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À la différence de la qualité de vie générale, la qualité de vie liée
à la santé renvoie aux aspects de la qualité de vie ou du fonctionnement
qui sont tributaires de l'état de santé de la personne. Selon la définition
donnée à la santé par l'Organisation mondiale de la santé, à savoir qu'il
s'agit d'un « état global de bien-être physique, mental et sociale
et non pas de la simple absence de maladie ou d'infirmité » (Mapper
et Zembatu, 1986), la qualité de vie est indéniablement un vaste concept,
surtout en ce qu'il a trait à la santé et à la maladie mentales. De plus,
les répercussions de l'état de santé sur la qualité de vie peuvent être
à la fois d'ordre quantitatif et d'ordre qualitatif ou subjectif, ce qui
vient compliquer davantage les choses. Comme nous le verrons plus loin,
la corrélation entre l'évolution de l'état de santé actuel et la perception
qu'a l'individu de sa qualité de vie est fortement influencée par des
facteurs qui ne sont qu'indirectement rattachés à la santé proprement
dite.
Quoi qu'il en soit, la plupart des théoriciens de la santé s'accordent
à dire que selon l'utilisation que l'on prévoit en faire, un instrument
bien conçu devrait permettre d'évaluer au moins cinq aspects de la vie
de l'individu, soit les dimensions biologique, psychologique, interpersonnelle,
sociale et économique (Rosenblatt et Attkisson, 1990). C'est ce qui explique
qu'en tête de liste des domaines évalués par les instruments que nous
avons sélectionnés figuraient la Santé, l'Estime de soi/le Bien-être,
la Participation à la vie communautaire/la Productivité, les Rapports
sociaux/amoureux et les Loisirs/la Créativité (voir le Tableau 1, ci-dessous).
La Famille, les Conditions de vie, la Situation financière, les Symptômes
psychiatriques et la Religion viennent au second plan. Cette situation
nous a quelque peu étonnés étant donné l'état de dépendance financière
et matérielle des malades chroniques à l'égard de leur famille et de l'ensemble
de la société. De plus, la place négligeable faite à la spiritualité et
à la religion par les instruments de mesure de la qualité de vie témoigne
sans doute d'un certain scepticisme quant à l'importance que revêtent
ces préoccupations dans la vie des intéressés et/ou de la difficulté d'évaluer
cette dimension de la vie.
Il importe de signaler que certains instruments, tel que le Schedule
for the Evaluation of Individual Quality of Life, reposent sur une
méthode unique en son genre, qui permet au patient d'indiquer quels sont
les aspects de la vie qui ont les répercussions les plus marquées sur
sa qualité de vie globale. On estime qu'une telle démarche permet d'obtenir
une évaluation de la qualité de vie qui rende compte le mieux possible
de la situation de la personne. Par contre, elle comporte des limites,
surtout lorsque l'objectif visé est de comparer des individus ou des programmes,
puisque les données renvoient à :
Tableau 1 : Domaines mesurés par certains instruments d'évaluation de la qualité de vie**
Le choix d'un instrument est une décision qui dépend de divers facteurs,
surtout des ressources nécessaires à son application et de ses qualités.
Le Tableau 2 (voir page suivante) indique la Méthode de collecte des données,
les Caractéristiques des items, la Source des données et le temps d'administration
approximatif, pour chacun des 28 instruments de mesure de la qualité de
vie analysés ici. Chacune des rubriques du tableau est examinée de manière
détaillée ci-après.
Méthode d'administration : Les deux méthodes de collecte de données
les plus couramment utilisées sont l'interview et l'enquête. Les enquêtes
sont moins coûteuses et plus commodes (elles peuvent par exemple être
administrées par la poste) mais ne sont pas aussi souples que les interviews.
De surcroît, le taux de réponse à une enquête postale peut être décevant,
au point de compromettre la possibilité d'appliquer ses résultats à l'ensemble
de la population. Les interviews, par contre, offrent la possibilité d'examiner
en profondeur les problèmes et les attitudes des patients, ce qui accroît
la portée et la validité des conclusions. Elles permettent de soumettre
à un interrogatoire plus serré les sujets qui se montrent hésitants ou
qui répondent à la légère, et les questions ouvertes incitent davantage
les répondants à réfléchir avant de répondre. En outre, l'intervieweur
peut adapter son entrevue au contexte de vie de chaque sujet, autrement
dit, il peut laisser tomber certaines questions non pertinentes et expliquer
des termes ou des idées peu clairs, ce qui est particulièrement intéressant
lorsqu'on a affaire à des sujets peu instruits ou qui souffrent de déficience
intellectuelle. Dans l'ensemble, la souplesse et la validité accrue des
interviews ont inévitablement pour contrepartie des coûts associés à la
formation des intervieweurs et à l'administration des interviews.
Quoi qu'il en soit, la pertinence d'un instrument, peu importe le mode
d'administration, doit être évaluée selon l'utilisation que l'on compte
en faire auprès d'un groupe donné de répondants et selon que l'instrument
permet ou non d'obtenir des réponses aux questions posées par l'étude.
Les instruments doivent faire l'objet d'un essai pilote, ce qui permet
d'examiner de plus près les difficultés qui se posent, soit à l'étape
initiale d'une étude réalisée à partir d'interviews ou de la réalisation
d'une enquête, et de remanier le protocole d'évaluation. S'il s'avère
nécessaire de réduire les coûts, l'idée de faire appel à des interviews
lors de la phase expérimentale et à une enquête à l'étape de la mise en
uvre, au lieu de faire reposer toute la démarche sur des interviews,
peut permettre de couper les coûts de plus de 50 % tout en augmentant
le niveau de confiance quant à la capacité de l'instrument de répondre
à sa destination d'emploi, auprès de son groupe-cible. L'ennui, c'est
que si les instruments conçus pour une enquête peuvent être administrés
sous forme d'interview, l'inverse n'est pas nécessairement vrai.
Tableau 2 : Aperçu des instruments en fonction des méthodes d'application**
Caractéristiques de l'instrument : La plupart des théoriciens
s'entendraient pour dire que les domaines qu'englobe la qualité de vie
sont nombreux, puisque le concept général de la qualité de vie est pluridimensionnel.
En revanche, les avis sur le rôle que devraient jouer les préférences,
les perceptions de l'importance et les croyances individuelles dans l'évaluation
de la qualité de vie sont plus partagés. Selon Jenkins (1992), il y aurait
lieu d'éviter de confondre les mesures subjectives, comme les attentes
et les désirs individuels, et les indicateurs plus objectifs de la qualité
de vie. Ce point de vue est cependant contesté par des théoriciens partisans
d'une démarche plus subjective qui soutiennent que les systèmes de valeurs
des individus sont inextricablement liés aux répercussions qu'a la maladie
sur la perception qu'a le patient de sa qualité de vie. Comme nous le
verrons plus loin, les deux perspectives se défendent et soulèvent des
questions importantes lorsqu'il s'agit d'évaluer la qualité de vie des
malades mentaux chroniques.
Afin de maintenir la distinction conceptuelle entre les évaluations subjective
et objective de la qualité de vie, et de jeter si possible un nouvel éclairage
sur les questions posées par l'évaluation, nous avons remplacé le terme
« subjectif » par le terme « évaluatif », de manière
à mieux rendre compte du rôle joué par la pensée et le jugement dans les
réponses données par les patients aux questions relatives à la qualité
de vie. Pour les besoins de ce document, les termes « mesures objectives »
et « mesures évaluatives » sont définis comme suit :
Les mesures objectives renvoient aux items ou aux échelles qui
visent à déterminer le nombre ou l'intensité d'expériences observables
dans la vie d'une personne. L'hypothèse ici est que certains types d'expériences
(par exemple le fonctionnement physique, les conditions de logement, la
situation financière, le soutien social) font nécessairement partie de
la qualité de vie, et que des mesures de telles expériences sont des indicateurs
directs de la qualité de vie des patients.
Les mesures évaluatives renvoient aux items ou aux échelles qui
ont pour objet de déterminer comment l'individu évalue les répercussions
de la maladie sur son fonctionnement physique, social et/ou affectif,
ou dans quelle mesure il est satisfait de ses diverses expériences de
vie. Cette démarche diffère de l'évaluation objective en ce qu'il s'agit
d'une appréciation de l'aspect subjectif des expériences et non d'une
quantification des expériences vécues. Selon la définition que nous en
donnons, les mesures évaluatives englobent la notion plus globale de bien-être,
qui touche à la dimension tant affective que cognitive (évaluative) (Pavot
et Diener, 1993a).
Le Tableau 3 (voir page suivante) dresse une liste des instruments qui
utilisent au moins une échelle de mesure évaluative. Ce type d'échelle
permet aux répondants d'évaluer leurs expériences subjectives soit dans
des domaines précis soit dans une perspective plus globale comme l'Incidence
sur le plan social/affectif et l'Estime de soi/le Bien-être.
Tableau 3 : Dimensions évaluatives des instruments de mesure de la qualité de vie **
Lorsqu'on applique cette grille de classification fondée sur les mesures
évaluatives, les instruments se rangent généralement dans deux catégories,
soit un type d'instruments qui visent à mesurer les notions d'Importance
et de Satisfaction/d'Accomplissement en se fondant sur l'appréciation
des patients, et un autre type d'instruments qui font appel à des mesures
évaluatives afin de déterminer les répercussions de la maladie sur le
Fonctionnement physique, le Fonctionnement social/affectif et l'Estime
de soi/le Bien-être. Les instruments de la première catégorie utilisent
presque exclusivement un Modèle fondé sur les écarts pour mesurer la qualité
de vie. Il s'agit ici d'utiliser l'évaluation faite par le patient de
l'importance accordée à un domaine et de la satisfaction à l'égard de
son expérience de vie actuelle dans ce domaine afin d'obtenir une évaluation
subjective pondérée de la qualité de vie. Deux autres instruments utilisent
de manière légèrement différente un modèle fondé sur les écarts, en ce
sens qu'ils demandent aux patients d'évaluer leur état de santé actuel
par rapport à l'état de santé idéal (SmithKline Beecham Questionnaire)
ou en demandant aux répondants de mesurer leur satisfaction en déterminant
l'importance qu'ils attachent aux différents domaines observés (QoL
Index for Mental Health). La plupart des autres instruments énumérés
utilisent l'évaluation faite par le patient de l'impact de la maladie
sur ses expériences physiques, affectives et sociales sans déterminer
directement l'importance que revêtent ces expériences pour l'intéressé.
Les instruments qui ne font pas appel à une évaluation de l'importance
laissent planer un doute quant à la pertinence de l'évaluation de la qualité
de vie pour le patient et à son point de vue sur les répercussions que
pourrait avoir sur sa vie tout changement dans les domaines étudiés.
Source des données : De manière générale, les enquêtes et les
interviews sont menées auprès de la personne qui fait l'objet de l'étude.
Il arrive cependant qu'il soit plus avantageux de recueillir de l'information
auprès des personnes qui connaissent le patient sur le plan personnel
ou professionnel. C'est ce qui peut se produire lorsque le patient manque
de lucidité ou de jugement (Haneastad, 1990). S'il semble probable qu'un
évaluateur mettrait en doute la validité de l'information recueillie auprès
de personnes qui sont manifestement incapables de comprendre la raison
d'être ou la signification des questions qui lui sont posées, l'impact
que peut avoir un dérèglement plus léger des facultés mentales sur les
réponses données par les patients n'est pas toujours aussi évident. Il
est prouvé qu'il existe une forte corrélation entre l'état affectif d'un
patient et son évaluation de la qualité de vie (Atkinson et coll., 1996;
Moum, 1988). Ce chevauchement de l'état affectif et de certains aspects
de la qualité de vie soulève des questions intéressantes puisqu'il est
possible de confondre les mesures de la qualité de vie avec la symptomatologie
de la maladie mentale proprement dite.
Le recours à des mesures indirectes (interview ou enquête par personne
interposée) peut s'avérer une solution aux problèmes associés aux méthodes
directes, mais il comporte ses propres difficultés. Ainsi, une des questions
qui se posent couramment est de savoir dans quelle mesure les réponses
données par personne interposée rendent compte des expériences du sujet.
La corrélation entre les évaluations faites par les sujets non atteints
de déficience mentale et les évaluations faites par une autre personne
est généralement de l'ordre de 0,6 à 0,7, lorsqu'il est question de phénomènes
physiques. Ce niveau de concordance s'observe généralement lorsque les
personnes interrogées connaissent bien le patient, sont régulièrement
en rapport avec lui et doivent rendre compte de faits observables. Lorsqu'elles
doivent se prononcer sur des aspects qui font intervenir des jugements
de valeur ou sur des faits qu'elles n'ont pas observés, le niveau de concordance
baisse sensiblement (Magaziner, Simonsick, Kashner et Hebel, 1988; Page,
1993; Rothman, Hendrick, Bulcroft, Hickman et Rubenstein, 1991). La même
remarque s'applique lorsqu'on fait appel à un professionnel. En effet,
le recours à un professionnel n'améliore pas la précision des évaluations,
si ce dernier n'observe pas les expériences vécues quotidiennement par
le patient dans le domaine sur lequel il est interrogé. Enfin, les personnes
qui répondent au nom de quelqu'un d'autre ont tendance à sous-estimer
le bien-être et le fonctionnement des patients ne souffrant pas de maladie
mentale (Bassett, Magaziner et Hebel, 1990). On ne sait si la remarque
est vraie lorsqu'il s'agit de patients atteints de troubles mentaux.
Il y a lieu de faire preuve de prudence lorsqu'on choisit de recourir
à des interviews ou à des enquêtes par personne interposée et de tenir
compte des éléments suivants : sélectionner des instruments qui permettent
à la personne interrogée de rendre compte des dimensions observables de
la vie du patient et éviter les échelles qui reposent sur les évaluations
faites par une autre personne au nom du patient; choisir des personnes
qui connaissent très bien les activités et les expériences du patient
sur lequel elles sont interrogées; donner des instructions très nettes
à la personne interrogée au sujet des éléments qu'elle doit inclure ou
exclure lors du processus de notation et avoir de bonnes raisons de recourir
à une telle formule (déclarations par personne interposée).
Si l'on fait appel à des déclarations par personne interposée dans le
but d'obtenir une évaluation moins biaisée concernant un groupe de patients,
il y a lieu d'envisager de confier le travail à des évaluateurs dûment
formés. On a plus de chances d'obtenir des évaluations constantes et fidèles
lorsqu'on a recours à plusieurs évaluateurs que lorsqu'on recueille des
données auprès de nombreux informateurs sans formation. Là encore, il
importe que les caractéristiques ou les faits qui font l'objet de l'évaluation
soient observables et représentatives des expériences de vie quotidiennes
du patient, si l'on veut que les observations soient considérées comme
des indicateurs des expériences de la vie quotidienne. Lorsqu'on utilise
des observateurs dûment formés, il y a lieu de déterminer la constance
des démarches empruntées par les différents évaluateurs à l'aide d'un
calcul du « coefficient d'objectivité ». Cette technique consiste
à déterminer le coefficient de corrélation entre des évaluations indépendantes
d'un même phénomène apprécié par deux personnes ou plus, ou la concordance
(sous forme de pourcentage) des évaluations du même phénomène, faites
par différentes personnes. On considère que le coefficient d'objectivité
est satisfaisant lorsqu'il est supérieur à 0,8 ou à 80 % et lorsqu'il
est calculé avant l'étape de la collecte de données. En outre, si une
étude doit se poursuivre au cours d'une période prolongée, ou si de nouveaux
évaluateurs viennent se joindre à l'équipe en place, on doit procéder
à un nouveau calcul du coefficient d'objectivité. Il importe de signaler
que des principes analogues s'appliquent à des instruments de mesure qui
sont administrés au moyen d'une interview. Il importe que les intervieweurs
soient formés et que leurs démarches et méthodes diffèrent le moins possible
si l'on veut réduire l'incidence des caractéristiques de l'intervieweur
au cours de la collecte de données.
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