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Chapitre 3
Le fardeau de l'arthrite au Canada 

L'arthrite au Canada - Une bataille à gagner

Le chapitre 3 est consacré aux conséquences de l'arthrite sur la population, lesquelles relèvent de trois grandes catégories : mortalité*, espérance de vie et espérance de vie ajustée selon l'état de santé (EVAES) et coûts économiques. 

Mortalité 

Marie DesMeules, Claudia Lagacé, J. Denise Power 

Introduction 

Dans la mesure où l'on considère que l'arthrite et les affections apparentées ne mettent pas en cause le pronostic vital, peu de recherches ont été menées sur les conséquences de l'arthrite sur la mortalité. Parmi les recherches qui ont néanmoins été consacrées à cette question, la plupart se sont intéressées exclusivement à la mortalité des sujets souffrant de polyarthrite rhumatoïde1-8. La polyarthrite rhumatoïde est associée à une augmentation plus marquée de la mortalité en raison de la maladie elle-même et des autres états comorbides ou affections coexistantes comme les maladies cardiovasculaires, les infections et les néphropathies5,7,9. Bien que les décès pour lesquels l'arthrite fait figure de cause sous-jacente soient relativement rares, l'arthrite est en réalité à l'origine d'un plus grand nombre de décès que de nombreuses autres affections traditionnellement perçues comme plus dangereuses pour la santé. 

Méthodes 

Les taux de mortalité ont été calculés à l'aide des données annuelles sur la mortalité au Canada pour la période comprise entre 1985 et 1998, en utilisant la population canadienne de 1991 comme référence. Tous les décès pour lesquels l'arthrite et les affections apparentées étaient signalées comme cause sous-jacente, conformément à la description du tableau 3A-1 de l'annexe méthodologique figurant en fin de chapitre, ont été pris en compte dans les analyses. 

Résultats 

Les résultats qui suivent ne représentent qu'une fraction des décès liés à l'arthrite, puisque seuls les décès pour lesquels l'arthrite fait figure de cause sous-jacente ont pu être pris en considération. La base de données sur la mortalité ne fournit actuellement aucune donnée sur les causes secondaires ou les causes ayant contribué au décès. L'arthrite est généralement perçue comme une cause ayant contribué au décès, en raison des complications liées à son traitement (comme les saignements gastro-intestinaux résultant de la prise d'anti-inflammatoires) ou par suite de ses complications à long terme (comme les maladies cardiovasculaires) 5-7,9-11. Pour fournir une description aussi complète que possible des conséquences de l'arthrite sur la mortalité, les décès attribuables à des saignements gastro-intestinaux ont également été étudiés. 

Mortalité attribuable à l'arthrite, selon l'âge et le sexe 

En 1998, l'arthrite et les affections apparentées ont été identifiées comme causes sous-jacentes du décès de 497 hommes et 257 femmes. Les taux de mortalité ont par ailleurs augmenté avec l'âge, pour les deux sexes. Chez les hommes, ces taux ont varié de 2 décès pour un million d'hommes de 54 ans ou moins, à 219 décès pour un million dans la tranche des 75 ans et plus. Parmi les femmes des mêmes groupes d'âge, les taux ont varié de 5 à 267 décès pour un million. Globalement, les taux de mortalité attribuablesà l'arthrite et aux affections apparentées ont été plus élevés chez les femmes que chez les hommes, dans tous les groupes d'âge, avec environ 4 décès féminins pour 3 décès masculins (figure 3-1). 


Figure 3-1 Nombre de décès et taux de mortalité (pour 100 000 sujets)attribuables à l'arthrite et aux affections apparentées, selon l'âge et le sexe, Canada, 1998

Figure 3-1 Nombre de décès et taux de mortalité (pour 100 000 sujets)attribuables à l'arthrite et aux affections apparentées, selon l'âge et le sexe, Canada, 1998

Source : Base canadienne de données sur la mortalité, 1985-1998, Statistique Canada


Mortalité par type d'arthrite 

Entre 1985 et 1998, le risque de mortalité attribuable à l'arthrite a varié considérablement selon le type d'arthrite : le risque de décès par maladie du tissu conjonctif (comme le lupus) était approximativement 3 fois plus élevé que le risque de décès par arthrose (figure 3-2). Le nombre de décès dont la cause sous-jacente était la polyarthrite rhumatoïde a été deux fois plus élevé que le nombre de décès pour lesquels l'arthrose faisait figure de cause sous-jacente. Les taux de mortalité ont fluctué de 2 décès environ pour un million dans le cas du rhumatisme à 12 décès environ pour un million dans le cas des maladies du tissu conjonctif. 


Figure 3-2 Taux de mortalité normalisés (pour 100 000 sujets) pour tous lesâ ges, par type d'arthrite, Canada, 1985-1998

Figure 3-2 Taux de mortalité normalisés (pour 100 000 sujets) pour tous lesâ ges, par type d'arthrite, Canada, 1985-1998

Source : Base canadienne de données sur la mortalité, 1985-1998, Statistique Canada


Tendances de la mortalité au fil du temps et
comparaisons provinciales/territoriales 

Les taux de mortalité attribuable à l'arthrite et aux affections apparentées pour chaque groupe d'âge sont restés relativement stables entre 1985 et 1998 (figure 3-3). 

Globalement, les taux de mortalité attribuables à l'arthrite et aux affections apparentées, normalisés selon l'âge et le sexe par province/territoire, reflètent le taux national de 2,4 pour 100 000 (figure 3-4). C'est au Yukon que l'on a enregistré le taux de mortalité le plus élevé (5,1 décès pour 100 000), suivi du Nouveau-Brunswick, qui se classe au deuxième rang (2,9 pour 100 000). Le taux relativement élevé enregistré au Yukon est imputable à des taux de mortalité supérieurs dus à l'arthrose (2,3 pour 100 000) et aux maladies du tissu conjonctif (1,7 pour 100 000). Les taux de mortalité enregistrés à Terre-Neuve et dans l'Île-du-Prince-Édouard se situent en deçà du taux national, respectivement à 2,0 et 1,7 pour 100 000. 


Figure 3-3 Taux de mortalité (pour 100 000 sujets) attribuable à l'arthrite et aux affections apparentées, par année et groupe d'âge, 1985-1998, Canada

Figure 3-3 Taux de mortalité (pour 100 000 sujets) attribuable à l'arthrite et aux affections apparentées, par année et groupe d'âge, 1985-1998, Canada

Source : Base canadienne de données sur la mortalité, 1985-1998, Statistique Canada


Figure 3-4 Taux de mortalité normalisés selon l'âge et le sexe (TMAS) (pour 100 000 sujets) attribuables à l'arthrite et aux affections apparentées, par province/territoire, Canada, 1985-1998

Figure 3-4 Taux de mortalité normalisés selon l'âge et le sexe (TMAS) (pour 100 000 sujets) attribuables à l'arthrite et aux affections apparentées, par province/territoire, Canada, 1985-1998

Source : Base canadienne de données sur la mortalité, 1985-1998, Statistique Canada


Comparaisons avec la mortalité attribuable à d'autres causes 

Le tableau 3-1 permet de comparer le nombre de décès et le taux de mortalité attribuable à l'arthrite et aux affections apparentées avec la mortalité attribuable à d'autres maladies généralement réputées plus graves et mortelles. En 1998, l'arthrite était une cause sous-jacente de mortalité plus fréquente que le mélanome, l'asthme, ou le VIH/sida, particulièrement chez les femmes. 

Tableau 3-1    Nombre (N) de décès et taux de mortalité (pour 100 000 sujets) pour tous les âges, par cause sous-jacente, Canada, 1998 

Cause 

Hommes 

Femmes 

Total 

N 

Taux 

N 

Taux 

N 

Taux 

Arthrite et affections apparentées 

257 

1,87 

497 

2,54 

754 

2,20 

Mélanome 

405 

2,79 

267 

1,49 

672 

2,05 

Asthme 

172 

1,28 

283 

1,43 

455 

1,35 

VIH-sida 

415 

2,63 

 70 

0,45 

485 

1,54 

Source : Base canadienne de données sur la mortalité, 1985-1998, Statistique Canada 

Mortalité attribuable aux complications des traitements - saignements gastro-intestinaux 

Les patients souffrant d'arthrite figurent parmi les principaux consommateurs d'anti- inflammatoires non stéroïdiens (AINS)12, même si ces médicaments sont aussi administrés dans le cadre de la prise en charge d'autres troubles douloureux et inflammatoires. Les complications gastro-intestinales sont le type de réaction indésirable le plus fréquent pouvant survenir avec la prise d'AINS12. Environ 107 000 hospitalisations et 16 500 décès surviennent chaque année aux États-Unis par suite de la prise d'AINS13. Le taux de mortalité estimatif, attribuable à la toxicité gastro-intestinale des AINS que prennent les patients souffrant d'arthrite, est d'environ 2 décès pour 1 000 sujets souffrant d'arthrite par année14,15

En 1998, 1 322 Canadiens sont décédés des suites de saignements gastro-intestinaux (tableau 3-2). Le nombre de décès et le taux de mortalité attribuables aux saignements gastro-intestinaux ont augmenté avec l'âge et ont été plus élevés chez les hommes que chez les femmes. Comme les données sur les causes secondaires de décès pour l'ensemble du pays ne sont pas disponibles, il n'a pas été possible de calculer les taux de mortalité attribuables aux saignements gastro-intestinaux résultant spécifiquement du traitement de l'arthrite. Toutefois, puisque les sujets souffrant d'arthrite sont aussi les plus grands consommateurs d'AINS, ces données indiquent que la mortalité attribuable à l'arthrite, dont les chiffres ont été présentés au début du chapitre, a vraisemblablement été sous-estimée. 

Tableau 3-2    Nombre (N) de décès et taux de mortalité (pour 100 000 sujets) attribuables à des saignements gastro-intestinaux, selon l'âge et le sexe, Canada, 1998 

Groupe d'âge 

Hommes 

Femmes 

Total 

N 

Taux 

N 

Taux 

N 

Taux 

0-54 

 40 

  0,28 

 22 

  0,15 

 62 

  0,22 

55-64 

 54 

  4,21 

 30 

  2,29 

 84 

  3,24 

65-74 

160 

 16,05 

 80 

  6,79 

240 

 11,04 

75-84 

229 

 47,72 

199 

 26,40 

428 

 34,76 

85+ 

181 

160,93 

327 

125,02 

508 

135,82 

Total 

664 

  5,04 

658 

  3,01 

1 322  

  3,84 

Source : Base canadienne de données sur la mortalité, 1985-1998, Statistique Canada 

Discussion 

Quoique relativement rare, l'arthrite est une cause de décès plus fréquente au Canada que le mélanome, le VIH-sida ou l'asthme. Le présent chapitre sous-estime le fardeau que l'arthrite faisait peser sur les chiffres de la mortalité au Canada parce que les données correspondantes ne tiennent pas compte des décès pour lesquels l'arthrite est une cause secondaire, du fait de complications résultant du traitement administré (comme les saignements gastro-intestinaux associés à la prise d'AINS). Les données sur les causes secondaires de décès pour l'ensemble du Canada n'existent pas à l'heure actuelle. Statistique Canada prévoit pouvoir fournir ce type d'informations d'ici 2005. L'introduction de nouvelles classes d'anti-inflammatoires, comme les inhibiteurs de la COX-2, qui présentent moins de risques d'effets indésirables sur les voies digestives, devrait déboucher sur une diminution de la mortalité associée à l'arthrite. 


Espérance de vie et espérance de vie ajustée selon l'état de santé (EVAES) 

Doug Manuel, Claudia Lagacé, Marie DesMeules, Robert Cho, J. Denise Power 

Introduction 

La mortalité et l'espérance de vie sont souvent employées pour décrire l'état de santé de la population, en partant du principe que plus l'espérance de vie est longue, meilleure est la santé16. Même si l'arthrite n'est généralement pas une maladie mortelle, elle est à l'origine de plus de décès que d'autres maladies connues, comme le mélanome. Puisqu'il s'agit de l'une des maladies chroniques dont la prévalence est la plus élevée au Canada, l'arthrite est aussi une importante cause d'invalidité. En conséquence, lorsqu'on étudie des affections comme l'arthrite, il importe de prendre en considération les mesures de la mortalité et de la morbidité (état de santé général). Ces deux mesures permettent en effet de brosser un tableau contrasté d'une maladie ou d'une affection donnée. 

Pour fournir des mesures de l'état de santé de la population qui tiennent compte à la fois de la mortalité et de la morbidité, des indicateurs synthétiques (ou composés), comme l'espérance de vie ajustée selon l'état de santé (EVAES), ont été mis au point17. Dans le cas de l'EVAES, on ajuste l'espérance de vie générale ou le nombre d'années vécues, en fonction du nombre d'années de vie vécues dans un état de santé imparfait ou avec une invalidité17. Les chiffres correspondants donnent un éclairage plus réaliste de l'espérance de vie en déterminant si une augmentation de l'espérance de vie moyenne s'accompagne d'une meilleure qualité de vie16

Cette section tient compte à la fois de l'espérance de vie et de l'espérance de vie ajustée selon l'état de santé pour décrire l'influence de l'arthrite sur la qualité de vie des Canadiens (les détails concernant les calculs de ces indicateurs figurent au tableau 3A-2 de l'annexe méthodologique, à la fin du présent chapitre). Les données utilisées pour calculer ces indicateurs sont tirées de l'ESCC et des données canadiennes annuelles sur la mortalité. 

Conséquences de l'élimination de l'arthrite sur l'espérance de vie et l'espérance de vie ajustée selon l'état de santé 

Actuellement, l'espérance de vie des Canadiennes et des Canadiens à la naissance est respectivement de 81,2 ans et 75,6 ans (tableau 3-3). Si on éliminait l'arthrite, l'espérance de vie moyenne générale augmenterait de 0,35 an pour les femmes et de 0,16 an pour les hommes. 

L'EVAES est estimée à 69,8 ans pour les femmes et à 66,5 ans pour les hommes (tableaux 3-4). Si l'arthrite était éliminée, les Canadiennes gagneraient 1,5 an et les Canadiens pratiquement 1 an. Par conséquent, l'élimination de l'arthrite pourrait donner lieu à un gain de plus d'un an de vie en bonne santé pour les femmes et de près d'un an pour les hommes, combiné à un léger gain général de l'espérance de vie. 

Tableau 3-3    Effet de l'élimination de l'arthrite sur l'espérance de vie à la naissance, Canada, 1997 (1996-1998) 

 

Espérance de vie 

Espérance de vie après élimination de l'arthrite 

Gain d'espérance de vie après élimination de l'arthrite 

Hommes 

75,6 

75,8 

0,16 

Femmes 

81,2 

81,6 

0,35 

Les deux sexes 

78,4 

78,7 

0,27 

Femmes - Hommes (Différence) 

 5,6 

 5,8 

0,19 

Source : Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, 2000; Base de données canadienne sur la mortalité, 1994-1998, Statistique Canada 

Tableau 3-4     Effet de l'élimination de l'arthrite sur l'espérance de vie ajustée selon l'état de santé (EVAES) à la naissance, Canada, 1997 (1996-1998) 

 

Espérance de vie ajustée selon l'état de santé 

Espérance de vie ajustée selon l'état de santé après élimination de l'arthrite 

Gain d'espérance de vie ajustée selon l'état de santé après élimination de l'arthrite 

Hommes 

66,5 

67,2 

0,70 

Femmes 

69,8 

71,4 

1,51 

Les deux sexes 

68,2 

69,2 

1,07 

Femmes - Hommes (Différence) 

 3,4 

 4,2 

0,81 

Source : Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, 2000; Base de données canadienne sur la mortalité, 1994-1998, Statistique Canada 

Discussion 

L'espérance de vie en fonction d'une maladie donnée n'a pas d'incidences directes sur les politiques si l'on ne prend pas en considération la prévalence de l'affection en question dans la population, ses conséquences négatives et la possibilité soit d'éliminer la maladie, soit d'en éliminer les conséquences16,18. Le succès de la lutte contre l'arthrite, l'un des principaux problèmes de santé chroniques au Canada, pourrait considérablement augmenter l'espérance de vie ajustée selon l'état de santé de la population, et plus particulièrement celle des femmes. L'élimination de cette maladie, qui est rarement fatale, aurait néanmoins peu d'effets sur l'allongement de l'espérance de vie moyenne. La plupart des sujets faisant l'objet d'un diagnostic d'arthrite se verra recommander un traitement et fera l'objet d'une surveillance médicale. Il est de toute évidence plus probable que ce soit les améliorations apportées au traitement de l'arthrite qui permettront aux Canadiens de vivre plus longtemps « en bonne santé ». 


Fardeau économique 

Julie Stokes, Sylvie Desjardins, Anthony Perruccio 

Introduction 

Définir les coûts associés à l'arthrite à partir d'une source unique, quelle qu'elle soit, présente un double défi. Premièrement, les différentes sources consultées fournissent différents éléments de coûts liés à l'arthrite, souvent sous la bannière des maladies musculo- squelettiques. Deuxièmement, ces différentes sources utilisent des définitions légèrement différentes de l'arthrite et du rhumatisme : certaines englobent certains sous-types d'arthrite et affections apparentées, d'autres non. 

Le présent chapitre présente les plus récentes données sur les coûts (1998) fournies par la Direction générale de la santé de la population et de la santé publique de Santé Canada19. Toutes les valeurs présentées sont exprimées en dollars de 1998. 

Les coûts totaux associés à l'arthrite englobent à la fois des coûts directs et des coûts indirects : 

Les coûts directs sont définis comme étant la valeur des biens et des services pour lesquels des sommes ont été payées et des ressources utilisées en vue du traitement, des soins et de la réadaptation19. Ces coûts englobent les soins hospitaliers, les médicaments, les soins médicaux et les autres coûts directs relatifs à la santé. 

Les coûts indirects sont définis comme étant la valeur de la production économique perdue pour cause de maladie, de blessure, d'invalidité ou de décès prématuré. Les mesures de l'invalidité correspondent à la valeur des jours d'activité perdus pour cause d'invalidité de courte et de longue durées (coûts de la morbidité attribuable à l'invalidité de courte et de longue durées) et la valeur des années de vie perdues en raison de la mortalité prématurée (coûts de la mortalité). 

Coût des maladies musculo-squelettiques 

En 1986, le fardeau économique des maladies musculo-squelettiques (CIM-9 710-739) au Canada était évalué à 11,4 milliards de dollars20, plaçant cette catégorie de maladies au quatrième rang des maladies les plus coûteuses. Sept ans plus tard, les estimations faisaient passer ce groupe au deuxième rang, avec 19,0 milliards de dollars21. Ce classement s'est maintenu jusqu'en 1998, date à laquelle le fardeau économique total a été évalué à 16,4 milliards de dollars. Les coûts indirects sont plus de 5 fois supérieurs aux coûts
directs (respectivement 13,7 et 2,6 milliards de dollars) 19

Les soins hospitaliers représentaient plus de la moitié du coût direct des maladies musculo-squelettiques (1,4 milliard de dollars) en 1998, contre respectivement 23 % (614,3 millions de dollars) et 22 % (578,2 millions) pour les médicaments et les soins médicaux. Les invalidités de longue durée (12,6 milliards de dollars) représentent pour leur part plus de 90 % des coûts indirects. 

Les maladies musculo-squelettiques représentaient le groupe de maladies le plus coûteux chez les femmes au Canada en 1998 (8,2 milliards de dollars) et le troisième groupe de maladies le plus coûteux chez les hommes (8,1 milliards de dollars). Toutes les composantes des coûts directs étaient légèrement plus élevées chez les femmes que chez les hommes. Parmi les composantes de coûts indirects, toutefois, les coûts de la morbidité attribuable aux invalidités de courte et de longue durées ont été plus élevés chez les hommes que chez les femmes. 

Coûts attribués à l'arthrite 

En 1998, les estimations ont chiffré le fardeau économique de l'arthrite (CIM-9 714-716, 721) au Canada à environ 4,4 milliards de dollars (tableau 3-5), ce qui représente un peu plus du quart du coût total des maladies musculo-squelettiques. L'arthrite représente près d'un tiers du coût des soins hospitaliers pour les maladies musculo-squelettiques, plus de 40 % du coût des médicaments et plus d'un quart à la fois des coûts de la mortalité par maladies musculo-squelettiques et de la morbidité attribuable aux invalidités de longue durée. 

Sur le total des dépenses consacrées à l'arthrite en 1998, les coûts directs équivalaient à 908,9 millions de dollars (20 %) et les coûts indirects à 3,5 milliards de dollars (80 %). La figure 3-5 représente l'ampleur relative des composantes de coût pour l'arthrite. Les coûts de la morbidité attribuable aux invalidités de longue durée représentaient 76,3 % des coûts de l'arthrite, ce qui en faisait la composante de coût la plus importante pour cette maladie, avec près de 3,4 milliards de dollars. Les coûts directs les plus importants étaient les soins hospitaliers, qui s'établissent à 458 millions de dollars, et les médicaments qui représentaient 263 millions de dollars, soit respectivement 10,3 % et 5,9 % du total des coûts. 


Figure 3-5 Fardeau économique de l'arthrite, par composante de coût, Canada, 1998

Figure 3-5 Fardeau économique de l'arthrite, par composante de coût, Canada, 1998

Source : Fardeau économique de la maladie au Canada, 1998, et tabulation faite sur mesure par la Section des recherches économiques et de l'analyse, Direction de la politique stratégique, Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada


Sous l'angle de la ventilation par sexe, les femmes ont engagé plus de dépenses pour le traitement de l'arthrite que les hommes. Celles-ci représentaient environ 60 % du coût des soins hospitaliers, des médicaments vendus sur ordonnance et des coûts de la mortalité, et la moitié des coûts de la morbidité attribuable aux invalidités de longue durée. 

Les personnes âgées (de 65 ans et plus) étaient à l'origine de la majorité des coûts directs attribuables à l'arthrite : 70 % du coût des soins hospitaliers et près de la moitié des dépenses totales de médicaments vendus sur ordonnance. Les personnes âgées représentent moins d'un quart des coûts de la morbidité attribuable aux invalidités de longue durée pour cause d'arthrite. Toutefois, près de 70 % de ces coûts ont été engagés par des sujets de 35 à 64 ans. 

Le fardeau économique des maladies musculo-squelettiques au Canada représente 10,3 % du fardeau économique total de la maladie, mais seulement 1,3 % des dépenses consacrées à la recherche dans le domaine des sciences de la santé. 

Tableau 3-5    Fardeau économique de l'arthrite, par composante de coût, Canada, 1998 

Type de coût 

Composante 

Dépenses consacrées à l'arthrite (en millions de dollars) 

Proportion des dépenses pour les maladies musculo- squelettiques (en %) 

Coûts directs 

Soins hospitaliers 

$457,5 

31,7 

 

Médicaments 

$262,7 

42,8 

 

Soins médicauxa, b 

$183,5 

31,7 

 

Recherche en santé 

$5,2 

36,4 

 

Total des coûts directs 

$908,9 

34,3 

       

Coûts indirects 

Mortalité 

$33,7 

26,8 

 

Morbidité attribuable aux invalidités de longue durée 

$3 375,5 

26,8 

 

Morbidité attribuable aux invalidités de courte durée 

$105,3 

10,4 

 

Total des coûts indirects 

$3 514,5 

25,6 

       

Total des coûts 

 

$4 423,4 

27,0 

a    Les valeurs sont calculées en fonction du coût des maladies musculo-squelettiques, pour une composante donnée. 

b    Tabulation faite sur mesure par la Section des recherches économiques et de l'analyse, Direction de la politique stratégique, Direction générale de la santé de la population et de la santé publique, Santé Canada 

c    Coûts des soins dans d'autres établissements, autres professionnels de la santé et coûts directs relatifs à la santé supplémentaires non inclus car non disponibles. 

Discussion 

En dollars constants, le fardeau économique des maladies musculo-squelettiques semble avoir diminué au Canada depuis 199319. L'essentiel de ce recul est attribuable à la réduction du coût des invalidités : en 1993, les coûts de la morbidité attribuable aux invalidités représentaient 16,3 milliards de dollars (en dollars de 1998), et en 1998, 13,6 milliards de dollars. Les diminutions observées dans le coût des invalidités de courte et de longue durées ont également été remarquées pour les autres maladies chroniques, comme les maladies cardiovasculaires, les maladies respiratoires, les maladies du système nerveux/ des organes des sens. 

Les estimations présentées dans ces pages, ainsi que celles applicables à l'arthrite, sont fondées exclusivement sur le diagnostic principal; les diagnostics secondaires et les diagnostics suivants n'ont pas été pris en compte. En conséquence, ces estimations sont réputées conservatrices. Les maladies musculo-squelettiques contribuent souvent aux maladies cardiovasculaires ou digestives et ne sont pas prises en compte dans les estimations22-26

Les coûts de l'arthrite présentés dans ces pages sont inférieurs aux coûts estimés par Coyte27, puisqu'ils s'établissent à 6,2 milliards de dollars (estimation de référence, convertie en dollars de 1998), dans l'hypothèse où les valeurs sont restées inchangées depuis 1994. Le sous-ensemble des maladies arthritiques (CIM-9 714-716, 721) utilisé par Santé Canada dans ses analyses correspond à un ensemble différent et plus restreint que celui employé par Coyte. La définition que Coyte donne de l'arthrite (CIM-9 098.5, 099.3, 274, 696.0, 710-720, 725-729, v78.4, v43.6) reflète étroitement la définition de l'arthrite et des affections apparentées utilisée dans les autres chapitres de la présente publication. À partir de la fréquence de ces diagnostics, on part du principe que la définition employée par Santé Canada représente près de 60 % des cas de la définition plus large. Si cela est effectivement le cas, le gonflement des chiffres de Santé Canada pour englober la définition plus large de l'arthrite permet de réduire l'écart entre les estimations. Quoi qu'il en soit, les deux sources ont obtenu une ventilation proportionnelle comparable des coûts directs et indirects. 

Les coûts présentés dans le présent chapitre excluent les dépenses applicables aux soins prodigués dans d'autres établissements que des hôpitaux, le coût des soins dispensés par des professionnels de la santé autres que des médecins (comme les professionnels de la réadaptation) et les coûts directs en matière de santé (comme les médicaments en vente libre, les appareils fonctionnels et les soins prodigués par des aidants naturels). De même, nous n'avons pas tenu compte de la valeur de la production économique et du temps de loisir perdus par tous ceux (membres de la famille ou amis) qui ont pris soin du patient. Ces données sous-estiment donc vraisemblablement le coût total de l'arthrite. En outre, les dépenses de médicaments présentées dans ces pages sont antérieures à l'arrivée sur le marché de nouveaux médicaments contre l'arthrite, comme les inhibiteurs de la COX-2 et les antirhumatismaux modifiant l'évolution de la maladie (AMEM), qui sont très coûteux. 

Bien que l'arthrite touche essentiellement les femmes et les personnes âgées, les Canadiens de 35 à 64 ans sont responsables de près de 70 % du coût des invalidités de longue durée attribuables à l'arthrite. Si on se fonde sur le revenu pour déterminer la valeur de la production économique perdue, on insiste alors davantage sur les maladies qui frappent surtout les personnes ayant des revenus élevés, dont la plupart sont des hommes, que sur les maladies qui affligent les personnes dont le revenu est plus modeste, les personnes âgées et les femmes27. Par conséquent, l'estimation de 4,4 milliards de dollars doit être considérée comme l'extrémité inférieure de la gamme des coûts réels de l'arthrite et des affections apparentées. En outre, aucune analyse économique ne peut calculer les coûts personnels intangibles comme les douleurs causées par l'arthrite, les souffrances et les occasions manquées. 

Même si les estimations des coûts attribuables aux maladies musculo-squelettiques, dont l'arthrite, doivent être interprétées en tenant compte des méthodes, des hypothèses et limites à partir desquelles elles ont été calculées19, elles n'en donnent pas moins une idée de l'ampleur du fardeau économique de ce groupe de maladies au Canada. L'arthrite représente un fardeau économique important, surtout pour les femmes et les personnes de 35 à 64 ans. La composante de coût qui contribue le plus à ce fardeau est la morbidité attribuable aux invalidités de longue durée. 

Implications 

Les conséquences de l'arthrite sont plus lourdes sur le plan de la santé et de l'invalidité que sur le plan de la mortalité. Les méthodes destinées à maîtriser l'arthrite doivent donc être axées sur l'amélioration de la santé et la réduction des invalidités. 

La réduction des invalidités liées à l'arthrite permettra de réduire les coûts indirects et d'augmenter l'EVAES de la population dans son ensemble. 

Les projections indiquent que les personnes de 55 ans et plus seront à l'origine de la majeure partie de l'augmentation du nombre de personnes touchées par l'arthrite. Les recherches révèlent par ailleurs que le retrait de la population active concerne davantage les personnes souffrant d'arthrite que les personnes souffrant d'autres maladies chroniques. En conséquence, le coût des invalidités de longue durée attribuables à l'arthrite et aux maladies apparentées devrait augmenter sensiblement dans un avenir rapproché. 

Les futures études sur le coût de l'arthrite devront reposer sur une définition beaucoup plus générale de l'arthrite et tenter d'utiliser l'éventail complet des données disponibles, comme celles présentées dans la présente publication. De même, la mise en place de nouveaux partenariats avec tous ceux qui s'intéressent à l'arthrite, ainsi que le renforcement des liens existants, devront primer pour déterminer quelles sont les informations disponibles et quelles sont celles qui font défaut. 

On a observé un déséquilibre entre les dépenses consacrées à la recherche sur les maladies musculo-squelettiques et leur contribution au fardeau économique total de la maladie. 

Avec l'arrivée de nouveaux traitements, la surveillance des changements dans les coûts directs par rapport aux coûts indirects est essentielle. En contribuant à définir de meilleures stratégies pour la prise de décisions sur le traitement de l'arthrite, la surveillance a le pouvoir de réduire la morbidité et de faire diminuer les coûts à long terme. 

Les nouveaux traitements contre l'arthrite et les maladies apparentées nécessitent également que la surveillance de ce type d'affections s'intéresse aux changements dans la mortalité et l'EVAES. La disponibilité de données sur les causes ayant contribué au décès pourrait permettre de brosser un tableau beaucoup plus précis des conséquences globales de l'arthrite sur la mortalité. 


*    Les données sur la mortalité fournies à Santé Canada sont tirées de la Base canadienne de données sur l'état civil de Statistique Canada. Nous remercions sincèrement les registres provinciaux et territoriaux de l'état civil
d'avoir fourni des données à Santé Canada. 

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