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Résumé

L'arthrite au Canada - Une bataille à gagner

L'arthrite et les affections apparentées constituent un groupe important de pathologies qui touchent les articulations, les ligaments, les tendons, les os et d'autres éléments de l'appareil locomoteur. L'arthrite est une des principales causes de douleur, d'incapacité physique et de recours aux soins de santé au Canada. À ce jour, toutefois, les activités de surveillance de l'arthrite sont restées très sommaires. 

L'arthrite au Canada est le premier rapport à brosser un tableau complet de l'impact de l'arthrite au Canada. Il rassemble des données tirées des enquêtes nationales sur la santé de la population, des bases de données provinciales sur la facturation des médecins, des bases de données sur l'utilisation des médicaments, sur les hospitalisations et les interventions chirurgicales pratiquées dans les services de soins ambulatoires, ainsi que sur la mortalité. Il s'agit aussi du premier rapport national à regrouper les données tirées des bases de données provinciales sur les services de santé, pour les besoins de la surveillance. 

Les principales observations de ce rapport sont résumées ci-dessous et sont suivies d'une analyse des implications pour la main-d'œuvre, la formation et l'accès aux soins et des améliorations à apporter aux données pour affiner la surveillance. 

Principales observations 

Impact de l'arthrite sur les Canadiens 

  • Selon les résultats de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes menée en 2000 (ESCC), l'arthrite et les maladies rhumatismales touchent près de 4 millions de Canadiens âgés de 15 ans et plus, soit environ 1 personne sur 6. Les deux tiers des personnes souffrant d'arthrite sont des femmes et près de 3 arthritiques sur 5 ont moins de 65 ans. 
  • D'ici 2026, on estime que plus de 6 millions de Canadiens de 15 ans et plus souffriront d'arthrite. 
  • Comparés aux personnes atteintes d'autres maladies chroniques, les arthritiques ressentent plus de douleur, sont davantage restreints dans leurs activités, sont plus touchés par l'invalidité de longue durée et plus nombreux à avoir besoin d'aide pour l'accomplissement de leurs activités quotidiennes; ils évaluent aussi beaucoup moins bien leur état de santé que la majorité et ont un sommeil plus perturbé, tout en étant plus sujets à la dépression; ils signalent également avoir consulté plus souvent des professionnels de la santé au cours de l'année précédant l'enquête. 
  • Globalement, 19 % des Autochtones déclarent souffrir d'arthrite, ce qui équivaudrait à 27 % si la composition de la population autochtone était identique à celle de la population canadienne générale. 

Le fardeau de l'arthrite au Canada : mortalité, espérance de vie et espérance de vie ajustée selon l'état de santé (EVAES), fardeau économique 

  • En 1998, l'arthrite ou les affections apparentées étaient signalées comme cause sous-jacente de décès dans 2,4 cas pour 100 000 au Canada, faisant de l'arthrite une cause de décès sous-jacente plus fréquente que le mélanome, l'asthme, et le VIH/sida, surtout chez les femmes. 
  • On sous-estime le fardeau que l'arthrite et les maladies qui lui sont apparentées font peser sur les chiffres de la mortalité, car les données sur les causes ayant contribué au décès (comme les complications résultant d'un traitement contre l'arthrite) ne sont pas disponibles. Les personnes souffrant d'arthrite consomment plus souvent des anti-
    inflammatoires non stéroïdiens (AINS), ce qui cause des saignements gastro-intestinaux. Les saignements gastro-intestinaux ont été responsables de 1 322  décès en 1998. 
  • L'élimination de l'arthrite permettrait de faire gagner 1,5 année de vie ajustée selon l'état de santé (EVAES) à chaque femme et près d'un an à chaque homme de la population canadienne, et ferait progresser l'espérance globale de vie de 0,16 an pour les hommes et de 0,35 an pour les femmes. 
  • En 1998, le fardeau économique de l'arthrite sur la société canadienne se chiffrait, selon les estimations, à 4,4 milliards de dollars. Ce chiffre sous-estime vraisemblablement les coûts totaux, car nous ne disposons d'aucune donnée sur certaines dépenses (comme les coûts liés aux professionnels de la santé autres que les médecins et aux médicaments en vente libre). En outre, les estimations n'utilisent qu'un sous-ensemble des maladies apparentées à l'arthrite dont il est question dans ce rapport. 
  • Les invalidités de longue durée représentaient près de 80 % du coût économique de l'arthrite en 1998, soit l'équivalent de près de 3,4 milliards de dollars; jusqu'à 70% de ces coûts étaient attribués au groupe d'âge 35-64 ans. 
  • Le fardeau économique des maladies musculo-squelettiques au Canada représentait 10,3 % du fardeau économique total de toutes les maladies, alors que seulement 1,3 % du budget de la recherche en santé leur était consacré. 

Soins ambulatoires 

  • Près de 160 personnes de plus de 15 ans pour 1 000 ont consulté un médecin en 1998-1999 pour l'arthrite ou une affection apparentée - ce qui représentait un total d'environ 8,8 millions de consultations au Canada. Les consultations en rapport avec l'arthrite étaient davantage le fait des femmes que des hommes. Le taux de consultation était plus élevé chez les personnes âgées des deux sexes. 
  • Quatre-vingt-deux pour cent des patients ayant consulté pour l'arthrite ou une affection apparentée avaient consulté au moins une fois un médecin de première ligne. Globalement, 18,5 % des personnes ayant consulté pour un problème en rapport avec l'arthrite avaient vu un chirurgien au moins une fois, et 13,7 % un spécialiste au moins une fois. 
  • Les taux de consultation variaient d'une province à l'autre, allant de 146 à 207 pour 1 000 personnes de plus de 15 ans. Les différences dans les bases de données provinciales sur la facturation des médecins peuvent expliquer ces écarts. Les différences dans la disponibilité des médecins, et notamment des spécialistes, peuvent également s'inscrire au nombre des facteurs à l'origine de ces variations. 
  • Un compromis semble s'être établit à l'échelle provinciale entre les consultations auprès d'un rhumatologue et celles auprès d'un interniste, pour l'arthrite et les affections apparentées et notamment pour la polyarthrite rhumatoïde. 

Médicaments prescrits contre l'arthrite 

  • Le pourcentage de personnes qui prennent des antirhumatismaux modifiant l'évolution de la maladie (AMEM) prescrits, qui sont efficaces pour le traitement de la polyarthrite rhumatoïde, a augmenté régulièrement au fil du temps. Quoi qu'il en soit, le taux global de délivrance de ces médicaments est bien inférieur à la prévalence estimée de la maladie. 
  • La prescription d'AINS classiques a affiché un recul notable depuis 1998 chez les personnes de plus de 65 ans. La mise sur le marché des inhibiteurs de la COX-2 au Canada en 1999 a probablement contribué à cette tendance. 
  • Certaines des augmentations/diminutions dans les chiffres applicables aux médicaments prescrits peuvent résulter de changements dans les médicaments inscrits dans les formulaires provinciaux au fil du temps. 
  • Les modes de prescription de médicaments contre l'arthrite variaient également selon les provinces. Ces variations peuvent être liées en partie à l'inscription de certains médicaments sur les formulaires provinciaux. 

Services hospitaliers 

  • Le nombre de chirurgies orthopédiques en rapport avec l'arthrite par habitant est resté remarquablement stable depuis 1994. 
  • Les hospitalisations par habitant pour l'arthrite et les affections apparentées ont légèrement diminué de 1994 à 2000, quoique cette baisse soit légèrement inférieure à celle observée pour toutes les autres causes d'hospitalisation. 
  • Les seules interventions dont les taux ont augmenté sensiblement sont les remplacements de la hanche et du genou. 
  • Le nombre d'interventions en ambulatoire a augmenté, probablement à la suite du développement exponentiel de la chirurgie arthroscopique. 
  • La prévalence supérieure de l'arthrite chez les femmes se traduit partiellement dans les taux de chirurgies orthopédiques; le taux légèrement supérieur de remplacements de la hanche et du genou ne reflète pas entièrement leurs plus grands besoins. 
  • Le taux de chirurgies orthopédiques a atteint un plateau parmi les groupes plus âgés, mais le taux d'hospitalisations a continué de progresser. 
  • Des écarts provinciaux considérables dans les interventions orthopédiques et les hospitalisations ont été dégagés, même après ajustement pour tenir compte des différences d'âge et de sexe des populations provinciales. 

Implications 

  • Approximativement 1 Canadien de 15 ans et plus sur 6 a déclaré l'arthrite comme problème de santé chronique. En l'espace de dix ans, un million de Canadiens de plus devraient présenter des symptômes d'arthrite ou d'affections apparentées. Il est par conséquent urgent de bien évaluer le fardeau considérable que l'arthrite fait peser sur les Canadiens et la société dans son ensemble.
  • Il est possible de développer et d'assurer la surveillance de l'arthrite en intégrant les données nationales et provinciales tirées des enquêtes sur la population ainsi que des bases de données provinciales sur la facturation des médecins, sur les départs des hôpitaux et les interventions chirurgicales, les médicaments prescrits et la mortalité. 
  • Les futurs efforts de surveillance devront englober des initiatives de collecte de données sur l'arthrite chez les enfants et sur les services de soutien et de réadaptation communautaires pour les personnes souffrant d'arthrite et d'affections apparentées, quel que soit leur âge. 

Main-d'œ uvre et formation 

  • Les problèmes de main-d'œuvre, comme la pénurie de rhumatologues et de chirurgiens orthopédiques, sont des questions auxquelles il convient de s'intéresser en recrutant davantage de spécialistes dans ces domaines et en assurant leur formation. 
  • Les médecins de première ligne jouent un rôle capital dans la prise en charge de l'arthrite, mais plusieurs lacunes dans l'enseignement relatif aux maladies musculo- squelettiques ont été documentées au niveau de la formation médicale de premier cycle et deuxième-troisième cycles. Lors de la préparation des programmes d'études, les spécialistes de l'enseignement de la médecine pourraient davantage tenir compte du nombre de cas, des invalidités et du recours aux soins de santé correspondant à ces pathologies dans la population. 
  • Puisqu'une quantité considérable de soins sont prodigués par des internistes (pour la polyarthrite rhumatoïde) et des chirurgiens orthopédistes (soins non chirurgicaux de l'arthrose), ces spécialistes pourraient peut-être envisager une formation ou des séances de formation continue sur l'arthrite. 

Accès aux soins 

  • Il importe de mener une enquête sur les obstacles qui limitent l'accès aux services spécialisés (comme la rhumatologie), ainsi que sur le manque de services disponibles à l'échelle locale et le faible taux de patients adressés par les médecins de première ligne.
  • L'accès aux médicaments qui ont donné la preuve de leur efficacité dans la prévention des lésions articulaires est fondamental. Ces médicaments englobent les antirhumatismaux modifiant l'évolution de la maladie (AMEM) ainsi que les nouveaux médicaments biologiques. 
  • Des écarts dans la délivrance des médicaments contre l'arthrite ont été identifiés entre les différentes provinces. 
  • En dépit de l'augmentation de la prévalence des cas d'arthrite au Canada, la stabilité des taux de chirurgies orthopédiques donne à penser que le système fonctionne à pleine capacité et qu'il y aura peut-être des problèmes d'accueil pour faire face à l'augmentation projetée du nombre de personnes souffrant d'arthrite. 
  • Les causes et les conséquences des écarts provinciaux dans les taux de chirurgies en rapport avec l'arthrite et les affections apparentées à l'échelle individuelle comme au niveau de la population générale, doivent être déterminées. 
  • La diminution des taux d'interventions chirurgicales avec l'âge ainsi que les différences entre les sexes soulèvent des questions d'inégalités dans l'accès aux soins auxquelles il convient de s'intéresser. 
  • Même s'ils augmentent, les taux d'interventions chirurgicales pour le remplacement d'une hanche ou d'un genou ne suffisent pas à satisfaire aux besoins actuels et futurs. En témoignent les délais d'attente très longs pour ce type d'interventions. 
  • Actuellement, les données publiées sur la chirurgie arthroscopique du genou en cas d'arthrose ne permettent de tirer de conclusions définitives sur l'efficacité de cette procédure. D'autres recherches sont nécessaires dans ce domaine pour bien en définir les indications adéquates. 

Améliorations des données pour les besoins de la surveillance 

  • Les futures enquêtes nationales doivent inclure davantage de questions diagnostiques détaillées sur l'arthrite. Des mesures physiques de l'arthrite (comme l'évaluation du fonctionnement physique) pourraient aussi être incluses dans les questionnaires des futures enquêtes. 
  • L'ESCC 2000 interrogeait les répondants sur l'arthrite et les rhumatismes « diagnostiqués par un professionnel de la santé ». Cette question a néanmoins le défaut de ne pas permettre de répertorier les nombreuses personnes présentant des symptômes d'arthrite ou des douleurs articulaires chroniques qui ne consultent pas un médecin pour ces symptômes et qui échappent par conséquent à un diagnostic. L'insertion d'une question sur les « symptômes articulaires chroniques » pourrait permettre de brosser un tableau plus complet du fardeau de l'arthrite au Canada. 
  • Pour décrire précisément les conséquences de l'arthrite, les enquêtes pourraient recueillir des données sur l'état de santé et l'utilisation des soins de santé attribuables directement à l'arthrite. 
  • Pour décrire précisément les conséquences globales de l'arthrite sur la mortalité pour les besoins de la surveillance, les causes ayant contribué au décès pourraient être rendues disponibles. 
  • La poursuite du développement des registres nationaux et provinciaux en rapport avec les chirurgies de remplacement de la hanche et du genou pourrait aider à garantir une couverture complète. Si leur portée est adéquate, ces registres pourraient permettre de surveiller les délais d'attente, les indicateurs des besoins des patients, les complications après les interventions chirurgicales et les taux d'échec après la mise en place d'une prothèse. 
  • Pour être véritablement soutenus, les efforts de surveillance doivent pouvoir compter sur des définitions normalisées des termes courants et sur leur utilisation cohérente dans différents milieux. Un consensus sur les définitions pourrait autoriser une surveillance coordonnée et constante au Canada. Si les provinces le souhaitent, elles pourraient envisager les solutions suivantes : 
    • Utiliser les mêmes codes de diagnostic pour la facturation serait une étape essentielle vers la standardisation des données de facturation des médecins à l'échelle provinciale. Permettre aux médecins de saisir trois codes de diagnostic pour chaque demande de règlement, comme c'est le cas à l'heure actuelle en Alberta et en Nouvelle-Écosse, pourrait aussi donner une idée plus précise des motifs de chaque consultation. 
    • Les spécialités des médecins pourraient être déterminées de la même manière dans chaque base de données provinciale du régime d'assurance-maladie et ces informations pourraient être mises à jour activement pour refléter les changements dans la formation dans les spécialités et sous-spécialités. 
    • Les codes de diagnostic figurant dans les données de facturation des médecins devraient être validés. Les algorithmes utilisant un nombre donné de visites au cours d'une période donnée pour un diagnostic précis devraient être étudiés de manière plus approfondie et être validés, en s'inspirant des travaux déjà effectués pour la polyarthrite rhumatoïde et le diabète. 
  • La future surveillance de l'arthrite et des affections apparentées pourrait inclure ce qui suit : 
    • Surveillance des changements dans l'état de santé (y compris la mortalité et l'EVAES) et dans l'utilisation des soins de santé qui peuvent être liés aux traitements médicamenteux ou à d'autres nouveaux traitements. 
    • Surveillance des coûts directs de l'arthrite par rapport aux coûts indirects (comme l'augmentation des dépenses de médicaments conduisant à une
      diminution des coûts des invalidités de longue durée). 
    • Établissement de liens entre les données sur les ordonnances et les diagnostics pour permettre de mieux examiner les modes de prescription des médicaments contre l'arthrite et les affections apparentées. 
    • Établissement de liens entre les données d'hospitalisation et les données de facturation des médecins à l'échelle provinciale pour mieux comprendre le processus de prise en charge de l'arthrite et les résultats des interventions chirurgicales. 

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