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Même si les chercheurs en médecine ne s'entendent pas encore sur la définition exacte à donner à la schizophrénie, les données disponibles tendent de plus en plus à démontrer qu'il s'agit d'une perturbation grave du fonctionnement du cerveau. Dans un ouvrage intitulé The Broken Brain : The Biological Revolution in Psychiatry, le Dr Nancy Andreasen affirme que les données actuelles concernant l'étiologie de la maladie montrent assez clairement que plusieurs facteurs sont en cause, dont des changements dans la chimie et la structure du cerveau et des facteurs génétiques. Les infections virales et les traumatismes crâniens pourraient également jouer un rôle. En définitive, la schizophrénie recouvre probablement un groupe de troubles apparentés ayant des causes différentes (p. 222).
Le cerveau contient des milliards de cellules nerveuses. Chacune d'entre elles émet des prolongements qui transmettent des messages aux autres cellules nerveuses ou en reçoivent de ces dernières. Ces prolongements libèrent des substances chimiques appelées neurotransmetteurs qui acheminent les messages d'une cellule à l'autre. Chez les personnes atteintes de schizophrénie, ce système de communication fonctionne mal.
De nombreuses familles de personnes atteintes de schizophrénie ont trouvé que la comparaison établie entre le cerveau et un réseau de communication téléphonique leur avait permis de bien comprendre la maladie. Dans Schizophrenia : Straight Talk for Family and Friends, Maryellen Walsh l'explique en ces termes : « Chez la plupart des gens, le réseau de communication du cerveau fonctionne bien. Les informations de l'extérieur sont acheminées vers le cerveau par les canaux appropriés, et les réactions du cerveau, qui se manifestent concrètement par des sentiments, des pensées et des actions, sont en accord avec ces perceptions... Chez les personnes atteintes de schizophrénie les perceptions externes sont transmises, mais les messages n'empruntent pas les canaux appropriés, bloquent en cours de route ou n'aboutissent pas à la bonne destination (p. 41) ».
L'évolution de la schizophrénie est parfois si lente que la famille et même le sujet atteint peuvent mettre longtemps à se rendre compte que quelque chose ne va pas. On appelle cette forme de dégradation lente « schizophrénie de survenue graduelle » ou « schizophrénie insidieuse ». Une augmentation graduelle des symptômes peut conduire ou non à un épisode aigu ou à une crise, manifestation intense de courte durée qui associe hallucinations, idées délirantes, troubles de la pensée et obscurcissement de la conscience de soi.
La schizophrénie survient parfois de façon rapide ou soudaine. De brusques changements de comportement se produisent en l'espace de quelques semaines, voire même de quelques jours. La schizophrénie de survenue soudaine conduit habituellement à un épisode aigu assez rapidement. Certaines personnes ne vivront que quelques crises au cours de leur vie, d'autres, un nombre plus grand. Certaines parviennent à mener une vie à peu près normale entre chaque épisode, tandis que d'autres se sentent très apathiques et déprimées et sont incapables de fonctionner normalement.
Chez certaines personnes, la maladie peut dégénérer en une forme de schizophrénie chronique, incapacité marquée et prolongée caractérisée par un retrait social, un manque de motivation, un état dépressif et une diminution de l'affectivité. Des symptômes aigus de moindre amplitude, tels que les idées délirantes et les troubles de la pensée, peuvent également se manifester.
Les psychiatres distinguent deux catégories de symptômes de la schizophrénie : les symptômes positifs et les symptômes négatifs. Cela peut porter à confusion. Le Dr E. Fuller Torrey explique qu'on qualifie de « positifs » les symptômes qui sont présents mais qui ne devraient pas se manifester et, inversement, de « négatifs » ceux qui devraient être présents mais qui ne le sont pas (Torrey, Surviving Schizophrenia : A Family Manual, édition révisée, p. 79). On considère ce système de classification utile pour les besoins de la recherche. Il permet d'espérer des formes de traitement plus efficaces et facilite le pronostic dans certains cas.
On croit que les hallucinations sont dues à une hypersensibilité et au fait que le cerveau soit incapable d'interpréter correctement les messages de l'extérieur et de réagir en conséquence. Une personne atteinte de schizophrénie peut entendre des voix ou voir des choses qui n'existent pas en réalité, ou encore ressentir des sensations inhabituelles à la surface ou à l'intérieur même de son corps. Lorsque le sujet souffre d'hallucinations auditives, la forme la plus fréquente, il perçoit des voix comme provenant de l'extérieur ou de l'intérieur de son corps. Ces voix peuvent être flatteuses, apaisantes ou neutres. Parfois, ces voix sont menaçantes, le harcèlent ou lui font peur, ou encore lui ordonnent de faire des choses dangereuses.
Les idées délirantes sont des croyances étranges et inébranlables qui sont entretenues uniquement par le malade et qui persistent en dépit de leur caractère manifestement invraisemblable. Ainsi, le malade peut s'imaginer que les feux de circulation lui communiquent des instructions en provenance d'extra-terrestres. Un grand nombre de personnes atteintes de la maladie et souffrant d'idées délirantes de persécution sont qualifiées de « paranoïdes ». Elles ont l'impression d'être constamment surveillées ou espionnées ou s'imaginent faire l'objet d'un complot. Fréquemment, par exemple, le malade est persuadé que ses propres pensées sont divulguées à la radio ou à la télévision ou qu'elles lui sont imposées par quelqu'un de l'extérieur. Les idées délirantes résistent à toute logique. Il ne sert donc à rien d'essayer de convaincre le malade de l'« invraisemblance » de ses idées délirantes.
Les troubles de la pensée se traduisent par une difficulté de traiter et d'organiser ses pensées. Par exemple, le malade peut être incapable d'associer ses pensées selon une séquence logique. Ses idées peuvent se succéder si rapidement qu'il ne parvient pas à les saisir. On observe un relâchement des associations et une fragmentation de la pensée, et le malade peut souvent devenir incohérent et tenir un discours illogique. En outre, ses réponses affectives sont souvent non appropriées, et l'humeur est en désaccord évident avec le discours. Ainsi, le malade peut rire pendant qu'il parle d'événements tragiques ou effrayants.
L'obscurcissement de la conscience de soi se manifeste par une perplexité concernant l'identité propre. Le malade peut avoir l'impression de ne pas avoir de corps, voire même de ne pas exister. Il peut être incapable de discerner son corps du monde extérieur, un peu comme si celui-ci était dissocié de sa personne.
Le manque de motivation, ou l'apathie, est un manque d'énergie ou d'intérêt dans la vie qui est souvent confondu avec la paresse. À cause de son manque d'énergie, le malade peut être incapable de faire autre chose que dormir et grignoter, et sa vie lui semblera dénuée de tout intérêt.
La diminution de l'affectivité (ou athymie) est un affaissement des émotions qui se traduit par la réduction, voire l'élimination complète des expressions faciales et des mouvements des mains, et par une incapacité apparente de ressentir ou de témoigner quelque émotion que ce soit. Toutefois, il faut se garder de conclure que le malade n'est plus capable de ressentir des émotions et d'apprécier la gentillesse et les gestes prévenants à son égard. Il peut être capable d'une grande intensité émotionnelle sans pouvoir exprimer ses émotions. L'athymie peut s'amplifier à mesure que la maladie progresse.
La dépression se traduit par une sensation de détresse et de désespoir qui tient en partie au fait que le malade se rend compte que la schizophrénie a changé sa vie, que les « sensations spéciales » qu'il a ressenties durant la phase psychotique sont irréelles et que son avenir semble plutôt sombre. Le malade a souvent l'impression de s'être mal comporté et d'avoir brisé des relations et il se sent indigne d'être aimé. Les idées dépressives sont très pénibles et peuvent conduire le malade à parler de suicide ou même à tenter de mettre fin à ses jours. Des changements d'ordre biologique se produisant dans le cerveau peuvent également favoriser la dépression.
Le retrait social peut se manifester à la suite d'une dépression ou parce que le sujet se sent relativement en sécurité lorsqu'il est seul ou qu'il est tellement absorbé par ses rêveries et ses peurs égocentriques qu'il ne peut plus supporter la présence d'autrui. Les personnes atteintes de schizophrénie sont souvent incapables d'entretenir des relations interpersonnelles.
La schizophrénie débute habituellement chez les jeunes de 15 à 30 ans, mais elle peut apparaître plus tardivement, touchant parfois des personnes âgées de 40 ans. Elle frappe sans égard à la race, à la culture, à la classe sociale ou au sexe. Le risque de la maladie est évalué à environ 1 p. 100. Cela suppose qu'environ 250 000 Canadiens seront atteints de schizophrénie tôt ou tard dans leur vie.
S'il est vrai que la schizophrénie est actuellement une maladie incurable, les neuroleptiques et la psychothérapie permettent habituellement d'atténuer les symptômes positifs de la maladie. Une rémission complète est possible, quoique imprévisible. Certaines personnes parviennent à améliorer leur état de santé par eux-mêmes. Les cas de rémission sont habituellement observés moins de deux ans après le début de la maladie, beaucoup plus rarement chez les personnes qui en souffrent depuis cinq ans. En vieillissant, et particulièrement après 40 ans, la vie des personnes atteintes de la schizophrénie devient souvent moins pénible, les symptômes positifs s'atténuent, si bien que ces personnes peuvent réduire leurs doses de médicaments ou en prendre moins souvent.
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