois de cette étude de surveillance de deux ans, 69 cas de rachitisme nutritionnel ont été confirmés chez des enfants habitant au Canada, et surtout chez des nouveau-nés et des tout-petits. Les enfants à la peau café ou foncée allaités qui ne prenaient pas de suppléments de vitamine D étaient les plus vulnérables à la maladie, même si des cas de rachitisme chez des enfants à la peau pâle ont également été documentés. Une proportion des mères était voilée, et la plupart n'avaient pas reçu de suppléments de vitamine D après la naissance et ne buvaient pas de lait (éliminant ainsi une source diététique potentielle de vitamine D). Une importante morbidité était présente au diagnostic de tous les cas confirmés, y compris des malformations des membres, des convulsions, un retard staturopondéral, des fractures et un retard à atteindre les étapes de développement.
Même si le lait maternel devrait continuer à être préconisé comme source nutritionnelle idéale pour les nourrissons et les enfants, il faut admettre qu'il n'est pas une bonne source de vitamine D. Cette constatation prend toute son importance pour les nourrissons qui vivent dans les pays nordiques. Étant donné notre latitude septentrionale, le PCSP recommande, depuis 1998, que tous les nourrissons qui sont exclusivement allaités reçoivent des suppléments de vitamine D (400 UI/jour, ou 800 UI/jour dans le cas des enfants vivant au nord de la 55e latitude). Cependant, ces résultats laissent supposer que le document de principes de la SCP sur les suppléments de vitamine D n'a pas atteint l'ensemble du grand public et qu'il n'est pas adopté de manière universelle par les dispensateurs de soins. Bien qu'il ne soit pas surprenant que les enfants affichant le plus grand nombre de facteurs de risque de carence en vitamine D soient les plus diagnostiqués, il est surprenant que cette maladie soit décelée dans un pays où les suppléments de vitamine D sont facilement accessibles et où l'organisme de pédiatrie national du pays a émis une recommandation claire pour prévenir la maladie. De toute évidence, il existe un besoin pressant de mieux sensibiliser les dispensateurs de soins à la prévention du rachitisme, et l'éducation du grand public s'impose. Des études pour évaluer le succès des interventions d'éducation constituent une prochaine étape raisonnable. Il faudrait également envisager le rôle des obstacles financiers dans l'administration de la vitamine D à tous les nourrissons allaités. De plus, des modes de traitement parallèles, tels que le traitement anténatal des mères présentant une carence en vitamine D afin de garantir des réserves suffisantes pendant l'allaitement, méritent des explorations.
Leanne M. Ward, MD,
Université d'Ottawa, unité d'endocrinologie
et de métabolisme,
Hôpital pour enfants de l'est de l'Ontario,
401, chemin Smyth, Ottawa (Ontario)
K1H 8L1;
tél. : (613) 737-2253;
téléc. : (613) 738-4236;
courriel : ward_l@cheo.on.ca
Moyez Ladhani, MD, université McMaster, département de pédiatrie, McMaster Children's Hospital
Stanley Zlotkin, MD, départements de pédiatrie et de sciences nutritionnelles, université de Toronto, Research Institute, The Hospital for Sick Children
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