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Estimations de la prévalence et de l'incidence du VIH au Canada, 2005

Relevé des maladies transmissibles au Canada

le 1er août 2006  Volume 32  Numéro 15

[Table des matières] [Prochaine]

D Boulos, MSc (1), P Yan, PhD (1), D Schanzer, MSc (1), RS Remis, MD, MPH (1), CP Archibald, MD, FRCPC (1)

1Centre de prévention et de contrôle des maladies infectieuses, Agence de la santé publique du Canada, Ottawa (Ontario)
2 Département des sciences de la santé publique, Université de Toronto, Toronto (Ontario)

Introduction

La production d'estimations de la prévalence et de l'incidence du VIH est une tâche entreprise à l'échelle mondiale afin de surveiller l'épidémie de VIH et d'aider à évaluer l'efficacité des efforts de prévention. Le XVIe Congrès international sur le sida aura lieu à Toronto du 13 au 18 août   2006. Son thème, « Passons aux actes », souligne l'urgence de s'assurer que les collectivités dans le monde entier ont accès à des programmes de prévention et de traitement du VIH efficaces. Il fait également ressortir la nécessité d'intégrer à ce processus l'évaluation adéquate des répercussions de ces programmes et la production d'estimations sur le VIH.

Dans le cadre de son mandat de surveillance de l'épidémiologie et des tendances du VIH/sida au Canada, le Centre de prévention et de contrôle des maladies infectieuses (CPCMI) de l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC) produit périodiquement des estimations de la prévalence (personnes qui vivent avec le VIH, y compris le sida) et de l'incidence (nombre de nouveaux cas) nationales du VIH. Ces estimations constituent le fondement des travaux que l'ASPC et d'autres ministères effectuent dans le cadre de l'Initiative fédérale de lutte contre le VIH/sida au Canada.Nous présentons dans ce document les estimations pour 2005, résumons les difficultés liées à leur production et mettons en évidence les répercussions de ces données sur la prévention et la lutte contre le VIH.

Renseignements généraux

Les données de surveillance du VIH et du sida sont présentées régulièrement dans un rapport semestriel intitulé Le VIH et le sida au Canada, publié en avril(1) et en novembre(2) de chaque année. Ces données brossent un tableau des cas diagnostiqués d'infection à VIH ou de sida au Canada; elles sous- estiment cependant l'ampleur de l'épidémie d'infection à VIH parce qu'elles sont sujettes à des retards dans la déclaration, à la sous-déclaration et à la modification des comportements relatifs au dépistage du VIH (personnes qui se présentent pour subir un test). De plus, les données de surveillance ne nous renseignent pas sur ceux qui n'ont jamais subi de tests et dont l'état demeure non diagnostiqué. Comme l'infection à VIH est une infection chronique assortie d'une longue période de latence, nombre de personnes nouvellement infectées peuvent n'être diagnostiquées que des années plus tard. Il s'ensuit que le nombre de nouveaux tests positifs pour le VIH faisant l'objet d'un rapport au CPCMI dans une année donnée ne fournit pas une estimation du nombre de nouveaux cas d'infection à VIH survenus cette année-là, puisque de nombreuses personnes auront été infectées au cours d'une année antérieure.

Puisque les données de surveillance ne peuvent rendre compte que de la partie diagnostiquée de l'épidémie, la modélisation et le recours à des sources additionnelles d'information sont essentiels pour dépeindre l'épidémie chez les Canadiens souffrant d'une infection à VIH ou d'un sida, tant diagnostiqués que non diagnostiqués. Les méthodes utilisées pour estimer la prévalence et l'incidence du VIH à l'échelle nationale font appel à la compilation de toutes les données disponibles; elles sont décrites dans la section qui suit.

Méthodologie

Nous avons utilisé de multiples méthodes pour estimer la prévalence et l'incidence nationales du VIH en 2005, dont la méthode basée sur un tableur (le Workbook)(3), un modèle de chiffrier électronique itératif(4),etdeux méthodes de modélisation statistique(5,6). La méthode du Workbook consiste à multiplier un taux estimatif de prévalence ou d'incidence par une taille de population estimative; les modèles statistiques permettent de rétrocalculer des estimations de l'incidence du VIH en associant le moment d'un test positif pour le VIH et celui de l'infection par le VIH avec le comportement associé au dépistage, et le chiffrier électronique itératif intègre des éléments des deux autres méthodes. Les méthodes ont été utilisées pour réaliser des estimations séparées de la prévalence et de l'incidence du VIH en Ontario, au Québec, en Colombie-Britannique et en Alberta. Ensemble, ces provinces représentent plus de 85 % de la population canadienne et plus de 95 % des rapports de cas diagnostiqués d'infection à VIH et de sida. Une sous-classification des estimations a ensuite été effectuée en fonction des catégories d'exposition suivantes : les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HRSH), les utilisateurs de drogues par injection (UDI), les HRSH-UDI, les hétérosexuels/ pays endémiques (hétérosexuels non-UDI, issus d'un pays où les contacts hétérosexuels constituent le mode prédominant de transmission du VIH et où la prévalence du VIH est élevée [surtout des pays de l'Afrique subsaharienne et les Caraïbes])(1,2), les hétérosexuels/pays non endémiques (contacts hétérosexuels avec une personne qui est soit infectée par le VIH, soit à risque de le contracter, ou personne pour qui les contacts hétérosexuels constituent le seul facteur de risque connu), et les autres (receveurs de transfusions sanguines ou de facteurs de coagulation et cas de transmission périnatale et professionnelle). Les méthodes de modélisation n'ont pas permis de produire des estimations pour certaines catégories d'exposition et certaines combinaisons de provinces; dans ces cas précis, les données de surveillance ont été utilisées pour établir la distribution la plus plausible des estimations provinciales entre les catégories d'exposition. Une moyenne des résultats obtenus à partir des différentes méthodes a été calculée pour obtenir les estimations de la prévalence et de l'incidence par catégorie d'exposition, pour chacune des quatre provinces mentionnées plus haut.

Les estimations de la prévalence et de l'incidence du VIH pour le reste de la population canadienne ont été extrapolées à partir de ces quatre provinces, en utilisant les données nationales de surveillance du VIH. Ces données de surveillance nationales ont été tirées du Système de surveillance pour la déclaration des cas d'infection à VIH/sida(1,2) et complétées par des données de deux autres sources : la Laboratory Enhancement Study(7) réalisée en Ontario, qui comporte une information plus complète sur les catégories d'exposition de cas d'infection à VIH, ainsi que des données récentes publiées(8) et inédites du Québec sur les distributions par catégorie d'exposition des nouveaux cas d'infection à VIH diagnostiqués pendant la période de 2002 à 2005.

Pour obtenir les estimations de la prévalence et de l'incidence du VIH au Canada avant 2005, on a déterminé les estimations de 2005, comme il a été décrit ci-dessus, et on a ensuite utilisé les résultats de modélisation pour décrire les distributions antérieures de la prévalence et de l'incidence du VIH. Des limites d'incertitude ont été établies pour les estimations nationales relatives au VIH en se fondant sur un examen prudent des résultats à partir de différents scénarios. Les estimations publiées dans le présent rapport pour les années antérieures à 2005 remplacent toutes les estimations que nous avons publiées précédemment sur la prévalence et l'incidence du VIH au Canada, car de nouvelles données et méthodes ont permis une analyse améliorée de l'épidémie ainsi que des estimations d'une fiabilité accrue.

Les estimations de la prévalence et de l'incidence du VIH chez les femmes et les Autochtones ont été calculées à partir des estimations globales en utilisant les distributions du sexe et du statut d'Autochtone déclarés, par catégorie d'exposition, tirées des données nationales de surveillance du VIH et du sida. Le nombre de cas non diagnostiqués vivant avec une infection à VIH a été calculé comme étant la prévalence moins les diagnostics cumulatifs d'infection à VIH, ajustés pour tenir compte de la sous-déclaration et des rapports en double, ainsi que de la mortalité.

Résultats

Prévalence du VIH

À la fin de 2005, environ 58 000 (de 48 000 à 68 000) personnes au Canada vivaient avec l'infection à VIH (y compris le sida), ce qui représente une augmentation d'environ 16 % par rapport à l'estimation de 50 000 (tableau 1) de 2002. En 2005, les infections existantes, par catégorie d'exposition, comprenaient 29 600 HRSH (51 %), 9 860 UDI (17 %), 8 260 hétérosexuels/pays non endémiques (15 %), 7 050 hétérosexuels/pays endémiques (12 %), 2 250 HRSH-UDI (4 %) et 400 cas d'infection attribuables à d'autres expositions (< 1 %) (tableau 1). L'augmentation absolue la plus importante a été observée dans la catégorie des HRSH, où l'on compte 3 400 infections existantes de plus qu'en 2002 (augmentation relative de 13 %). Environ 1 670 infections existantes de plus ont été recensées dans la catégorie des hétérosexuels/pays non endémiques (augmentation de 24 %), 1 370 de plus chez les hétérosexuels/pays endémiques (augmentation de 24 %), et 960 de plus chez les UDI (augmentation de 11 %).

Table 1. Estimated number of prevalent HIV infections in Canada and associated ranges of uncertainty at the end of 2005 and 2002 (point estimates and ranges are rounded)

  HRSH HRSH-UDI UDI Hétérosexuels/
PNE
Hétérosexuels/
PE
Autres Total*
2005 29,600
(24,000-35,000)
2,250
(1,500-3,000)
9,860
(7,800-12,000)
8,620
(6,600-10,600)
7,050
(5,200-8,800)
400
(300-500)
58,000
(48,000-68,000)
2002 26,200
(21,000-31,000)
1,900
(1,200-2,600)
8,900
(7,200-10,600) 
6,950
(5,200-8,800)
5,680
(4,000-7,300)
350
(250-450)
50,000
(41,000-59,000)

*Les totaux ont été arrondis au 1 000 près. Les totaux non arrondis étaient de 57 780 pour 2005 et de 49 980 pour 2002; les pourcentages ont été calculés à partir de ces derniers.

HRSH : hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes; UDI : utilisateurs de drogues par injection; hétérosexuels/PNE : contacts hétérosexuels avec une personne qui est soit infectée par le VIH, soit à risque de le contracter, ou personne pour qui les contacts hétérosexuels constituent le seul facteur de risque connu; hétérosexuels/PE : personnes issues de pays où le VIH est endémique; autres : receveurs de transfusions sanguines ou de facteurs de coagulation, cas de transmission périnatale et professionnelle.

Prévalence du VIH : tendances passées

Au cours des années 80, on a constaté, surtout chez les HRSH, une augmentation constante des infections existantes (figure 1) correspondant à l'accroissement initial des cas d'infection à VIH au sein de la population canadienne. La propagation de la maladie a atteint un plateau au cours de la première moitié des années 1990, fort probablement en raison de la mortalité accrue et de programmes de prévention efficaces. Une recrudescence des infections existantes a été enregistrée vers la fin des années 90, en raison de l'effet conjugué de nouveaux traitements permettant de prolonger la vie des personnes infectées par le VIH et de l'apparition continuelle de nouveaux cas d'infection.

Figure 1. Nombre estimatif d'infections à VIH existantes au Canada et intervalles d'incertitude correspondants, selon l'année

Nombre estimatif d'infections à VIH existantes au Canada et intervalles d'incertitude correspondants, selon l'année

Incidence du VIH

En 2005, le nombre de nouveaux cas d'infection à VIH au Canada n'a pas diminué et a peut-être même augmenté légèrement par rapport à 2002. Quelque 2 300 à 4 500 nouveaux cas d'infection à VIH sont survenus en 2005, comparativement à un nombre estimatif de 2 100 à 4 000 en 2002 (tableau 2). D'après un examen des estimations de chaque catégorie d'exposition, les HRSH continuent d'être le groupe affichant le plus grand nombre d'infections nouvelles, soit de 1 100 à 2 000 (45 %), comparativement à 900 à 1 700 (42 %) en 2002 (tableau 2). Les estimations du nombre de nouveaux cas d'infection chez les UDI a diminué, de 400 à 700 (19 %) en 2002, à quelque 350 à 650 (14 %) en 2005. En revanche, le nombre estimatif de nouveaux cas a augmenté chez les hétérosexuels/pays non endémiques, l'intervalle passant de 450 à 850 (21 %) en 2002, à quelque 550 à 950 (21 %) en 2005.

Les personnes issues de pays où le VIH est endémique continuent d'être surreprésentées parmi les victimes de l'épidémie d'infection à VIH au Canada. Le nombre de nouvelles infections dans la catégorie d'exposition des hétérosexuels/pays endémiques a augmenté légèrement, passant de 300 à 600 (15 %) en 2002, à quelque 400 à 700 (16 %) en 2005; pourtant, selon le recensement de 2001, environ 1,5 % des Canadiens sont nés dans un pays où le VIH est endémique(9). En 2005, le taux estimatif de cas d'infection chez les Canadiens issus de pays où le VIH est endémique était donc au moins 12,6 fois plus élevé que chez les autres Canadiens. Malheureusement, il n'est pas possible à l'aide des méthodes actuelles et des données existantes de distinguer les infections contractées à l'étranger de celles contractées au Canada. Le CPCMI collabore actuellement avec d'autres ministères, des partenaires provinciaux et territoriaux, des chercheurs et des groupes communautaires, afin d'élaborer des méthodes et d'obtenir des données permettant de mieux comprendre la situation actuelle et les tendances de l'infection à VIH dans ce groupe.

Tableau 2. Nombre estimatif d'infections à VIH existantes au Canada et intervalles d'incertitude correspondants à la fin de 2005 et de 2002 (les intervalles sont arrondis)

  HRSH HRSH-UDI UDI Hétérosexuels/
PNE
Hétérosexuels/
PE
Autres* Total
2005 1,100-2,000 70-150 350-650 550-950 400-700 < 20 2,300-4,500
2002 900-1,700 60-120 400-700 450-850 300-600 < 20 2,100-4,000

HRSH : hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes; UDI : utilisateurs de drogues par injection; hétérosexuels/PNE : contact hétérosexuel avec une personne qui est soit infectée par le VIH, soit à risque de le contracter, ou personne pour qui les contacts hétérosexuels constituent le seul facteur de risque connu; hétérosexuels/PE : personnes issues de pays où le VIH est endémique; autres : receveurs de transfusions sanguines ou de facteurs de coagulation, cas de transmission périnatale et professionnelle.

*La catégorie « autres » ne compte que très peu de nouveaux cas d'infection, et ce sont surtout des cas de transmission périnatale.


Incidence du VIH : tendances passées

Depuis le début de l'épidémie de l'infection à VIH au Canada, des changements sont survenus dans la distribution par catégorie d'exposition des nouveaux cas d'infection à VIH (figure 2). La proportion d'HRSH nouvellement infectés a décliné de façon constante jusqu'en 1996, pour ensuite augmenter. Inversement, la proportion de nouveaux cas d'infection chez les UDI a augmenté régulièrement jusqu'en 1996, pour ensuite diminuer. Les proportions de nouvelles infections chez les hétérosexuels/ pays endémiques et les hétérosexuels/pays non endémiques se sont accrues de façon constante depuis le début de l'épidémie.

La figure 3 présente les intervalles d'incertitude correspondants pour l'estimation de l'incidence du VIH au fil des années. Le nombre d'infections nouvelles a atteint un sommet durant la période de 1984 à 1985, en particulier chez les HRSH (figure 2). Le nombre d'infections existantes a diminué de façon constante après 1985, jusqu'au début des années 90, baisse suivie d'un deuxième faible sommet, au cours de 1996 et de 1997 associé à des taux élevés d'infection chez les UDI (figure 2). Les infections existantes ont peut-être quelque peu augmenté depuis la fin des années 90, mais l'incertitude associée aux estimations récentes de l'incidence est grande et, s'il y a bien eu augmentation, celle-ci est beaucoup moins importante que celle du début des années 80. Quoiqu'il en soit, on peut affirmer avec plus de certitude que la tendance récente de l'incidence ne semble pas aller en diminuant.

Dans les données nationales de surveillance du VIH, les rapports de tests positifs pour le VIH ont augmenté de 2001 à 2002, et ont ensuite changé très peu de 2002 à 2005(1,2). Le nombre de nouveaux diagnostics déclarés au CPCMI s'élevait à 2 178 en 2001, à 2 494 en 2002, à 2 497 en 2003, à 2 535 en 2004 et à 2 483 en 2005. Cette augmentation entre 2001 et les années subséquentes était en partie, mais probablement pas entièrement, attribuable à la nouvelle politique en matière de dépistage du VIH chez les immigrants et les réfugiés mise en œuvre par Citoyenneté et Immigration Canada(10), le 15 janvier 2002.

Figure 2. Distributions estimatives (%) des nouvelles infections à VIH dans les différentes catégories d'exposition au Canada, selon la période

Distributions estimatives (%) des nouvelles infections à VIH dans les différentes catégories d'exposition au Canada, selon la période

Figure 3. Intervalles d'incertitude estimatifs (représentés par les lignes verticales) pour le nombre de nouvelles infections à VIH au Canada, selon certaines années de survenue de l'infection

Intervalles d'incertitude estimatifs (représentés par les lignes verticales) pour le nombre de nouvelles infections à VIH au Canada, selon certaines années de survenue de l'infection

Tendances chez les femmes

À la fin de 2005, au Canada, environ 11 800 (de 10 000 à 13 500) femmes vivaient avec le VIH (y compris le sida), chiffre qui représente près de 20 % du total national. Il s'agit donc d'une augmentation de 23 % par rapport au nombre estimatif de 9 600 femmes en 2002. De 620 à 1 240 nouvelles infections à VIH ont été enregistrées chez les femmes en 2005, soit 27 % de toutes les nouvelles infections. En 2002, on estime qu'entre 490 et 970 nouvelles infections à VIH ont été enregistrées chez les femmes, soit près de 24 % de tous les nouveaux cas d'infection. Pour ce qui est de la catégorie d'exposition, une proportion légèrement supérieure de nouvelles infections chez les femmes a été observée chez les hétérosexuelles en 2005, par rapport à 2002 (76 % contre 74 %, respectivement). Le reste des nouveaux cas d'infection chez les femmes a été associé aux UDI.

Tendances chez les Autochtones

Les Autochtones continuent d'être surreprésentés parmi les victimes de l'épidémie d'infection à VIH au Canada. Même s'ils ne forment que 3,3 % de la population canadienne(11), environ 3 600 à 5 100 Autochtones vivaient avec le VIH au Canada en 2005, ce qui représente environ 7,5 % de tous les cas existants d'infection à VIH. Cette estimation est supérieure à celle de 2002 (de 3 100 à 4 400), mais la proportion est la même (7,5 %). Entre 200 et 400 nouvelles infections à VIH au Canada en 2002 et en 2005 ont été enregistrées chez les Autochtones, soit environ 9 % de tous les nouveaux cas pour 2005 et 10 % de ceux de 2002. Le taux global d'infection en 2005 chez les Autochtones était donc environ 2,8 fois plus élevé que dans le reste de la population. La distribution des Autochtones nouvellement infectés en 2005, selon la catégorie d'exposition, était inchangée par rapport à celle relevée en 2002 : 53 % d'UDI, 33 % d'hétérosexuels, 10 % d'HRSH et 3 % d'HRSH-UDI.

En 2005, la proportion de nouveaux cas d'infection dus à l'injection de drogues parmi les Canadiens autochtones (53 %) est beaucoup plus élevée que dans l'ensemble de la population canadienne (14 %), ce qui témoigne du caractère particulier de l'épidémie d'infection à VIH chez les Autochtones et fait ressortir la complexité de cette épidémie au Canada.

Infections à VIH non diagnostiquées : l'épidémie cachée

Depuis que les tests ont débuté en novembre 1985 et jusqu'au 31 décembre 2005, 60 160 rapports de tests positifs pour le VIH ont été soumis au CPCMI, ce qui correspond à environ 62 800 rapports après ajustement des données pour tenir compte de la sous-déclaration et des rapports en double. Nous avons ensuite estimé que, parmi les cas signalés, environ 20 800 sont décédés. Ainsi, environ 42 000 Canadiens vivant avec l'infection à VIH en 2005 faisaient partie des cas diagnostiqués. En soustrayant ce nombre des cas existants d'infection en 2005 (58 000 ou 57 800 avant l'arrondissement), nous estimons qu'environ 15 800 (de 11 500 à 19 500) ou 27 %, ne savaient pas qu'ils étaient infectés par le VIH. En comparaison, quelque 14 400 (de 10 700 à 17 900) des personnes vivant avec une infection à VIH en 2002, ou 29 %, ignoraient qu'elles étaient infectées.

Il est particulièrement difficile d'estimer le nombre de personnes appartenant à ce groupe, puisque, elles échappent à la vigilance des systèmes de santé et de surveillance des maladies. Il est particulièrement important d'atteindre ce groupe, car tant qu'un diagnostic n'a pas été établi, ses membres ne peuvent se prévaloir des stratégies de traitement disponibles ou des services de counseling visant à prévenir la propagation du VIH. À l'heure actuelle, il est impossible de répartir plus précisément ce groupe « caché » selon la catégorie d'exposition ou le sexe, mais le CPCMI travaille à régler cette question. Par exemple, parmi les personnes atteintes du sida au Canada, celles qui attendent longtemps avant de subir un test de dépistage du VIH sont plus nombreuses à appartenir à un groupe ethnique autre que les Blancs et à avoir été infectées autrement (notamment par des relations hétérosexuelles) que par des relations sexuelles entre hommes ou par l'injection de drogues(12). Une telle information aid à cibler les programmes de sensibilisation au risque de transmission du VIH et à accroître l'accès aux tests de dépistage et leur utilisation.

Limites

La présentation des estimations de 2005 diffère de celle des années précédentes, car l'accent est mis sur une combinaison de méthodes. Cependant, la quantité de données disponibles n'était pas toujours suffisante pour que la modélisation permette d'estimer les chiffres par catégorie d'exposition pour l'ensemble des provinces; dans ces cas, les données de surveillance du VIH et du sida ont été utilisées pour extrapoler les autres chiffres. La méthode axée sur les carnets de travail reposait en grande partie sur le caractère représentatif des données et sur des hypothèses formulées pour des groupes pour lesquels il n'y avait pas suffisamment de données récentes.

Les estimations pour la sous-population autochtone dépendaient des variables relatives à l'appartenance ethnique dans les données de surveillance du VIH et du sida, mais celles-ci ne sont pas toutes déclarées à l'échelle nationale. L'information sur les facteurs de risque dans les données de surveillance du VIH/sida était également incomplète, ce qui a pu entraîner la classification de certains cas dans la mauvaise catégorie d'exposition. En outre, l'information était insuffisante pour distinguer les infections contractées à l'extérieur du Canada de celles contractées au Canada. Ainsi, dans le présent rapport, l'incidence renvoie à une nouvelle infection apparue au Canada, soit à la suite de la transmission de la maladie au Canada ou de l'arrivée d'une personne séropositive. Le CPCMI collabore actuellement avec ses partenaires pour obtenir des données qui permettraient de modéliser séparément les infections contractées au Canada et d'ajouter ensuite à ces estimations les cas correspondant à l'arrivée de personnes séropositives.

Ces estimations nationales ne reflètent pas nécessairement les tendances régionales de la prévalence et de l'incidence du VIH. Les estimations ne tiennent pas compte des populations touchées par le VIH/sida au Canada (par exemple, les prisonniers) et ne sont pas ventilées en fonction de l'âge.

Analyse

Les méthodes utilisées pour estimer la prévalence et l'incidence du VIH faisaient appel à un large éventail de données. D'autres sources de données de surveillance provenant de l'Ontario et du Québec étaient accessibles et ont permis de préciser les caractéristiques de l'épidémie dans ces provinces. Des méthodes de modélisation statistique ont été utilisées pour la première fois, permettant ainsi une utilisation optimale des données de surveillance du VIH à l'échelle nationale. Pour ce qui est des estimations futures, nous prévoyons faire un usage plus fréquent des tests pour relever les infections récentes chez les cas diagnostiqués et intégrer un nombre accru de résultats tirés d'études ciblées chez les populations à risque élevé. En dépit des limites mentionnées, nous croyons avoir brossé un tableau plausible de l'épidémie au Canada.

On estime à quelque 58 000 le nombre de Canadiens vivant avec l'infection à VIH. Ce nombre continuera probablement d'augmenter au fil de la survenue de nouvelles infections et de l'amélioration de la survie résultant de nouveaux traitements, ce qui, dans l'avenir, se traduira par des besoins accrus en matière de soins. Un nombre estimatif de 2 300 à 4 500 nouvelles infections ont été contractées au Canada en 2005, soit une estimation légèrement supérieure à celle de 2002. Cette augmentation ne peut toutefois pas être établie avec certitude en raison du degré de précision des estimations; il est toutefois possible d'affirmer que l'incidence globale n'est pas en baisse. Cette tendance est présente chez les HRSH, les HRSH-UDI et les deux catégories d'exposition par contact hétérosexuel, mais l'incidence dans la catégorie d'exposition des UDI semble aller en diminuant.

Cette tendance récente chez les HRSH et les HRSH-UDI est associée à une augmentation des comportements sexuels à risque. Les causes de cette augmentation sont complexes et s'expliquent peut-être notamment par des décisions fondées sur des suppositions erronées quant à l'état sérologique du partenaire, une insatisfaction et des difficultés liées à l'utilisation du condom, des sentiments de marginalisation, une dépression et le choix de ne pas mettre de condom comme geste d'engagement à l'égard d'un partenaire. En outre, il se peut que l'utilisation de drogues à usage récréatif et que l'absence d'expérience directe de cas de sida chez les jeunes HRSH contribuent à l'augmentation des comportements sexuels à risque. Dans la catégorie de l'exposition par contact hétérosexuel, il est probable que la tendance observée découle de l'évolution générale et de la propagation de l'épidémie ainsi que d'un changement récemment apporté à la politique de Citoyenneté et Immigration Canada en matière de tests de dépistage pour les immigrants et les réfugiés(10), qui a entraîné un plus grand nombre de diagnostics. La diminution chez les UDI est probablement attribuable, du moins en partie, à des programmes de prévention efficaces et aux pratiques changeantes d'injection de drogues.

Les Autochtones et les personnes issues de pays où le VIH est endémique continus à être surreprésentés parmi les victimes de l'épidémie d'infection à VIH au Canada. Ces conclusions font ressortir la nécessité d'adopter des mesures spécifiques pour lutter contre les aspects particuliers de l'épidémie de VIH dans certaines sous-populations. À titre d'exemple, l'injection de drogues constitue le principal mode d'exposition au VIH chez les Autochtones, alors que l'activité hétérosexuelle représente la principale catégorie d'exposition chez les femmes et les personnes issues de pays où le VIH est endémique. En outre, on compte encore un nombre appréciable de personnes vivant avec le VIH sans savoir qu'elles sont infectées. Tant que ces personnes ne subissent pas un test et ne sont pas diagnostiquées, elles ne peuvent ni profiter des soins et des services de traitement appropriés ni recevoir des conseils pour empêcher la propagation du VIH.

Pour réussir à maîtriser l'épidémie de VIH au Canada, il faut des stratégies plus efficaces pour prévenir de nouvelles infections et fournir des services à toutes les populations à risque qui figurent dans l'Initiative fédérale de lutte contre le VIH/sida au Canada. Enfin, il est de plus en plus criant d'améliorer la disponibilité des données accessibles et leur qualité, afin de mieux comprendre et surveiller l'épidémie d'infection à VIH au Canada, dans toute son ampleur.

Remerciements

Les auteurs aimeraient remercier les autorités sanitaires, les chercheurs dans le domaine du VIH et les représentants communautaires des provinces de l'Ontario, du Québec, de la Colombie-Britannique et de l'Alberta qui ont collaboré à la publication de ces estimations. Nous souhaitons aussi exprimer notre reconnaissance aux coordonnateurs provinciaux et territoriaux de la lutte contre le VIH/sida, aux laboratoires, aux professionnels de la santé et aux médecins déclarants, qui ont fourni pour les données de surveillance du VIH et du sida.

Références

  1. Agence de la santé publique du Canada. Le VIH et le sida au Canada. Rapport de surveillance en date du 31 décembre 2005. Division de l'épidémiologie et de la surveillance du VIH/sida, Centre de prévention et de contrôle des maladies infectieuses, Agence de la santé publique du Canada, avril 2006.

  2. Agence de la santé publique du Canada. Le VIH et le sida au Canada. Rapport de surveillance en date du 30 juin 2005. Division de l'épidémiologie et de la surveillance du VIH/sida, Centre de prévention et de contrôle des maladies infectieuses, Agence de la santé publique du Canada, novembre 2005.

  3. Lyerta R, Gouws E, Garcia-Calleja JM et coll. The 2005 workbook: An improved tool for estimating HIV prevalence in countries with low level and concentrated epidemics. Sex Transm Infect 2006;82:41-4.

  4. Remis RS, Swantee C, Schiedel L et coll. Report on HIV/AIDS in Ontario 2004. Ontario Ministry of Health and Long-Term Care, février 2006.

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