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Volume 28-09
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EXPOSITION AU THIMÉROSAL CONTENU DANS LES VACCINS ADMINISTRÉS DANS LE CADRE DES PROGRAMMES DE VACCINATION INFANTILE AU CANADA ET RISQUES D'ANOMALIES DU DÉVELOPPEMENT NEUROLOGIQUERappel des faits Le thimérosal est un composé chimique contenant du mercure utilisé comme agent de conservation dans les vaccins depuis > 60 ans. L'exposition chronique ou aiguë des enfants et des adultes à de fortes doses de mercure est à l'origine d'une toxicité neurologique et néphrologique(1-4). Toutefois, les données sur les effets d'une exposition intermittente à de faibles doses de mercure, comme par exemple lorsque les enfants sont immunisés au moyen de vaccins contenant du thimérosal, restent limitées. Pour l'heure, le seul vaccin contenant du thimérosal prévu systématiquement dans le calendrier vaccinal des nourrissons, dans certaines provinces ou territoires du Canada, est le vaccin contre l'hépatite B. Dans une déclaration publiée en décembre 1999(5), le Comité consultatif national de l'immunisation ne recommandait donc aucune modification des programmes actuels de vaccination des nourrissons pour trois raisons essentielles :
Le mercure dérivé du thimérosal contenu dans les vaccins reste une question de sécurité, et l'opinion publique, tout comme les scientifiques, s'inquiètent de savoir si l'exposition au thimérosal dans le cadre de la vaccination des nourrissons dans les 6 premiers mois de leur vie est à l'origine d'anomalies du développement neurologique comme l'autisme, l'hyperactivité avec déficit de l'attention ou les problèmes d'élocution et de langage(6-8). L'objectif de ce compte rendu est d'examiner les risques d'anomalies du développement neurologique, dont l'autisme, chez les enfants canadiens qui sont associés à l'exposition au mercure dans les vaccins contenant du thimérosal administrés systématiquement dans le cadre de programmes universels de vaccination des nourrissons et des jeunes enfants dans certains territoires et provinces. Méthodologie Une recherche sur Internet et une recherche bibliographique dans les publications en langue anglaise répertoriées dans MEDLINE ont été entreprises en novembre et décembre 2001**, en utilisant les associations de mots clés suivants exprimés dans une formule booléenne : «(thimerosal or mercury) and (hepatitis B vaccine or vaccine)», et «(thimerosal or mercury) and (autism or neurotoxicity or neurodevelopmental delay)». Pour réduire au minimum le biais de publication, une recherche électronique identique à l'aide d'un moteur de recherche commercial a également été entreprise. D'autres données non publiées ont été obtenues auprès de Santé Canada et tirées d'autres sources identifiées ou citées dans diverses publications. Une enquête électronique menée auprès des épidémiologistes des provinces et territoires du Canada qui disposent d'un programme universel de vaccination des nourrissons contre l'hépatite B a été entreprise en décembre 2001 et janvier 2002 afin de déterminer s'ils utilisaient un vaccin contre l'hépatite B exempt de thimérosal. Résultats Thimérosal - propriétés chimiques et utilisations Le thimérosal (C9H9HgNaO2S ou thiosalicylate d'éthylmercure sodique) est un organomercuriel (figure 1) qui se dissocie en éthylmercure (49,6 % en poids) et en acide thiosalicylate(9,10). Le thimérosal entre dans la fabrication de médicaments et de vaccins comme agent de conservation pour prévenir la contamination bactérienne ou fongique de ces produits. Il est aussi utilisé comme agent inactivateur ou bactériostatique dans le processus de fabrication de certains vaccins(9,10). Plus de 20 vaccins commercialisés au Canada contiennent du thimérosal à des concentrations qui varient entre 0,005 % et 0,01 %(11). Figure 1. Structure chimique du thimérosal
Évaluations faites par des organismes de réglementation C'est en Europe et aux États-Unis (É.-U.), en 1999, que l'opinion publique a commencé à contester l'usage des vaccins contenant du thimérosal. L'Agence européenne pour l'évaluation des médicaments (EMEA) a publié une déclaration en juillet 1999 qui recommande l'élimination des agents de conservation organomercuriels dans les vaccins administrés aux nourrissons et aux jeunes enfants dans le but de limiter l'exposition cumulative à l'éthylmercure, quelle qu'en soit la source, qu'il s'agisse de denrées alimentaires ou de produits médicinaux(12). Parallèlement, une évaluation commandée par le Congrès américain et menée par la U.S. Food and Drug Administration (USFDA) a révélé que l'exposition des nourrissons américains aux métabolites de l'éthylmercure du thimérosal contenu dans les vaccins, au cours des 6 premiers mois de leur vie, dépassait la limite d'exposition au méthylmercure recommandée par le U.S. Environmental Protection Agency (USEPA)(13-15). Le méthylmercure est un composé organomercuriel étroitement apparenté à l'éthylmercure. L'exposition du foetus ou du nourrisson de < 6 mois est particulièrement préoccupante du fait de la susceptibilité du système nerveux aux effets toxiques du mercure pendant la période de développement(1-4). Autisme Des similitudes entre l'autisme et les effets neurologiques du mercure (dont il est question ci-dessous) ont amené certaines personnes à affirmer que le thimérosal contenu dans les vaccins pouvait causer l'autisme(15). L'autisme est un trouble permanent du développement caractérisé par l'absence de communication, la perturbation des interactions sociales et une série de gestes, d'intérêts et de comportements limités, répétitifs et stéréotypés(16). Ces caractéristiques, dont la gravité clinique est très variable, se manifestent généralement chez les enfants de 18 à 30 mois et le plus souvent chez les garçons. La ou les causes de l'autisme ne sont pas élucidées, même si un vaste éventail de facteurs différents ont été proposés(17). Certaines études, qui démontrent que le risque d'être atteint d'autisme est de 75 % à 90 % chez le jumeau identique d'un enfant autiste contre 5 % à 10 % pour un jumeau non identique, donnent à penser qu'il y existe un facteur génétique. Les familles frappées par l'autisme courent un risque 10 % à 40 % plus élevé de présenter d'autres troubles du développement et de l'apprentissage. Parmi les causes environnementales citées, mentionnons : l'exposition aux métaux lourds comme le plomb ou le mercure; les carences nutritionnelles (p. ex., en iode); les maladies métaboliques (p. ex., surcharge en fer); les maladies infectieuses (rubéole congénitale ou méningite causée par Haemophilus influenzae ou Neisseria meningitidis). Une autre théorie privilégie la prédisposition génétique à une intoxication non précisée aux métaux lourds chez certains enfants, associée à un dysfonctionnement de la métallothionéine, qui jouerait un rôle dans le métabolisme des métaux(18). Effets du méthylmercure et de l'éthylmercure sur la santé - exposition aiguë ou chronique à de fortes doses Le méthylmercure et l'éthylmercure peuvent causer des lésions des systèmes nerveux central et périphérique de l'adulte et de l'enfant à la suite d'une exposition alimentaire aiguë ou chronique intense(1,10,19). Au nombre des symptômes possibles figurent les tremblements, les spasmes, les engourdissements et picotements des extrémités ainsi que différents troubles psychomoteurs et psychologiques dont l'irritabilité, l'agitation, les difficultés de concentration, les troubles de la mémoire et la dépression. Plusieurs de ces symptômes et manifestations ressemblent à ceux que l'on observe chez les enfants autistes. Des études menées sur les effets de l'éthylmercure et du méthylmercure chez le rat semblent indiquer que les effets neurologiques observables de l'intoxication à ces deux composés sont comparables(14,20,21). Des cas d'intoxication aiguë à de fortes doses de thimérosal ont également été signalés dans les publications, après l'administration orale ou à l'injection de 100 mg/kg de thimérosal ou plus à des enfants et des adultes(22-24). Plusieurs décès attribuables à une toxicité aiguë au mercure, et le même type de symptômes neurologiques évoqués ci-dessus, ont aussi été signalés. Les expériences de toxicité aiguë au thimérosal menées sur l'animal révèlent que la dose létale orale pour la moitié des souris exposées (DL50) (orale) est de 91 mg/kg de poids corporel et que la DL50 (sous-cutanée) pour les rats exposés est de 98 mg/kg de poids corporel(25). D'autres cas d'intoxication due à de fortes doses d'éthylmercure ont également été signalés dans les publications et résultaient de l'ingestion pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois de céréales ou d'aliments contaminés par des fongicides contenant du mercure (riz, pain ou viande provenant d'animaux nourris au grain). Parmi les symptômes neurologiques rapportés figurent l'ataxie, des troubles de la démarche et de l'équilibre, des troubles d'élocution et des tremblements(26-28). Effets du méthylmercure ou de l'éthylmercure sur la santé - exposition chronique (p. ex., alimentaire) ou intermittente (p. ex., vaccination) à de faibles doses À ce jour, la réaction indésirable la plus fréquente au thimérosal contenu dans les vaccins est vraisemblablement une réaction mineure de sensibilité cutanée (hypersensibilité retardée)(9,29). Entre 1 % et 16 % des personnes testées ont eu cette réaction après application du produit sur la peau au moyen d'un timbre(30). Une hypersensibilité immédiate (p. ex., anaphylaxie) et des troubles des complexes immuns (p. ex., glomérulonéphrite) ont été signalés suite à l'exposition à des produits contenant du thimérosal, encore qu'il ne soit pas établi que le thimérosal soit l'allergène responsable(14,29). Il n'existe pour l'heure aucune preuve directe voulant que les vaccins contenant du thimérosal provoquent l'autisme ou tout autre trouble du développement neurologique chez l'être humain(10,14,29,31). Aucune étude épidémiologique contrôlée, prospective et à long terme sur les effets de l'exposition intermittente à de faibles doses de thimérosal ou d'éthylmercure sur le système nerveux et le développement neurologique n'a été recensée dans les publications scientifiques. La courbe dose-réponse à de faibles doses de méthylmercure ou d'éthylmercure n'a pas été établie non plus, mais deux études basées dans une population, menées aux Seychelles(32) et aux Îles Féroé(33), ont néanmoins cherché à évaluer les effets neurotoxiques de l'exposition au méthylmercure in utero résultant de la consommation de poissons et fruits de mer contaminés par le mercure. Les profils d'exposition au mercure in utero et pendant la première année de vie diffèrent entre les Seychelles et les Îles Féroé. Aux Seychelles, l'alimentation quotidienne des mères se compose de poissons moins contaminé par le mercure, ce qui expose régulièrement les nourrissons à de faibles concentrations de mercure, alors que dans les Îles Féroé, les foetus sont exposés à des doses intermittentes supérieures résultant de la consommation périodique de viande de baleine (globicéphale noir) plus fortement contaminée. L'étude des Seychelles, qui utilise les cheveux de la mère et de l'enfant pour évaluer l'exposition au mercure avant et après la naissance, respectivement, et des échelles neuropsychométriques globales pour évaluer les effets, n'a décelé aucune anomalie neurologique chez les enfants de <= 9 ans(29,34). L'étude des Îles Féroé, qui se base sur le sang du cordon ombilical et les cheveux des enfants pour évaluer l'exposition au mercure, avant et après la naissance respectivement, ainsi que des tests neuropsychométriques complexes pour évaluer les effets, fait état de subtils déficits neurologiques au niveau de la mémoire, de l'attention et du langage chez les enfants de 7 ans. L'exposition post-natale au mercure est moins prédictive de ces effets que l'exposition prénatale(35). D'autres études s'imposent pour évaluer convenablement ces résultats discordants, d'autant que les résultats des tests d'évaluation du développement neurologique des nourrissons n'ont pas toujours permis de prévoir les dysfonctionnements ultérieurs(31). Une étude de cohorte rétrospective dont les résultats n'ont pas été publiés a été évoquée en 2001 dans un compte rendu sur les vaccins contenant du thimérosal publié par le U.S. Immunization Safety Review Committee de l'Institute of Medicine(29). Cette étude a analysé 10 années de données provenant du Vaccine Safety Datalink (VSD), une importante base de données américaine qui concerne environ 2,5 % de la population des É.-U. La VSD fait le lien entre la vaccination, les données cliniques, les données sur les congés des hôpitaux et les données démographiques de sept organisations de soins de santé intégrés (HMO). Un lien significatif sur le plan statistique, mais peu étroit (ratio de risque relatif < 2), a été observé entre différentes expositions cumulatives au thimérosal et certains troubles neurodéveloppementaux, comme les retards d'élocution et le déficit de l'attention, mais pas l'autisme. Aucune différence significative dans le risque de trouble neurologique ou neurodéveloppemental n'a été identifié, encore que la petite taille de l'échantillon limite la capacité de l'étude à déceler le moindre effet. Les limites potentielles de cette analyse tiennent aux biais liés au comportement vis-à-vis des soins de santé, à l'évaluation diagnostique, au biais résultant d'erreurs de classification et à l'absence de données sur les prédispositions familiales ou génétiques à certains troubles du développement neurologique(29). Une étude s'est penchée sur les taux de mercure sanguin chez les nourrissons vaccinés contre l'hépatite B au moyen d'un vaccin contenant du thimérosal(36). Le mercure sanguin est passé d'un taux de référence (prévaccination) de < 1 µg/L à 2,24 µg/L (écart type [ET] ± 0,58) et 7,36 µg/L (ET ± 4,99), chez les enfants nés respectivement avant terme et à terme, 48 à 72 heures après l'administration d'une dose unique de vaccin. Toutefois, les concentrations de mercure dans les cheveux de la mère (indicateur de l'exposition in utero) n'ont pas été évaluées, et aucun test d'évaluation du développement neurologique n'a été effectué pour mesurer l'effet clinique de l'augmentation du mercure sanguin. Il est par ailleurs difficile de mesurer l'importance toxicologique de ce phénomène car la pharmacocinétique (taux de métabolisme et d'excrétion) du mercure dans le sang n'est pas encore bien connue(23), et parce que certaines études ont montré que des taux de mercure maternel de l'ordre de 100 µg/L à 200 µg/L n'étaient pas associés à des anomalies détectables chez les nourrissons exposés in utero(37,38). Sources d'exposition environnementale au mercure Le mercure est un élément ubiquiste présent à l'état naturel dans l'environnement(1). On en trouve dans les sols à des concentrations moyennes de l'ordre de 0,05 µg/g à 0,08 µg/g et dans l'eau des lacs dans une proportion de <= 0,2 µg/L(2). Les vapeurs de mercure sont présentes dans l'atmosphère à des concentrations moyennes inférieures à < 10 ng/m3 dans les zones non contaminées(39). La part des sources naturelles dans les émissions globales de mercure est en moyenne de 2 700 à 6 000 tonnes par an, contre <= 3 000 tonnes par année pour les activités humaines(40). Le tableau 1 montre que les principales sources d'exposition au mercure élémentaire et au méthylmercure dans la population sont, respectivement, les amalgames dentaires et le poisson destiné à l'alimentation(41). Les composés organomercuriels sont présents à de fortes concentrations dans certaines espèces de poissons consommés. Par exemple, une enquête menée entre 1991 et 1999 par la USFDA sur le «panier alimentaire» américain a révélé que le thon à l'huile en boîte contenait en moyenne 0,165 µg/g de mercure(42). Dans le cadre de la même enquête, la USFDA a rapporté que les concentrations moyennes de mercure étaient de l'ordre de 0,070 µg/g pour l'aiglefin frit, de 0,029 µg/g pour le saumon et de 0,027 µg/g pour les crevettes bouillies.
Sources d'exposition au mercure chez les nourrissons La consommation alimentaire typique de poissons, et notamment des espèces précisées ci-dessus, par les femmes enceintes ou qui allaitent peut exposer le foetus ou le nourrisson à des niveaux de mercure bien supérieurs à celui qui résulte de l'administration d'un vaccin contenant du thimérosal, puisque ces composés peuvent traverser la barrière placentaire et sont également excrétés dans le lait maternel(10,19,31,43). L'EPA des É.-U. estime que 7 % des femmes américaines en âge d'avoir des enfants absorbent >= 0,1 µg/kg par jour de mercure provenant de poissons pêchés dans des zones à haut risque(44). Exposition potentielle au thimérosal résultant de l'immunisation systématique des nourrissons au Canada Depuis janvier 2002, trois provinces (Nouveau-Brunswick, Île-du-Prince-Édouard et Colombie-Britannique), ainsi que le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut ont intégré le vaccin contre l'hépatite B au calendrier de vaccination systématique des nourrissons (Dre T. Tam, Santé Canada [Ottawa] : communication personnelle, 2002). Dans ces six territoires et provinces, cinq calendriers différents de vaccination contre l'hépatite B ont été mis en uvre, à raison de trois doses, à différents intervalles entre la naissance et l'âge de 15 mois. Deux vaccins recombinants homologués contre l'hépatite B (Engerix BMC [Glaxo Smithkline] et Recombivax BMC [Merck Frosst Canada]) sont disponibles au Canada depuis le lancement de ces programmes et contiennent 0,005 % ou 50 µg/mL de thimérosal. Une dose pour nourrisson de 0,5 mL d'Engerix BMC contient donc 12,5 µg d'éthylmercure, alors qu'une dose régulière pour enfant de 0,25 mL de Recombivax BMC en renferme 6,25 µg. Selon le produit et le calendrier vaccinal contre l'hépatite B, les nourrissons canadiens des six provinces et territoires énumérés ci-dessus peuvent avoir été exposés à une dose de 12,5 µg à 37,5 µg d'éthylmercure au cours des 6 premiers mois de leur vie (soit une moyenne de 0,069 µg/jour à 0,206 µg/jour). Tous les territoires et provinces du Canada offrent également une immunoprophylaxie contre l'hépatite B aux nourrissons à haut risque dont les mères sont porteuses du virus de l'hépatite B, d'après le test anténatal auquel elles ont été soumises. Ces nourrissons (environ 2 000 par an au Canada) reçoivent systématiquement trois doses de vaccin contre l'hépatite B pendant les 6 premiers mois de leur vie et, dans ce cas, la dose recommandée de l'un ou l'autre vaccin recombinant contre l'hépatite B est de 0,5 mL. En conséquence, les nourrissons à haut risque immunisés sont exposés à 37,5 µg d'éthylmercure provenant du thimérosal, au cours des 6 premiers mois de leur vie. Métabolisme du mercure organique chez l'homme Les données toxicologiques et pharmacocinétiques de l'éthylmercure chez l'homme sont limitées, notamment en cas d'exposition intramusculaire épisodique à faible dose. Les comparaisons sont fondées sur le méthylmercure pour lequel l'exposition gastro-intestinale en particulier a été étudiée de plus près(1,19,25,29). Bien que le méthylmercure se lie à la cystéine pour former un complexe qui traverse facilement la barrière hématoencéphalique, nous ne savons pas s'il existe un mécanisme de transport comparable pour l'éthylmercure(45). La demi-vie biologique du méthylmercure chez l'homme est d'environ 70 jours(25,29), mais elle est vraisemblablement inférieure pour l'éthylmercure en raison de sa conversion plus rapide dans les poumons, le foie et les érythrocytes en mercure inorganique - lequel ne traverse pas aussi facilement la barrière hématoencéphalique(20,46-48). D'autre part, une fois dans le cerveau, l'éthylmercure prend une forme inorganique, ce qui se traduit par une exposition cumulative supérieure au mercure en raison essentiellement d'un transport moins efficace du mercure inorganique à travers la barrière hématoencéphalique(20). Le mercure organique se fixe aussi au glutathion qui peut jouer un rôle protecteur en transportant le mercure à l'extérieur des cellules, ainsi qu'à la métallothionéine et à d'autres protéines plasmatiques(19). Les effets métaboliques et toxicologiques de ces complexes mercuriels sont encore mal compris(19). Le méthylmercure est absorbé par le sang et se fixe dans les cheveux à des concentrations étroitement corrélées aux concentrations sanguines, selon un rapport cheveu-sang de 250:1(41). En conséquence, les cheveux constituent un indicateur biologique fiable de l'exposition antérieure au mercure(3). Quatre-vingt-dix pour cent du méthylmercure est excrété par la bile dans les selles, essentiellement sous forme de mercure inorganique(10). Limites d'exposition au méthylmercure Il n'existe aucune étude permettant d'évaluer la «dose sans
effet observé» pour le thimérosal, et aucune «dose journalière admissible»
(DJA) n'a été proposée(25). Les «pire scénario» imaginés par divers
organismes pour calculer la limite d'exposition cumulative au méthylmercure
pour les nourrissons dans les 6 premiers mois de leur vie figurent au tableau
2(14). Ces scénarios concernent un nourrisson de sexe féminin
se classant au 5e percentile inférieur pour le poids corporel moyen,
auquel on administre trois doses de vaccin contre l'hépatite B contenant 12,5
µg d'éthylmercure par dose au cours des 6 premiers mois de sa vie.
Il convient de signaler que les limites d'exposition suggérées qui figurent au tableau 2 ne représentent pas des niveaux absolus au-delà desquels une toxicité survient mais correspondent à un apport journalier moyen de méthylmercure, toutes sources confondues, pendant toute la vie, en deçà duquel il n'existe aucun risque connu et décelable pour la santé(29,49). Les différences dans les limites d'exposition au méthylmercure suggérées par les divers organismes témoignent du nombre restreint de données épidémiologiques disponibles et des différences dans les sources de données exploitées, les méthodes d'évaluation des risques, qui intègrent diverses variables relatives à l'exposition et aux effets sur la santé(14,29). Par exemple, les chiffres avancés par Santé Canada prennent appui sur une dose-étalon approximative de 10 parties par million (ppm) dans les cheveux des femmes en âge de procréation et des enfants. La concentration de mercure dans les cheveux est convertie en concentration de mercure sanguin et en dose journalière de mercure. Un coefficient d'incertitude de cinq est appliqué pour obtenir une dose journalière tolérable (DJT) provisoire. L'EPA des É.-U. évalue de la même manière les données scientifiques sur la courbe dose-réponse mais applique un facteur d'incertitude de 10 pour calculer la dose de référence. Il convient de remarquer que l'écart entre les limites suggérées est inférieure à un ordre de grandeur. En général, ces limites sont destinées à protéger le foetus, dont le cerveau en développement est censé être plus susceptible aux effets toxiques du mercure(4,10,14,50). Les expositions qui surviennent au début de la vie constituent incontestablement un problème de santé plus préoccupant, non seulement du fait d'une plus grande susceptibilité cérébrale mais aussi en raison de la demi-vie biologique prolongée du méthylmercure dans le système nerveux central(51). Nous ne savons pas si l'exposition au mercure organique au cours des 6 premiers mois de la vie est aussi risquée que l'exposition in utero(10,29). La validité des limites suggérées est également limitée par les rares études entreprises et par la sensibilité des méthodes utilisées à détecter et mesurer les expositions cumulatives à de faibles doses de méthylmercure ou d'éthylmercure ou leurs effets subtils sur le développement neurologique des jeunes enfants. Analyse Les effets indésirables de l'exposition à l'éthylmercure contenu dans les vaccins (si tant est qu'ils existent) sur le développement neurologique sont soit extrêmement subtils, soit difficiles à mesurer ou leur fréquence est extrêmement faible, si bien qu'ils échappent à toute détection fiable(14,29,31). Néanmoins, des études supplémentaires ont été entreprises pour évaluer plus avant le rapport éventuel entre les troubles du développement neurologique et l'exposition aux vaccins contenant du thimérosal(29). Il est important d'insister sur le fait que les limites d'exposition au méthylmercure recommandées par les différents organismes (précisées au tableau 2) sont basées sur des concentrations de mercure dans les cheveux ou le sang qui constituent une mesure de l'exposition continue au mercure. Compte tenu d'une demi-vie dans le sang d'environ 70 jours, deux ou trois expositions de faible intensité à l'éthylmercure résultant de l'administration d'un vaccin contre l'hépatite B contenant du thimérosal ne devraient pas produire la même concentration de mercure sanguin qu'une exposition quotidienne continue à cette substance. En conséquence, il est incorrect de se servir des lignes directrices des organismes de réglementation pour déduire qu'une dose unique de 12,5 µg d'éthylmercure provenant d'un vaccin contre l'hépatite B contenant du thimérosal administré à un nourrisson de 2 mois de 3 kg (soit 4,2 µg/kg) équivaut à une exposition de 1 jour à l'éthylmercure qui est 21 fois supérieure à la limite d'exposition journalière au méthylmercure préconisée par Santé Canada. Un vaccin contre l'hépatite B exempt de thimérosal, le Recombivax BMC (Merck Frosst Canada) est homologué au Canada depuis le 16 mars 2001 et la mise en marché d'un deuxième produit de même type est prévue début 2002. En décembre 2001, quatre des six provinces ou territoires canadiens (Colombie-Britannique, Nouveau-Brunswick, Île-du-Prince-Édouard et Yukon) qui vaccinent systématiquement tous les nourrissons contre l'hépatite B avaient opté pour le vaccin exempt de thimérosal. Les autres vaccins systématiquement administrés aux enfants au Canada, comme ceux contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR), et PENTACELMC (vaccin contre la diphtérie, le tétanos, vaccin acellulaire contre la coqueluche, vaccin contre H. influenzae de type b, et vaccin inactivé contre la poliomyélite) ne contiennent pas de thimérosal(11). Par conséquent, l'exposition des nourrissons canadiens dans les 6 premiers mois de leur vie à l'éthylmercure des vaccins contenant du thimérosal administrés dans le cadre du calendrier de vaccination systématique a été éliminée. Cela ne signifie pas que tous les vaccins contenant du thimérosal ont disparu au Canada. Un certain nombre d'autres vaccins contenant du thimérosal sont homologués et utilisés dans certaines circonstances, ce qui pourrait continuer d'exposer les nourrissons de < 6 mois à cette substance. Il s'agit notamment de certains vaccins acellulaires contenant un seul antigène contre la coqueluche, de vaccins conjugués contre H. influenzae et de vaccins polyvalents (diphtérie-tétanos et diphtérie-tétanos-vaccin acellulaire contre la coqueluche) qui contiennent tous du thimérosal à des concentrations de l'ordre de 0,01 %, et équivalent à une exposition de 25 µg d'éthylmercure par dose de 0,5 mL(11). Les vaccins contre l'hépatite B qui contiennent du thimérosal continuent d'être utilisés dans certaines régions du Canada pour protéger les enfants à haut risque nés de mères infectées par le virus de l'hépatite B. Les vaccins contre la grippe homologués au Canada contiennent également 0,01 % de thimérosal mais ne sont ni recommandés ni administrés aux nourrissons de < 6 mois en raison d'une absence d'efficacité à cet âge-là. Les inquiétudes du public et des médias au sujet du thimérosal reflètent en partie l'intolérance croissante de l'opinion publique vis-à-vis des expositions évitables à des risques réels ou théoriques, quelle qu'en soit l'origine. L'équilibre entre risques et avantages milite fortement en faveur du maintien des vaccins contenant du thimérosal, lorsqu'il n'existe aucune solution de remplacement. Il est néanmoins plus prudent que le Canada intègre les vaccins exempts de thimérosal à ses programmes d'immunisation à mesure de leur introduction sur le marché pour réduire le plus possible l'exposition des enfants au mercure organique. Parmi les vaccins exempts de thimérosal figurent des vaccins à dose unique sans agent de conservation ou des produits qui utilisent des agents non mercuriels comme le phénoxyéthanol. D'importantes leçons peuvent être tirées de la confusion créée par le passage aux vaccins de l'enfance exempts de thimérosal aux É.-U. en 1999-2000, laquelle s'est soldée dans certains cas par le report malheureux de l'immunisation contre l'hépatite B des nourrissons à haut risque(52-54). Une politique coordonnée et soigneusement définie, ainsi qu'une communication efficace avec les professionnels de la santé et le public sont essentielles au succès de cette transition. En attendant, les vaccins contenant du thimérosal doivent continuer d'être administrés aux enfants dans tous les cas où il n'existe aucun vaccin exempt de thimérosal. Remerciements Les auteurs remercient le Dr Paul Varughese, Direction générale de la population et de la santé publique, et le Dr Jerry Calver, Direction des produits biologiques et des thérapies génétiques, Direction générale des produits de santé et des aliments, Santé Canada, pour avoir résumé les données sur les vaccins contenant du thimérosal utilisé au Canada ainsi que Mme Kulvinder Atwal du Centre d'épidémiologie de la Colombie-Britannique, qui a participé à la lecture d'épreuves et à la dactylographie de cet article. Références 1. Clarkson TW. The toxicology of mercury. Crit Rev Clin Lab Sci 1997;34:369-403. 2. Grandjean P. Health significance of metals. Dans : Last JM, Wallace RB, éds. Public health and preventive medicine. 13e éd. Norwalk CN : Appleton and Lance 1992:392-94. 3. National Research Council. Toxicological effects of methylmercury. Washington, DC: National Academy Press, 2000. 4. Clarkson TW. Mercury: major issues in environmental health. 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Source : Dr M Bigham, Centre d'épidémiologie de la Colombie-Britannique; Dr R Copes, Department of Health Care and Epidemiology; Dre L Srour, Community Medicine Residency Programme, University of British Columbia, Vancouver (Colombie-Britannique). * Le Nouveau-Brunswick, l'Île-du-Prince-Édouard, le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest étaient en 1999 les seuls territoires et provinces du Canada à disposer d'un programme universel de vaccination des nourrissons contre l'hépatite B. ** PubMed, National Library of Medicine à : www.ncbi.nlm.nih.gov AltaVista, Palo Alto, Californie, à : www.altavista.com
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| Dernière mise à jour : 2002-05-01 | |||