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Volume 27-04
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LE BIOTERRORISME ET LA SANTÉ PUBLIQUE
On peut décrire le bioterrorisme comme étant l'usage d'un micro-organisme dans l'intention avouée de causer une infection afin d'atteindre certains objectifs. Étant donné qu'il est dorénavant plus facile de se procurer des agents biologiques et l'information technique nécessaire pour les produire, le bioterrorisme risque de devenir l'arme de choix dans l'avenir. Les conséquences du bioterrorisme pour la santé publique sont considérables, même dans l'éventualité où seul un petit nombre de personnes seraient infectées, et entraînent des responsabilités différentes pour les administrations municipales, les ministères provinciaux et fédéraux. Le Laboratoire de lutte contre la maladie (lequel fait maintenant partie de la Office de la santé publique du Canada) de Santé Canada a tenu une réunion sur invitation dont le thème était : Le bioterrorisme et la santé publique, les 27 et 28 mars 2000, à Ottawa, afin de discuter des questions scientifiques et de planification en matière de santé publique qui entourent le bioterrorisme, de même que des rôles et responsabilités de chaque niveau organisationnel et ordre de gouvernement. Le présent rapport constitue un bref résumé des discussions qui ont eu lieu au cours de cette réunion et rend compte de la situation qui existait à cette date. Le texte ne correspond pas nécessairement à l'opinion officielle de Santé Canada.
Un groupe d'experts réuni par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis en 1999 a déterminé que les six microorganismes qui représentent la plus grande menace pour la santé publique étaient Variola major (variole), Bacillus anthracis (charbon), Yersinia pestis (peste), la toxine botulinique (botulisme), Francisella tularensis (tularémie) et des filovirus/arénavirus (fièvres hémorragiques). Les actes terroristes utilisant des agents biologiques diffèrent de ceux qui utilisent des agents chimiques. Les microorganismes peuvent être libérés sans bruit et sans provoquer d'effets immédiats. On ne peut circonscrire la maladie jusqu'à ce qu'on reconnaisse les signes de l'infection et qu'on identifie l'agent causal. Si l'organisme peut être propagé aisément d'une personne à une autre, comme la variole, le nombre de victimes peut facilement atteindre des dizaines de milliers. On estime que la probabilité qu'une telle attaque survienne au Canada est faible, mais si un incident semblable avait lieu, les conséquences pourraient être désastreuses. Par exemple, les projections fondées sur un modèle établi par les CDC à partir de données canadiennes prévoient que, dans certaines conditions, une attaque par le bacille responsable du charbon qui toucherait 100 000 Canadiens pourrait entraîner 50 000 cas de charbon, 32 875 décès, 332 500 journées d'hospitalisation et un coût de 6,5 milliards de dollars. Si tous les ordres de gouvernement n'ont pas mis en place les préparatifs nécessaires pour faire face au bioterrorisme, les services d'intervention d'urgence seront incoordonnés et inefficaces, les communications seront désordonnées et la panique pourrait très bien s'emparer de la population. L'un des aspects les plus importants de la réponse aux actes terroristes faisant appel à des microorganismes mortels est la vitesse d'intervention. Tout retard se solde par un plus grand nombre de personnes infectées. Il existe une importante synergie entre les préparatifs en vue d'une éclosion de maladies infectieuses non imputable au bioterrorisme (p. ex., pandémie de grippe) et les préparatifs en vue d'un incident de bioterrorisme.
C'est le gouvernement du Canada qui est le principal responsable des aspects criminels des incidents terroristes, alors que les gouvernements provinciaux sont responsables de la gestion des conséquences de tels incidents. À l'heure actuelle, il existe deux mécanismes d'intervention fédérale à la suite d'actes de bioterrorisme. Le Plan national de lutte contre le terrorisme (PNCT) prévoit des options politiques et opérationnelles coordonnées surtout dans la perspective de la gestion de la situation. Les Arrangements nationaux concernant la gestion des conséquences de la lutte contre le terrorisme (AGCLT) assurent une réponse fédérale organisée aux conséquences d'une attaque de bioterrorisme si l'incident dépasse les capacités des autorités provinciales ou territoriales. Santé Canada joue des rôles spécifiques à la fois dans le PNCT et les AGCLT.
À l'échelle municipale, les autorités de Toronto, Montréal, Ottawa-Carleton, Windsor et Vancouver (municipalités qui étaient représentées à la réunion) ont déjà eu à faire face à des menaces éventuelles d'attaques biologiques ou chimiques ou à renforcer leurs mesures de sécurité pour se préparer à des réunions internationales tenues dans la région. Des plans d'intervention d'urgence sont en voie d'être élaborés et se trouvent à divers degrés d'achèvement.
Protocoles pour les colis suspects : Le protocole qui doit d'abord être mis en oeuvre dans l'éventualité de la découverte d'un colis (p. ex., boîte, lettre) qui pourrait contenir du matériel biologique destiné à des fins terroristes dépend de la nature de l'incident (p. ex., si une note a été laissée ou un avertissement téléphonique a été reçu, si le colis est ouvert ou non, si le contenu est visible, s'il fuit, si des personnes ont été exposées, s'il y a un risque d'explosion). Il sera particulièrement difficile de déterminer si un colis fermé qui ne fuit pas contient un agent chimique ou biologique, étant donné qu'il n'existe aucun établissement ou laboratoire au Canada qui possède l'équipement nécessaire pour identifier à la fois un «produit de guerre chimique» (p. ex., sarin) et un agent biologique de niveau de biosécurité 4. Commandement et contrôle : À l'intérieur de la structure de commandement et de contrôle, il faut prendre des décisions critiques, affecter les ressources, effectuer les notifications et fournir les renseignements qui seront utilisés pour informer la population. Dans un premier temps, c'est la structure de commandement local qui entrera en action, mais elle fait partie des structures régionales, provinciales/territoriales et fédérales qui ont été créées pour faire face aux situations d'urgence. En outre, il importe que les diverses agences qui interviennent sur la scène de l'incident - sécurité publique, enquêtes criminelles, santé publique, équipes chargées de la gestion des matières dangereuses - soient gérées adéquatement. Formation/sensibilisation : Il existe un besoin de formation et de sensibilisation en ce qui concerne la reconnaissance du bioterrorisme et l'intervention à divers niveaux (p. ex., premiers répondants, médecins urgentologues, spécialistes des maladies infectieuses). Diverses options peuvent être envisagées en vue d'assurer cette formation et cette sensibilisation. Surveillance : Le premier cas de maladie peut être soupçonné et signalé par un professionnel de la santé perspicace. Cependant, la détection précoce d'un ensemble de symptômes ou d'une grappe de cas de maladie dans une population peut nécessiter la création d'un système de surveillance continue en temps réel de certains endroits géographiques appropriés (p. ex., dans les services d'urgence des hôpitaux, parmi les médecins de la communauté, dans les pharmacies et les laboratoires). La surveillance par sentinelle permettrait de détecter des grappes de cas plutôt que l'infection initiale. Il doit exister un réseau de consultation de sorte que si c'est un médecin, un responsable de la santé publique ou un travailleur de laboratoire qui est le premier à soupçonner un cas inhabituel de maladie, il saura qui contacter à l'échelle locale et, au besoin, il pourrait consulter d'autres personnes faisant partie de la filière. Détection en laboratoire : Il est difficile de dire si les installations de biosécurité de niveau 3 possèdent actuellement l'équipement nécessaire pour caractériser des agents biologiques rares. Pour déterminer la capacité «niveau de biosécurité 3» il faut regarder si le laboratoire dispose de méthodes de fonctionnement normalisées particulières pour ces agents, de personnel formé qui est en mesure de reconnaître (du point de vue microbiologique) ces agents, de l'accessibilité aux méthodes d'identification avancées, d'une expertise en virologie, d'une capacité d'effectuer des épreuves de détection de toxines sur place ou de procéder à la caractérisation moléculaire, du personnel qui a reçu une formation relativement aux questions juridiques liées à la «chaîne de possession», et des dispositifs d'une sécurité accrue pour certains organismes particuliers. Il existe peu de réactifs commerciaux disponibles pour la détection rapide des agents qui pourraient être utilisés lors d'une attaque bioterroriste. Prophylaxie : Les considérations prophylactiques dont il faut tenir compte dans l'éventualité d'un incident bioterroriste incluent l'évaluation de la population exposée aux microorganismes et des personnes qui risquent davantage d'être malades; la propagation primaire et secondaire; les candidats à la vaccination ou à l'antibiothérapie; l'entreposage et la distribution de l'équipement et des fournitures; la disponibilité de vaccins ou d'antibiotiques; l'usage éventuel de produits non homologués (par l'entremise du Programme d'accès spécial); l'accessibilité de personnel formé; la tenue de registres des vaccins ou des antibiotiques administrés; et le consentement éclairé. Prévention des cas d'infection secondaire : Les précautions d'isolement, de décontamination et de quarantaine qui sont nécessaires pour prévenir les cas d'infection secondaire dépendront de l'agent en cause. On pourrait élaborer des lignes directrices nationales qui pourraient ensuite être modifiées par les comités de prévention des infections des hôpitaux afin que chaque hôpital puisse avoir des politiques relativement aux procédures à mettre en place. Constitution de réserves : La Réserve nationale de secours est financée et tenue par Santé Canada et administrée par la Division des services d'urgence. Elle englobe 165 «hôpitaux de campagne» comptant chacun 200 lits, dont certains sont entreposés d'un bout à l'autre du pays et qui pourraient être déployés au besoin par les provinces. Tous les médicaments se trouvent à Ottawa ou dans des inventaires administrés par les vendeurs. Il n'existe pas de réserve de vaccins. La Réserve nationale de secours n'a pas été conçue spécifiquement pour faire face à un incident de bioterrorisme. Il faudrait décider s'il y a lieu d'augmenter la réserve canadienne et, dans l'affirmative, déterminer ce que celle-ci devrait comprendre et où elle devrait être située. Étapes suivantes Bien qu'il soit important d'attirer l'attention des milieux politiques sur notre capacité d'intervention en cas d'attaque bioterroriste, il faut commencer les préparatifs maintenant plutôt que d'attendre plusieurs années avant que le bioterrorisme soit reconnu politiquement comme un risque réel et que des fonds soient engagés pour cette fin. [Précédente] [Table des matières] [Prochaine]
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| Dernière mise à jour : 2001-09-21 | |||