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Les chercheurs sont profondément reconnaissants de la contribution des membres du Comité consultatif à la réalisation de ce projet :
Mme Bonnie Pape
Directrice des programmes
Association canadienne pour la santé mentale
Bureau national
Toronto (Ontario)
M. Alexander Saunders
Directeur général
Association des psychiatres du Canada
Ottawa (Ontario)
Mme Susan Hardie
Ancienne coordonnatrice nationale
Réseau national pour la santé mentale
Guelph (Ontario)
M. James MacLatchie
Directeur administratif
Société John Howard du Canada
Ottawa (Ontario)
M. Jim Holman
Membre du Conseil
Réseau national pour la santé mentale
Guelph (Ontario)
Mme Carol Silcoff
Conseillère en recherche
Unité de la santé mentale
Division des soins et questions de santé
Direction des systèmes pour la santé
Direction générale de la promotion et des programmes de santé
Santé Canada
Mme Ann Braden
Vice-présidente
Société canadienne de schizophrénie
Bureau national
Don Mills (Ontario)
Mme Stephanie Wilson
Agente de programmes
Unité de la santé mentale
Division des soins et questions de santé
Direction des systèmes pour la santé
Direction générale de la promotion et des programmes de santé
Santé Canada
Les auteurs tiennent à remercier de leurs précieux conseils M. Bob Shearer et Mme Nena Nera du Unité des soins, des traitements et du soutien de Santé Canada. On tient également à remercier Mme Marnie M. Hamilton, B.Sc., adjointe de recherche, qui a apporté aux chercheurs une aide précieuse sur le plan technique et sur le plan documentaire.
L'existence d'un lien éventuel entre la maladie mentale et la violence est un sujet qui intéresse les chercheurs depuis longtemps. Il est cependant de plus en plus présent dans les travaux, notamment ceux du groupe de travail fédéral/provincial/territorial sur la mise en ouvre des recommandations du groupe de travail sur les délinquants violents à risque élevé. Les défenseurs des malades mentaux ont toujours soutenu que ces personnes ne sont pas plus prédisposées à commettre des actes violents que les gens épargnés par la maladie mentale. Toutefois, des études récentes et des reportages sensationnalistes diffusés dans les médias ont laissé entendre que tel n'est pas le cas, et qu'une certaine catégorie de malades mentaux pourraient s'avérer plus violents que les sujets qui ne souffrent pas de maladie mentale.
Afin de contribuer à faire la lumière sur cette question complexe et controversée, la Direction générale de la promotion et des programmes de santé de Santé Canada ont commandé une analyse critique des ouvrages parus sur la question. Une étude a été préparée à contrat par le Dr Julio Arboleda-Florez, le Dr Heather Holley et Mme Annette Crisanti du Centre collaborateur de l'Organisation mondiale de la santé pour la recherche et la formation en santé mentale à Calgary. Les fonds nécessaires à la réalisation de ce projet ont été octroyés par l'Unité des soins, des traitements et du soutien pour le sida dans le cadre de la Stratégie nationale sur le sida de Santé Canada.
Ce projet est le fruit d'une collaboration entre les représentants de l'Association canadienne pour la santé mentale, de la Société canadienne de schizophrénie, de l'Association des psychiatres du Canada, du Réseau national pour la santé mentale et de la Société John Howard du Canada, qui font partie d'un comité consultatif.
L'étude se divise en cinq chapitres. Le chapitre 1 comprend l'introduction, des définitions et une description des méthodes de recherche. Le chapitre 2 fait la synthèse des principales conclusions dégagées des ouvrages recensés et les regroupe en trois grandes rubriques : les études axées sur la collectivité, les études menées auprès des malades mentaux et les études réalisées en milieu carcéral. Les principales associations statistiques signalées dans les ouvrages y sont décrites. Le chapitre 3 renferme une analyse critique des données associant la maladie mentale à la violence, l'objectif étant de déterminer si les associations statistiques relevées dans les études répondent aux critères épidémiologiques de causalité. Le lecteur trouvera également une liste des ouvrages cités dans le chapitre 3. Le rapport comprend aussi deux annexes : l'appendice A, qui contient une bibliographie annotée des articles analysés, et l'appendice B, qui comprend un petit glossaire des principaux termes techniques utilisés.
Le rapport devrait intéresser les nombreux intervenants des secteurs de la santé mentale, des services sociaux et de la justice pénale, notamment les dispensateurs de services, les décideurs, les responsables de programmes, les chercheurs, les consommateurs ou leurs proches.
Remarque sur la terminologie :
La terminologie utilisée pour désigner (les personnes qui présentent) de graves problèmes de santé mentale, notamment dans la bibliographie annotée, est conforme à celle que l'on retrouve dans les ouvrages recensés. Par souci d'exactitude, on a choisi de ne pas modifier les termes utilisés par les auteurs, tout en sachant que certains lecteurs auraient sans doute préféré que l'on opte pour des termes plus couramment employés comme « consommateur » ou « ex-bénéficiaire ».
Introduction et fondement de l'étude :
Les défenseurs des malades mentaux ont toujours soutenu que ces personnes ne sont pas plus prédisposées à commettre des actes violents que les gens épargnés par la maladie mentale. Toutefois, les personnes soignantes, les dispensateurs de soins de santé et les groupes de défense des malades se posent de plus en plus de questions sur le lien entre la maladie mentale et la violence en raison, d'une part, de reportages sensationnalistes dans les médias et d'émissions dramatiques présentées à la télévision et, d'autre part, de rapports scientifiques contradictoires. Cette question complexe a une incidence importante sur les malades mentaux et leurs familles, les dispensateurs de soins de santé et de services sociaux, les décideurs, les responsables de programmes et les intervenants du secteur de la justice pénale. Afin de contribuer à faire la lumière sur cette question, on a fait cette analyse critique des ouvrages parus sur la question.
Stratégie de recherche :
Les auteurs ont interrogé des bases de données contenant des articles scientifiques dans les domaines de la psychologie, de la sociologie, de la criminologie, du droit, de la médecine, de la philosophie, de la psychiatrie, de la psychiatrie légale et de l'épidémiologie pour trouver des articles portant sur la maladie mentale et la violence. Pour accroître l'étendue de leur recherche, ils ont utilisé un certain nombre de synonymes des termes « maladie mentale » et « violence », ce qui leur a permis d'obtenir 32 différentes combinaisons de recherche et de recueillir plus de 5 500 citations se rapportant à quelque 8 000 auteurs, 8 600 mots-clés et 940 revues publiées sur une période d'environ trente ans.
L'examen a porté principalement sur les articles parus au cours des dix à quinze dernières années, car ces articles représentent, selon les auteurs, l'essentiel des études pouvant fournir le portrait le plus récent des populations de malades mentaux. Pour que les résultats de la recherche soient utiles au plus grand nombre de personnes possible, les auteurs ont examiné des études portant sur divers types de troubles mentaux, notamment des maladies mentales fonctionnelles graves (comme la schizophrénie et les états dépressifs majeurs), la toxicomanie (en particulier l'abus d'alcool) et les troubles de la personnalité (en particulier la personnalité antisociale). Pour des raisons pratiques, la définition de la violence a été limitée aux actes comportant une agression physique et aux menaces de violence physique à l'égard d'autrui; les crimes avec violence sont compris dans cette définition.
Le présent rapport comprend des résumés détaillés de plus de 100 articles portant sur la relation entre la maladie mentale et la violence. Les études empiriques ont été groupées selon la principale population à l'étude : a) échantillons de la population générale, b) patients psychiatriques, c) détenus, d) autres études empiriques présentant de l'intérêt, et e) rapports de synthèse et exposés de positions.
Stratégie d'examen critique :
Eu égard aux torts que pourrait causer une affirmation prématurée et non démontrée suggérant l'existence d'un lien de causalité entre la maladie mentale et la violence, nous avons adopté une approche scientifique rigoureuse et prudente qui nous permet de conclure à l'existence de ce lien uniquement : a) à la lumière des preuves convaincantes à l'appui de cette thèse, provenant d'études bien conçues et exécutées et b) compte tenu du fait qu'il n'existe aucune preuve convaincante infirmant cette thèse.
Nous avons adopté un cadre épidémiologique pour trouver la réponse à notre question fondamentale. L'épidémiologie étudie l'apparition des maladies et des problèmes de santé au sein des populations humaines ainsi que les facteurs qui sont à l'origine de ces maladies ou problèmes ou qui sont susceptibles d'exercer une influence sur leur évolution. Des tribunaux américains ont déclaré que les affirmations les plus crédibles sur les liens de causalité établis à l'égard des populations humaines provenaient des résultats des études s'inspirant de critères épidémiologiques.
Les épidémiologistes souscrivent à une hiérarchie de preuves où les associations statistiques établies dans le cadre d'études de cohorte bien conçues et exécutées sont les plus crédibles. Ces études définissent les sujets en fonction de la présence ou de l'absence de maladie mentale et suivent deux ou trois groupes dans le temps afin de comparer les résultats obtenus. Les modèles d'études cas-témoins qui définissent les sujets en fonction des résultats (p. ex., la présence ou l'absence de violence) pour ensuite recueillir des données rétrospectives sur la présence ou l'absence de maladie mentale peuvent fournir des preuves convaincantes, mais ne sont habituellement pas jugées assez solides pour permettre un jugement quant à un lien causal. Les sondages transversaux descriptifs sont utilisés pour poser des hypothèses à des fins de vérification supplémentaire. Puisque les données sur la maladie mentale et celles sur la violence sont recueillies simultanément, il est difficile de garantir que la maladie mentale a précédé la violence, comme il faudrait le faire pour établir un lien de causalité. C'est la raison pour laquelle les résultats des sondages ne sont jamais utilisés pour conclure à un lien de causalité.
Sommaire des principales constatations :
Les études évoquées dans cet examen sont principalement de sources canadienne et américaine. Une mise en garde s'impose quant à la généralisabilité des conclusions formulées aux États-Unis, quand des recherches ont été faites, aux populations canadiennes. En effet, l'interprétation et l'application de ces conclusions dans le contexte canadien doivent être entreprises avec force prudence compte tenu des différences dans les régimes de soins de santé et de justice pénale des deux pays.
Un certain nombre de liens statistiques sont signalés dans l'ensemble de la littérature. Ils sont résumés ci-dessous.
Y a-t-il un lien de cause à effet entre la maladie mentale et la violence?
Une analyse critique de la littérature a permis de conclure qu'il n'a jamais été scientifiquement démontré, jusqu'ici, que la maladie mentale cause la violence.
Des études portant sur la violence chez des malades mentaux soumis à un traitement ont démontré que les taux de criminalité et de criminalité violente étaient effectivement plus élevés au sein de ces groupes que dans la population générale et que la fréquence de la violence était élevée chez les malades mentaux hospitalisés. De même, des études portant sur la maladie mentale chez les détenus ont démontré que la prévalence des troubles mentaux graves et de la toxicomanie était élevée au sein de cette population. Toutefois, en dépit de ces démonstrations limpides, les résultats de ces études ne permettent pas de conclure qu'il existe un lien de cause à effet entre la maladie mentale et la violence, et ce pour les raisons suivantes, d'ordre méthodologique.
Orientation possible des recherches futures :
Nous n'en sommes pas encore arrivés au point où nous pouvons porter un jugement valable sur le caractère causal de la relation entre la maladie mentale et la violence. Néanmoins, en nous fondant sur les connaissances que nous avons acquises grâce aux études réalisées en biochimie et en génétique, il est biologiquement plausible qu'il y ait un lien entre ces deux variables.
Plusieurs obstacles d'ordre méthodologique devront être surmontés au cours des recherches futures. Le plus important sera peut-être d'établir des mesures indépendantes de la maladie mentale et de la violence. La nosologie psychiatrique normalisée du DSM-III n'a qu'une utilité limitée pour ce type de recherche, car presque la moitié des troubles répertoriés dans ce manuel sont décrits ou définis en partie en fonction des actes de violence. Par ailleurs, les chercheurs devront mesurer la relation entre la maladie mentale et la violence à partir d'échantillons non sélectifs et représentatifs de la population générale, c'est-à-dire hors des établissements. Enfin, les études de suivi longitudinales qui permettent d'établir clairement l'ordre temporel des facteurs et d'analyser de façon appropriée des facteurs tels que l'âge, le sexe, le statut socio-économique et les actes de violence antérieurs, devront devenir la norme. Tant que de telles études n'auront pas été réalisées, il n'existera aucune preuve scientifique nous autorisant à conclure qu'il existe un lien de cause à effet entre la maladie mentale et la violence.
Le manque de littérature incorporant la perspective des personnes souffrant d'une maladie mentale doit aussi être mentionné. Les opinions du consommateur et de la famille enrichiraient l'examen de la violence telle qu'elle est vécue par ces personnes dans la collectivité et en milieu hospitalier, ainsi qu'entre pairs. Du travail reste à faire dans ce domaine.
En passant en revue la recherche parue dans le cadre de la présente analyse critique, les auteurs en sont venus à s'interroger sur la considération qui est accordée aux questions suivantes, même s'il ne s'agit pas là de l'objet principal de la présente analyse :
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