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MPOC

Introduction

La maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC) est une affection chronique caractérisée par l’essoufflement, la toux et la production de mucus1. En règle générale, ses symptômes ne se manifestent pas chez les personnes de moins de 55 ans. Les changements au niveau du poumon débutent cependant plusieurs années auparavant. La bronchite chronique et l’emphysème sont les deux processus pathologiques sous-jacents les plus courants qui contribuent à la MPOC.

La MPOC progresse lentement sur un certain nombre d’années. La gravité accrue de la maladie est associée à de fréquentes exacerbations, à une diminution supplémentaire de la circulation de l’air et au décès prématuré. Alors que la maladie s’aggrave, l’essoufflement plus marqué restreint le niveau d’activité des personnes atteintes et diminue leur qualité de vie. Lorsque la maladie atteint un stade plus sévère, les effets sont ressentis plus fréquemment, entraînant souvent une diminution supplémentaire de la circulation de l’air et un décès prématuré. Les familles affrontent également deux défis : d’abord, ils doivent fournir des soins de plus en plus complexes et, deuxièmement, ils assistent à la progression de la maladie chez l’être cher. Les coûts liés à la MPOC – perte de productivité et besoin de services additionnels – constituent un fardeau pour la famille, le système de santé et la collectivité dans son ensemble.

Facteurs de risque

Plusieurs facteurs de risque modifiables contribuent à la MPOC2. Dans 80 à 90 % des cas, la consommation de cigarettes constitue la principale cause sous-jacente. La contribution du tabagisme primaire est irréfutable, et il est très probable que l’exposition à la fumée secondaire de tabac joue un rôle important, bien qu’il soit moins défini. L’exposition à des poussières en milieu de travail (p. ex. de cadmium, d’or, de charbon ou de céréales) et à certaines vapeurs constitue un autre facteur de risque important. L’exposition à des poussières non spécifiques risque d’aggraver l’effet du tabagisme. La pollution atmosphérique extérieure est liée à l’augmentation des symptômes chez les personnes souffrant d’une MPOC, y compris l’essoufflement. Des infections respiratoires répétées et l’exposition à la fumée secondaire de tabac pendant l’enfance entraînent une diminution de la fonction respiratoire, ce qui peut donner lieu à une prédisposition à la MPOC. Une déficience génétique en antitrypsine alpha – 1, une antiprotéase qui protège les tissus pulmonaires, est aussi associée au risque accru de MPOC.

Prévalence

Parmi les adultes de plus de 34 ans ayant participé l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) de 2005, 4,4 % (3,9 % des hommes [329 500] et 4,8 % des femmes [425 300]) ont déclaré souffrir d’une MPOC qui avait été diagnostiquée par un professionnel de la santé (cela comprend l’autodéclaration de la MPOC, de la bronchite chronique ou de l’emphysème). Selon les résultats de la même enquête, 7,9 % des Autochtones hors réserve souffrent de MPOC (Tableau 6-1). Malheureusement, comme les premiers symptômes de la maladie ne sont souvent pas reconnus, bon nombre de personnes ne se font pas traiter. Les résultats d’une étude récente sur le fardeau de la maladie pulmonaire obstructive en Autriche révèlent que la MPOC signalée par le client et diagnostiquée par un médecin sous-estime probablement la prévalence d’au moins 50 % chez les personnes de 40 ans et plus3. Par conséquent, ces chiffres peuvent sous-estimer la prévalence réelle de la MPOC dans la population. De plus, en raison des difficultés à distinguer l’asthme de la MPOC chez les fumeurs plus âgés au moment de porter un diagnostic, il peut arriver qu’un cas soit mal classé. Par conséquent, les données s’appliquant aux groupes plus âgés doivent être interprétées avec prudence.

La proportion des cas de MPOC diagnostiqués augmente avec l’âge. En 2005, la MPOC a été diagnostiquée chez une plus forte proportion de femmes que d’hommes de moins de 75 ans; la tendance est inversée par contre dans le groupe des 75 ans et plus (Tableau 6-1). La différence entre les hommes et les femmes du groupe plus âgé s’explique par la plus forte prévalence du tabagisme chez les hommes et les femmes il y a 50 ans. La plus forte prévalence de MPOC chez les femmes plus jeunes peut refléter la plus grande sensibilité des femmes aux constituants nocifs de la fumée de tabac4. Elle reflète peut-être aussi les différences dans les habitudes d’utilisation des services de santé des hommes et des femmes. Comme les femmes ont tendance à consulter leur médecin plus souvent que les hommes, leur MPOC peut être diagnostiquée plus tôt.

De 2001 à 2005, la prévalence annuelle de la MPOC autodéclarée varie un peu chez les femmes et les hommes, mais d’autres années de données seront nécessaires avant de déterminer une tendance spécifique (Figures 6-1 et 6-2).

Près de 84 % des Canadiennes et des Canadiens de plus de 35 ans ayant signalé une MPOC étaient ou avaient été des fumeurs (91 % des hommes et 77 % des femmes) et près de 40 % de ces derniers fumaient encore (Tableau 6-2).

Hospitalisation

Le traitement de la MPOC peut nécessiter une hospitalisation, particulièrement si les symptômes s’aggravent en raison d’une infection. En 2004-2005, la durée moyenne de séjour à l’hôpital chez des personnes de 55 ans et plus atteintes d’une MPOC était de 9,6 jours.

En 2004–2005, les taux d’hospitalisation liés à la MPOC augmentaient de façon constante par âge chez les hommes ainsi que les femmes, après 55 ans. Les taux étaient plus élevés chez les hommes que chez les femmes, particulièrement chez les personnes âgées. Cette observation concorde avec les taux plus élevés de tabagisme chez les hommes il y a 40 à 50 ans (Figure 6-3). Bien que les taux d’hospitalisation pour la MPOC aient diminué chez les hommes (voir la Figure 6-4), les chiffres augmentent puisque le nombre d’hommes plus âgés augmente.

Les taux d’hospitalisation pour chacun des groupes d’âge chez les hommes ont connu un léger déclin pendant les années 1980 et 1990, sauf chez les hommes de 80 ans et plus (Figure 6-4). Le virage en faveur des services de santé dans la collectivité peut avoir contribué à cette tendance.

À l’inverse, entre 1989 et 2004-2005, les taux d’hospitalisation liée à la MPOC ont augmenté pour tous les groupes d’âge chez les femmes de plus de 60 ans. Cette observation peut refléter l’augmentation du tabagisme chez les femmes par le passé, ce qui contribue à la MPOC aujourd’hui (Figure 6-5). Dans les années 1990, non seulement y a-t-il eu une augmentation du taux d’hospitalisation, mais aussi du nombre de femmes hospitalisées en raison d’une MPOC, et l’on s’attend à ce que cette tendance se poursuive (Figure 6-6). Au fil du temps, l’augmentation du nombre de femmes plus âgées dans la population contribue à cette tendance.

Les hommes de 55 ans et plus sont plus susceptibles d’être hospitalisés pour une MPOC que les femmes du même âge, et les hommes se présentent plus fréquemment à l’hôpital, que ce soit une réadmission ou un transfert d’établissement (Figure 6-7).

Les infections virales respiratoires, surtout les rhinovirus, sont la principale cause d’exacerbation de la MPOC, les infections des voies respiratoires supérieures étant liées à plus de 50 % des exacerbations de la MPOC.5, 6 La MPOC est le principal facteur de risque d’admission et de décès dus à la grippe. Selon l’information sur les certificats de décès, la MPOC a été établie comme la cause sous-jacente du décès dans seulement 15 % des cas attribuables à la grippe7. Toutefois, les dossiers d’hospitalisation révèlent que la MPOC a été diagnostiquée comme facteur de comorbidité dans plus de 50 % des décès dus à la grippe8. Selon la gravité des souches qui circulent, la MPOC peut être en cause dans plus de 50 % des admissions à l’hôpital en raison de la grippe chez les aînés9.

En Ontario, les consultations en salle d’urgence attribuables à la MPOC chez les personnes de plus de 50 ans atteignent un point culminant au milieu de l’hiver et concordent aux consultations en salle d’urgence pour des infections des voies respiratoires chez les personnes de plus de 50 ans (Figure 6-8).

Soins à domicile

La MPOC est une maladie chronique qui entraîne une détérioration progressive de la capacité fonctionnelle. Les services de soins à domicile peuvent améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de MPOC en rendant l’hospitalisation moins nécessaire. Selon l’ESCC de 2005, 16,8 % des personnes atteintes d’une MPOC avaient bénéficié de soins à domicile dans les 12 mois précédents. Le taux d’utilisation le plus élevé s’observait chez les personnes de plus de 75 ans (36,7 %).

Limitation d’activité

La qualité de vie se détériore progressivement chez les personnes atteintes de MPOC. Selon l’ESCC de 2005, 45,0 % des personnes ayant autodéclaré une MPOC disaient être limitées dans leurs activités à la maison, au travail ou dans d’autres sphères, et un autre 24,6 % affirmaient avoir été limitées à l’occasion. Ces données ont d’importantes implications pour les programmes de réadaptation.

Mortalité

En 2004, au Canada, la MPOC était à l’origine de 5 152 décès chez les hommes et de 4 455 décès chez les femmes – soit 4 % de tous les décès. Le taux réel de mortalité peut être plus élevé puisque deux phénomènes découlant de la MPOC, notamment la pneumonie et l’insuffisance cardiaque congestive, peuvent être inscrits comme cause de décès de personnes atteintes de MPOC. Les causes sous-jacentes du décès ou les comorbidités ne font pas partie des statistiques de mortalité déclarées ici.

En 2004, les taux de mortalité dus à la MPOC ont monté en flèche chez les plus de 70 ans, et les taux étaient plus élevés chez les hommes que chez les femmes après cet âge (Figure 6-9). Cette différence reflète le taux plus élevé du tabagisme chez les hommes il y a 50 ans.

Les taux de mortalité due à la MPOC chez les femmes de plus de 75 ans ont progressé de 1987 à 1998, particulièrement chez les plus de 80 ans, mais se sont stabilisés de 1998 à 2004 (Figure 6-10 et 6-11). Le taux de mortalité accru conjugué à l’augmentation des femmes plus âgées dans la population a entraîné une hausse marquée du taux de mortalité attribuable à la MPOC chez les femmes de 1980 à 2004 (Figure 6-12) Si les tendances actuelles se maintiennent, davantage de femmes que d’hommes mourront de MPOC, à compter de 2008. Chez les hommes de tout âge, les taux ont diminué légèrement pendant cette période de temps, le déclin le plus marqué étant chez les hommes de plus de 80 ans (Figure 6-10 et 6-11).

Analyse et répercussions

La MPOC demeure un problème de santé répandu et important parmi les Canadiens adultes, et le nombre de personnes atteintes d’une MPOC est susceptible d’augmenter alors que la population vieillit. Devant ce défi, il faudra que les gouvernements, les fournisseurs de soins, les organismes bénévoles, les groupes de défense des patients et les organismes communautaires coordonnent et consolident leurs efforts.

Bien que par le passé la MPOC ait été beaucoup plus courante chez les hommes que chez les femmes de tout âge, sa prévalence est maintenant plus élevée chez les femmes que chez les hommes dans la population de moins de 74 ans. Cette tendance se maintiendra, et entraînera d’importantes répercussions pour les familles et le système de santé. Vu la forte proportion de femmes plus âgées qui vivent seules, le besoin d’offrir des soins à domicile, des logements supervisés et d’autres services communautaires sera plus grand.

La prise en charge de la MPOC comprend le diagnostic précoce et le traitement de symptômes comme la difficulté respiratoire et la toux. Elle exige également des efforts visant à ralentir la progression de la maladie et à optimiser la capacité fonctionnelle10. Les possibilités de réaliser des gains importants pour prévenir la MPOC reposent sur les initiatives de prévention et d’abandon du tabac (voir aussi le chapitre 2). L’abandon du tabac peut contribuer grandement à ralentir la maladie. La participation de la personne atteinte et de sa famille est essentielle à l’amélioration des résultats pour la santé. Les programmes et services tels que les soins à domicile, l’oxygénothérapie à domicile, les logements supervisés et la réadaptation pulmonaire, offerts dans un contexte communautaire auxiliaire, peuvent répondre aux besoins des personnes atteintes d’une MPOC et de leurs familles. L’amélioration de la qualité de l’air extérieur et intérieur éliminerait plusieurs facteurs qui aggravent les symptômes de MPOC (voir le chapitre 3).

Vu l’augmentation du nombre de personnes atteintes d’une MPOC, il faudra étendre les services existants de soins primaires, de soins d’urgence, d’hospitalisation, de soins spécialisés, de réadaptation pulmonaire, de soins à domicile et d’oxygénothérapie à domicile. Le plus grand défi consistera à offrir le niveau optimal de services de réadaptation dans la collectivité. Actuellement, ces services sont surtout fournis à l’hôpital. À l’avenir, la prestation de ces services nécessitera une augmentation du financement et la réorganisation des méthodes de prestation, des lieux où ils sont offerts et des fournisseurs de soins.

Pour surveiller plus efficacement la MPOC dans la population, il faudra disposer d’un système de surveillance plus intégré. Bien que les données tirées de l’ESCC présentent une idée du nombre de cas diagnostiqués de MPOC, elles ne tiennent pas compte des personnes qui ignorent leur état. Une enquête populationnelle, qui comprendrait une évaluation de la fonction pulmonaire au moyen de la spirométrie — comme l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé prévue par Statistique Canada en 2008 — brosserait un tableau plus complet de la prévalence de la MPOC dans la population. De plus, des données sur l’utilisation des services de santé autres que les services hospitaliers, tels que les soins à domicile, l’oxygénothérapie et la réadaptation pulmonaire, fourniraient davantage de données permettant de déterminer s’il faut offrir des programmes et services nouveaux ou améliorés. Enfin, des enquêtes populationnelles visant à évaluer l’incidence de la maladie et la qualité de vie des personnes atteintes de MPOC ajouteraient une autre dimension aux données sur les résultats sur la santé.


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1 Ferguson GT, Cherniak RM. Management of chronic obstructive pulmonary disease. N Engl J Med 1993; 328(14):1017-22.

2 Silverman EK, Speizer FE. Risk factors for the development of chronic obstructive pulmonary disease medical clinics of North America 1996;80:3:501-22.

3 Schirnhofer L, Lamprecht B, Vollmer WM, Allison MJ, Studnicka M, Jensen RL, Buist AS. COPD prevalence in Salzburg, Austria: results from the Burden of Obstructive Lung Disease (BOLD) Study. Chest. 2007 janvier; 131(1): 29-36

4 Chen Y, Horne SL, Dosman JA. Increased susceptibility to lung dysfunction in female smokers. Am Rev Respir Dis 1991;143:1224-30.

5 Wedzicha JA. Role of Viruses in Exacerbations of Chronic Obstructive Pulmonary Disease. Proc Am Thorac Soc. 2004; 1(2):115-120.

6 Mallia P, Contoli M, Caramori G, Pandit A, Johnston S, Papi A. Exacerbations of asthma and chronic obstructive pulmonary disease (COPD): focus on virus induced exacerbations. Curr Pharm Des. 2007; 13(1):73-97.

7 Schanzer DL, Tam TWS, Langley JM, Winchester BT. Influenza-Attributable Deaths: Canada 1990-1999. Epidemiol Infect. 2007;(Sous presse)

8 Schanzer DL, Langley JM, Tam TWS. Co-morbidities associated with influenza-attributed hospital admissions and deaths, 1994-2000, Canada. Présentation donnée lors de la Options for the Control of Influenza VI conference, du 17 au 23 juin 2007, à Toronto.

9 Ibid

10 Petty TL, éd. Strategies in preserving lung health and preventing COPD and associated diseases: the National Lung Health Education Program (NLHELP). Chest 1998 Suppl; 113:2:136S-152S.