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Chapitre 6
Services hospitaliers 

L'arthrite au Canada - Une bataille à gagner

Deborah Shipton, Nizar Mohammed, Kinga David, Elizabeth Badley 

Introduction 

Si la plupart des personnes souffrant d'arthrite et d'affections apparentées sont traitées dans des services de soins ambulatoires, certaines doivent être hospitalisées et (ou) subir une intervention chirurgicale (figure 6-1). 


Figure 6-1 Services hospitaliers pour les personnes souffrant d'arthrite et d'affections apparentées

Figure 6-1 Services hospitaliers pour les personnes souffrant d'arthrite et d'affections apparentées

Soins hospitaliers 

Les personnes souffrant d'arthrite sont plus souvent hospitalisées que celles qui ne sont pas touchées par cette maladie1-3, que ce soit pour des motifs chirurgicaux ou non. Les hospitalisations non chirurgicales, ou hospitalisations à caractère médical, sont parfois nécessaires pour la prise en charge des conséquences non articulaires de l'arthrite, des douleurs et des invalidités qu'elle cause ou des effets secondaires des médicaments administrés pour son traitement, comme les complications gastro-intestinales. En l'absence de données sur les établissements de soins de longue durée, qui accueillent souvent des patients en réadaptation après une intervention chirurgicale, cet aspect n'est pas abordé dans le présent chapitre. 

Interventions chirurgicales 

La chirurgie orthopédique est le type d'intervention chirurgicale le plus fréquent en cas d'arthrite. Elle constitue une option valable lorsque les tentatives de prise en charge non chirurgicale n'ont pas permis de prévenir les lésions articulaires ou les douleurs. Pratiquement toutes les interventions chirurgicales évoquées dans ce chapitre sont facultatives ou effectuées de manière non urgente. Le présent chapitre ne traite pas des interventions chirurgicales supplémentaires que doivent subir les sujets souffrant d'arthrite en raison d'autres états comorbides. 

Chirurgie orthopédique en rapport avec l'arthrite 

Les interventions chirurgicales à caractère orthopédique qui concernent les articulations vont de la fusion des articulations du poignet au remplacement total de l'articulation du genou. La liste des chirurgies orthopédiques en rapport avec l'arthrite (qui recense plus de 100 interventions différentes) a été scindée en trois groupes, en fonction de la fréquence des interventions : 

Remplacements articulaires - Primaires et révisions 

Le remplacement d'une articulation peut améliorer les capacités fonctionnelles des sujets souffrant d'arthrite avancée et atténuer leurs douleurs. Les articulations les plus souvent remplacées sont celles du genou et de la hanche, mais il arrive parfois que l'on remplace celles de l'épaule, du coude et des doigts. Cette catégorie englobe les révisions de remplacements articulaires antérieurs. 

Chirurgies du genou (à l'exclusion du remplacement du genou) 

Les chirurgies du genou englobent toutes les chirurgies orthopédiques en rapport avec l'arthrite qui concernent le genou et visent à atténuer les douleurs ou à rétablir les capacités fonctionnelles du sujet, à l'exclusion du remplacement du genou. La plupart des chirurgies du genou concernent les sujets atteints d'arthrite précoce ou victimes d'une blessure au genou et sont destinées à prévenir toute détérioration et éventuelle invalidité. Les chirurgies du genou sont effectuées dans des services de soins ambulatoires ou dans le cadre d'une hospitalisation. La vaste majorité des chirurgies ambulatoires sont des chirurgies arthroscopiques qui se font par voie intra-articulaire au moyen d'une caméra miniaturisée. Les chirurgies exigeant une hospitalisation, ou autres chirurgies du genou, nécessitent souvent une chirurgie ouverte. Même si de nombreuses chirurgies du genou peuvent se faire des deux manières évoquées ci-dessus, la chirurgie arthroscopique gagne la faveur des chirurgiens, car elle s'accompagne d'un moins grand nombre de complications, écourte le temps de réadaptation et peut être effectuée en ambulatoire. 

Autres chirurgies orthopédiques 

Il s'agit des chirurgies qui concernent la colonne vertébrale et d'autres parties du corps. La chirurgie vertébrale permet de traiter la dégénérescence de la colonne vertébrale causée par l'arthrite. Les autres chirurgies englobent toutes les autres chirurgies orthopédiques en rapport avec l'arthrite comme la fusion d'articulations instables (arthrodèse), la section d'une partie d'os pour modifier l'axe d'un membre (ostéotomie), l'arthroscopie diagnostique, la synovectomie et l'excision d'articulations autres que celle du genou. La plupart de ces interventions peuvent se faire par voie arthroscopique. 

Sources des données 

Les données présentées dans ce chapitre proviennent de l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS). Alors que des informations complètes sur les hospitalisations à caractère médical et les interventions chirurgicales chez les patients hospitalisés sont disponibles dans toutes les provinces depuis 1994, les données sur les interventions chirurgicales en ambulatoire n'ont pas toujours été disponibles à l'échelon national. Seules les données de certaines provinces ont donc pu être utilisées. L'équipe chargée du rapport du Registre canadien des remplacements articulaires à l'ICIS a analysé les données sur les remplacements de hanche et de genou. 

Arthrite et diagnostics apparentés 

Dans la plupart des provinces, jusqu'à 16 affections médicales par patient ont été consignées. Seules les hospitalisations ou interventions concernant les sujets porteurs d'au moins un diagnostic d'arthrite ou diagnostic apparenté ont été prises en compte dans ce chapitre. (Voir la liste du tableau 6A-1 de l'annexe méthodologique en fin de chapitre.) 

Chirurgies orthopédiques en rapport avec l'arthrite
ou une affection apparentée 

Seules les chirurgies orthopédiques en rapport avec l'arthrite ont été prises en compte dans ce chapitre (tableau 6A-2 de l'annexe méthodologique) et celles-ci ont été regroupées selon leur fréquence. 

Résultats 

Hospitalisations 

Parmi les 2,3 millions d'hospitalisations de personnes de 15 ans et plus recensées au Canada en 2000, 200 000 (9 %) étaient en rapport avec l'arthrite ou une affection apparentée. Sept pour cent des 1,5 million d'hospitalisations à caractère médical et 11 % des 800 000 hospitalisations pour chirurgie signalaient l'arthrite parmi les 16 diagnostics associés à l'hospitalisation. 

Entre 1994 et 2000, le taux d'hospitalisations pour des raisons médicales et chirurgicales en rapport ou non avec l'arthrite a diminué. Les hospitalisations n'ayant aucun rapport avec l'arthrite ont affiché une plus grande baisse que les hospitalisations en rapport avec l'arthrite (respectivement 20 % et 8 %) (figure 6-2). Cette tendance est vraisemblablement le résultat des changements apportés à la prestation des soins depuis dix ans4, marqués par le passage aux soins ambulatoires dans le but de réduire les coûts. Les améliorations apportées aux traitements pharmacologiques et chirurgicaux de l'arthrite peuvent aussi expliquer une partie de la diminution des hospitalisations pour la prise en charge des conséquences médicales de cette maladie. 

Le taux d'hospitalisations des sujets souffrant d'arthrite ou d'affections apparentées a augmenté avec l'âge, et a affiché une croissance beaucoup plus marquée dans le groupe le plus âgé au chapitre des hospitalisations médicales, par rapport aux hospitalisations chirurgicales (figure 6-3); ce taux a été légèrement plus élevé chez les femmes que chez les hommes. 


Figure 6-2 Taux d'hospitalisations, normalisé selon l'âge et le sexe, par diagnostic, Canada, 1994-2000

Figure 6-2 Taux d'hospitalisations, normalisé
selon l'âge et le sexe, par diagnostic, Canada, 1994-2000

Source : Institut canadien d'information sur la santé (ICIS)/Base de données sur la morbidité hospitalière (BDMH)


Figure 6-3 Taux d'hospitalisations en rapport avec l'arthrite pour 100 000, selon l'âge et le sexe, Canada, 2000


Figure 6-3 Taux d'hospitalisations en rapport avec
l'arthrite pour 100 000, selon l'âge et le sexe,
Canada, 2000

Source : Institut canadien d'information sur la santé (ICIS)/Base de données sur la morbidité hospitalière (BDMH)


Le taux d'hospitalisations à caractère médical parmi les personnes souffrant d'arthrite et d'affections apparentées variait sensiblement selon les provinces en 2000 (figure 6-4). C'est en Alberta que le taux était le plus élevé et en Colombie-Britannique qu'il était le plus faible. Même si le taux canadien d'hospitalisations médicales a diminué entre 1994 et 2000, les taux provinciaux ont augmenté au Nouveau-Brunswick, au Québec et en Saskatchewan, alors que les taux enregistrés dans les autres provinces sont restés stables, ou ont baissé. Les taux d'hospitalisations chirurgicales ont également varié selon les provinces, quoique les tendances diffèrent de celles relatives aux hospitalisations médicales. 


Figure 6-4 Taux d'hospitalisations médicales pour 100 000, normalisé selon l'âge et le sexe, des personnes souffrant d'une affection en rapport avec l'arthrite, par province, Canada, 1994-2000

Figure 6-4 Taux d'hospitalisations médicales
pour 100 000, normalisé selon l'âge et le sexe,
des personnes souffrant d'une affection en rapport avec
l'arthrite, par province, Canada, 1994-2000

Source : Institut canadien d'information sur la santé (ICIS)/Base de données sur la morbidité hospitalière (BDMH)


Chirurgies orthopédiques 

Depuis 1994, le taux de certaines chirurgies orthopédiques pour l'arthrite et les affections apparentées est resté sous la barre des 500 adultes pour 100 000 au Canada. La stabilité du taux de chirurgies orthopédiques par habitant pendant la période étudiée dissimule une augmentation de 13 % du nombre absolu de chirurgies pratiquées, augmentation qui concerne tout à la fois les chirurgies ambulatoires et les chirurgies nécessitant une hospitalisation (figure 6-5). 

Le nombre de remplacements de hanche et de genou nécessitant une hospitalisation a augmenté de façon marquée. Puisque cette augmentation a été partiellement compensée par une diminution du nombre de toutes les autres interventions nécessitant une hospitalisation, le nombre total de chirurgies chez des patients hospitalisés n'a augmentéque de 10 %. Le nombre de chirurgies chez des patients non hospitalisés a également augmenté d'un peu plus de 10 %, ce qui peut s'expliquer par l'augmentation du recours à l'arthroscopie, moins invasive, pour de nombreuses interventions, dont l'excision. Le recours à la chirurgie arthroscopique, le cas échéant, plutôt qu'à une chirurgie ouverte, réduit non seulement le temps de récupération, mais aussi les frais médicaux associés aux soins post-opératoires. 

En 2000, les interventions chirurgicales les plus fréquentes en rapport avec l'arthrite effectuées au Canada ont été les arthroscopies du genou, suivies des remplacements de genou et de hanche (figure 6-6). 


Figure 6-5 Nombre de chirurgies orthopédiques en rapport avec l'arthrite chez des patients hospitalisés et non hospitalisés pour l'arthrite, dans certaines provinces*, Canada, 1994-2000

Figure 6-5 Nombre de chirurgies orthopédiques en
rapport avec l'arthrite chez des patients hospitalisés
et non hospitalisés pour l'arthrite, dans certaines
provinces*, Canada, 1994-2000

N.-B., Ont. et c.-B. seulement
Source : Institut canadien d'information sur la santé (ICIS)/Base de données sur les congés des patients (BDCP)


Figure 6-6 Nombre de chirurgies orthopédiques en rapport avec l'arthrite dans certaines provinces*, Canada, 2000


Figure 6-6 Nombre de chirurgies orthopédiques en
rapport avec l'arthrite dans certaines provinces*, Canada,
2000

* Toutes les provinces sauf l'Aberta, le Manitoba et le Québec
Source : Institut canadien d'information sur la santé (ICIS)/Base de données sur les congés des patients (BDCP)


Remplacements de la hanche et du genou 

Depuis 1994, le nombre et le taux de remplacements de la hanche et du genou concernant des sujets souffrant d'arthrite et d'affections apparentées ont affiché une augmentation marquée. Le taux de remplacements du genou a progressé de 36 % (passant de 47 à 65 pour 100 000 habitants) et le taux de remplacements de la hanche a augmenté pour sa part de 10 % (passant de 43 à 47 pour 100 000 habitants) (figures 6-7 et 6-8). 


Figure 6-7 Nombre d'interventions pour le remplacement total de la hanche et du genou pour 100 000 habitants, Canada, 1994-2000

Figure 6-7 Nombre d'interventions pour le
remplacement total de la hanche et du genou pour 100 000 habitants,
Canada, 1994-2000

Source : Institut canadien d'information sur la santé (ICIS)/Registre canadien des remplacements articulaires (RCRA)


Figure 6-8 Remplacement total de la hanche ou du genou : taux normalisé selon l'âge pour 100 000 habitants, selon le sexe, Canada, 1994-2000

Figure 6-8 Remplacement total de la hanche ou du genou :
taux normalisé selon 
l'âge pour 100 000 habitants, selon le sexe, Canada,
1994-2000

Source : Institut canadien d'information sur la santé (ICIS)/Registre canadien des remplacements articulaires (RCRA)


En 2000, le taux de remplacements du genou et de la hanche en rapport avec l'arthrite a été plus élevé chez les femmes que chez les hommes, surtout pour les remplacements du genou. Depuis 1994, toutefois, le taux d'augmentation de ces interventions pour les deux sexes a été comparable. 

Le taux de remplacements de la hanche et du genou au Canada a augmenté avec l'âge en 2000, pour culminer dans le groupe d'âge 75-84 ans (figures 6-9 et 6-10). Du fait de la pyramide des âges dans la population canadienne, les adultes âgés de 65 à 74 ans sont ceux qui ont bénéficié du plus grand nombre de remplacements de hanche et de genou. 


Figure 6-9 Remplacement total du genou : nombre et taux brut pour 100 000 habitants, selon l'âge, Canada, 2000

Figure 6-9 Remplacement total du genou : nombre et taux
brut pour 100 000 
habitants, selon l'âge, Canada, 2000

Source : Institut canadien d'information sur la santé (ICIS)/Registre canadien des remplacements articulaires (RCRA)


Figure 6-10 Remplacement total de la hanche : nombre et taux brut pour 100 000 habitants, selon l'âge, Canada, 2000

Figure 6-10 Remplacement total de la hanche : nombre et
taux brut pour 100 000 habitants, selon l'âge, Canada,
2000

Source : Institut canadien d'information sur la santé (ICIS)/Registre canadien des remplacements articulaires (RCRA)


Les taux de remplacements de la hanche et du genou ont varié considérablement d'une province à l'autre en 1994 et 2000 (tableau 6-1). Les taux enregistrés en Alberta et en Saskatchewan sont systématiquement plus élevés qu'ailleurs au Canada, alors qu'au Québec et à Terre-Neuve, ils figurent parmi les plus faibles. Les taux enregistrés au Manitoba sont ceux qui ont affiché l'augmentation la plus remarquable entre les deux années.

Tableau 6-1    Remplacement total de la hanche et du genou : taux normalisés selon l'âge pour 100 000 habitants, par province, Canada, 1994
et 2000 

Province 

Remplacement de la hanche 

Remplacement du genou 

Hommes 

Femmes 

Hommes 

Femmes 

1994 

2000 

1994 

2000 

1994 

2000 

1994 

2000 

Terre-Neuve et Labrador 

28 

24 

37 

34 

30 

29 

36 

43 

Île-du-Prince-Édouard 

54 

58 

50 

50 

56 

63 

60 

60 

Nouvelle-Écosse 

49 

49 

59 

60 

61 

86 

68 

99 

Nouveau-Brunswick 

41 

37 

40 

48 

40 

69 

49 

76 

Québec 

26 

29 

25 

29 

21 

29 

32 

41 

Ontario 

45 

49 

50 

54 

53 

68 

61 

85 

Manitoba 

43 

54 

46 

53 

39 

77 

48 

94 

Saskatchewan 

51 

57 

56 

63 

55 

66 

73 

87 

Alberta 

56 

61 

68 

67 

56 

70 

74 

86 

Colombie-Britannique 

42 

47 

51 

51 

42 

56 

47 

65 

CANADA 

40 

45 

44 

48 

42 

58 

52 

71 

Source : Institut canadien d'information sur la santé (ICIS)/Registre canadien des remplacements articulaires (RCRA) 

La durée moyenne des hospitalisations pour les remplacements de la hanche a été légèrement plus longue que celle pour les remplacements du genou, ce qui témoigne vraisemblablement du caractère beaucoup plus « routinier » des remplacements du genou. La durée moyenne de l'hospitalisation a été plus longue chez les femmes que chez les hommes, pour les remplacements de la hanche et du genou (figure 6-11). Les résultats antérieurs avaient démontré que les femmes étaient plus handicapées au moment de l'intervention chirurgicale et avaient besoin de plus d'aide pour l'accomplissement des activités quotidiennes, essentiellement parce qu'elles étaient plus nombreuses à vivre seules. Ces résultats peuvent expliquer le fait que les hospitalisations chez les femmes sont plus longues que chez les hommes. 


Figure 6-11 Durée moyenne du séjour des patients souffrant d'arthrite ou d'une affection apparentée ayant subi un remplacement total de la hanche ou du genou, selon le sexe, Canada, 2000

Figure 6-11 Durée moyenne du séjour des patients souffrant d'arthrite ou d'une affection apparentée ayant subi un remplacement total de la hanche ou du genou, selon le sexe, Canada, 2000

Source : Institut canadien d'information sur la santé (ICIS)/Registre canadien des remplacements articulaires (RCRA)


La durée moyenne du séjour hospitalier pour un remplacement total de la hanche ou du genou a varié considérablement d'une province à l'autre en 2000 (figures 6-12 et 6-13). Les provinces dans lesquelles les taux de remplacements de la hanche et du genou par habitant étaient plus élevés enregistraient généralement des durées moyennes de séjour à l'hôpital moins longues. 


Figure 6-12 Durée moyenne du séjour des patients souffrant d'arthrite ou d'une affection apparentée ayant subi un remplacement total de la hanche, selon le sexe et la province, Canada, 2000

Figure 6-12 Durée moyenne du séjour des patients souffrant d'arthrite ou d'une affection apparentée ayant subi un remplacement total de la hanche, selon le sexe et la province, Canada, 2000

Source : Institut canadien d'information sur la santé (ICIS)/Registre canadien des remplacements articulaires (RCRA)


Figure 6-13 Durée moyenne du séjour des patients souffrant d'arthrite ou d'une affection apparentée ayant subi un remplacement total du genou, selon le sexe et la province, Canada, 2000


Figure 6-13 Durée moyenne du séjour des patients souffrant d'arthrite ou d'une affection apparentée ayant subi un remplacement total du genou, selon le sexe et la province, Canada, 2000

Source : Institut canadien d'information sur la santé (ICIS)/Registre canadien des remplacements articulaires (RCRA)


Autres chirurgies orthopédiques 

Le remplacement d'autres articulations est moins fréquent que celui de la hanche ou du genou, ce qui témoigne vraisemblablement de la plus forte prévalence de l'arthrite au niveau de ces articulations. Contrairement aux remplacements de la hanche et du genou, le taux de remplacement d'autres articulations est plus élevé chez les hommes que chez les femmes (figure 6-14). Le taux a progressé globalement de plus de 20 % au fil du temps. 

Le taux de remplacements d'articulations autres que la hanche ou le genou a augmenté avec l'âge pour culminer dans le groupe d'âge 55-64 ans. Le remplacement d'autres articulations est plus fréquent chez les hommes que chez les femmes de moins de 65 ans, mais plus courant chez les femmes passé 74 ans (figure 6-15). 


Figure 6-14 Taux normalisés selon l'âge des autres remplacements articulaires
pour 100 000 habitants, dans certaines provinces*, Canada,

Figure 6-14 Taux normalisés selon l'âge des autres remplacements articulaires

* C.-B., Ont. et N.-B. seulement
Source : Institut canadien d'information sur la santé (ICIS)/Base de données sur les congés des patients (BDCP)


Figure 6-15 Taux des autres remplacements articulaires pour 100 000 habitants, dans certaines provinces*, selon l'âge et le sexe, Canada, 1994-2000


Figure 6-15 Taux des autres remplacements articulaires pour 100 000 habitants, dans certaines provinces*, selon l'âge et le sexe, Canada, 1994-2000

* C.-B., Ont. et N.-B. seulement
Source : Institut canadien d'information sur la santé (ICIS)/Base de données sur les congés des patients (BDCP)


Entre 1994 et 2000, la vaste majorité des chirurgies du genou, à l'exclusion des remplacements du genou, ont été effectuées par voie arthroscopique (figure 6-16). Le taux de chirurgies arthroscopiques est resté relativement stable et le taux d'autres chirurgies du genou (nécessitant une hospitalisation) a diminué de moitié. 

En 2000, le taux de chirurgies arthroscopiques du genou a varié selon l'âge, pour culminer dans le groupe d'âge 55-64 ans chez les femmes et dans le groupe d'âge 45-54 ans chez les hommes (figure 6-17). Ces interventions sont souvent choisies pour la prise en charge chirurgicale de l'arthrite précoce5, ce qui explique les chiffres élevés enregistrés dans les groupes d'âge plus jeunes, par rapport aux autres interventions chirurgicales prises en considération. Contrairement aux remplacements articulaires, les taux de chirurgies arthroscopiques du genou ont été plus élevés chez les hommes souffrant d'arthrite et d'affections apparentées que chez les femmes, surtout dans les groupes d'âge plus jeunes. La différence entre les sexes dans le recours à ce type d'interventions est peut-être le résultat d'une plus grande exposition des hommes aux blessures dans le cadre de l'exercice de professions ou de disciplines sportives plus exigeantes physiquement, lesquelles constituent un facteur de risque d'arthrose. 


Figure 6-16 Taux normalisés selon l'âge et le sexe de chirurgies du genou (à l'exclusion du remplacement total du genou) dans certaines provinces*, pour 100 000 habitants, Canada, 1994-2000

Figure 6-16 Taux normalisés selon l'âge et le sexe de chirurgies du genou (à l'exclusion du remplacement total du genou) dans certaines provinces*, pour 100 000 habitants, Canada, 1994-2000

* C.-B., Ont. et N.-B. seulement
Source : Institut canadien d'information sur la santé (ICIS)/Base de données sur les congés des patients (BDCP)


Figure 6-17 Taux d'arthroscopies du genou pour 100 000 habitants, dans certaines provinces*, selon l'âge et le sexe, Canada, 2000


Figure 6-17 Taux d'arthroscopies du genou pour 100 000 habitants, dans certaines provinces*, selon l'âge et le sexe, Canada, 2000

* C.-B., Ont. et N.-B. seulement
Source : Institut canadien d'information sur la santé (ICIS)/Base de données sur les congés des patients (BDCP)


Les taux de chirurgies vertébrales et d'autres interventions ne concernant pas le genou, pour cause d'arthrite, ont été moins élevés que les taux de chirurgies arthroscopiques et les remplacements articulaires (figure 6-18). Les taux de chirurgies vertébrales et d'autres interventions ne concernant pas le genou ont varié selon l'âge, avec un recul général dans les groupes plus âgés (figure 6-19). Dans la plupart des groupes d'âge, les chirurgies vertébrales et les interventions concernant d'autres articulations que le genou ont été plus nombreuses chez les femmes que chez les hommes. 


Figure 6-18 Taux de chirurgies vertébrales et d'autres interventions ne concernant pas le genou, normalisés selon l'âge et le sexe, pour 100 000 habitants, dans certaines provinces*, Canada, 1994-2000

Figure 6-18 Taux de chirurgies vertébrales et d'autres interventions ne concernant pas le genou, normalisés selon l'âge et le sexe, pour 100 000 habitants, dans certaines provinces*, Canada, 1994-2000

* C.-B., Ont. et N.-B. seulement
Source : Institut canadien d'information sur la santé (ICIS)/Base de données sur les congés des patients (BDCP)


Figure 6-19 Taux de chirurgies vertébrales et d'autres interventions ne concernant pas le genou pour 100 000 habitants, dans certaines provinces*, selon l'âge et le sexe, Canada, 2000


Figure 6-19 Taux de chirurgies vertébrales et d'autres interventions ne concernant pas le genou pour 100 000 habitants, dans certaines provinces*, selon l'âge et le sexe, Canada, 2000

* C.-B., Ont. et N.-B. seulement
Source : Institut canadien d'information sur la santé (ICIS)/Base de données sur les congés des patients (BDCP)


Les taux de toutes les interventions chirurgicales ont varié d'une manière spectaculaire d'une province à l'autre. C'est dans l'Île-du-Prince-Édouard, au Nouveau-Brunswick et en Saskatchewan que l'on a enregistré les taux les plus élevés d'arthroscopies du genou; la Saskatchewan affiche pour sa part les taux les plus élevés d'autres chirurgies du genou. On a enregistré le plus d'interventions chirurgicales concernant d'autres articulations que le genou au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse; viennent ensuite la Saskatchewan et l'Ontario (tableau 6-2). 

Tableau 6-2    Variation dans le taux normalisé selon l'âge et le sexe de certaines interventions chirurgicales en rapport avec l'arthrite, par province, Canada, 2000 

Province 

Autre remplace-
ment (pour 100 000) 

Genou : arthroscopie (pour 100 000) 

Genou : autre (pour 100 000) 

Colonne vertébrale (pour 1 million) 

Autre que le genou : autre (pour 30 000) 

C.-B. 

33 

255 

17 

0,76 

54 

Sask. 

66 

339 

49 

0,00 

68 

Ont. 

37 

231 

21 

1,99 

70 

N.-B. 

55 

377 

16 

0,81 

93 

N.-É. 

53 

248 

 9 

0,00 

89 

T.-N. 

12 

122 

 2 

0,00 

57 

Î.-P.-É. 

 0 

424 

 0 

0,00 

46 

Canada* 

37 

244 

20 

1,88 

67 

Coefficient de variation** 

0,6 

0,4 

0,8 

0,4 

0,3 

*    À l'exclusion de l'Alberta, du Manitoba et du Québec 

**    Un coefficient plus élevé de variation correspond à une variation plus grande par rapport à la moyenne 

Source: Institut canadien d'information sur la santé (ICIS)/Base de données sur les congés des patients (BDCP) 

Ce sont les autres chirurgies du genou qui ont le plus varié d'une province à l'autre (coefficient de variation = 0,8), et les chirurgies concernant d'autres articulations que le genou qui ont le moins varié (coefficient de variation = 0,3). 

Les données concernant l'ensemble des chirurgies orthopédiques exposées dans ce chapitre témoignent des écarts spectaculaires entre les provinces enregistrés en 2000. Aucune province n'a enregistré de manière systématique des taux faibles ou élevés pour l'ensemble des interventions chirurgicales envisagées. Les plus petites provinces sont celles qui affichent les écarts les plus importants par rapport aux taux nationaux, du fait du plus petit nombre d'interventions chirurgicales effectuées. 

Discussion 

Entre 1994 et 2000, le taux d'hospitalisations à caractère médical par habitant en rapport avec l'arthrite a affiché un recul général, même si comparativement ce recul a été inférieur à celui de toutes les autres hospitalisations. Sans doute est-il le résultat des changements apportés à la prestation des soins au cours des dix dernières années4, qui, pour des raisons d'économie, se sont caractérisés par la multiplication des soins ambulatoires. De plus, les améliorations apportées aux traitements pharmacologiques et chirurgicaux de l'arthrite peuvent expliquer une partie du recul observé dans les hospitalisations pour raisons médicales. 

Le nombre de chirurgies orthopédiques en rapport avec l'arthrite, par habitant, est resté remarquablement constant depuis 1994, malgré les augmentations des taux de prévalence nationaux de l'arthrite (voir chapitre 2), qui reste la principale indication de ce type d'intervention6. Quoi qu'il en soit, le nombre total de chirurgies pratiquées chez des patients non hospitalisés et dans le cadre d'une hospitalisation a augmenté depuis 1994. Le nombre d'interventions nécessitant une hospitalisation a progressé modestement (d'environ 10 %) par suite de l'augmentation spectaculaire du nombre de remplacements de la hanche et du genou. Le nombre d'interventions chez des patients non hospitalisés n'a pour sa part progressé que d'un peu plus de 10 %, vraisemblablement en raison du recours de plus en plus généralisé aux techniques arthroscopiques, moins invasives. 

Plusieurs nouvelles technologies font leur apparition dans le domaine du traitement chirurgical de l'arthrite et des affections apparentées. Il s'agit de nouveaux matériaux pour les surfaces d'appui dans les remplacements de la hanche et du genou (polyéthylène réticulé, céramique et métal). Ces nouvelles surfaces devraient allonger la durée de vie des prothèses (lesquelles dépasseront 15 ans). Les techniques de moins en moins invasives pour la chirurgie de remplacement de la hanche et du genou sont également à l'ordre du jour. Dans un avenir rapproché, la chirurgie de remplacement articulaire assistée par ordinateur devrait permettre aux chirurgiens d'implanter les articulations artificielles avec plus de précision et d'exactitude. L'émergence de ces instruments chirurgicaux pour le traitement de l'arthrite devrait vraisemblablement augmenter la demande. 

À l'avenir, l'accès aux interventions chirurgicales pourra être limité par la disponibilité des ressources (chirurgiens, anesthésistes, infirmières et blocs opératoires) ainsi que par une diffusion restreinte des techniques et des restrictions sur le volume des interventions chirurgicales imposées par les administrations hospitalières. Diverses initiatives destinées à élargir le recours aux remplacements de la hanche et du genou dans différentes provinces n'ont réussi que partiellement à accroître la disponibilité. Néanmoins, les longs délais d'attente7 et les besoins non satisfaits8 témoignent de l'insuffisance de l'accès actuel par rapport à la demande. 

À l'exception du remplacement de la hanche et du genou, les critères cliniques des interventions chirurgicales évoquées dans ce chapitre ne font guère l'unanimité9-11. Il est par conséquent difficile d'évaluer l'adéquation des taux ou changements actuels au fil du temps. Cela est particulièrement vrai pour l'arthroscopie du genou, compte tenu des taux particulièrement élevés enregistrés au Canada.

La durée des délais d'attente pour une intervention chirurgicale peut fournir une indication de l'importance de la demande. Plusieurs collaborations provinciales et régionales développent des méthodes destinées à faciliter la gestion des listes d'attente pour différents types de chirurgie, encore que, pour l'heure, les délais d'attente applicables aux chirurgies orthopédiques ne fassent pas l'objet d'un suivi national. Le Registre canadien des remplacements articulaires de l'ICIS est sur le point de lancer une étude pilote pour la collecte de données sur les délais d'attente pour les chirurgies de remplacement de la hanche et du genou à l'échelle nationale. 

Bien que les chirurgies de remplacement de la hanche et du genou concernent plus fréquemment les femmes que les hommes, cela ne reflète pas entièrement les plus grands besoins chez les femmes.8 La prévalence plus élevée chez les femmes n'est que partiellement reflétée par les taux de chirurgies orthopédiques.. S'il est vrai que les taux plus élevés de lésions articulaires nécessitant une chirurgie chez les hommes plus jeunes peuvent partiellement expliquer cette différence (notamment pour l'arthroscopie du genou), ces chiffres n'en soulèvent pas moins la question de l'égalité des sexes dans l'accès à ces services. Le taux supérieur d'hospitalisations à caractère médical en rapport avec l'arthrite enregistré chez les femmes reflète le taux plus élevé de cas d'arthrite chez ces dernières. 

L'utilisation de tous les soins en rapport avec l'arthrite et les affections apparentées a augmenté de façon marquée avec l'âge, ce qui concorde avec l'augmentation de la prévalence de l'arthrite avec l'âge. Bien que le taux des hospitalisations pour raisons médicales ait continué de grimper, le taux des chirurgies orthopédiques a atteint un plateau dans les groupes plus âgés. 

Les variations entre les provinces en ce qui concerne à la fois les chirurgies orthopédiques et les hospitalisations pour raisons médicales ont été considérables, même après ajustement pour tenir compte des différentes pyramides des âges et des sexes. Il est peu probable que les variations dans le besoin en matière de chirurgie expliquent la grande disparité entre les taux. De nombreux facteurs, comme le financement et la prestation des services de santé propres à chaque province, les taux de main-d'oeuvre12, les méthodes de remboursement des médecins13, les attitudes des médecins14 et les spécialisations, ainsi que l'absence de lignes directrices sur le recours aux interventions chirurgicales, jouent un rôle dans la grande disparité observée entre les taux. 

Implications 

Malgré l'augmentation de la prévalence de l'arthrite au Canada, les taux généraux de chirurgies orthopédiques sont restés stables. Cela donne à penser que le système fonctionne peut-être à pleine capacité et qu'il n'est peut-être pas en mesure de faire face à l'augmentation du nombre de personnes souffrant d'arthrite. 

Même si le taux de remplacements de la hanche et du genou augmente, les longs délais d'attente pour ces interventions indiquent une capacité insuffisante à satisfaire aux besoins actuels ou futurs. 

La poursuite de la mise en place de registres nationaux et provinciaux concernant les remplacements de la hanche et du genou permettrait d'assurer une couverture plus complète. Si leur ampleur est adéquate, ces registres pourraient permettre de suivre les délais d'attente, les indicateurs des besoins des patients, les complications après chirurgie et les taux d'échec associés aux prothèses. 

Les importants écarts provinciaux dans les taux de chirurgies pour l'arthrite et les affections apparentées, que l'on ne peut vraisemblablement pas expliquer par les différences dans certains facteurs comme la prévalence, donnent à penser que tous n'ont pas également accès à la chirurgie orthopédique au Canada. Il faut déterminer les causes des écarts provinciaux et leurs conséquences à l'échelle de l'individu et de la population. 

Actuellement, les données publiées sur la chirurgie arthroscopique du genou en cas d'arthrose n'ont pas donné la preuve de l'efficacité de cette intervention. Davantage de recherches sont nécessaires dans ce domaine pour bien définir les indications exactes de cette intervention. 

La diminution des taux de chirurgie avec l'âge et les différences entre les sexes dans les taux de chirurgie soulève des questions concernant l'égalité d'accès aux soins qu'il importe d'étudier de manière plus approfondie. 

L'établissement de liens entre les données d'hospitalisation et les données de facturation des médecins à l'échelle provinciale pourrait permettre de mieux comprendre le déroulement des soins prodigués aux arthritiques et les résultats des interventions chirurgicales. 

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