Avoir une incapacité mentale, qu'est-ce que ça veut dire?
La personne qui a une incapacité mentale a tendance à apprendre lentement; parfois, l'aptitude à apprendre est limitée. L'incapacité mentale peut remonter à la naissance ou avoir été acquise par la suite. Selon le cas, elle constitue ou non un obstacle dans la vie quotidienne.
Comme il est difficile de recueillir des statistiques sur les Canadiens handicapés sur le plan mental, le nombre exact de ces derniers reste inconnu. On sait toutefois qu'ils représentent 13 p. 100 de la population.
On estime que, chez 30 à 87 p. 100 de ces personnes, l'incapacité mentale s'accompagne d'états connexes nécessitant certains soins. Jusqu'à 30 p. 100 d'entre elles sont atteintes d'épilepsie ou d'infirmité motrice cérébrale. Par ailleurs, divers besoins -- liés à une déficience sensorielle, à un trouble de la parole, du langage ou du comportement, ou à un trouble psychologique -- peuvent être associés à l'incapacité mentale.
Il existe une grande diversité de potentiel chez les personnes que l'on qualifie de mentalement handicapées. Si celles-ci constituent globalement un groupe distinct, avec ses caractéristiques et ses expériences, leur façon de s'exprimer, leurs sentiments, leurs styles d'apprentissage et leurs besoins sont aussi variés que ceux du reste de la population.
Quelques faits sur les personnes mentalement handicapées
- La majorité des adultes et des enfants qui ont une incapacité mentale vivent soit avec leur famille, soit dans un foyer collectif, soit dans un appartement ou une maison, qu'ils partagent ou non avec des amis. Environ 30 000 de ces personnes vivent dans un établissement hospitalier, un foyer de soins infirmiers, une unité pour maladies chroniques ou un établissement privé.
- Seulement 28,9 p. 100 des personnes qui ont une déficience mentale et qui sont en âge de travailler ont un emploi rémunérateur, alors que la proportion est de deux tiers pour l'ensemble de la population.
- Plus de 93 p. 100 des personnes handicapées sur le plan mental ont un revenu annuel inférieur 10 000 $.
- Les enfants qui ont une incapacité mentale fréquentent souvent des écoles spéciales, ou bien ils sont inscrits à des programmes spéciaux offerts dans les écoles ordinaires. Pourtant, on s'accorde de plus en plus à penser que tous les enfants ont intérêt à se retrouver dans les mêmes activités : ils bénéficient de leurs expériences mutuelles et apprennent mieux à se connaître. C'est pourquoi, dans un grand nombre de collectivités canadiennes, on tend de plus en plus à ouvrir les programmes normaux aux enfants handicapés sur le plan du développement.
- Du fait de leur incapacité, les enfants mentalement handicapés sont souvent peu respectés de leurs camarades, qui ne reconnaissent pas leur valeur. Même si les attitudes envers les personnes handicapées en général sont en train de changer, les personnes ayant une incapacité mentale restent souvent pauvres et isolées.
La violence familiale, qu'est-ce que c'est?
Tous les mauvais traitements et toutes les négligences dont une personne peut être victime l où elle vit, ou l où elle reçoit des soins, relèvent de la violence familiale. Étant donné que les personnes handicapées doivent s'en remettre à d'autres pour leurs soins, on entend ici par « famille » non seulement les parents, les conjoints et autres proches, mais aussi les amis, les voisins et les soignants. On peut inclure dans les soignants les auxiliaires, les aides familiales, les conseillers, les médecins, les infirmières et les employés des foyers collectifs. Ainsi, la violence familiale peut se déployer en milieu familial traditionnel ou dans les milieux de substitution : foyers collectifs, familles d'accueil, établissements ou centres de services. Dans tous les cas, il y a violation de confiance et abus de pouvoir.
Bien qu'on puisse constater une évolution dans les attitudes envers les personnes handicapées, les personnes qui ont une incapacité mentale sont facilement exposées aux mauvais traitements. Souvent, elles sont perçues comme impuissantes -- comme des victimes nées. Dans l'esprit d'un grand nombre, si on les maltraite, elles n'en parleront pas; si elles se décident à le faire, on ne les croira pas. De telles idées augmentent encore la probabilité que ces personnes soient victimes de violence.
Les personnes handicapées sur le plan mental sont particulièrement exposées à certains types de violence :
- La violence psychologique et verbale
Comme il existe encore beaucoup de préjugés contre les personnes ayant une incapacité mentale, celles-ci sont souvent victimes de violence psychologique ou verbale. Souvent, les personnes mentalement handicapées dépendent des soins que leur prodiguent une ou plusieurs autres personnes. La recherche a démontré que la dépendance à l'égard des soignants contribue à augmenter les risques de mauvais traitements. Le déséquilibre des forces entre la personne handicapée sur le plan du développement et celle qui prend soin d'elle expose facilement la première à la violence psychologique ou verbale.
- La négligence
Il y a négligence lorsqu'on ne pourvoit pas aux besoins fondamentaux de la personne, qu'on la prive des nécessités de la vie quotidienne, qu'on la néglige sur le plan émotionnel ou qu'on omet de lui procurer les soins médicaux nécessaires. La personne handicapée sur le plan mental qui est placée en institution ou qui dépend d'une autre personne pour la satisfaction de ses besoins essentiels comme pour son équilibre émotionnel court le risque d'être négligée. C'est le cas également de l'enfant handicapé qui est retiré de sa famille d'origine parce qu'il n'en reçoit pas suffisamment de soutien.
- Les voies de fait (y compris l'agression sexuelle)
Aux termes du Code criminel du Canada, il y a voies de fait si une personne, « d'une manière intentionnelle, emploie la force, directement ou indirectement, contre une autre personne sans son consentement ». Les menaces d'agression constituent elles aussi des voies de fait. L'agression peut être d'ordre physique ou sexuel. L'agression sexuelle est une agression commise dans des circonstances de nature sexuelle, qui violent l'intégrité de la personne. Les voies de fait peuvent survenir dans des milieux très divers. S'il n'y a que peu d'études statistiques sur les agressions sexuelles contre les personnes mentalement handicapées, il ressort de ces études que ces personnes sont particulièrement exposées à la violence sexuelle. Une étude laisse entendre que, pour les personnes handicapées sur le plan intellectuel, le risque d'agression physique ou sexuelle est 150 p. 100 plus élevé que pour les non-handicapés.
- La maltraitance
On entend ici par maltraitance le recours aux médicaments, l'isolement ou aux techniques de contrainte matérielle ou chimique qui causent du tort à la personne ou qui sont susceptibles de lui causer du tort. Le traitement des personnes handicapées sur le plan mental fait parfois appel aux thérapies par aversion (par exemple, la contrainte matérielle, l'utilisation de stimulateurs électriques, la vaporisation de jus de citron dans la bouche, l'isolement pour une période déterminée, etc.). Si tel est le cas, ou s'il y a recours excessif aux psychotropes ou aux tranquillisants dans le but d'altérer le comportement, il y a risque de maltraitance pour la personne.
Est-ce qu'il se fait de la recherche sur la violence contre les personnes ayant une incapacité mentale?
Les activités de recherche en ce domaine sont relativement rares au Canada. Il ressort du petit nombre d'études réalisées, et de l'abondante documentation l'appui, que les personnes mentalement handicapées sont particulièrement vulnérables face la violence sous toutes ses formes, telle qu'elle a été décrite plus haut.
Pourquoi les personnes handicapées sur le plan mental sont-elles vulnérables?
La vulnérabilité des personnes handicapées sur le plan mental est attribuable à une combinaison de facteurs :
- Les effets de la ségrégation
Une personne ségréguée, que ce soit sur le plan de la formation, celui de l'emploi ou celui du logement, est limitée dans ses possibilités de rencontre et de participation sociale. La ségrégation accentue donc la dépendance à l'égard de la famille et des soignants, garants du soutien et de la défense des droits. La personne handicapée sur le plan du développement qui est condamnée à l'isolement et à la solitude éprouve facilement un grand désir de tendresse et d'intimité, ce qui la prédispose encore plus à subir la violence sexuelle ou psychologique.
- Le manque de pouvoir décisionnel
Souvent, les personnes ayant une déficience intellectuelle sont considérées comme incapables de prendre les décisions relatives leur bien-être. Il est rare qu'on leur donne les renseignements dont elles ont besoin pour prendre des décisions et il est fréquent qu'on prenne des décisions à leur place. À titre d'exemple, on leur communique rarement l'information touchant leur propre sexualité, ce qui limite leur capacité de divulguer les agressions sexuelles dont elles pourraient être l'objet.
- Le manque d'estime de soi
La personne qui a rarement l'occasion de prendre elle-même les décisions concernant sa propre vie risque d'avoir une estime de soi peu développée. Si, par ailleurs, elle n'arrive pas à se conformer aux normes sociales et qu'elle est rejetée des autres, elle éprouvera un sentiment d'échec et s'attribuera cet échec, ce qui renforcera sa tendance à se comporter en victime. Pour la personne mentalement handicapée, cette tendance augmentera la probabilité des mauvais traitements.
- Le manque d'accès aux services communautaires
Souvent, les personnes handicapées ne peuvent accéder aux services communautaires mis à leur disposition. Si une personne maltraitée ne peut se prévaloir du soutien et des services auxquels elle a droit, il est probable qu'elle continuera à subir les mauvais traitements dont elle est l'objet.
- La pauvreté
Le manque d'accès aux ressources financières contribue également à la violence. Les personnes handicapées n'ayant souvent que des ressources financières limitées et des options peu nombreuses en matière de services, elles ont tendance à vivre dans un milieu propice aux mauvais traitements. C'est ainsi qu'elles peuvent s'accrocher à une relation violente à faute d'argent ou d'accès à un bon logement. Privées de choix, elles continuent à vivre avec ceux qui prennent soin d'elles et qui les maltraitent, ou bien elles restent dans l'établissement dont le personnel leur inflige des mauvais traitements.
- La représentation culturelle
Il est rare que les médias donnent une image positive des personnes mentalement handicapées. En règle générale, ils les représentent comme des très dépendants et bizarres, et parfois comme les victimes d'un destin malheureux. De tels stéréotypes négatifs font passer les personnes ayant une incapacité mentale pour des «proies faciles», qu'on peut agresser impunément et que personne ne croira si elles racontent ce qui leur est arrivé.
Que puis-je faire pour diminuer les risques qu'une personne handicapée sur le plan mental soit victime de violence?
Il y a beaucoup à faire pour que les personnes handicapées sur le plan mental soient moins vulnérables face aux types de violence décrits plus hauts. Voici quelques conseils à l'intention de ceux et celles qui veulent changer les choses :
Si vous êtes père ou mère d'un enfant mentalement handicapé :
- Renseignez-vous sur la vulnérabilité des enfants qui ont une déficience mentale. Si votre enfant vous dit avoir été maltraité, croyez-le sur parole et aidez-le.
- Si votre enfant subit des mauvais traitements, demandez de l'aide pour redresser la situation et empêcher qu'elle se reproduise.
- Informez votre enfant sur la façon de se protéger des mauvais traitements.
- Encouragez les relations entre votre enfant et les enfants non handicapés.
Si vous êtes soignant ou pourvoyeur de services :
- Apprenez à reconnaître les signes de mauvais traitements et à réagir de façon appropriée.
- Organisez des ateliers sur la prévention de la violence familiale et facilitez-en l'accès.
- Travaillez avec les services communautaires (par exemple, les centres de crises, les postes de police et les maisons de transition) pour rendre ces services accessibles aux personnes handicapées sur le plan mental.
- Élaborez pour vos services des protocoles d'intervention auprès des victimes de mauvais traitements, et veillez leur application.
Si vous êtes éducateur :
- Assurez-vous que votre programme prévoit des leçons sur la prévention de la violence familiale.
- Veillez à ce que les personnes ayant une incapacité mentale aient accès aux écoles, aux collèges communautaires et autres établissements d'enseignement.
Si vous êtes un simple membre de votre collectivité :
- Soyez au courant des risques qui guettent les personnes ayant une déficience mentale et encouragez la mise sur pied et la promotion de programmes de prévention dans votre collectivité.
- Appuyez l'autonomie sociale des personnes mentalement handicapées, au sein de la collectivité comme dans les établissements.
- Joignez-vous à votre association locale pour l'intégration communautaire, votre section People First ou votre groupe Parrainage civique.
Si vous êtes employeur :
- Offrez des emplois aux personnes handicapées sur le plan mental.
Où chercher de l'aide?
Si vous subissez des mauvais traitements, ou si quelqu'un que vous connaissez ou dont vous vous occupez subit des mauvais traitements, adressez-vous à votre organisme local d'aide à l'enfance, au ministère des services sociaux de votre province ou de votre territoire, à la police, à un hôpital ou à un centre d'aide aux victimes de violence.
Demandez de l'aide et insistez jusqu'à ce qu'on vous en donne.
Lectures suggérées :
Asch, Adrienne et Fine, Michelle. Women with disabilities: Essays in psychology, culture and politics. Philadelphie, PA : Temple University Press, 1988.
Garbarino, James, et al. Special children special risks: The maltreatment of children with disabilities. New York : Aldine de Grutyer, 1987.
L'Institut Roeher. The language of pain: Perspectives on behaviour management. North York, ON : l'Institut Roeher, 1988.
L'Institut Roeher. No more victims: Manuals to guide the police, social workers and counsellors, family members and friends, and the legal profession in addressing the sexual abuse of people with a mental handicap. (4 Tomes) North York, ON : l'Institut Roeher, 1992.
L'Institut Roeher. The right to control what happens to your body. North York, ON : l'Institut Roeher, 1992.
L'Institut Roeher. Vulnérable: l'exploitation sexuelle et les personnes qui présentent une déficience intellectuelle. North York, ON : l'Institut Roeher, 1988.
MacPherson, Cathy. Responding to the abuse of people with disabilities. Toronto, ON : Advocacy Resource Centre for the Handicapped (ARCH), 1990.
Maksym, Diane. Shared feelings: A parent guide to sexuality education for children, adolescents and adults who have a mental handicap. North York, ON : The Roeher Institute, 1990.
Riddington, Gillian. Beating the ''odds": violence and women with disabilities. Vancouver, BC : DAWN Canada, 1989.
Sobsey, Dick. Disability, sexuality and abuse: An annotated bibliography. Baltimore, MD : Paul H. Brookes, 1991.
Stimpson, Liz, et Best, Margaret. Courage above all: Sexual assault against women with disabilities. Toronto, ON : DAWN Toronto, 1991.
Ce document a été rédigé à contrat par Miriam Ticoll, du Roeher Institute. L'auteure tient à souligner la contribution des personnes suivantes : Paulette Berthiaume, première vice-présidente de l'Association canadienne pour l'intégration communautaire; Barbe Goode, personne ressource pour la promotion de l'autonomie sociale, Association canadienne pour l'intégration communautaire; Diane Maksym, expert-conseil et auteure (Shared Feelings); Marcia Rioux, directrice de l'Institut Roeher; Diane Richler, vice-présidente exécutive de l'Association canadienne pour l'intégration communautaire; Aileen Wight-Felkse, coordonnatrice du programme de réadaptation du Mount Royal College de Calgary; Linda Brown, Femmy Mes, Vera Lagasse et Barbara Merriam, de Santé Canada.