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Guide canadien d'immunisation
Septième édition - 2006

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Partie 4
Agents d'immunisation active

Vaccin contre le méningocoque

Depuis la parution du Guide canadien d'immunisation en 2002, l'usage d'un troisième vaccin conjugué contre le méningocoque C a été autorisé; des lignes directrices pour la prévention et la lutte contre les atteintes méningococciques et d'autres informations sur la durée de la protection conférée par les vaccins conjugués contre le méningocoque C chez les nourrissons ont également été publiées.

Épidémiologie

Au Canada, la méningococcie invasive (MI) est endémique. Tous les 10 à 15 ans environ, on note une activité accrue du méningocoque, mais aucune tendance ne peut être dégagée. L'incidence de la MI varie considérablement en fonction des différents sérogroupes, des groupes d'âge, du lieu géographique et de la période. La mise en œuvre de programmes universels d'immunisation contre le méningocoque C aura aussi un effet sur l'épidémiologie de la maladie.

Depuis 1985, l'incidence globale de la MI s'est maintenue à 2 cas ou moins pour 100 000 habitants par année (intervalle de 0,5 à 2,1). Dans l'ensemble, l'incidence de l'infection culminait chez les enfants de < 1 an et diminuait avec l'âge, exception faite d'un léger accroissement observé dans le groupe des 15 à 19 ans. En moyenne, 298 cas ont été signalés chaque année. La maladie frappe tout au cours de l'année, mais on observe des variations saisonnières, la majorité des cas survenant en hiver.

Entre 1971 et 1974, ce sont les cas d'infection à Neisseria meningitidis des sérogroupes A et C qui ont été le plus souvent signalés. De 1975 à 1989, le sérogroupe B a dominé. Depuis 1993, la plupart des cas d'infection endémique au Canada sont imputables aux sérogroupes B et C (les taux d'incidence des infections dues aux sérogroupes C et B oscillent entre 0,13 et 0,65 cas pour 100 000 habitants et entre 0,2 et 0,44 pour 100 000 habitants, respectivement). Au fil des ans, l'incidence du méningocoque du sérogroupe B a moins fluctué que celle du sérogroupe C. Entre 2000 et 2003, le nombre annuel moyen de cas d'infection due au sérogroupe C chez les enfants de < 1 an était de 4 (intervalle de 1 à 8). Chez les enfants de 1 à 4 ans, la moyenne était de 9 (intervalle de 4 à 14). Au cours de la même période, le nombre moyen de cas observé dans les groupes des 15 à 19 ans et des 20 à 24 ans était de 25 (intervalle de 12 à 40) et de 13 (intervalle de 5 à 18), respectivement. Les éclosions de méningococcie sont presque exclusivement attribuables au sérogroupe C. Des éclosions sporadiques et localisées et des périodes d'incidence élevée d'infection due au sérogroupe C sont survenues au cours des périodes de 1989 à 1993 et de 1999 à 2001. Des campagnes de vaccination à l'aide de vaccins conjugués et de vaccins polysaccharidiques contre le sérogroupe C ont été menées dans certaines régions pendant l'éclosion de 1999 à 2001. De récentes données indiquent que les taux d'incidence des méningococcies dues au sérogroupe C sont en baisse. Il faudrait toutefois obtenir plus de données sur le sujet.

Aux États-Unis, on a noté durant la dernière décennie une tendance à la hausse de l'incidence de l'infection par le méningocoque du groupe Y; une telle tendance n'a toutefois pas été observée au Canada durant cette période. Ici, entre 1993 et 2003, l'incidence des méningococcies dues au sérogroupe Y est demeurée relativement stable, soit de 0,06 à 0,13 pour 100 000 habitants par année (moyenne de 28 cas confirmés par an; intervalle de 17 à 41 cas). L'infection due au sérogroupe Y a généralement frappé les adultes plus âgés (âge médian de 45 ans; intervalle de 0 à 94).

Les taux d'incidence des infections dues au sérogroupe W-135 sont demeurés inférieurs à 0,05 pour 100 000 habitants. Les cas d'infection attribuable au sérogroupe A restent rares au Canada (< 10 cas signalés entre 1993 et 2005).

L'épidémiologie des méningococcies varie d'une région du monde à l'autre. Les voyageurs internationaux devraient être au courant du risque de MI dans les régions qu'ils comptent visiter. Les MI surviennent sporadiquement partout dans le monde ainsi que dans des foyers épidémiques. Les régions reconnues pour être des zones d'endémicité ou d'hyperendémicité (la « ceinture de la méningite ») englobent les savanes de l'Afrique sub-saharienne qui s'étendent de la Gambie et du Sénégal, à l'ouest, à l'Éthiopie et à l'Érythrée occidentale, à l'est. Les professionnels de la santé qui offrent des conseils aux voyageurs canadiens devraient se tenir au courant de l'activité méningococcique dans le monde. Le Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages (CCMTMV) a établi des lignes directrices destinées aux professionnels de la santé qui fournissent des conseils aux voyageurs internationaux canadiens concernant la vaccination antiméningococcique. Pour déterminer si la vaccination est requise, il faudrait surtout tenir compte de la destination, de la nature et de la durée de l'exposition, ainsi que de l'âge et de l'état de santé du voyageur. Il est possible d'obtenir de l'information à jour concernant les éclosions de MI auprès du Programme de médecine des voyages de l'Agence de santé publique du Canada (<http://www.phac-aspc.gc.ca/tmp-pmv/index-fra.php>), et de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) (<http://www.who.int/csr/don/archive/disease/meningococcal_disease/en/>; en anglais seulement).

Préparations homologuées au Canada

Le présent chapitre ne portera que sur les vaccins actuellement vendus au Canada.

On distingue deux types de vaccins contre le méningocoque : les vaccins purifiés à base de polysaccharides capsulaires et les vaccins conjugués contre le méningocoque C associant une protéine et un polysaccharide.

Vaccins conjugués (Men-C-C)

  • MeningitecMC (composé d'oligosaccharides de N. meningitidis du groupe C associés à la protéine CRM197 [cross reacting material 197]), Wyeth Canada (distributeur).
  • MenjugateMC (composé d'oligosaccharides du méningocoque du groupe C conjugué à un vecteur protéique, soit un mutant non toxique de la toxine diphtérique appelé CRM197), Chiron Corporation.
  • NeisVac-CMC (constitué d'un polysaccharide du méningocoque du groupe C conjugué à l'anatoxine tétanique), GlaxoSmithKline Inc. (distributeur).

Vaccins polysaccharidiques

Vaccin bivalent (Men-P-AC)

  • MenomuneMDA/C (vaccin polysaccharidique contre le méningocoque, groupes A et C), Sanofi Pasteur Ltée.

Vaccin quadrivalent (Men-P-ACW135Y)

  • MenomuneMD A/C/Y/W-135 (contient des polysaccharides capsulaires des méningocoques des sérogroupes A, C, Y et W-135), Sanofi Pasteur Ltée.

Efficacité et immunogénicité

Vaccins conjugués

À la lumière des données sur l'immunogénicité, le vaccin conjugué contre le méningocoque du groupe C devait assurer une forte protection. On possède en outre des données sur l'efficacité du programme de vaccination avec un vaccin conjugué contre le méningocoque du groupe C après son introduction en Angleterre en novembre 1999. Les enfants recevaient trois doses du vaccin à l'âge de 2, 3 et 4 mois. De plus, les enfants âgés de 5 mois à 18 ans étaient vaccinés dans le cadre d'une campagne de rattrapage. Il s'agissait d'administrer deux doses du vaccin à au moins 4 semaines d'intervalle aux enfants de 5 mois à 1 an et une seule dose à ceux de > 1 an. L'évaluation du programme d'immunisation au cours de la première année a montré que l'efficacité du vaccin était de l'ordre de 87 à 98 %. On n'observait pas de différence significative de l'efficacité entre les groupes d'âge. Après une période de suivi de 4 ans, l'efficacité du vaccin chez les enfants qui avaient reçu les doses systématiquement administrées aux nourrissons avait chuté cependant de façon marquée pour se chiffrer à 66 % et était plus faible que dans les cohortes du programme de rattrapage, chez qui elle demeurait élevée, se situant entre 83 et 100 %.

Vaccins polysaccharidiques

L'immunogénicité et l'efficacité clinique des vaccins polysaccharidiques contre les sérogroupes A et C sont bien établies. Les polysaccharides du sérogroupe A suscitent une réponse immunitaire chez certains enfants dès l'âge de 3 mois, même si on n'observe pas de réponse comparable à celle des adultes avant l'âge de 4 à 5 ans. L'immunogénicité du composant contre le sérogroupe C est faible chez les sujets de < 2 ans. Les vaccins polysaccharidiques contre les sérogroupes A et C ont une efficacité clinique démontrée de 85 à 100 % chez les enfants plus vieux et chez les adultes, et ils sont utiles dans la lutte contre les épidémies. Les vaccins contenant des polysaccharides des sérogroupes Y et W-135 sont sûrs et immunogènes lorsqu'ils sont administrés aux adultes et aux enfants de > 2 ans. La protection clinique induite par les polysaccharides de ces sérogroupes n'a pas été étudiée après la vaccination, mais on a observé qu'ils entraînaient la formation d'anticorps bactéricides. La réponse immunitaire à chacun des quatre polysaccharides contenus dans le vaccin est indépendante et propre à chaque sérogroupe.

Les vaccins polysaccharidiques ont largement été utilisés pour lutter contre des éclosions d'infections dues aux méningocoques des sérogroupes A et C au Canada et partout dans le monde. L'efficacité du vaccin dans l'année qui suit l'immunisation oscille entre 87 et 94 %. De façon générale, on a observé une efficacité moindre (de 0 à 67 %) chez les jeunes enfants, surtout ceux de < 2 ans. Au Québec, où 1,7 million de doses du vaccin polysaccharidique ont été administrées lors d'une éclosion d'infection due au sérogroupe C au début des années 90, on a estimé à 79 % l'efficacité du vaccin après 5 ans chez les enfants et les jeunes adultes. Il ressort d'un autre suivi réalisé au Québec que le vaccin conférait une protection contre l'infection méningococcique du sérogroupe C au cours des 2 premières années suivant la vaccination (efficacité vaccinale de 65 %), mais pas pendant les 3 années suivantes (efficacité vaccinale de 0 %). L'efficacité du vaccin a été étroitement associée à l'âge au moment de la vaccination : 83 % chez les 15 à 20 ans, 75 % chez les 10 à 14 ans et 41 % chez les 2 à 9 ans. Rien n'indiquait que le vaccin protégeait les enfants de < 2 ans.

En Afrique, lors d'une épidémie de méningococcie du sérogroupe A, l'efficacité des vaccins polysaccharidiques contre le sérogroupe A a été évaluée à 87 %. Même si la protection conférée contre le sérogroupe A par les vaccins polysaccharidiques peut persister durant au moins 3 ans chez les enfants d'âge scolaire et les adultes, elle peut baisser de façon marquée pendant cette période chez les enfants de < 5 ans.

Les titres mesurables d'anticorps dirigés contre les polysaccharides des groupes A et C diminuent considérablement au cours des 3 premières années suivant l'administration d'une dose unique de vaccin. Cette baisse est plus rapide chez les enfants de < 5 ans que chez les adultes.

Indications

Les vaccins conjugués contre le méningocoque C ont étés homologués pour être administrés aux nourrissons, aux enfants et aux adultes. Voici les recommandations du Comité consultatif national de l'immunisation (CCNI) concernant leur utilisation :

Nourrissons

Les vaccins conjugués contre le méningocoque C sont recommandés pour l'immunisation systématique des nourrissons. Le calendrier recommandé varie selon le vaccin utilisé. On recommande l'administration de trois doses de MeningitecMC ou de MenjugateMC à compter de l'âge de 2 mois, au plus tôt, et à au moins un mois d'intervalle. Deux doses de NeisVac-CMC devraient être administrées à au moins deux mois d'intervalle, la première n'étant pas administrée avant l'âge de 2 mois. Il faut donner au moins une dose de la série primaire après l'âge de 5 mois. Les nourrissons de 4 à 11 mois n'ayant pas reçu le vaccin devraient en recevoir deux doses, administrées à au moins 4 semaines d'intervalle. Les nourrissons prématurés devraient recevoir le vaccin au même âge chronologique que ceux nés à terme.

Les vaccins polysaccharidiques ne sont pas recommandés pour l'immunisation systématique des nourrissons.

Sujets âgés de ≥ 1 an

On recommande l'administration de vaccins conjugués contre le méningocoque C aux enfants de 1 à 4 ans, de même qu'aux adolescents et aux jeunes adultes, afin de prévenir le risque accru d'infection à méningocoque du sérogroupe C dans ces groupes d'âge. Pour les enfants de ≥ 5 ans, qui n'ont pas encore atteint l'adolescence, l'administration d'une dose unique de MenC-conjugué peut aussi être envisagée. Tout sujet de ≥ 1 an doit recevoir une dose unique.

Les vaccins polysaccharidiques ne sont pas recommandés pour l'immunisation systématique des enfants.

Contacts des cas

Les contacts étroits des personnes atteintes d'une infection méningococcique courent un plus grand risque de souffrir d'une MI; ce risque est le plus élevé chez les contacts familiaux. C'est pourquoi il y a lieu de determiner l'état vaccinal des contacts étroits, notamment le type de vaccin antiméningococcique, le nombre de doses et l'âge au moment de l'administration du vaccin. En plus de la chimioprophylaxie, la vaccination des contacts étroits réceptifs devrait être envisagée lorsque le vaccin confère une protection contre le sérogroupe en cause, car il peut réduire davantage le risque d'atteinte méningococcique subséquente. Le vaccin devrait être administré le plus tôt possible. Le risque accru persiste chez les contacts familiaux jusqu'à un an après la survenue de la maladie chez le cas index et subsiste plus longtemps que la protection offerte par l'antibiothérapie prophylactique. En général, ce risque durable n'est pas observé chez les autres contacts qui ne sont pas exposés de façon continue.

Ainsi, les personnes suivantes sont jugées comme des contacts étroits qui devraient recevoir un traitement immunoprophylactique et chimioprophylactique (décrit dans le tableau 10) :

  • Contacts familiaux d'un cas
  • Personnes qui partagent la même chambre que le cas
  • Personnes dont le nez et la bouche peuvent être directement contaminés par les sécrétions nasales ou buccales d'un sujet atteint (p. ex., baiser sur la bouche, partage de cigarettes ou de bouteilles)
  • Enfants et personnel dans les garderies et les prématernelles.

Tableau 10. Chimioprophylaxie* recommandée pour les contacts étroits de personnes atteintes d'une infection méningococcique

Médicament
Posologie**
Commentaires
Ciprofloxacine Adultes de ≥ 18 ans :
500 mg x 1 dose PO

Médicament contre-indiqué pour les femmes enceintes ou qui allaitent.

Seulement approuvée pour les sujets de > 18 ans. Non recommandée pour les enfants prépubères.

Rifampine

Adultes :
600 mg PO toutes les 12 h, 4 doses au total

Enfants de ≥ 1 mois :
10 mg/kg (maximum 600 mg) PO par dose toutes les 12 heures, 4 doses au total

Nourrissons de < 1 mois :
5 mg/kg PO toutes les 12 heures, 4 doses au total

Médicament contre-indiqué pour les femmes enceintes.

Peut donner une coloration rougeâtre à l'urine et aux larmes. Recommandez d'éviter de porter des lentilles cornéennes souples, car elles peuvent devenir tachées.

Peut réduire l'efficacité des contraceptifs oraux. Recommandez d'utiliser d'autres mesures contraceptives.

Ceftriaxone

Adultes et adolescents de ≥ 12 ans :
250 mg IM, 1 dose au total

Enfants de < 12 ans :
125 mg IM, 1 dose au total

Médicament recommandé pour les femmes enceintes.

Autre traitement pour les personnes qui ne tolèrent pas le médicament oral.

Diluer dans de la lidocaïne à 1 % pour réduire la douleur au point d'injection

* Une chimioprophylaxie devrait être offerte à tous les contacts étroits du cas de MI durant la période de contagiosité (c.-à-d. de 7 jours avant l'apparition des symptômes chez le sujet jusqu'à 24 heures après le début d'un traitement efficace), indépendamment de leur état vaccinal. Si le cas index a été traité au moyen d'antibiotiques tels que la pénicilline, qui n'éliminent pas de façon sûre le portage nasopharyngé, celui-ci devra aussi recevoir des antibiotiques qui éliminent le portage nasal, avant son congé de l'hôpital.

** PO : par voie orale; IM : par voie intramusculaire

Les personnes suivantes sont des contacts étroits qui ne devraient recevoir qu'une chimioprophylaxie (pas d'immunoprophylaxie) :

  • Travailleurs de la santé qui ont eu des contacts intensifs non protégés (sans masque) avec des patients infectés (p. ex. lors d'une intubation, d'une réanimation ou d'un examen de près de l'oropharynx)
  • Passagers aériens assis à côté du sujet atteint (non séparés par une allée) si le temps passé à bord de l'avion est d'au moins 8 heures.

Pour les contacts étroits susceptibles de cas de MI du sérogroupe C, le vaccin conjugué antiméningococcique C est préférable, car il confère une protection plus durable et induit une « mémoire immunologique ». Toutefois, les vaccins polysaccharidiques protègent les enfants plus vieux et les adultes durant la période de risque accru de 1 an. Ils ne sont pas efficaces contre le sérogroupe C chez les enfants de < 2 ans. Le vaccin conjugué antiméningococcique C devrait donc être administré aux enfants de cet âge. L'administration d'un vaccin polysaccharidique bivalent (A, C) ou quadrivalent (A, C, Y, W-135) devrait être envisagée pour les contacts étroits susceptibles de cas de MI du sérogroupe A; le vaccin polysaccharidique quadrivalent devrait quant à lui être une option à considérer pour les contacts étroits susceptibles de cas de MI du sérogroupe Y ou W-135. Aucun vaccin n'est encore disponible au Canada pour les contacts étroits de cas de MI du sérogroupe B, et il n'est pas recommandé de vacciner les contacts de cas d'infection dont le sérogroupe n'a pas été déterminé. Pour les décisions concernant les personnes déjà immunisées, prière de se reporter à la section Doses de rappel et revaccination.

Groupes à risque élevé

L'administration systématique du vaccin antiméningococcique est recommandée chez certains groupes à risque accru de méningococcie. Ces groupes comprennent les personnes souffrant d'asplénie fonctionnelle ou anatomique (le vaccin doit être administré au moins 2 semaines avant une splénectomie) et celles qui présentent un déficit en complément ou une carence en properdine ou en facteur D. Elles pourront obtenir une protection plus durable contre la méningococcie du sérogroupe C si, en plus du vaccin polysaccharidique, on leur administre le vaccin conjugué contre le méningocoque C. Lorsque le vaccin conjugué antiméningococcique C est donné en premier, on recommande d'attendre au moins 2 semaines avant d'administrer le vaccin polysaccharidique, pour laisser aux anticorps le temps de se former; il se peut qu'un intervalle plus court nuise à cette réponse immunitaire. Si par contre le vaccin polysaccharidique est administré en premier, on peut observer, chez les adultes, une réponse immunitaire adéquate au vaccin conjugué après une période de 6 mois. Cette période demeure l'intervalle recommandé jusqu'à ce que d'autres données soient disponibles. Les enfants de < 2 ans appartenant aux groupes à risque accru de méningococcie doivent recevoir le vaccin conjugué selon le calendrier d'immunisation systématique des nourrissons décrit plus haut, puis, à l'âge de 2 ans, le vaccin polysaccharidique. Pour plus de détails, prière de se reporter au chapitre Immunisation des sujets immunodéprimés.

L'immunisation systématique des recrues militaires au moyen du vaccin polysaccharidique quadrivalent est recommandée. Elle peut aussi être envisagée pour d'autres groupes ou établissements lorsqu'il existe un risque accru de méningococcie. On choisira le vaccin conjugué ou le vaccin polysaccharidique selon que la personne demeure au Canada (auquel cas on privilégiera le vaccin conjugué contre le méningocoque C, actuellement la principale souche en circulation) ou se rend ou travaille dans des régions où prédominent d'autres sérogroupes (auquel cas on privilégiera le vaccin polysaccharidique quadrivalent).

Aucune donnée n'évoque l'existence d'un risque accru d'infection à méningocoque chez les étudiants vivant dans des résidences au Canada; toutefois, aux États-Unis, on a observé un risque accru chez les étudiants de première année hébergés dans des dortoirs et, au Royaume-Uni, chez des universitaires en résidence. Des grappes de cas de méningococcie ont été signalées chez des étudiants, dans un certain nombre de pays. Au Royaume-Uni, les taux de portage augmentent rapidement chez les étudiants de première année, pendant la première semaine du semestre. Dans ce groupe d'âge, au Canada, on observe une hausse du taux de méningococcie. Le risque est surtout associé à l'infection par le sérogroupe C. Le CCNI recommande à tous les adolescents et jeunes adultes du Canada de recevoir le vaccin conjugué antiméningococcique C. Comme les étudiants de niveaux collégial et universitaire sont visés par cette recommandation du fait même de leur âge, il n'est pas nécessaire d'élaborer des recommandations particulières pour ce groupe.

Travailleurs de laboratoire et travailleurs de la santé

La transmission nosocomiale des MI est très peu courante, particulièrement lorsque les pratiques de base et les précautions contre les gouttelettes et les contacts sont mises en œuvre pour prévenir la transmission de la maladie. On a signalé de rares cas où un travailleur de la santé avait été infecté à la suite d'un contact direct avec les sécrétions respiratoires d'une personne infectée (p. ex. réanimation bouche-à-bouche). Par conséquent, les travailleurs de la santé sont considérés comme des contacts étroits seulement s'ils ont eu des contacts intensifs non protégés (sans masque) avec des patients infectés (p. ex. lors d'une intubation, d'une réanimation ou d'un examen de près de l'oropharynx). On recommande aux travailleurs de la santé d'utiliser des barrières de protection pour éviter tout contact direct avec les sécrétions de patients atteints de méningococcie pendant les 24 premières heures suivant le début de l'antibiothérapie. L'immunisation systématique des travailleurs de la santé n'est pas recommandée.

Il est rare, semble-t-il, qu'une infection à méningocoque soit contractée en laboratoire. Cependant, selon une étude américaine menée par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) à Atlanta, le taux de méningococcie était supérieur à ce que l'on avait prévu chez les personnes employées dans des laboratoires de microbiologie qui manipulaient des cultures de N. meningitidis, même si les pratiques sécuritaires recommandées en laboratoire étaient respectées. Pour les chercheurs et les employés de laboratoire en milieu industriel et clinique régulièrement exposés à des cultures de N. meningitidis, le vaccin quadrivalent polysaccharidique est recommandé; on pourrait également leur offrir le vaccin conjugué contre le méningocoque C pour accroître leur protection contre l'infection à méningocoque du sérogroupe C (voir la rubrique Doses de rappel et revaccination).

Éclosions d'infection à méningocoque

Lorsqu'il s'agit d'évaluer des éclosions d'infection à méningocoque et de déterminer les mesures à prendre dans différents contextes, il importe de consulter les autorités sanitaires ou des experts en maladies transmissibles et de se reporter aux lignes directrices publiées. Dans la plupart des éclosions de méningococcie survenues récemment au Canada, des adolescents et des jeunes adultes ont été infectés par le méningocoque C. On peut lutter contre les éclosions associées à ce sérogroupe en utilisant le vaccin conjugué contre le sérogroupe C ou le vaccin polysaccharidique (bivalent ou quadrivalent). L'utilisation du vaccin conjugué contre le sérogroupe C peut être préférable, puisque ce vaccin induit une mémoire immunologique et confère une protection prolongée. Dans le cas des sujets qui ont reçu auparavant un vaccin polysaccharidique et que l'on envisage de revacciner, il vaut mieux utiliser le vaccin conjugué contre le sérogroupe C (voir la rubrique Doses de rappel et revaccination), étant donné qu'un autre vaccin polysaccharidique pourrait induire une hyporéactivité immunologique, même si l'on ne sait pas quelle est l'importance clinique de ce phénomène. Dans les cas d'éclosions chez les enfants plus jeunes (de < 10 ans), le vaccin conjugué contre le sérogroupe C est recommandé, puisqu'il est plus immunogène et plus efficace dans ce groupe d'âge.

Pour la lutte contre les éclosions de méningococcie due au sérogroupe A, qui sont extrêmement rares au Canada, on recommande l'administration d'une dose unique de vaccin polysaccharidique bivalent ou quadrivalent aux sujets de ≥ 2 ans. Quant aux enfants de 3 à 23 mois, ils devraient recevoir deux doses de vaccin à un intervalle de 2 à 3 mois. Dans le cas d'éclosions associées aux méningocoques des sérogroupes Y ou W-135, une dose de vaccin polysaccharidique quadrivalent est recommandée aux sujets de ≥ 2 ans.

Voyages internationaux

Le vaccin polysaccharidique quadrivalent est recommandé pour l'immunisation de voyageurs canadiens qui se rendent dans des pays étrangers lorsque le vaccin antiméningococcique est indiqué ou requis. La seule administration du vaccin conjugué contre le méningocoque C ne suffit pas à protéger les voyageurs, puisque le vaccin n'agit pas contre le sérogroupe A, qui est endémique dans certaines régions du monde, ni contre l'infection due au sérogroupe W-135. Les pèlerins qui se rendent à La Mecque chaque année pour participer au Hadj devraient recevoir une dose unique de vaccin quadrivalent au moins 2 semaines avant leur départ. En dépit de la fréquence des déplacements vers des régions où sévissent des épidémies de méningococcie, les cas d'infection chez les voyageurs semblent très rares.

Calendrier et posologie

Le vaccin conjugué contre le méningocoque C est administré à une dose de 0,5 mL. Le calendrier recommandé diffère selon le vaccin utilisé et l'âge au moment de la vaccination (voir Indications).

Les vaccins polysaccharidiques bivalent et quadrivalent sont administrés à une dose de 0,5 mL aux sujets de ≥ 2 ans. Le vaccin peut être administré dès l'âge de 3 mois pour assurer une protection spécifique contre l'infection à méningocoque du sérogroupe A, mais deux doses, données à un intervalle de 2 à 3 mois, sont requises chez les nourrissons de 3 à 23 mois.

Il n'existe pas de données publiées sur l'interchangeabilité des trois vaccins conjugués contre le méningocoque C, toutefois, au Royaume-Uni, les vaccins ont été utilisés de façon interchangeable sans qu'on observe une baisse notable de leur efficacité. Dans la mesure du possible, il faudrait utiliser le même vaccin pour toutes les doses de la série vaccinale administrée aux nourrissons.

Voie d'administration

Le vaccin conjugué contre le méningocoque C doit être donné par voie intramusculaire à un point d'injection distinct de celui des vaccins administrés en même temps.

Les vaccins polysaccharidiques bivalent et quadrivalent doivent être administrés par voie sous-cutanée à des sujets de ≥ 2 ans à un point d'injection distinct de celui des vaccins administrés en même temps.

Doses de rappel et revaccination

La revaccination au moyen du vaccin conjugué antiméningococcique C n'est pas jugée nécessaire, bien que les données actuelles ne permettent pas de prédire si la mémoire immunologique (et la protection qu'elle est censée conférer) persistera.

La nécessité ou l'efficacité d'une revaccination au moyen des vaccins polysaccharidiques contre le méningocoque n'ont pas été pleinement établies. La vaccination répétée peut induire une hyporéactivité immunologique aux vaccins polysaccharidiques, bien que l'on ne connaisse pas l'importance clinique de ce phénomène. Selon le tableau 11, la revaccination doit être envisagée chez les personnes qui sont continuellement ou souvent exposées à l'infection due au sérogroupe A et qui ont déjà reçu le vaccin bivalent ou quadrivalent, en particulier les enfants ayant reçu un premier vaccin avant l'âge de 5 ans. Les enfants ou les adultes qui souffrent d'une immunodéficience entraînant un risque accru d'infection par des méningocoques des sérogroupes A, Y ou W-135 peuvent être revaccinés au moyen du vaccin polysaccharidique quadrivalent, comme l'indique le tableau 11.

Tableau 11. Intervalle recommandé entre les doses des vaccins polysaccharidiques contre le méningocoque, chez les sujets souvent ou continuellement exposés à l'infection due aux sérogroupes A, Y, ou W-135

Âge au moment de la primovaccination Nombre de doses dans la série primaire Intervalle entre la dernière dose et la revaccination
3 à 12 mois 2 doses : 2 à 3 mois d'intervalle 6 à 12 mois
13 à 23 mois 2 doses : 2 à 3 mois d'intervalle 1 à 2 ans
2 à 5 ans 1 2 à 3 ans
≥ 6 ans 1 ≥ 5 ans

Les sujets qui ont déjà reçu le vaccin polysaccharidique peuvent recevoir le vaccin conjugué pour maintenir la protection contre le méningocoque du sérogroupe C. Comme on a pu observer une réponse adéquate au vaccin conjugué 6 mois après l'administration d'un vaccin polysaccharidique purifié chez les adultes, cette période demeure l'intervalle recommandé jusqu'à ce qu'on dispose de données additionnelles. Par ailleurs, lorsque le vaccin conjugué contre le méningocoque C a déjà été administré, mais qu'il faut protéger le sujet contre les sérogroupes A, Y ou W-135, il convient d'attendre 2 semaines avant d'administrer le vaccin polysaccharidique, pour laisser le temps aux anticorps de se former et pour éviter que le vaccin polysaccharidique ne nuise à la réponse immunitaire.

Tests sérologiques

La sérologie avant ou après l'immunisation n'est pas indiquée.

Conditions d'entreposage

Tous les produits offerts doivent être conservés à une température se situant entre +2 oC et +8 oC; ils ne doivent pas être congelés. Les vaccins doivent être reconstitués au moment de leur utilisation, selon les instructions du fabricant.

Administration simultanée d'autres vaccins

Il est possible d'administrer, au besoin, le vaccin conjugué contre le méningocoque C en même temps que d'autres vaccins (VPI, DCaT, dT, dcaT, Hib, hépatite B, RRO, varicelle ou conjugué contre le pneumocoque), en utilisant un point d'injection distinct et une aiguille et une seringue différentes pour chaque vaccin. Le vaccin polysaccharidique antiméningococcique peut aussi être administré en même temps que d'autres vaccins, sauf le vaccin conjugué contre le méningocoque, en utilisant un site d'injection distinct et une aiguille et une seringue différentes pour chaque vaccin.

Lorsque le vaccin conjugué contre le méningocoque C est donné en premier, on recommande d'attendre au moins 2 semaines avant d'administrer le vaccin polysaccharidique antiméningococcique, pour laisser aux anticorps le temps de se former. En effet, il est possible qu'un intervalle plus court nuise à cette réponse immunitaire. Si par contre le vaccin polysaccharidique antiméningococcique est administré en premier, on peut observer, chez les adultes, une réponse immunitaire adéquate au vaccin conjugué après une période de 6 mois; cette période demeure l'intervalle recommandé jusqu'à ce que d'autres données soient disponibles.

Effets secondaires

Vaccins conjugués

Les réactions bénignes suivantes ont été signalées, entre autres : réactions locales (rougeur, sensibilité et œdème au point d'injection) dans une proportion allant jusqu'à 50 % des sujets vaccinés; irritabilité dans une proportion allant jusqu'à 80 % des nourrissons et fièvre de > 38 oC dans une proportion pouvant atteindre 9 % des sujets lorsque le vaccin est administré en même temps que d'autres vaccins. Jusqu'à 10 % des enfants plus vieux et des adultes se sont plaints de céphalées et de malaises. Les réactions graves sont très rares et comprennent des réactions allergiques générales chez < 0,01 % des sujets vaccinés.

Vaccins polysaccharidiques purifiés

Les vaccins polysaccharidiques bivalent et quadrivalent ont été utilisés à grande échelle dans bon nombre de pays au cours de campagnes de vaccination de masse, ainsi que pour immuniser les recrues militaires, les sujets immunodéprimés et les voyageurs. Parmi les réactions bénignes observées figurent une douleur et une rougeur au point d'injection dans une proportion pouvant atteindre 50 % des cas et une fièvre passagère chez 5 % des sujets vaccinés, surtout chez les nourrissons. Les réactions graves à ces vaccins sont très rares et peuvent prendre les formes suivantes : réactions allergiques généralisées (urticaire, respiration sifflante et éruption cutanée) dans une proportion de ≤ 0,1 pour 100 000 doses; anaphylaxie dans une proportion de < 1 pour 1 million de doses et réactions neurologiques occasionnelles. L'innocuité de ces vaccins n'est plus à prouver. Aucune réaction indésirable n'a été répertoriée chez les femmes enceintes ou les nouveau-nés dont la mère avait été vaccinée au cours de la grossesse.

Contre-indications et précautions

Contre-indications

Les vaccins conjugués et les vaccins polysaccharidiques sont contre-indiqués chez les sujets qui ont une hypersensibilité connue à l'un ou l'autre des composants du vaccin et chez ceux qui ont montré des signes d'hypersensibilité à une dose antérieure du vaccin.

Précautions

Le vaccin conjugué contre le méningocoque C n'offre aucune protection contre les méningococcies attribuables à un autre type de méningocoque (A, B, 29-e, H, I, K, L, W-135, X, Y ou Z, y compris les bactéries non typées). Par ailleurs, une protection complète contre l'infection à méningocoque du sérogroupe C ne peut pas être garantie. Les vaccins conjugués contenant la protéine CRM197 ou l'anatoxine tétanique ne doivent pas être considérés comme des agents d'immunisation contre la diphtérie ou le tétanos. Il est recommandé de n'apporter aucun changement au calendrier d'administration des vaccins contenant des anatoxines diphtérique ou tétanique. En ce qui concerne le vaccin conjugué contre le méningocoque C, aucune étude n'a été menée chez les femmes enceintes; cependant dans certaines circonstances, lorsque les avantages l'emportent sur les risques, on peut envisager de l'utiliser.

Autres considérations

L'effet du vaccin conjugué contre le méningocoque C sur la biologie des méningocoques n'est pas encore connu. Avec la mise en œuvre de programmes de vaccination à grande échelle contre le méningocoque, il faut mener des activités de surveillance épidémiologique et en laboratoire pour suivre de près les modifications de la biologie et de l'épidémiologie des méningocoques.

De nouveaux vaccins quadrivalents conjugués protéine-polysaccharide sont en train d'être mis au point. Au moment de la publication de la présente édition du Guide, MenactraMC (vaccin conjugué quadrivalent contre le méningocoque, Sanofi Pasteur Ltée.) vient d'être homologué au Canada. Les recommandations relatives au vaccin figureront dans les prochaines déclarations du CCNI. Ces vaccins pourraient fournir une protection plus étendue contre les sérogroupes contenus dans les vaccins à la suite de l'introduction d'un programme d'immunisation des nourrissons et ils pourraient probablement remplacer les vaccins polysaccharidiques actuellement utilisés. Aucun de ces vaccins n'offre une protection contre le méningocoque du sérogroupe B, ce qui limite l'impact que tout vaccin contre le méningocoque pourrait avoir sur le fardeau des méningococcies invasives, surtout chez les enfants.

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