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Guide canadien d'immunisation
Septième édition - 2006

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Partie 4
Agents d'immunisation active

Vaccin contre la poliomyélite

La poliomyélite est une maladie qui peut entraîner une paralysie irréversible chez moins de 1 % des sujets infectés. Très contagieuse, elle est causée par trois sérotypes de poliovirus. Elle se transmet d'une personne à l'autre surtout par voie orale-fécale. Le virus est extrêmement stable et peut demeurer viable dans l'environnement pendant de longues périodes. La maladie due au virus indigène a été éliminée après l'introduction des vaccins inactivés contre le virus de la polio (VPI) au Canada en 1955 et du vaccin trivalent oral (VPO) en 1962 (voir la figure 15).

Depuis la publication du Guide canadien d'immunisation en 2002, un certain nombre de changements ont été apportés : 1) des renseignements ont été publiés sur l'Initiative mondiale pour l'éradication de la poliomyélite; 2) le VPO a été retiré du marché au Canada mais continue d'être utilisé dans les pays en développement et 3) les lignes directrices concernant l'utilisation du VPI en cas d'éclosion et chez les voyageurs ont été modifiées.

Épidémiologie

Au Canada

Le Canada a été officiellement déclaré exempt de polio en 1994. Lors de la dernière importante épidémie de polio sauvage, survenue en 1959, 1 887 cas de paralysie ont été signalés. Des grappes plus petites ont été observées par la suite. En 1978 -1979, 11 cas de paralysie ont été recensés dans des groupes religieux de l'Ontario, de l'Alberta et de la Colombie-Britannique parmi les contacts non immunisés de cas importés. En 1993, 22 cas asymptomatiques d'infection due à un poliovirus sauvage importé ont été recensés dans le même groupe religieux en Alberta et, en 1996, un cas asymptomatique a été déclaré en Ontario. Dans aucun cas le virus ne s'est répandu en dehors des groupes non immunisés, sans doute en raison des taux élevés de vaccination dans le reste de la population, au Canada, et aucun cas de maladie clinique n'a été enregistré dans les collectivités touchées.

Des cas plus récents de poliomyélite paralytique au Canada ont été associés à l'utilisation du VPO. Onze des 12 cas de paralysie signalés au Canada entre 1980 et 1995 étaient des cas de poliomyélite paralytique associée à la vaccination (PPAV). Il s'agissait de huit cas touchant des contacts de personnes vaccinées (trois cas confirmés et cinq cas possibles), et d'un cas confirmé touchant un vacciné. Les deux autres cas n'ont pas été étudiés mais sont survenus chez des contacts connus d'enfants ayant reçu le VPO. Au Canada, le VPO a été remplacé par le VPI en 1995-1996 dans les programmes de vaccination. Le dernier cas de PPAV s'est produit en 1995.

En 1985, l'Organisation panaméricaine de la santé adoptait l'objectif d'éliminer la poliomyélite des Amériques, et cet objectif a été atteint en 1994. Afin de veiller à ce que le Canada demeure exempt de polio, l'Agence de santé publique du Canada passe en revue les données de surveillance de la paralysie flasque aiguë (PFA) recueillies par le Programme de surveillance active des effets secondaires associés aux vaccins (IMPACT) et le Programme canadien de surveillance pédiatrique (PCSP), administrés par la Société canadienne de pédiatrie (SCP). Entre 1996 et 2004, de 30 à 63 cas de PFA chez des enfants de < 15 ans ont été signalés chaque année au PCSP, aucun n'étant attribué à une souche sauvage ou vaccinale de poliovirus.

L'initiative d'éradication mondiale de la poliomyélite

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) avait au départ fixé comme objectif l'éradication mondiale de la polio au plus tard en l'an 2000. Cet objectif a été reporté à 2005 et, par la suite, à 2008, puisqu'on a continué de recenser des cas de polio en Asie du Sud et en Afrique occidentale et centrale. La suspension temporaire de l'administration du VPO dans le nord du Nigeria en 2003-2004 a entraîné une épidémie qui s'est étendue à 14 pays auparavant exempts de poliomyélite, et le poliovirus sauvage a recommencé à se transmettre dans six pays auparavant exempts de la maladie. En 2005, trois des six régions de l'OMS ont réussi à éradiquer la polio : les Amériques, le Pacifique occidental et l'Europe.

La stratégie d'éradication adoptée par l'OMS pour 2004-2008 comprend les étapes suivantes : a) interrompre la transmission du poliovirus en 20042005 en augmentant la protection par le VPO dans les régions d'épidémie par la tenue de journées nationales d'immunisation et de campagnes de « ratissage »; b) faciliter l'accès aux laboratoires agréés par l'OMS pour la surveillance de la PFA; c) faire en sorte que l'objectif de l'éradication de la poliomyélite soit atteint dans toutes les régions au plus tard en 2006-2008; d) cesser d'utiliser le VPO d'ici 2006-2008 afin d'empêcher le poliovirus d'origine vaccinale de circuler; et e) faire en sorte que toutes les régions appliquent des principes de bioconfinement en laboratoire des poliovirus sauvages et d'origine vaccinale.

Figure 15. Poliomyélite paralytique - Cas signalés, Canada, 1949-2005

Pour faire face à des éclosions imprévues, l'OMS pourrait constituer une réserve de l'actuel VPO trivalent ou du VPO monovalent (VPOm) pour chacun des trois sérotypes du poliovirus. Le VPOm a ceci d'avantageux qu'il induirait une immunité mucosale contre la souche spécifiquement responsable de l'éclosion et permettrait d'éviter que les deux autres souches vaccinales continuent de circuler dans la collectivité. Le VPOm n'est toutefois pas offert sur le marché en Amérique du Nord. La solution de rechange consiste à constituer des réserves suffisantes de VPI pour l'immunisation de sujets réceptifs.

Préparations homologuées au Canada

Le présent chapitre ne portera que sur les vaccins actuellement vendus au Canada.

  • DT Polio adsorbées (anatoxines diphtérique et tétanique adsorbées et vaccin antipoliomyélitique inactivé), Sanofi Pasteur Ltée.
  • Vaccin antipoliomyélitique inactivé [VPI], Sanofi Pasteur Ltée.
  • PentacelMD (Act-HIBMD [vaccin conjugué contre Haemophilus influenzae b (protéine tétanique conjugué)] reconstitué avec QuadracelMD), Sanofi Pasteur Ltée.
  • QuadracelMD (vaccin anticoquelucheux combiné et anatoxines diphtérique et tétanique adsorbées combinés au vaccin antipoliomyélitique inactivé, [DCaT-VPI]), Sanofi Pasteur Ltée.
  • Td Polio adsorbées (anatoxines tétanique et diphtérique et vaccin anti-poliomyélitique inactivé adsorbé), Sanofi Pasteur Ltée.

Seul le VPI est actuellement vendu et recommandé pour l'immunisation systématique au Canada. Les provinces et les territoires utilisent tous le VPI dans le cadre de leurs programmes d'immunisation systématique. Le VPO n'est plus recommandé parce que la plupart des cas de poliomyélite paralytique observés entre 1980 et 1995 ont été associés au VPO. De plus, le VPO n'est plus offert sur le marché au Canada.

Les préparations de VPI sont produites soit sur des cellules Vero, soit sur des cellules diploïdes humaines (MRC-5). Il s'agit dans les deux cas de produits inactivés au formol qui sont plus actifs et beaucoup plus immunogènes que le VPI de la première génération. Ils contiennent tous deux les trois types de poliovirus sauvages : le type 1 (Mahoney), le type 2 (MEF-1) et le type 3 (Saukett). La streptomycine, la polymyxine B et la néomycine sont parfois ajoutées comme agents de conservation.

Pour obtenir une liste de tous les produits homologués au Canada, prière de se reporter au tableau 1 du chapitre Considérations générales.

Efficacité et immunogénicité

Le VPI permet d'obtenir une immunité contre trois types de poliovirus chez plus de 90 % des personnes après deux doses de vaccin administrées à au moins 4 à 8 semaines d'intervalle et chez près de 100 % des vaccinés après une dose de rappel donnée 6 à 12 mois plus tard.

Indications

Nourrissons et enfants

Afin d'éviter le risque de PPAV, on recommande l'usage exclusif du VPI pour l'immunisation systématique au Canada.

Adultes

On ne considère plus nécessaire d'immuniser systématiquement contre la poliomyélite les adultes non immunisés vivant au Canada qui n'ont pas l'intention de se rendre dans des régions où sévissent des éclosions de poliomyélite, parce que le risque d'exposition à des poliovirus sauvages dans les Amériques est négligeable.

Exposition aux poliovirus sauvages

Il est recommandé d'immuniser au moyen du VPI les adultes et les enfants n'ayant pas déjà été immunisés et qui sont ou pourraient être exposés à des poliovirus sauvages. Ces personnes à risque englobent :

  • les personnes qui voyagent dans certaines régions de pays où ces virus circulent;
  • les membres de collectivités où un visiteur ou un nouveau réfugié/nouvel immigrant pourrait excréter ces virus;
  • les travailleurs de la santé qui ont des contacts étroits avec des personnes qui pourraient excréter ces virus;
  • les techniciens de laboratoire qui manipulent des échantillons qui peuvent contenir ces virus.

Calendrier et posologie

Enfants (de < 18 ans)

Il est recommandé d'administrer, dans le cadre de l'immunisation systématique mise en route chez le nourrisson, quatre doses de VPI, en association avec d'autres vaccins qui sont couramment donnés (le vaccin contre la diphtérie, acellulaire contre la coqueluche et contre le tétanos [DCaT] et le vaccin contre Haemophilus influenzae de type b [Hib]) à l'âge de 2, de 4, et de 18 mois et entre 4 et 6 ans (dose de rappel administrée avant l'entrée à l'école). La quatrième dose n'est pas requise si la troisième dose est donnée le jour du quatrième anniversaire ou après. Il est acceptable d'administrer, pour des raisons de commodité, une dose supplémentaire de VPI à l'âge de 6 mois, en association avec le DCaT et le Hib.

Chez les enfants non immunisés de > 4 ans, deux doses de VPI suivies d'une troisième dose de rappel constituent une série complète. Il est recommandé de donner les deux premières doses de VPI à un intervalle de 4 à 8 semaines, suivies d'une troisième, 6 à 12 mois plus tard. Les enfants qui ont débuté leur série vaccinale dans un pays où l'on utilisait le VPO peuvent poursuivre la série avec le VPI au Canada. Il n'est pas nécessaire de reprendre la série à partir du début.

Il n'est pas recommandé d'administrer des doses supplémentaires de VPI aux enfants qui doivent voyager et dont la série primaire de VPI est complète. Dans le cas des enfants non immunisés qui sont exposés au poliovirus sauvage importé ou qui se rendent dans une région où sévissent des éclosions de poliomyélite, il faudrait commencer à administrer la série primaire de VPI, en envisageant sérieusement d'accélérer le calendrier de vaccination (autrement dit, d'administrer trois doses à un intervalle de 4 à 6 semaines seulement). Si on ne peut les protéger au moyen du VPI, les enfants se rendant dans une région où est offert le VPO peuvent y recevoir les doses nécessaires de ce vaccin pour compléter leur série. Il y a lieu d'informer ces parents que le VPO comporte un faible risque de PPAV (voir la section Effets secondaires, plus loin).

Adultes (de ≥ 18 ans)

Les adultes ayant complété la série primaire de VPI ou de VPO pendant l'enfance et qui se rendent dans un pays industrialisé (p. ex. en Amérique du Nord, en Europe, dans la région méditerranéenne, au Japon, en Australie, en Nouvelle-Zélande) n'ont pas besoin d'une dose de rappel du VPI. Par contre, ceux qui se rendent dans une région où sévissent des éclosions d'infection par une souche sauvage ou vaccinale de poliovirus devraient recevoir une seule dose de rappel du VPI.

Les adultes qui n'ont pas été immunisés ou dont les antécédents d'immunisation contre la polio ne sont pas connus et qui pourraient être exposés à des cas de poliomyélite sauvage importée au Canada ou qui se rendent dans une région où sévissent des éclosions de polio devraient recevoir deux doses de VPI, à un intervalle de 4 à 8 semaines, suivies d'une troisième dose, de 6 à 12 mois plus tard. Les voyageurs dont le départ est prévu dans un délai de moins de 4 semaines devraient recevoir la première dose de VPI et les autres doses plus tard, selon les intervalles recommandés. Les adultes incomplètement immunisés qui n'ont pas reçu la série primaire complète du vaccin VPI ou VPO devraient recevoir les doses restantes sous forme de VPI, indépendamment de l'intervalle écoulé depuis la dernière dose.

Voie d'administration

Le VPI est administré par voie sous-cutanée selon la dose indiquée dans la notice du fabricant. Les vaccins conjugués doivent être administrés par voie intramusculaire en raison de la présence d'anatoxines diphtérique et tétanique adsorbées.

Doses de rappel et revaccination

Il n'a pas été démontré qu'il était nécessaire d'administrer des doses de rappel du vaccin contre la poliomyélite aux adultes complètement vaccinés. C'est pourquoi les doses de rappel ne sont pas systématiquement recommandées chez les adultes ayant reçu la série primaire complète pendant leur enfance. Dans le cas des personnes qui courent un risque élevé d'exposition (p. ex. les militaires, les travailleurs des camps de réfugiés dans des régions endémiques, les personnes qui voyagent dans des régions où sévissent des épidémies), une seule dose de rappel de VPI est recommandée.

Les enfants et les adultes qui reçoivent une greffe de cellules souches hématopoïétiques ou de moelle osseuse perdront toute immunité acquise à l'égard du poliovirus après l'intervention. Ces patients ont besoin de trois doses de VPI pour reconstituer leur immunité, à compter de 12 mois suivant la greffe. Pour les intervalles recommandés, prière de se reporter au chapitre Immunisation des sujets immunodéprimés.

Tests sérologiques

Aucune sérologie avant ou après l'immunisation n'est indiquée.

Conditions d'entreposage

Les vaccins contenant le VPI doivent être réfrigérés à une température se situant entre +2 oC et +8 oC. Ils ne doivent pas être congelés.

Administration simultanée d'autres vaccins

Le VPI, généralement donné sous forme de produit combiné, DCaT-VPI ou DCaT-VPI-Hib, peut être administré en même temps que le vaccin contre la rougeole, la rubéole et les oreillons (RRO), le vaccin contre la varicelle, le vaccin antipneumococcique conjugué, le vaccin conjugué contre le méningocoque C, le vaccin contre l'hépatite B et le vaccin contre l'influenza, mais à un site anatomique distinct et à l'aide d'aiguilles et de seringues différentes.

Effets secondaires

Les effets secondaires graves consécutifs à l'immunisation sont rares. Dans la plupart des cas, on ne possède pas suffisamment de données pour établir un lien de causalité.

Les effets secondaires du vaccin VPI actuellement sur le marché se limitent à des réactions locales mineures. Comme pour tous les vaccins, de rares cas d'anaphylaxie ont été signalés. Le VPO peut entraîner une maladie paralytique chez les vaccinés ou les contacts partiellement immunisés dans une proportion d'environ 1 cas pour 2,4 millions de doses administrées. Les personnes qui voyagent ou qui travaillent à l'étranger et dont les enfants pourraient recevoir le VPO doivent être informées de ce risque.

Contre-indications et précautions

Le VPI ne doit pas être donné aux personnes qui ont eu une réaction anaphylactique à une dose antérieure de VPI, à la streptomycine, à la polymyxine B ou à la néomycine. Le VPI peut être administré sans danger aux personnes présentant un déficit immunitaire ou immunodéprimées et à celles qui auront des contacts étroits à la maison ou ailleurs avec ces personnes. La protection conférée par le vaccin pourrait ne pas être optimale chez les personnes immunodéprimées.

Il n'est pas contre-indiqué d'administrer le VPI à des femmes qui sont enceintes ou qui allaitent. Il n'y a toutefois aucune raison d'utiliser le VPI (série primaire ou dose de rappel) durant la grossesse, sauf en cas de risque élevé d'exposition au poliovirus (p. ex. séjour dans un pays où l'on enregistre des cas de polio sauvage, ou exposition à un cas de polio importée au Canada).

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