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La schizophrenie - guide a l'intention des familes

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La schizophrénie, une maladie mal comprise qui entraîne un rejet social

Le rejet social dont sont victimes les personnes atteintes de schizophrénie fait souvent obstacle à leurs efforts de réadaptation. C'est également un problème bien réel pour leurs familles. Les malades ou les personnes qui les côtoient ont à surmonter de nombreuses idées fausses concernant la maladie. La schizophrénie est une maladie mal comprise qui fait très peur. Une bonne partie de ce que les gens croient savoir à propos de cette maladie est non fondée. Ils confondent, par exemple, schizophrénie et personnalité multiple, et croient que les personnes atteintes de la maladie sont violentes et dangereuses. Une minorité d'entre elles le sont effectivement, mais toute la publicité faite au sujet de crimes bizarres et particulièrement sordides commis par des personnes atteintes de troubles mentaux a amené le grand public à croire que la majorité des personnes atteintes de schizophrénie sont violentes. Ce n'est pas vrai pour la plupart d'entre elles. Toutefois, les impressions du public se trouvent renforcées par le fait que les manifestations de la maladie varient considérablement d'un patient à l'autre et qu'il est difficile de comprendre les actions de quelqu'un qui est plongé dans un état psychotique profond et dont le cours de la pensée est sévèrement perturbé. Certains croient que les personnes atteintes de schizophrénie sont des êtres faibles qui ont « choisi » leur folie. Nombreux sont ceux qui croient que la schizophrénie est le fait de personnes qui ont été maltraitées par leurs parents ou qui ont subi un traumatisme durant leur enfance.

Un père a mentionné qu'on l'avait souvent accusé d'abandonner sa fille quand il l'amenait à l'hôpital. Une mère a affirmé que les vendeurs dans les magasins refusaient de s'occuper de son fils quand ce dernier demandait de l'aide ou essayait d'acheter quelque chose. Certains groupes religieux prétendent même que la maladie est un châtiment de Dieu.

Les familles consultées estiment qu'il est important de comprendre comment s'est développée cette méfiance à l'égard des personnes atteintes de la maladie. Le terme « schizophrénie » a été utilisé pour la première fois en 1911 par un psychiatre suisse nommé Eugen Bleuler. Le mot tire ses origines de deux racines grecques, schizo et phrenia, qui signifient respectivement « séparer » et « esprit ». Bleuler cherchait à mettre ainsi en évidence la dissociation qui existe entre perceptions et croyances d'une part, et le monde réel d'autre part. Il ne voulait pas faire allusion au dédoublement de la personnalité mais plutôt à la dissociation de la personnalité qui provoque une perte de contact avec le réel. Toutefois, ce concept de « double personnalité » est à l'origine de la confusion qui existe entre « schizophrénie » et « personnalité multiple », trouble psychiatrique moins fréquent et fort différent mais bien connu du grand public depuis la parution de romans psychologiques tels que L'étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde, Les trois visages d'Ève et Sybil. Aujourd'hui, de nombreux professionnels de la santé déplorent l'existence du terme « schizophrénie » en raison de la confusion et de l'incompréhension qui l'entourent.

À cette confusion de base vient s'ajouter la notion de culpabilité. Les familles estiment que la culpabilité est l'un des principaux facteurs qui empêchent les gens de demander et de recevoir de l'aide.

Au tournant du siècle, les psychiatres étaient divisés face à trois théories opposées concernant la nature de la maladie mentale.

Les recherches du Dr Emil Kraepelin en Allemagne ont donné naissance à la biopsychiatrie; les observations du Dr Sigmund Freud et de ses collègues, réalisées en Autriche dans le cadre d'études sur les névroses, à la psychanalyse; et les travaux du Dr John B. Watson, psychologue américain, au béhaviorisme. Les idées de Kraepelin ont influencé la plupart des psychiatres européens, tandis que la psychanalyse et le béhaviorisme (voir le glossaire) ont connu un grand succès en Amérique du Nord (Andreasen, The Broken Brain, p. 11-20).

Au cours des années 1950, de nombreux psychiatres nord-américains ont commencé à croire que la schizophrénie était causée par une forme de traumatisme psychique infligé au cours de l'enfance, habituellement par les parents. À leurs yeux, les mères d'enfant(s) schizophrène(s) souffraient d'hyperanxiété et étaient obsessionnelles et dominatrices. On les qualifia de « mères schizophrénogènes ». Une mère a affirmé presque comprendre comment on avait pu en arriver à porter un tel jugement : « Quand vous remuez ciel et terre pour obtenir de l'aide pour votre enfant, il est facile pour certains de « mettre la charrue devant les bœufs » et d'imputer les problèmes de votre enfant à votre brusquerie et à votre tension, plutôt que d'y voir là les conséquences de ces mêmes problèmes. » Graduellement, c'est toute la famille prise en tant qu'unité qui a été culpabilisée. Les théoriciens ont noté une détérioration du fonctionnement familial chez les familles comptant un membre atteint de schizophrénie et confondu les conséquences de la maladie avec ses causes.

Deux autres théories ont contribué à alimenter les mythes entourant la schizophrénie. Le psychanalyste américain Thomas Szasz a déclaré que la schizophrénie, à l'instar de toutes les autres affections mentales, était un ensemble de comportements, et non pas une maladie. Le regretté R.D.  Laing, psychiatre britannique, a émis l'hypothèse que la schizophrénie était en réalité une réaction « saine » d'une personne vivant dans un monde « fou ». Selon cette théorie, les personnes souffrant d'un stress accablant agiraient d'une manière « insensée » dans le but de s'adapter à ce monde.

Les recherches scientifiques et les témoignages de familles touchées par la maladie ont permis de discréditer ces théories. Malheureusement, ces théories ont toutes été assez populaires dans le passé pour retenir l'attention du public. Encore aujourd'hui, vous pourriez rencontrer un professionnel de la santé qui insinuerait que vous avez « provoqué » la maladie de votre parent et vous préviendrait que le fait de maintenir des liens familiaux avec ce dernier pourrait empêcher sa guérison.

Outre la notion historique de culpabilité qui se rattache à la maladie, il convient de noter que les symptômes mêmes de la schizophrénie peuvent accroître la stigmatisation. Les comportements bizarres et imprévisibles du malade, son incapacité de fonctionner normalement et l'absence de saines habitudes de vie peuvent déranger son entourage. En outre, les médias, même involontairement, contribuent à alimenter cette méfiance en publicisant des actes de violence ou des suicides commis par des personnes qu'on dit atteintes de schizophrénie.

Les familles touchées par la schizophrénie ont souvent du mal à supporter cette forme de rejet. Certaines essaient de cacher l'existence de la maladie aux gens de l'extérieur. D'autres, par contre, préfèrent en parler ouvertement, estimant que cela leur procure une sorte de paix intérieure, et jugent utile de se joindre à d'autres qui partagent les mêmes problèmes afin d'essayer de lutter contre ce rejet.

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