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Les disparités en santé renvoient aux écarts sur le plan de l'état de santé entre des groupes démographiques définis par des caractéristiques spécifiques. Elles résultent principalement d'inégalités au chapitre de la répartition des déterminants sous-jacents de la santé. Au Canada, le statut socioéconomique (SSE), l'identité autochtone, le sexe et l'emplacement géographique sont les facteurs les plus importants associés aux disparités en santé. Ces facteurs sont interdépendants.
Les hommes qui font partie du quintile de revenu le plus bas vivent en moyenne cinq ans de moins que les hommes qui font partie du quintile le plus élevé; chez les femmes, cet écart est de deux ans.
Les Canadiens qui font partie du quintile le plus bas en ce qui a trait au SSE sont cinq fois plus susceptibles de qualifier leur état de santé de passable ou de mauvais que les gens qui font partie du quintile supérieur.
Les habitudes de vie personnelles, comme le tabagisme, l'alimentation et l'activité physique, varient selon le niveau de scolarité et le revenu.
Au Canada, la population masculine globale vit sept ans de plus que les hommes autochtones; chez les femmes, cet écart est de cinq ans.
À revenu égal, les Autochtones sont deux fois plus susceptibles que les non-Autochtones de dire que leur état de santé est passable ou mauvais.
Les blessures, y compris les suicides, constituent le principal facteur d'années potentielles de vie perdues chez les Autochtones qui vivent dans une réserve; le taux de ce groupe et quatre fois plus élevé que celui de l'ensemble du Canada.
Les femmes vivent six ans de plus que les hommes, mais elles sont plus susceptibles d'être limitées à long terme dans leurs activités et de souffrir d'affections chroniques.
Les gens qui vivent dans une collectivité nordique éloignée du Canada ont l'espérance de vie sans incapacité (EVSI) et l'espérance de vie les moins élevées au pays. Les taux de tabagisme, d'obésité et de consommation abusive d'alcool y sont supérieurs aux moyennes canadiennes.
Certaines caractéristiques des communautés, comme la gouvernance et la continuité culturelle, sont associées aux disparités en santé. Par exemple, le taux de suicide dans les collectivités autochtones est inférieur dans les collectivités qui ont pris des mesures concrètes pour préserver et renforcer leur propre culture. La répartition, l'accessibilité et la qualité des services de santé sont également associées aux disparités en santé. Le financement des services de santé assurés au Canada vise à garantir à certains groupes, notamment ceux dont le SSE est peu élevé, l'accès aux services afin de réduire les disparités en santé; toutefois, on n'a pas encore entièrement atteint cet objectif dans toutes les régions du pays.
Les disparités touchent tous les Canadiens
Les conséquences des disparités en santé sont plus marquées dans la tranche de 20 % de la population qui affiche le SSE le moins élevé et pour les Autochtones. Cependant, ces disparités touchent tout le monde, et non pas seulement les populations les plus défavorisées. À tous les niveaux de l'échelle du SSE, les facteurs et conditions de risque, l'état de santé, l'incidence de la maladie et la mortalité diffèrent pour un vaste éventail de troubles physiques et mentaux. De plus, les disparités sur le plan de la santé affectent l'état de santé général des collectivités.
Le statut socioéconomique est fonction du revenu, de l'emploi et de la scolarité. Le manque de ressources financières ne constitue pas la seule cause d'un mauvais état de santé. Toutefois, pour certaines personnes qui vivent dans la pauvreté, ce facteur peut expliquer à lui seul ce résultat. Dans d'autres cas, un SSE peu élevé est souvent associé à une faible estime de soi, à l'absence d'habiletés fondamentales essentielles pour faire des choix sains, à un environnement physique malsain, etc. Les personnes qui ne sont pas en bonne santé peuvent être prisonnières d'un cercle vicieux où la maladie, la pauvreté, la marginalisation et l'isolement peuvent s'étendre sur plusieurs générations.
Les disparités entraînent des coûts pour le système de santé
Comme elles sont plus souvent et plus gravement malades ou blessées que les autres, les personnes qui font partie du quintile de revenu le plus bas recourent à environ deux fois plus de services de santé que celles du quintile supérieur. Selon une estimation des ressources de soins de santé utilisées par les ménages canadiens, environ 20 % des dépenses totales en soins de santé peuvent être attribuables aux disparités sur le plan du revenu. Même si les groupes les moins choyés au chapitre du SSE utilisent dans l'ensemble plus de services de santé que les autres, ils présentent toujours des disparités sur le plan de la santé.
Résumé
Les disparités sur le plan de la santé se font sentir - directement et indirectement - dans toute la société. Elles ne sont pas compatibles avec les valeurs canadiennes. En plus d'imposer le fardeau de la maladie aux personnes qui sont déjà défavorisées, les disparités en santé menacent la cohésion des communautés et de la société, ébranlent la viabilité du système de santé et ont un impact sur l'économie. Mais on peut éviter ces conséquences.
Des pays comme la Suède et le Royaume-Uni ont élaboré des stratégies globales intégrées de réduction des disparités en santé et formulent des objectifs pour les mettre en oeuvre. Au Royaume-Uni, on a fait de ces stratégies un programme gouvernemental. Les stratégies européennes les plus exhaustives se fondent sur un engagement à documenter la portée des disparités, à élaborer des politiques fondées sur des données et à évaluer les interventions.
Au Canada, il est nécessaire de déployer davantage d'efforts généraux et intégrés pour réduire les disparités connues sur le plan de la santé et les facteurs et les conditions qui les entraînent. Même si les ministères de la santé de toutes les administrations, souvent en collaboration avec d'autres secteurs, ont lancé diverses initiatives pour améliorer la santé et réduire les disparités en santé, ces interventions pourraient bénéficier d'une approche plus cohérente s'appliquant à l'ensemble du système. Il existe encore des lacunes importantes. Par exemple, les cadres élaborés par l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS) et Statistique Canada comptent un nombre insuffisant d'indicateurs des disparités sur le plan de la santé. Pour le moment, un seul des indicateurs du Comité de revue des indicateurs de rendement (CRIR) doit faire l'objet de rapports de mesure en fonction du SSE ou d'autres caractéristiques; tous les autres sont plutôt présentés sous forme de moyennes pour l'ensemble de la population. Des indicateurs mesurant les disparités pourraient être utilisés par toutes les administrations pour la mesure de l'état de santé et l'évaluation de leurs programmes et services de santé.
Étant donné l'ampleur du problème et le grand potentiel d'amélioration sur le plan de la santé, on devrait investir plus d'énergie et plus d'argent pour réduire les disparités en santé. En ce moment, le secteur de la santé du Canada, fort de 30 années d'élaboration de politiques dont le point culminant est la signature de l'Accord de 2003, fait figure de chef de file en élaborant et en mettant en oeuvre des stratégies de réduction des disparités en santé et fait la promotion de ce programme auprès de tous les gouvernements. Des initiatives prometteuses, allant de la recherche à des programmes communautaires ciblés, en passant par la collaboration intersectorielle fondée sur des enjeux, sont déjà en place. Le cadre d'élaboration de la stratégie pancanadienne intégrée en matière de modes de vie sains – dont l'un des deux objectifs consiste à réduire les disparités – offre une occasion idéale de faire avancer la cause de la réduction des disparités en santé. De plus, des chercheurs et des partenaires non gouvernementaux participent à cette cause de diverses façons, notamment en cernant l'étendue des disparités, en analysant et en élaborant des options stratégiques, et en exécutant des programmes novateurs et concrets. Les circonstances sont maintenant propices pour la galvanisation de ces efforts et l'accélération des progrès.
Les recherches n'ont cessé de révéler que les plus grandes disparités en santé découlent d'un petit nombre de déterminants non médicaux. La façon la plus appropriée et la plus efficace d'améliorer l'état de santé de l'ensemble de la population est de faire en sorte que les groupes dont le SSE est peu élevé et les autres populations désavantagées soient en meilleure santé et qu'ils puissent bénéficier de meilleurs services de santé.
Nous proposons l'adoption d'une approche systémique et intégrée auprès des populations désavantagées. Dans le cadre d'une vaste stratégie de réduction des disparités, cette approche doit mettre l'accent sur l'établissement d'un leadership et de processus pour éliminer les disparités sur le plan de la santé en général ainsi que les déterminants de la santé interreliés qui y sont associés. Cette approche doit également reconnaître qu'il faut établir un juste équilibre entre les interventions globales et les interventions ciblées afin de créer des environnements propices au changement pour toutes les populations, notamment les Autochtones et les groupes dont le SSE est peu élevé.
Dans la présente section, nous exposons une approche canadienne pour la réduction des disparités en santé. Nous faisons un survol du secteur de la santé tel qu'il se présente actuellement, et nous dégageons les facteurs de réussite clés d'une stratégie cohérente. Nous décrivons quatre orientations stratégiques recommandées pour que le secteur de la santé joue un rôle dans la réduction des disparités en santé. Nous avons cerné des activités proposées pour chaque orientation stratégique, que nous présentons afin d'orienter un vaste projet de réduction des disparités en santé.
Parmi les changements que subit actuellement le secteur de la santé, mentionnons la transition vers de nouvelles organisations comme le Conseil de la santé, l'Agence de santé publique du Canada, le Réseau pancanadien de santé publique et le Centre national de collaboration des déterminants de la santé. Cette évolution offre une occasion d'inciter ces nouvelles entités à intégrer la question des disparités en santé dans leur travail.
Le Canada a déjà mis en place les assises sur lesquelles il pourra graduellement bâtir une stratégie cohérente de réduction des disparités en santé. C'est en coordonnant et en soutenant diverses mesures sur plusieurs fronts qu'on a le plus de chance d'accroître la qualité de vie globale des Canadiens et de créer des dividendes importants pour le système de santé et l'économie. Le secteur de la santé doit s'engager plus fermement à faire de la réduction des disparités en santé une priorité d'action et à mettre en place les mécanismes qui faciliteront l'intégration de cette perspective aux aspects pertinents de son travail. Ces assises, cet engagement et cette infrastructure constituent des éléments clés d'une stratégie efficace de réduction des disparités en santé. Parmi les autres facteurs de réussite clés qui se dégagent d'analyses de l'expérience du Canada et d'autres pays, mentionnons les suivants:
Dans ce contexte, nous décrivons quatre rôles que peut jouer le secteur de la santé pour réduire les disparités en santé.Cesrôles s'inscrivent dans lemandat et le champdecompétences direct du secteur de la santé, et ils consistent entre autres à établir des partenariats avec d'autres secteurs pour obtenir des gains en matière de santé et à élaborer de vastes programmes stratégiques au cours de réunions du Cabinet ou dans les collectivités. Nous proposons un ensemble d'orientations stratégiques pour chaque rôle du secteur de la santé. Il s'agit en fait d'un plan d'action qui vise à informer et à orienter les intervenants et les administrations FPT à l'égard des activités qu'ils pourraient entreprendre.
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