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Guide canadien d'immunisation
Septième édition - 2006

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Partie 4
Agents d'immunisation active

Vaccin contre l'encéphalite japonaise

Introduction

Le virus de l'encéphalite japonaise (EJ) est la principale cause d'encéphalite virale en Asie, frappant 50  000 personnes chaque année. Il y a peu de cas d'infection clinique apparente chez les voyageurs qui se rendent dans ce continent. Les pays où sévit la maladie sont énumérés au tableau 3. L'incidence de l'EJ varie grandement d'une année et d'une région d'un pays à l'autre. Le virus de l'EJ est un flavivirus transmis par des arthropodes. Il fait partie de la même famille que les virus de la fièvre jaune, du Nil occidental et de l'encéphalite de Saint-Louis. Les principaux vecteurs sont les moustiques du genre Culex, qui se reproduisent surtout dans les rizières. Le porc et certaines espèces d'oiseaux sauvages sont des hôtes intermédiaires dans le cycle de transmission. Ce sont habituellement les milieux ruraux et agricoles qui offrent des conditions propices au cycle de transmission du virus de l'EJ, mais on observe parfois des cas dans des régions urbaines. Les moustiques du genre Culex tendent à piquer le soir et la nuit, mais certaines espèces qui piquent le jour prédominent dans certaines régions.

Les recommandations relatives à l'immunisation contre l'EJ n'ont pas beaucoup changé depuis la publication du Guide canadien d'immunisation de 2002.

Épidémiologie

La maladie survient sous forme d'épidémies dans les régions tempérées et le Nord des tropiques; elle est endémique dans les régions tropicales du Sud de l'Asie. Dans les zones tempérées, on signale des cas surtout pendant l'été et l'automne alors que dans les régions tropicales, c'est pendant la saison des pluies que l'incidence est la plus élevée. Dans les régions où c'est principalement l'irrigation qui influence l'abondance des moustiques vecteurs, la transmission de la maladie peut survenir pendant toute l'année. Ainsi, les périodes où le risque de transmission de l'EJ aux voyageurs est très élevé varient considérablement selon la saison, l'endroit, la durée du séjour et le type d'activités. Selon les estimations brutes, la probabilité qu'un voyageur nord-américain qui se rend en Asie contracte l'EJ est inférieure à 1 pour un million. Cependant, dans le cas des personnes qui se rendent dans les régions rurales pendant la saison de transmission, le risque par mois d'exposition peut atteindre 1 pour 5 000. Quelques rapports de cas donnent à penser que même des voyageurs qui séjournent peu de temps dans un lieu de villégiature peuvent parfois contracter l'EJ.

Le risque pour les voyageurs peut être réduit substantiellement par l'installation de moustiquaires de lit, l'utilisation de chasse-moustiques et de vêtements protecteurs.

La plupart des infections n'évoluent pas vers la maladie clinique. On estime qu'il y a entre 50 et 300 infections pour chaque cas clinique diagnostiqué. L'encéphalite est toutefois une maladie habituellement grave, le taux de mortalité étant de l'ordre de 10 à 25 %, et 50 % des personnes atteintes présenteront des séquelles neuropsychiatriques.

La maladie frappe généralement les enfants mais, dans les pays où elle est apparue récemment, elle peut toucher les personnes de tous les groupes d'âge. Outre les enfants de moins de 10 ans, les personnes d'âge avancé semblent courir un plus grand risque de développer la maladie clinique.

L'encéphalite japonaise contractée pendant la grossesse comporte un risque d'infection intra-utérine et d'avortement spontané.

Préparations homologuées au Canada

Le présent chapitre ne portera que sur les vaccins actuellement vendus au Canada.

  • JE-VAXMD (vaccin contre l'encéphalite japonaise), Sanofi Pasteur Ltée (distributeur).

Il s'agit d'un vaccin hautement purifié, inactivé au formol et fabriqué à partir de cerveau de souris. Il est produit à partir de la souche Nakayama-INH par l'Institut de recherche de l'Université d'Osaka (Biken) et est distribué par Sanofi Pasteur Ltée (Canada). Le vaccin contient du thimérosal comme agent de conservation et d'autres composants mineurs.

Pour obtenir une liste de tous les produits homologués au Canada, prière de se reporter au tableau 1 du chapitre Considérations générales.

Efficacité et immunogénicité

Le vaccin est largement utilisé dans les pays d'Asie, comme le Japon, où le vaccin contre l'EJ est homologué depuis 1954. Dans une étude sur les enfants du Nord de la Thaïlande, il a été démontré que le taux d'efficacité du vaccin était de 91 % (intervalle de confiance à 95 %, 70 %-97 %) après l'administration de deux doses. Il ressort d'un autre essai sur le terrain que moins de 80 % des personnes vaccinées avaient développé des anticorps neutralisants après deux doses de vaccin, comparativement à 99 % après trois doses. Certaines études ont montré que les moyennes géométriques d'anticorps étaient plus élevées chez les sujets asiatiques que chez les sujets non asiatiques à la suite d'une vaccination, ce qui est peut-être attribuable à une exposition antérieure à l'EJ ou à d'autres flavivirus qui circulent en Asie. En résumé, les études d'immunogénicité indiquent qu'il faut trois doses pour produire des titres d'anticorps protecteurs chez des personnes vaccinées non immunes. Comme l'efficacité vaccinale n'est jamais de 100 %, il faut conseiller à tous les voyageurs de prendre des mesures de protection individuelle contre les piqûres de moustiques.

Tableau 3. Régions où l'encéphalite japonaise a déjà été détectée et saison à risque d'épidémie

Zone Pays
Régions tempérées
(Risque maximal de juillet à octobre)
Bangladesh
Chine
Nord de l'Inde
Japon
Kampuchea (Cambodge)
Corée
Laos
Myanmar (Birmanie)
Népal
Extrême Est de la Russie
Nord de la Thaïlande
Nord du Vietnam
Régions tropicales
(Risque maximal pendant la saison des pluies.
À noter que la saison des pluies varie quelque peu d'une région à l'autre mais s'étend en général de mai à novembre)
Sud de l'Inde
Pakistan
Indonésie
Malaisie
Philippines
Sri Lanka
Taïwan
Sud de la Thaïlande
Sud du Vietnam

Indications

La vaccination est recommandée pour l'immunisation active contre l'EJ des personnes âgées de ≥ 1 an qui séjourneront 1 mois ou plus pendant la saison de transmission dans une région rurale d'endémie ou d'épidémie, ou dans une zone urbaine située à l'intérieur de la région d'endémie ou d'épidémie, surtout si le voyageur est appelé à se rendre dans des zones rurales. Cependant, plusieurs cas d'EJ ont été signalés chez des personnes qui ont fait un bref séjour dans des zones d'endémie. Dans certaines circonstances particulières, on peut donc envisager la vaccination des personnes qui séjourneront < 30 jours dans des régions d'endémie, par exemple des personnes qui se rendent à des endroits où l'on signale une activité épidémique, qui font souvent des voyages de courte durée ou encore qui demeureront souvent à l'extérieur en milieu rural.

La vaccination est recommandée pour tout le personnel de laboratoire exposé au virus de l'EJ.

Calendrier et posologie

On administre une série de trois doses de 1,0 mL les jours 0, 7 et 30. Lorsque le temps manque, on peut les administrer les jours 0, 7 et 14, mais la réponse immunitaire est moins bonne et peut être moins durable. L'administration de deux doses du vaccin à un intervalle de 7 à 14 jours peut conférer une protection raisonnable (80 % d'efficacité) pendant de courtes périodes (< 1 an).

Voie d'administration

Le vaccin devrait être administré par voie sous-cutanée.

Doses de rappel et revaccination

Il est impossible à l'heure actuelle de formuler une recommandation ferme concernant l'intervalle entre le vaccin et les doses de rappel chez les voyageurs. Dans une étude portant sur un petit nombre d'adultes, des titres protecteurs d'anticorps neutralisants ont persisté pendant 3 ans après la primovaccination. Aucune donnée concernant les enfants n'est disponible actuellement. Il est généralement recommandé d'administrer des doses de rappel de 1,0 mL (0,5 mL pour les enfants de < 3 ans) à intervalles de 3 ans.

Tests sérologiques

La sérologie avant ou après l'immunisation n'est pas indiquée.

Conditions d'entreposage

La préparation lyophilisée doit être conservée à une température de +2 oC à +8 oC. Après reconstitution, le vaccin devrait être conservé à une température située entre +2 oC et +8 oC et utilisé dans les 8 heures.

Administration simultanée d'autres vaccins

Il existe peu de données concernant l'innocuité et l'immunogénicité du vaccin contre l'EJ lorsqu'il est administré en même temps que d'autres vaccins, médicaments ou produits biologiques. En règle générale, comme il s'agit d'un vaccin inactivé, le vaccin contre l'EJ peut être donné en même temps que tout autre vaccin.

Effets secondaires

Les effets secondaires graves suivant la vaccination sont rares, et on ne possède pas suffisamment de données pour établir un lien de causalité.

Le vaccin contre l'EJ a été associé à une sensibilité, une rougeur et un œdème au point d'injection. On a signalé d'autres effets locaux chez 20 % des personnes vaccinées (intervalle : < 1 % à 31 %). Des effets secondaires généraux, en particulier de la fièvre, des céphalées, un malaise, une éruption cutanée et d'autres réactions comme des frissons, des vertiges, des myalgies, des nausées, des vomissements et des douleurs abdominales ont été observés chez 5 à 10 % des personnes vaccinées.

Dans le cadre d'un programme d'immunisation du personnel militaire américain à Okinawa, on a signalé un taux global d'effets secondaires de 62,4 pour 10 000 vaccinés. Ces effets englobaient l'urticaire, un angio-œdème, un prurit généralisé et une respiration sifflante et variaient généralement de bénins à modérés. Neuf des 35 253 personnes qui avaient été vaccinées ont été hospitalisées, le plus souvent pour recevoir des stéroïdes par voie intraveineuse contre un urticaire réfractaire. Aucun de ces effets n'était potentiellement mortel. Une étude plus récente, menée auprès de 14 249 militaires américains (36 850 doses de vaccin), a révélé des taux globaux d'effets secondaires de 16 pour 10 000 pour les deux premières doses et de seulement 2 pour 10 000 pour la troisième dose. Selon une étude cas/témoins menée au Danemark auprès de voyageurs, le risque global de réponses de type allergique s'élevait à environ 1 cas pour 10 000 doses.

À la fin des années 80 et au début des années 90, on a fait état d'une hausse apparente de l'incidence des réactions systémiques d'hypersensibilité retardée dans plusieurs pays industrialisés. Elles se caractérisaient par un urticaire, souvent généralisé, et/ou un angio-œdème des extrémités, du visage et de l'oropharynx, en particulier des lèvres. Dans plusieurs cas, une détresse respiratoire ou un collapsus dû à l'hypotension ou à d'autres causes ont entraîné l'hospitalisation. La plupart des personnes présentant de tels effets secondaires ont été traitées avec succès aux antihistaminiques et aux stéroïdes par voie orale ou parentérale. Certaines personnes se sont plaintes d'un prurit généralisé sans qu'il y ait de signes objectifs d'une éruption. Aucun décès associé à des réactions d'hypersensibilité retardée au vaccin contre l'EJ n'a été signalé. L'une des caractéristiques importantes de ces effets secondaires est l'intervalle entre la vaccination et l'apparition des symptômes.

La réaction d'hypersensibilité retardée suivant la première dose apparaît après un délai médian de 12 heures; 88 % des effets se manifestent dans les 3 premiers jours. Par contre, l'intervalle entre l'administration de la deuxième dose et la survenue des symptômes est généralement plus long (médiane : 3 jours) et, dans certains cas, atteint même 2 semaines. Il arrive que des réactions se produisent après une deuxième ou une troisième dose alors que les doses précédentes n'ont provoqué aucune réaction.

De manière générale, dans 80 à 90 % des cas, il s'écoule moins de 6 jours entre la vaccination et l'apparition de la réaction d'hypersensibilité retardée. Toutefois, dans quelques rares cas, on a signalé des délais de 10 à 14 jours.

Les données sur le personnel militaire américain et des voyageurs danois semblent indiquer que le risque de réaction allergique générale est plus élevé chez les jeunes sujets, les femmes et les personnes ayant des antécédents d'allergie (p. ex. urticaire, rhinite allergique, asthme), notamment d'allergie à d'autres agents immunisants. Selon des études de pharmacovigilance, de telles réactions à retardement continuent de survenir à un taux d'environ 6,3 pour 100 000 doses reçues aux États-Unis. Les composants du vaccin responsables de l'hypersensibilité retardée n'ont pas été identifiés, bien que dans certains cas, la gélatine ait été mise en cause.

Des effets indésirables graves d'ordre neurologique, comme l'encéphalite ou l'encéphalopathie, ont été signalés après la vaccination contre l'EJ, mais ils sont très rares (environ 0,2 pour 100 000 doses chez des Japonais ayant reçu le vaccin; la proportion est sans doute plus faible chez les Nord-Américains).

Contre-indications et précautions

Une réaction allergique à une dose antérieure de vaccin (urticaire généralisé ou angio-œdème) constitue une contre-indication de l'administration de doses subséquentes. Des réactions allergiques éventuelles se manifestant sous forme d'urticaire généralisé ou d'angio-œdème peuvent survenir après un délai variant entre quelques minutes et 14 jours après l'administration du vaccin. La plupart des réactions allergiques se déclarent dans les 10 jours qui suivent la vaccination, la majorité survenant dans les 48 heures. Il faut toujours prévoir une période d'observation de 30 minutes après la vaccination et mettre en garde les patients contre l'éventualité d'une réaction tardive sous forme d'urticaire ou d'angio-œdème du visage ou des voies aériennes. Idéalement, les personnes qui ont été vaccinées ne devraient pas se rendre à l'étranger dans les 10 jours qui suivent la vaccination en raison du risque de réaction allergique tardive. Si elles doivent entreprendre un voyage moins de 10 jours après la vaccination, il y a lieu de comparer les avantages de la vaccination aux risques d'une réaction allergique tardive.

Comme le vaccin contre l'EJ est fabriqué à partir de cerveau de souris, les patients présentant une hypersensibilité aux protéines d'origine murine ou cérébrale devraient être adressés à un allergologue, qui déterminera si le vaccin peut être administré en toute sécurité. Le vaccin contre l'EJ ne devrait pas être donné à des personnes ayant une hypersensibilité connue à un des composants du vaccin.

Il faudrait prendre en considération les antécédents d'urticaire ou d'angio-œdème, surtout s'ils sont associés à l'administration d'autres agents immunisants, lorsqu'on soupèse les risques et les avantages liés à la vaccination d'une personne.

Usage durant la grossesse et l'allaitement

Il n'existe aucune donnée indiquant si le vaccin contre l'EJ peut nuire au fœtus lorsqu'il est administré pendant la grossesse. Les femmes enceintes qui doivent se rendre dans des zones où le risque de contracter l'EJ est élevé devraient être vaccinées si le risque d'infection pour elles-mêmes ou le fœtus l'emporte sur le risque théorique inhérent à la vaccination.

Malgré l'absence de données, on ne considère pas que le vaccin est contre-indiqué chez les femmes qui allaitent.

Usage chez les sujets immunodéprimés

Il est possible que la réponse immunitaire aux vaccins en général et aux vaccins tués en particulier soit faible chez les personnes qui suivent un traitement immunosuppresseur. La vaccination contre l'EJ devrait être reportée, si possible, pendant que les patients suivent ce type de traitement. Lorsque ces personnes sont appelées à voyager, on peut les vacciner comme il est indiqué ci-dessus, mais il faut comprendre que la réponse immunitaire ne sera peut-être pas optimale.

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