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Le nombre de personnes immunodéprimées dans la société canadienne croît régulièrement pour diverses raisons, notamment : notre meilleure compréhension de ce qui constitue une immunité « normale » et « altérée », la reconnaissance des immunodéficiences subtiles associées aux maladies chroniques (p. ex. maladies hépatiques et rénales), le nombre accru de personnes souffrant d'asplénie anatomique ou fonctionnelle, le nombre de plus en plus grand de maladies traitées au moyen d'agents immunomodulateurs (p. ex. maladies auto-immunes, états inflammatoires), la pandémie d'infection à VIH, le nombre accru de personnes survivant durant une longue période à une transplantation d'organe, et enfin, le recours accru à l'immunosuppression radicale dans les cas de cancers et d'autres affections.
Le nombre de vaccins qu'une personne immunodéprimée est susceptible de recevoir est également à la hausse. Il existe un éventail de plus en plus grand de vaccins disponibles, et le nombre de vaccins inclus dans les programmes d'immunisation systématique croît sans cesse. On s'efforce en outre d'offrir une immunisation complète aux adolescents, aux adultes et aux personnes âgées. Par ailleurs, les personnes ayant des maladies graves peuvent maintenant voyager assez facilement, p. ex. les personnes infectées par le VIH. Pour plus de détails, veuillez consulter le site http://www.phac-aspc.gc.ca/tmp-pmv/catmat-ccmtmv/index_f.html.
La fréquence et la complexité des questions qui se posent dans le domaine de l'immunisation des sujets immunodéprimés ne feront donc que s'amplifier avec le temps. Un autre facteur qui ajoute à la complexité est la variation dans le temps du degré relatif d'immunodéficience chez de nombreuses personnes. La décision de recommander ou de déconseiller un vaccin particulier doit reposer sur une analyse rigoureuse des risques et des avantages dans chaque cas. La consultation d'un spécialiste expert en vaccination devrait être envisagée lorsqu'on doit immuniser des sujets immunodéprimés.
Tant la sous-immunisation que la surimmunisation des sujets immunodéprimés peuvent entraîner un risque de maladie grave ou de décès; il faut donc s'efforcer par tous les moyens de s'assurer que ces personnes sont protégées de façon adéquate au moyen de l'immunisation. Toutefois, l'usage inapproprié de vaccins vivants peut entraîner des effets secondaires graves chez certaines personnes immunodéprimées par suite d'une réplication anarchique des virus ou des bactéries. Les enfants pour qui l'administration de vaccins à virus vivants est contre-indiquée à cause de leurs antécédents familiaux connus ou présumés d'immunodéficience congénitale ou héréditaire ne devraient par recevoir de vaccins vivants à moins qu'on n'ait établi qu'ils soient immunocompétents. Comme de nombreuses immunodéficiences congénitales se transmettent suivant le mode récessif autosomique, les antécédents d'immunodéficience peuvent ne pas être présents chez les parents au premier degré. Les vaccinateurs devraient également être à l'affût de signaux comme le décès de plusieurs nouveau-nés ou nourrissons dans une famille. Bien qu'on recommande de poser des questions concernant les antécédents personnels ou familiaux d'immunodéficience avant d'administrer un vaccin vivant, les antécédents familiaux revêtent une importance cruciale si ces vaccins doivent être donnés avant l'âge de 1 an, car les signes ou symptômes d'immunodéficience congénitale peuvent ne pas être présents chez les jeunes enfants. Avant d'immuniser des sujets présentant un déficit immunitaire important, on devrait consulter des experts.
Plusieurs principes généraux s'appliquent à l'immunisation des sujets immunodéprimés :
Maladie hépatique chronique
Les vaccins contre l'hépatite A et B sont recommandés chez les personnes qui souffrent d'une maladie hépatique chronique, vu qu'elles risquent de développer une hépatite fulminante. La vaccination devrait être effectuée au début de la maladie, car la réponse immunitaire au vaccin est sous-optimale lorsque la maladie est avancée. Pour plus de détails, prière de se reporter au chapitre Vaccin contre l'hépatite A et l'hépatite B (combiné).
Maladies rénales chroniques et patients en dialyse
Les infections bactériennes et virales constituent une importante cause de morbidité et de mortalité chez les patients souffrant d'une maladie rénale ou soumis à une dialyse de façon chronique. Bon nombre de ces infections peuvent être prévenues par un vaccin. Tous les vaccins standard sont requis (voir Calendriers d'immunisation recommandés).
Il faut particulièrement s'assurer que ces personnes bénéficient d'une protection optimale contre la varicelle, l'hépatite B, l'influenza et les maladies pneumococciques. Il est recommandé de les vacciner annuellement contre l'influenza, ainsi que les membres de leur famille. Les personnes souffrant d'une maladie rénale chronique et les patients dialysés devraient suivre le calendrier proposé pour l'immunisation contre le pneumocoque des patients atteints de troubles spléniques (voir ci-dessous). Certaines données semblent indiquer que la réponse au vaccin contre l'hépatite B est faible chez les patients dialysés et que les titres d'anticorps dirigés contre l'antigène de surface du virus de l'hépatite B peuvent décliner rapidement. Chez les adultes, l'administration de doses plus fortes de vaccin est recommandée (voir le chapitre Vaccin contre l'hépatite B pour plus de détails). On dispose de données limitées sur les calendriers de vaccination de rechange pour les enfants en hémodialyse. Les titres d'anticorps dirigés contre l'antigène de surface du VHB devraient être mesurés chaque année et des doses de rappel devraient être données si ces titres tombent à moins de 10 UI/L (voir le chapitre Vaccin contre l'hépatite B pour plus de détails). Le vaccin contre la varicelle devrait être administré aux candidats à la transplantation qui sont réceptifs avant l'opération parce que la varicelle est une importante cause de morbidité et de mortalité, mais le vaccin est contre-indiqué chez les patients immunodéprimés après la transplantation (voir ci-dessous). Voir la section sur la transplantation d'organes pleins chez les greffés du rein.
Troubles spléniques
L'asplénie et l'hyposplénie peuvent être congénitales, chirurgicales ou fonctionnelles. Un certain nombre de troubles peuvent entraîner une hyposplénie fonctionnelle. Citons entre autres l'anémie falciforme (drépanocytose), la thalassémie majeure, la thrombopénie essentielle, la maladie cœliaque et les maladies inflammatoires de l'intestin. Aucun vaccin n'est contre-indiqué chez les patients souffrant d'hyposplénie fonctionnelle ou anatomique. Il faut veiller particulièrement à ce que ces personnes aient une protection optimale contre les bactéries encapsulées (Streptococcus pneumoniae, Haemophilus influenzae de type b [Hib] , Neisseria meningitidis), auxquelles elles sont très réceptives. On devrait également leur administrer le vaccin contre l'influenza chaque année et tous les vaccins systématiquement recommandés. Il faut vérifier de près le statut vaccinal lorsqu'on planifie une splénectomie chirurgicale « facultative » de façon que tous les vaccins nécessaires puissent être administrés au moins 2 semaines avant l'ablation de la rate. Dans le cas d'une splénectomie d'urgence, les vaccins devraient être administrés 2 semaines après l'opération. Si le patient obtient son congé tôt et qu'on craint qu'il ne revienne pas pour se faire vacciner, le vaccin devrait être administré avant la sortie de l'hôpital.
Le calendrier d'immunisation suivant est recommandé pour les personnes souffrant d'hyposplénie et d'asplénie.
Déficits immunitaires congénitaux
Il s'agit d'un groupe d'affections diverses qui inclut les anomalies de production d'anticorps (p. ex. agammaglobulinémie, déficits en isotypes et en anticorps de la sous-classe des IgG, et déficit immunitaire commun variable), les déficits en complément, les anomalies concernant au moins un aspect de l'immunité à médiation cellulaire et les déficits combinés. Les personnes ayant des déficits en anticorps et en complément sont anormalement réceptives aux infections causées par les bactéries encapsulées et les entérovirus (p. ex. poliovirus, virus coxsackie et échovirus), et les sujets présentant des déficits à lymphocyte T et combinés sont particulièrement susceptibles aux agents pathogènes intracellulaires (pratiquement tous les virus et certains champignons, bactéries et parasites). Bien que les anomalies et les profils de réceptivité varient grandement, la stratégie d'immunisation est assez similaire pour toutes ces personnes. Les vaccins inactivés et les composants vaccinaux peuvent et devraient être administrés dans tous les cas, même si la réponse immunitaire est faible ou nulle chez un grand nombre de vaccinés. Les vaccins vivants ne sont généralement pas recommandés dans le cas de ces patients, mais certaines exceptions demeurent (voir ci-dessous).
Il faut veiller en particulier à administrer aux sujets présentant ce type de déficit les vaccins contre le pneumocoque, le méningocoque et Hib. La vaccination annuelle contre l'influenza est également recommandée. Bien que le vaccin antipoliomyélitique oral (VPO) ne soit plus administré au Canada, il est toujours homologué et est utilisé dans de nombreux autres pays. Le VPO ne devrait pas être administré aux personnes ayant ce type de déficit ni aux membres de leur famille. Les vaccins contre la rougeole (sous forme de RRO) et contre la varicelle pourraient éventuellement leur être administrés s'ils ne reçoivent pas de traitement régulier de remplacement par Ig (qui peut influer sur l'efficacité des vaccins); mais tous les autres vaccins vivants sont contre-indiqués (sauf dans les cas de déficit isolé en IgA).
Traitement immunosuppresseur
Le traitement immunosuppresseur au long cours (p. ex. stéroïdes administrés sur une longue période [voir ci-dessous]), la chimiothérapie anticancéreuse, la radiothérapie/azathioprine, la cyclosporine, le cyclophosphamide/infliximab) est utilisé dans les cas de transplantation d'organe et d'un éventail croissant de maladies inflammatoires et infectieuses chroniques (p. ex. maladies inflammatoires de l'intestin, psoriasis, lupus érythémateux aigu disséminé). Ces traitements ont le plus d'effet sur l'immunité à médiation cellulaire, bien que la production d'anticorps dépendant des lymphocytes T peut également être inhibée.
Les enfants atteints de leucémie lymphoblastique aiguë peuvent recevoir le vaccin contre la varicelle si la maladie est en rémission depuis > 12 mois, si le nombre total de lymphocytes des patients est de ≥ 1,2 x 109/L, si les patients ne sont pas soumis à une radiothérapie et si la chimiothérapie est suspendue pendant au moins 1 semaine avant l'immunisation et 1 semaine après. Deux doses du vaccin sont recommandées, à intervalle de 1 à 3 mois, vu que des études nord-américaines indiquent que deux doses sont plus immunogènes qu'une seule dose chez ces patients. Pour plus de détails, prière de se reporter au chapitre Vaccin contre la varicelle.
Greffe de cellules souches hématopoïétiques
Si l'on dispose de suffisamment de temps, on devrait examiner attentivement le statut vaccinal avant le traitement immunosuppresseur radical chez le patient et, dans le cas d'une greffe de moelle osseuse (GMO) allogénique chez le donneur. Il est bien établi que les antécédents de maladie et d'immunisation tant chez le receveur que chez le donneur (c.-à-d. dans le transfert adoptif) peuvent influer sur l'immunité après l'ablation ou la greffe. Les titres d'anticorps dirigés contre les maladies évitables par la vaccination diminuent après une greffe de cellules souches hématopoïétiques allogénique ou autologue si le greffé n'est pas revacciné. Les personnes qui ont reçu des cellules souches hématopoïétiques courent un plus grand risque de souffrir de certaines maladies évitables par la vaccination (p. ex. infections à pneumocoque et à Hib).
Recommandations relatives à l'immunisation après une greffe :
Transplantation d'un organe plein
L'idéal est d'immuniser tous les patients avant la transplantation. De nombreux enfants subissent cependant une transplantation d'organe plein avant d'avoir terminé leur série vaccinale. Les personnes qui reçoivent un organe plein demeurent sous traitement immunosuppresseur toute leur vie. Aucune recommandation officielle n'a été formulée concernant le moment auquel l'immunisation peut être reprise. En général, il faudrait attendre au moins 6 à 12 mois après la transplantation avant de recommencer la vaccination.
Voici quelques-uns des vaccins recommandés dans ces circonstances :
D'autres vaccins vivants sont habituellement contre-indiqués après une transplantation. Si certains vaccins vivants sont néanmoins requis, il convient de consulter un spécialiste.
Les contacts familiaux non immuns devraient être vaccinés contre Hib, la rougeole, la rubéole, les oreillons, la varicelle et l'influenza. Le VPI, les vaccins contre l'hépatite A et l'hépatite B et tout autre vaccin devraient être administrés s'il y a lieu.
Maladies qui affaiblissent progressivement le système immunitaire
(p. ex. infection par le virus de l'immunodéficience humaine [VIH], myélodysplasie)
À l'exception du BCG, aucun vaccin n'est contre-indiqué (y compris le RRO) dans les premiers stades de ces maladies. Toutefois, à mesure que celles-ci progressent, l'administration de vaccins vivants devient de plus en plus dangereuse. Les risques et les avantages d'un vaccin particulier (et des autres traitements possibles) doivent donc être soigneusement soupesés.
La vaccination précoce est non seulement plus sûre, mais aussi plus efficace dans ces cas. L'utilisation de vaccins inactivés ou de composants vaccinaux n'est en aucun temps contre-indiquée. Il faudrait s'assurer en particulier que la vaccination des enfants est complète et que les doses du vaccin antipneumococcique (voir le chapitre Vaccin contre le pneumocoque), du vaccin annuel contre l'influenza et peut-être des doses de rappel contre Hib ont toutes été administrées. Dans le cas du VIH, un consensus a été établi concernant les valeurs limites à l'intérieur desquelles certains vaccins vivants peuvent être administrés. Les nourrissons infectés par le VIH qui sont asymptomatiques devraient recevoir systématiquement le RRO. En outre, le RRO est recommandé pour la plupart des personnes infectées par le VIH qui sont symptomatiques, y compris les enfants qui présentent des symptômes mais pas de signes d'immunodépression graves. Prière de consulter un spécialiste des maladies infectieuses ou un immunologue pour avoir des conseils plus précis concernant l'administration du RRO aux personnes infectées par le VIH.
On devrait envisager l'administration du vaccin contre la varicelle chez les enfants de > 12 mois qui ne présentent que des symptômes bénins ou aucun symptôme d'infection à VIH (classe N1 ou A1 des CDC) et dont le pourcentage de CD4 spécifique à l'âge est de > 25 %. Deux doses doivent être administrées à 3 mois d'intervalle. Bien que certaines questions théoriques aient été soulevées concernant les augmentations (probablement transitoires) de la charge virale du VIH qui peuvent être observées après un certain nombre de vaccinations systématiques, ces changements sont temporaires et ne devraient pas influer sur la décision de vacciner ou non.
Voyageurs immunodéprimés
Bien que le degré et la gamme des risques associés aux maladies infectieuses puissent augmenter considérablement lorsqu'une personne immunodéprimée voyage dans d'autres pays ou sur d'autres continents, les principes de base énoncés précédemment s'appliquent. De plus en plus de données montrent que plusieurs vaccins vivants (y compris le vaccin contre la fièvre jaune) pourraient être administrés aux personnes infectées par le VIH dont le nombre de lymphocytes T CD4+ est de > 200/mm3. Les risques et les avantages associés à chaque vaccin vivant doivent cependant être évalués avec soin pour chacun des voyageurs. Lorsqu'un certificat de vaccination contre la fièvre jaune est exigé, mais que le vaccin est contre-indiqué, une lettre d'exemption devrait être fournie au patient.
Tableau 8. Vaccination des personnes qui présentent un déficit immunitaire
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