Elizabeth Badley, Marie
DesMeules
L'arthrite et les affections apparentées constituent un important groupe de pathologies touchant les articulations, les ligaments, les tendons, les os et d'autres éléments de l'appareil locomoteur. L'arthrite est l'une des maladies chroniques les plus fréquentes au Canada et une des principales causes de douleur, d'incapacité physique et de recours aux soins de santé1-7. Tous ces éléments ont non seulement des répercussions importantes sur les personnes concernées, mais ils affectent inévitablement leurs familles et se répercutent sur l'ensemble de la population. Les invalidités que cause l'arthrite se répercutent notamment sur les loisirs et la participation à la vie sociale et à la population active, quel que soit l'âge4,8. L'arthrite est également l'une des maladies parmi les plus coûteuses du point de vue économique9. Toutefois, puisqu'elle n'est généralement pas fatale, les médecins (et même ceux qui en souffrent) la considèrent souvent comme un « simple mal » et un élément inévitable du vieillissement10. De ce fait, les arthritiques reçoivent rarement l'aide dont ils ont besoin et les services destinés à les aider ne font généralement pas partie des priorités. La pauvreté des renseignements disponibles sur les conséquences de l'arthrite sur les Canadiens vient s'ajouter à cette difficulté.
C'est cette absence de données essentielles qui a donné naissance à L'arthrite au Canada. Il s'agit du premier rapport complet à documenter les conséquences de cette affection au Canada. Son objectif est de dresser un état des lieux de la situation au Canada pour les professionnels de la santé, les décideurs, le public et plus particulièrement pour les personnes atteintes d'arthrite.
D'une manière plus précise, les objectifs de L'arthrite au Canada sont les suivants :
L'acquisition de données nationales dans le but de documenter l'impact de l'arthrite au Canada soulève un certain nombre de défis. Premièrement, le terme " arthrite " recouvre diverses affections dont les plus connues font l'objet d'une description au tableau 1-1. Bien que tout ait été fait pour adopter une définition uniforme dans tous les chapitres du présent rapport, l'exploitation de diverses sources de données nous a obligés à modifier parfois l'éventail des affections apparentées à l'arthrite pris en compte. Ces écarts et variations sont signalés lorsque cela s'impose. Deuxièmement, l'arthrite n'est pas toujours signalée comme diagnostic sous-jacent dans les bases de données administratives, comme celles qui concernent les hospitalisations ou les décès, ce qui complique sa surveillance. L'arthrite au Canada est le premier rapport national à brosser le tableau de l'impact d'une catégorie spécifique de pathologies, en regroupant des données issues des bases de données provinciales sur la facturation des médecins et des régimes d'assurance-médicaments. Il fournit aussi des informations sur l'impact de l'arthrite sur les Canadiens, tirées des enquêtes nationales sur la population, et en évalue le coût économique.
Toutes les formes d'arthrite présentent un certain nombre de symptômes communs comme la douleur, le gonflement ou la raideur des articulations. Faute de traitement, ces symptômes peuvent affecter la structure et le fonctionnement des articulations, et ainsi exacerber les douleurs, causer des incapacités et gêner l'accomplissement des activités quotidiennes11,12. Même s'il n'existe à l'heure actuelle aucun traitement curatif de l'arthrite, certaines interventions peuvent prévenir les invalidités, préserver un certain niveau de fonctionnement et soulager les douleurs11,13. Bien que la nature exacte du traitement médical varie selon le type d'arthrite, les stratégies générales de réadaptation et de prise en charge sont comparables pour tous les types d'arthrite. En règle générale, une fois installée, l'arthrite persiste toute la vie et son évolution fluctue entre poussées et rémissions. Des soins doivent donc être prodigués tout au long de l'évolution de la maladie. La figure 1-1 présente les éléments d'une approche globale de soins pour la prise en charge de l'arthrite.
Figure 1-1 Éléments
d'une approche globale de soins pour la prise en charge de
l'arthrite et des affections apparentées 
L'approche globale de soins pour la prise en charge de l'arthrite et des affections apparentées recouvre plusieurs éléments, dont des services de soins primaires, des médicaments, des soins hospitaliers et spécialisés, des services de réadaptation et de soutien communautaires, ainsi que des services d'éducation et de promotion de la santé. L'objectif essentiel de cette approche est d'améliorer la qualité de vie des personnes souffrant d'arthrite et des membres de leurs familles.
Les éléments de cette approche globale de soins peuvent être envisagés comme des sous-éléments du système existant de soins de santé. Même si la plupart des services sont déjà en place, les questions d'adéquation, de disponibilité et d'accessibilité pour les personnes souffrant d'arthrite et d'affections apparentées peuvent néanmoins donner des résultats qui sont loin d'être optimaux. La coordination des éléments au sein du système de soins de santé a également un impact considérable sur la réussite globale de l'intégration des soins. La coordination des soins englobe le triage et l'aiguillage des patients, la globalité et la continuité des services et l'adéquation des soins aux différents stades de la maladie.
Le chapitre 2 de L'arthrite au Canada débute par une analyse de l'impact de l'arthrite sur les Canadiens, selon les déclarations des Canadiens eux-mêmes, puis compare cet impact à celui d'autres maladies chroniques. Le chapitre 2 utilise des données tirées d'enquêtes nationales sur la santé à savoir, l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) et l'Enquête nationale sur la santé de la population (ENSP), pour examiner l'impact de différentes variables sur le plan de la santé, comme la douleur, l'invalidité, l'état de santé déclaré par les personnes interrogées, la participation à la population active et la consommation de médicaments ainsi que le recours aux services de soins de santé. Des projections du nombre de personnes qui auront de l'arthrite au Canada d'ici les 20 prochaines années sont également présentées.
Le chapitre 3 est consacré à la mortalité en rapport avec l'arthrite au Canada et étudie l'impact de l'arthrite sous l'angle de l'espérance de vie moyenne et de l'espérance de vie moyenne ajustée selon l'état de santé (EVAES). L'EVAES donne plus de signification à une vie plus longue en permettant de déterminer si l'augmentation de l'espérance de vie moyenne s'accompagne d'une meilleure qualité de vie. Enfin, le chapitre présente le fardeau économique de l'arthrite au Canada sous l'angle de ses coûts totaux et de ses composantes directes et indirectes. Les coûts directs englobent les coûts hospitaliers, les coûts médicaux et le coût des médicaments, alors que les coûts indirects recouvrent les invalidités de courte et de longue durée.
L'arthrite et les affections apparentées figurent parmi les motifs de consultation les plus fréquents auprès des médecins de première ligne14. Ces médecins délivrent la majorité des ordonnances pour les médicaments contre l'arthrite et contrôlent l'accès aux autres services comme les consultations auprès des spécialistes et des professionnels de la réadaptation. Les consultations auprès des médecins de première ligne et des spécialistes et plus particulièrement des rhumatologues, des internistes ou des chirurgiens orthopédistes font l'objet du chapitre 4; ce chapitre est fondé sur les données provinciales sur la facturation des médecins. Les taux de consultation auprès de ces médecins sont présentés pour différents types d'arthrite, et sont axés sur le regroupement de toutes les catégories d'arthrite et d'affections apparentées en général, et plus particulièrement sur l'arthrose et la polyarthrite rhumatoïde.
D'une manière générale, l'arthrite et les affections apparentées donnent lieu à un traitement médicamenteux. Le chapitre 5 examine la consommation des médicaments les plus fréquemment prescrits contre ce type d'affection, y compris les anti-inflammatoires non stéroïdiens classiques (AINS) et les nouveaux inhibiteurs de la COX-2, ainsi que les corticostéroïdes et les antirhumatismaux modifiant l'évolution de la maladie (AMEM). Les données du chapitre 5 ont été compilées à partir des demandes de remboursement de médicaments dans les provinces. Les données sur les nouveaux modificateurs de la réponse biologique, qui forment une nouvelle classe de médicaments pour le traitement des maladies inflammatoires comme la polyarthrite rhumatoïde, n'étaient pas encore disponibles pour pouvoir être incluses dans ce chapitre.
Même si les personnes souffrant d'arthrite sont traitées généralement en consultation externe, certaines doivent être hospitalisées et (ou) subir une intervention chirurgicale. Les hospitalisations peuvent être nécessaires pour la prise en charge des conséquences complexes de l'arthrite, des douleurs et invalidités qu'elle occasionne ou des effets secondaires provoqués par les médicaments prescrits en guise de traitement. La chirurgie orthopédique présente une option valable pour les personnes chez lesquelles les tentatives de prise en charge non chirurgicales ont échoué et n'ont pas permis de prévenir les douleurs ou les lésions articulaires. Le chapitre 6 est consacré aux soins hospitaliers concernant l'arthrite et les affections apparentées et précise les taux d'hospitalisation et d'interventions chirurgicales.
Tableau 1-1 Principaux types d'arthrite |
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Arthrose |
Polyarthrite |
Lupus érythémateux disséminé (LED) |
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| Description | L'arthrose est causée par la détérioration du cartilage d'une ou de plusieurs articulations. Elle provoque la détérioration des articulations, des douleurs et des raideurs. Elle touche généralement les mains, les pieds, les genoux, la colonne vertébrale et les hanches. | Dans la polyarthrite rhumatoïde, le système immunitaire s'attaque aux articulations (essentiellement des mains et des pieds). Ce phénomène se traduit par une inflammation, des douleurs et des lésions articulaires. La PR peut également toucher d'autres organes, comme les yeux, le cœur et les poumons. | Le lupus érythémateux disséminé est un trouble du tissu conjonctif qui provoque des éruptions cutanées, une enflure des articulations et des muscles et cause des douleurs. D'autres organes peuvent également être touchés. Cette maladie, comme la PR, évolue avec le temps, et elle est ponctuée de poussées et de périodes de rémission. |
| Prévalence | L'arthrose est la forme d'arthrite la plus répandue et elle touche environ 10 % des Canadiens adultes. | La PR touche environ 1 % des Canadiens adultes et au moins deux fois plus de femmes que d'hommes. |
Le LED touche 0,05 % des Canadiens adultes. Les femmes sont 10 fois plus concernées que les hommes. |
| Facteurs de risque possibles |
Âge avancé, hérédité, obésité, anciens traumatismes articulaires. | Hormones sexuelles, hérédité, race (forte prévalence parmi les Autochtones). | Hérédité, hormones et différents facteurs environnementaux. |
| Prise en charge | Il n'existe aucun moyen de guérir l'arthrose. Plusieurs interventions permettent d'atténuer les douleurs et d'améliorer la mobilité des articulations; il s'agit de médicaments (analgésiques, anti-inflammatoires), d'exercices physiques, de séances de physiothérapie et d'un régime amaigrissant. Dans les cas sévères, toute l'articulation (notamment celle de la hanche ou du genou) peut être remplacée dans le cadre d'une intervention chirurgicale. | Il n'existe aucun moyen de guérir la PR. Un traitement précoce et dynamique prodigué par un rhumatologue peut prévenir les lésions articulaires. Les médicaments prescrits sont les suivants : anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), corticostéroïdes, antirhumatismaux modifiant l'évolution de la maladie (AMEM) et modificateurs de la réponse biologique (MRB). | Il n'existe aucun moyen de guérir le LED. L'objectif du traitement est de contrôler les symptômes, d'atténuer le nombre de poussées et de prévenir les lésions. Les médicaments les plus fréquemment administrés sont les analgésiques, les anti-inflammatoires, la cortisone et les antirhumatismaux modifiant l'évolution de la maladie (AMEM). L'alimentation et l'exercice physique jouent également un rôle important dans la prise en charge du lupus. |
Source : www.arthrite.ca![]() |
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Tableau 1-1(suite) Principaux types d'arthrite |
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Spondylarthrite ankylosante (SA) |
Goutte |
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| Description | La spondylarthrite ankylosante est une forme d'arthrite qui touche la colonne vertébrale. Elle cause des douleurs et des raideurs dans le dos ainsi qu'une courbure de la colonne vertébrale. Dans la plupart des cas, la maladie est caractérisée par des épisodes douloureux aigus et des rémissions. Sa gravité varie considérablement d'une personne à l'autre. | La goutte est une forme d'arthrite qui se caractérise par un taux trop élevé d'acide urique dans l'organisme. Normalement, l'acide urique est éliminé par les reins. Le plus souvent, la goutte touche le gros orteil, mais elle atteint aussi la cheville, le genou, la main, le poignet ou le coude. |
| Prévalence | La SA touche jusqu'à 1 % des Canadiens adultes. Les hommes risquent 3 fois plus de développer cette maladie que les femmes. | La goutte touche 3 % des Canadiens adultes. Les hommes risquent 4 fois plus que les femmes d'en souffrir. |
| Facteurs de risque possibles |
Hérédité et, éventuellement, infections gastro-intestinales ou génito-urinaires. | Hérédité, certains médicaments (comme les diurétiques), alcool et certains aliments. |
| Prise en charge | Il n'existe aucun moyen de guérir la SA. Des médicaments comparables à ceux administrés pour d'autres types d'arthrite sont souvent prescrits pour traiter la SA. L'exercice est essentiel à la prise en charge de cette pathologie. Si les lésions sont sévères, une intervention chirurgicale peut être envisagée. | Il n'existe aucun moyen de
guérir la goutte. Les anti- inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont souvent prescrits pour atténuer les douleurs et l'enflure des articulations et soulager les raideurs. La cortisone peut également être administrée à cette fin. Certains médicaments comme l'allopurinol peuvent être administrés à long terme pour réduire les concentrations d'acide urique et prévenir de futures crises. Parmi les autres prises en charge figurent également les changements alimentaires, la perte de poids et l'exercice physique. |
Source : www.arthrite.ca![]() |
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Même si ce rapport examine en profondeur l'arthrite au Canada, certains points n'ont pas pu être abordés, faute de données. L'arthrite afflige plus fréquemment les personnes âgées, mais il faut savoir que les enfants aussi sont atteints. Toutefois, les données sur l'arthrite chez les enfants font généralement défaut. La nouvelle Enquête sur la participation et les limitations d'activités (EPLA) de 2001 comportera des questions sur l'arthrite, dans la section sur les problèmes de santé causant des invalidités chez les enfants. Cette enquête, dont les résultats devraient être divulgués prochainement, devrait permettre de recueillir des données essentielles sur les enfants souffrant d'arthrite et sur l'impact de cette maladie sur leur existence.
La réadaptation, qui englobe la physiothérapie et l'ergothérapie, permet de prévenir l'altération des capacités fonctionnelles et d'autoriser leur rétablissement après une intervention chirurgicale ou des poussées sévères d'arthrite inflammatoire15,16. Les informations sur la réadaptation des personnes souffrant d'arthrite et d'affections apparentées ne font pas pour l'heure l'objet d'une collecte systématique. En outre, il n'existe aucune source d'information systématique sur les autres services de soutien communautaires offerts aux personnes souffrant d'arthrite. Il s'agit notamment de services fournis par les travailleurs sociaux ou encore de programmes d'exercices et d'activités aquatiques offerts par les collectivités.
L'éducation et la promotion de la santé sont des éléments importants et essentiels d'une approche globale de prise en charge de l'arthrite et des affections apparentées. De nombreux types d'arthrite et autres affections sont mineurs et auto-limitatifs et, par conséquent, ne nécessitent pas d'intervention médicale. L'éducation axée sur la prise en charge et la prévention des complications de ces affections devrait fournir des informations non seulement sur l'utilisation des médicaments en vente libre et de remèdes très simples (application de glace, de chaleur ou soutien mécanique), mais aussi sur le moment où des soins médicaux doivent être sollicités. Les résultats de certaines recherches montrent que l'efficacité des interventions éducatives menées auprès des patients est, dans 20 % à 30 % des cas, équivalente aux traitements pharmaceutiques pour soulager les douleurs et que, dans 40 % des cas, ces interventions soulagent aussi efficacement les incapacités, ce qui devrait diminuer le nombre de consultations auprès des médecins17. Il a été établi que les programmes d'exercices pour les personnes souffrant d'arthrite pouvaient atténuer de manière significative les douleurs et incapacités, tout en diminuant la nécessité de prendre des médicaments18-20. Les données de surveillance dans ces domaines font encore défaut pour l'instant.
L'arthrite et les affections apparentées font peser, sur le plan de la morbidité et des invalidités, un lourd fardeau sur la population et par conséquent coûtent cher à la société. Le système de soins de santé canadien est orienté vers les soins aigus et les besoins à court terme et n'est peut-être pas bien armé pour prendre en charge les maladies chroniques évolutives comme l'arthrite et les affections apparentées. Avec le vieillissement de la population, ce fardeau ne peut que s'alourdir. Ce rapport propose une première série de mesures en vue d'édifier un système de surveillance national de l'arthrite au Canada et pave la voie à la mise en oeuvre d'interventions qui permettront d'atténuer l'impact de l'arthrite sur la population canadienne.
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