La violence à l'égard des aînés désigne une souffrance ou un préjudice causé à un aîné dans le cadre d'une relation fondée sur la confiance, à la suite d'un geste unique ou répété ou de l'omission de prendre une mesure appropriée (1). il existe différentes formes de violence à l'égard des aînés, notamment la violence physique, psychologique ou sexuelle, ou l'exploitation financière, la négligence ou la négligence de soi1, l'usage préjudiciable de médicaments, l'abandon, le recours au processus du bouc émissaire ainsi que la marginalisation des aînés dans les institutions ou au regard des politiques économiques et sociales (2). selon les prévisions, la population mondiale de personnes d'au moins 60 ans triplera entre 2005 et 2050, passant de 672 millions à près de 1,9 milliard (3), et cette tendance alimente des craintes concernant la violence à l'égard des aînés. Pour prévenir cette violence, il faut en connaître la prévalence ainsi que cerner et éliminer les facteurs de risque connexes, la consommation nocive et dangereuse d'alcool2 comptant parmi ces derniers (4,5). La présente fiche de renseignements explore les rapports qui existent entre l'alcool et la violence à l'égard des aînés. elle se penche aussi sur le rôle qu'exerce la santé publique au regard de la prévention.
Encadré 1 : Prévalence mondiale de la violence à l'égard des aînés
Violence à l'égard des aînés
Selon des estimations provenant du canada, de la Finlande, des Pays-Bas, du royaume-Uni et des états-Unis, le taux de prévalence de la violence à l'égard des aînés en milieu communautaire — y compris la négligence de la part des soignants, la violence physique, la violence psychologique et l'exploitation financière — varierait entre 4 p. 100 et 6 p. 100 (2). en corée, une étude plus récente signale un taux de 6,3 p. 100 (6). en israël, les mauvais traitements toucheraient plutôt 18,4 p. 100 des aînés, la négligence étant la forme de violence la plus répandue (7). il est difficile de comparer de telles statistiques à l'échelle des pays, car la définition du concept de violence et les perceptions qui s'y rattachent fluctuent grandement, tout comme les normes culturelles sur lesquelles se fondent les attitudes à l'endroit des aînés. La prévalence de la violence en milieu institutionnel est tout aussi difficile à mesurer, mais elle serait vraisemblablement plus forte qu'en milieu communautaire. aux états-Unis, selon une étude menée auprès des membres du personnel infirmier de certaines institutions, 10 p. 100 des soignants avoueraient avoir infligé des sévices à des aînés dans l'année précédant l'étude alors que 40 p. 100 reconnaîtraient avoir fait usage de violence psychologique (8).
Consommation d'alcool
Tous groupes d'âge confondus, la prévalence de la consommation d'alcool fluctue grandement d'un pays à l'autre. La proportion de personnes n'ayant pas pris une goutte depuis au moins douze mois varierait, estime-t-on, entre 2,5 p. 100 au Luxembourg et 99,5 p. 100 en égypte (9). La consommation d'alcool atteint son sommet dans les pays à revenu élevé, mais progresse sans cesse dans certaines sociétés à faible revenu et à revenu inter médiaire, notamment en asie du sud-est. des recherches effectuées dans certains pays à revenu élevé démontrent que, d'une façon générale, les aînés sont moins portés à boire que les jeunes et qu'ils ingèrent de moins grandes quantités d'alcool (p. ex., au royaume-Uni [10] et au canada [11]). Le vieillissement s'accompagne de changements physiologiques qui augmentent l'intolérance à l'alcool, ce qui favorise l'apparition de problèmes d'alcool à des niveaux inférieurs de consommation (12). en outre, il arrive que l'on confonde les effets du quasi-alcoolisme et les symptômes du vieillissement chez les aînés (13).
Au-delà des rapports étroits qui existent entre l'alcool et la violence interpersonnelle en général (14), on observe des liens précis entre l'alcool et la violence à l'égard des aînés :
La plupart des études qui évaluent l'apport de l'alcool à la violence à l'égard des aînés ont été réalisées en amérique du nord et au royaume-Uni. en cette matière, les principaux constats sont les suivants :
Au royaume-Uni, les niveaux élevés et nocifs de consommation d'alcool observés chez les soignants sont plus étroitement associés à la violence physique qu'à la négligence (20). aux états-Unis, des chercheurs ont découvert que la consommation d'alcool chez les aînés maltraités était associée de plus près à la négligence de soi qu'à d'autres formes de violence (5). on compte peu d'études réalisées dans des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire; cependant, d'autres sources donnent à penser qu'il existe là aussi un lien étroit entre la consommation nocive d'alcool et la violence à l'égard des aînés. Par exemple, un examen ministériel en afrique du sud a révélé que l'alcool jouait un rôle important dans l'éclosion de la violence à l'endroit des personnes âgées — à preuve certains cas d'adultes affamant leurs parents et dilapidant leurs revenus de retraite pour boire ainsi que certains cas d'agression physique ou sexuelle liée à l'alcool à l'endroit de femmes âgées (15).
La déficience intellectuelle ou physique et l'isolement social comptent parmi les facteurs reconnus qui accentuent les risques de violence à l'égard des aînés. dans certaines régions, le sexe constitue aussi un élément important, les femmes étant d'ordinaire plus à risque que les hommes (p. ex., en afrique [21]). Quant à eux, les agresseurs sont davantage sujets à s'en prendre aux aînés s'ils sont dépendants de ces derniers, s'ils éprouvent des difficultés financières ou s'ils souffrent de troubles mentaux. Les facteurs de risque culturels englobent l'âgisme, le sexisme et la tolérance de la violence. dans certains pays à faible revenu et à revenu intermédiaire dont l'économie est en transition, les changements culturels ont accru la vulnérabilité des aînés face aux abus, notamment en raison de l'effritement des rôles qui leur étaient traditionnellement confiés, de l'érosion des liens communautaires et familiaux ainsi que du chômage élevé (2).
En ce qui touche plus particulièrement la violence à l'égard des aînés liée à l'alcool, les personnes âgées qui souffrent de dépendance à l'alcool ou qui en font une consommation nocive sont plus vulnérables face aux abus et plus susceptibles de se négliger (5). Pour leur part, les soignants qui abusent de façon nocive de l'alcool sont plus enclins à infliger de mauvais traitements aux aînés (4). ainsi, un aîné dont l'un des proches éprouve un problème d'alcool s'expose à subir des sévices, surtout si cette personne — un descendant, souvent — dépend de lui pour se loger ou pour obtenir l'argent dont elle a besoin. Par ailleurs, un aîné sera plus sujet à tolérer une relation de violence si la personne qui l'agresse est un conjoint ou un descendant adulte qui dépend éminemment de lui (17).
Les attentes culturelles relatives aux effets de l'alcool peuvent aussi peser lourd. Par exemple, si une victime attribue les mauvais traitements qu'elle subit à la consommation de son agresseur, alors la promesse de cesser de boire pourra valoir un pardon à ce dernier sans que la victime donne suite à l'incident (18). dans bien des cas, l'alcool est considéré comme un simple facteur aggravant. en afrique du sud, la violence à l'égard des personnes âgées a été imputée à la pauvreté, aux troubles sociaux et à l'absence de politiques pour protéger les aînés (21), lesquels sont perçus comme des cibles faciles pour les exploiteurs. dans ce contexte, la consommation d'alcool ou de drogues est vue comme un facteur conjoncturel parmi tant d'autres qui favorise l'éclosion de la violence (22).
La violence et la consommation nocive d'alcool ont des répercussions parfois similaires sur les aînés. Les deux phénomènes risquent de se traduire par des blessures, des problèmes financiers, un retrait social, des problèmes de malnutrition ainsi que des troubles émotifs et psychologiques comme la dépression, les déficiences physiques ou intellectuelles et les troubles de mémoire (13). étant souvent moins robustes, les personnes âgées violentées subissent parfois de sérieuses blessures et connaissent de longues périodes de convalescence (2). en outre, la violence à l'égard des aînés liée à l'alcool est source de blessures encore plus graves (23). L'exploitation financière, quant à elle, donne lieu à une extorsion des biens qui risque d'avoir d'importantes conséquences pour les victimes, car bien des aînés disposent de faibles revenus et n'ont guère la possibilité de se refaire (2). La violence à l'égard des aînés peut diminuer l'espérance de vie des victimes (24), les faire sombrer dans la dépression et, dans certains cas, les pousser à une consommation nocive d'alcool, celle-ci tenant lieu de mécanisme d'adaptation (13). La consommation nocive et dangereuse d'alcool est aussi liée à une foule d'autres ennuis de santé qui peuvent réduire la longévité, dont les maladies cardiovasculaires, le cancer et les blessures involontaires (chutes, brûlures et autres [25]). du fait qu'elles métabolisent plus difficilement l'alcool, les personnes âgées qui boivent s'exposent à des effets plus marqués; en outre, elles risquent d'éprouver des problèmes après avoir ingéré des quantités moindres d'alcool (12). Pour elles, les troubles liés à la consommation d'alcool ont d'importantes répercussions générales, notamment la négligence de soi ainsi que les idées et les comportements suicidaires (26). Par ailleurs, les mauvais traitements ont sur les aînés des impacts économiques souvent graves qui, pour l'essentiel, tardent à être chiffrés.
Parmi les stratégies de prévention visant à contrer la violence à l'égard des aînés, mentionnons la prestation de services de protection et de soutien, la mise sur pied de programmes d'éducation ainsi que le signalement obligatoire — à savoir, l'exigence légale pour les professionnels et autres intervenants qui traitent avec les aînés de dénoncer les cas suspects. cependant, rares sont les données qui attestent l'efficacité de telles interventions (2). cela dit, l'identification des victimes et des personnes à risque s'avère un important facteur de prévention.
Le dépistage des problèmes d'alcool et des cas de violence à l'égard des aînés peut s'effectuer en différents endroits, y compris au sein des services de soins primaires, des services d'urgence et des services de gériatrie (27,28,29). La réussite de la mise en œuvre d'initiatives de dépistage suppose l'investissement de ressources dans la formation des praticiens afin qu'ils puissent saisir et reconnaître les indices de mauvais traitements chez les personnes âgées. Les problèmes d'alcool et de violence à l'égard des aînés sont parfois passés sous silence en raison de croyances, relevant de l'âgisme, voulant que le retrait social et les troubles de mémoire soient les symptômes d'un vieillissement normal (13). il est facile de confondre les indices de violence et les conséquences de l'abus d'alcool, surtout chez les aînés aux prises avec des problèmes d'alcool.
Pour conseiller les victimes de violence, il est crucial de comprendre leurs droits et de connaître les services de soutien à leur disposition. Par ailleurs, là où les problèmes d'alcool affligent autant les victimes que les auteurs d'actes violents, le fait de saisir les liens qui existent entre la violence et la consommation nocive d'alcool et d'être avisé de l'offre de services de soutien spécialisés permet de lutter contre les deux phénomènes à la fois. Les services de traitement des problèmes d'alcool doivent impérativement satisfaire aux besoins des personnes âgées. Pour leur part, les services de soutien des aînés doivent s'abstenir d'exclure les personnes aux prises avec des problèmes d'alcool (13). Pour joindre les auteurs d'actes violents en vue de les traiter, il existe des méthodes plus efficaces que d'autres, notamment la participation des services de santé et de l'appareil de justice, et une grande clarté s'impose en cette matière.
De façon générale, il y a pénurie de renseignements sur les méthodes efficaces de prévention primaire de la violence à l'égard des aînés liée à l'alcool. en outre, les méthodes de prévention secondaire et les traitements possibles ne sont que partiellement connus. Les interventions visant à réduire la consommation d'alcool de la population générale ont des effets démontrés sur la prévalence de la violence interpersonnelle au sens large. ainsi, à en croire certaines données, il y aurait possibilité de faire reculer la violence en augmentant le prix de l'alcool (aux états-Unis, cette mesure a eu des répercussions sur la violence à l'égard du partenaire intime [30] ou des enfants [31]) ou en imposant des heures de fermeture aux débits de boissons (au Brésil, cette initiative a contribué à prévenir de nombreux meurtres [32]). Toutefois, il n'existe aucune statistique sur les conséquences précises qu'aurait une réduction générale de la consommation d'alcool sur les mauvais traitements infligés aux personnes âgées. il est donc urgent de mieux comprendre le phénomène de la maltraitance des aînés liée à l'alcool, d'en mesurer l'ampleur et de mettre en place des programmes de prévention.
Pour prévenir la violence, le réseau de la santé publique exploite un éventail de données et d'études qui permettent non seulement de mieux comprendre la portée du phénomène, ses causes et les facteurs de risque connexes, mais aussi d'adopter des mesures efficaces fondées sur l'action collective. Pour ce qui est de la violence à l'égard des aînés liée à l'alcool, les priorités en matière de santé publique s'énoncent comme suit :
à l'échelle internationale, la consommation nocive et dangereuse d'alcool et la violence à l'égard des aînés sont perçues comme de grands enjeux de santé publique auxquels il faut s'attarder de toute urgence. Les organisations de santé nationales et internationales jouent un rôle de premier plan dans la promotion de politiques ciblant les liens qui existent entre la consommation d'alcool et la violence à l'égard des aînés; ainsi, elles favorisent des initiatives de prévention qui contribuent à améliorer la santé publique. en matière d'alcool et de violence, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) met sur pied des programmes détaillés qui visent à lancer et exécuter des recherches, à cerner des mesures de prévention qui portent fruit ainsi qu'à inciter les états membres à adopter des programmes efficaces et à harmoniser leurs politiques en vue de freiner la consommation nocive et dangereuse d'alcool de même que la violence.
En ce qui touche la consommation d'alcool, l'OMS collige et diffuse des renseignements scientifiques, élabore des recherches et des initiatives stratégiques de portée mondiale ou régionale, aide les pays à renforcer leur capacité de surveillance des comportements et des préjudices connexes ainsi que favorise la prévention, le dépistage précoce et la gestion des troubles par les services de santé primaire (33). en 2005, l'assemblée mondiale de la santé a adopté une résolution relative aux problèmes de santé publique causés par la consommation nocive d'alcool (WHa58.26 [34]), laquelle reconnaît les conséquences sociales et sanitaires de cette dernière et demande aux états membres d'élaborer, de mettre en œuvre et d'évaluer des stratégies efficaces pour atténuer ces conséquences. en outre, la résolution prie l'OMS de fournir un soutien aux États membres pour qu'ils puissent surveiller les préjudices causés par l'alcool, mettre en œuvre et évaluer des stratégies et des programmes efficaces ainsi que renforcer les preuves scientifiques relatives à l'efficacité des politiques.
En ce qui touche la violence, l'OMS a, en 2002, lancé une campagne mondiale pour la prévention de la violence qui visait à sensibiliser la communauté internationale au problème de la violence interpersonnelle (notamment à l'égard des aînés), à souligner le rôle de la santé publique sur le plan de la prévention et à multiplier les initiatives de prévention de la violence à l'échelle régionale, nationale et internationale. La philosophie qui sous-tend cet effort est définie dans le rapport mondial sur la violence et la santé de l'OMS (1). dans une résolution adoptée en 2003 (WHa56.24 [35]), l'assemblée mondiale de la santé incite les états membres à mettre en œuvre les recommandations formulées dans le rapport et prie le secrétariat de collaborer avec les états membres en vue d'élaborer des politiques et des programmes fondés sur des preuves scientifiques qui contribueront à l'adoption de mesures pour prévenir la violence et en atténuer les effets. créée en complément de cette initiative, l'alliance pour la prévention de la violence offre une tribune d'échange de renseignements sur les pratiques exemplaires, au profit des gouvernements et autres organismes qui s'efforcent de contrer la violence dans le monde entier.
En ce qui touche plus particulièrement la violence à l'égard des aînés, les pays membres de l'organisation des nations Unies ont adopté, en 2002, le Plan d'action international sur le vieillissement de Madrid, qui comporte des recommandations sur le bien-être des personnes âgées et leur intégration dans le processus de développement (www.un.org/ esa/socdev/ageing/). adoptée également en 2002, la déclaration de Toronto sur la prévention des mauvais traitements infligés aux personnes âgées incite les États membres de l'OMS à déployer des efforts de sensibilisation au problème de la violence à l'égard des aînés ainsi qu'à mettre en place des programmes de prévention. soucieuse d'épauler l'élaboration d'une stratégie de prévention des mauvais traitements infligés aux aînés, l'Unité du vieillissement et du déroulement de vie de l'OMS a mené des recherches dans de nombreux pays pour recueillir des perceptions et des avis au sujet de la violence dont sont victimes les personnes âgées (36).
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