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Études basées sur des échantillons de détenus
Les études résumées ci-après visaient des échantillons de détenus. Comme elles portent uniquement sur certaines populations de détenus, elles ne peuvent être utilisées pour établir des liens de nature étiologique entre la maladie mentale et la violence. Elles ne sont donc pas utiles pour formuler des explications étiologiques sur cette question.
Abram, K.M. et Teplin, L.A. (1990). Drug disorder, mental illness and violence. NIDA Research Monograph, (REA 228).
Objectif : Examiner si les personnes présentant un diagnostic mixte (abus de drogue et trouble mental) commettent plus de crimes avec violence que les personnes qui font un abus de drogue, mais qui ne souffrent pas d'un trouble mental. Un certain nombre de combinaisons de consommation de drogue et de psychopathologie ont aussi été examinées afin de déterminer si les sujets présentaient une propension au crime avec violence.
Méthode de recherche : Une étude de cohortes de trois ans.
Lieu : Le Department of Corrections du comté de Cook, Chicago, Illinois, États-Unis.
Sujets : Les données ont été recueillies entre novembre 1983 et novembre 1994 suite à une sélection aléatoire de sujets de sexe masculin détenus avant le procès et de délinquants condamnés à moins d'un an de prison pour délit. Les résultats portant sur 728 sujets sont présentés.
Mesures : Les renseignements sur l'abus de drogue et les troubles mentaux ont été recueillis à l'aide du Diagnostic Interview Schedule (DIS). Les données sur les arrestations et les condamnations subséquentes ont été obtenues auprès du Service de police de Chicago, du FBI, et du Illinois Bureau of Investigation.
Principaux résultats : Les auteurs ont préparé des modèles statistiques pour prédire a) le comportement violent antérieur et b), le comportement violent futur. En ce qui concerne le comportement violent antérieur, aucun des troubles liés à la drogue (marijuana seulement, opiacés seulement et polytoxicomanie) n'a été jugé comme ayant un effet important sur les arrestations antérieures pour crimes avec violence. Les arrestations pour crimes avec violence étaient associées à l'âge (étant donné la période à risque plus longue), au faible niveau de scolarité et à la présence d'un trouble de personnalité antisociale. Les consommateurs d'opiacés qui étaient déprimés étaient les moins susceptibles d'avoir des antécédents de crimes avec violence. Pour ce qui est des arrestations futures pour crimes avec violence, les facteurs qui suivent étaient des prédicateurs : arrestations antérieures pour crimes avec violence, nombre de jours en liberté (plus grand le nombre, plus grande l'occasion de commettre des crimes avec violence) et les troubles liés à la consommation d'opiacés (ce qui réduit la probabilité d'arrestations futures pour crimes avec violence). Aucun autre facteur n'était significatif.
Conclusions : Les troubles mentaux (schizophrénie, dépression, troubles liés à l'alcool) ne permettaient pas de prédire les arrestations pour crimes avec violence, une fois que les auteurs eurent contrôlé les variables (comme l'âge ou la scolarité) qui sont reconnues comme corrélant avec le crime et la maladie mentale. Par contraste, le trouble de la personnalité antisociale était fortement prédicateur d'arrestations antérieures, même après avoir éliminé les arrestations et les condamnations dans le DIS pour poser ce diagnostic, mais il n'était pas prédicateur d'arrestations futures. Les troubles liés à la drogue, et non associés à d'autres troubles, présentaient une relation inverse aux crimes avec violence. Cependant, il importe de souligner que les données ont été recueillies avant l'épidémie de cocaïne. (D'aucuns estiment qu'il y a un lien entre la cocaïne et la criminalité violente.) Les auteurs concluent que ce sont les jeunes détenus mal instruits, antisociaux et ayant des antécédents de violence qui sont le plus susceptibles d'être impliqués dans des crimes avec violence futurs.
Critique de la méthode : Il s'agit d'une étude bien structurée et bien exécutée. Les techniques de collecte de données ont visé un important échantillon représentatif de sujets.
Causalité : L'étude est axée sur des sous-groupes de détenus définis en fonction des troubles mentaux et de l'abus de drogue ou d'alcool. Même si l'étude ne permet pas de tirer des conclusions quant au lien de causalité dans certaines populations non sélectives, les résultats sont conformes à l'hypothèse selon laquelle il n'existe aucune association entre les troubles mentaux et la violence.
Allodi, F. et Montgomery, R. (1975). Mentally abnormal offenders in a Toronto jail, Revue canadienne de criminologie, vol. 17, p. 277-283.
Objectif : Décrire, à partir des dossiers médicaux et des dossiers généraux de la prison, 1) toutes les personnes à l'égard desquelles un tribunal avait ordonné une évaluation dans l'unité de psychiatrie de la prison, 2) un sous-échantillon prélevé dans l'échantillon initial et composé d'individus internés et 3) les individus qui, selon les dossiers de la prison, avaient été hospitalisés dans un établissement psychiatrique au cours des cinq dernières années.
Méthode de recherche : Un examen rétrospectif de dossiers.
Lieu : Une grande prison de Toronto (Ontario) Canada.
Sujets : Tous les détenus (106) à l'égard desquels un tribunal avait ordonné une évaluation à l'unité de psychiatrie de la prison au cours d'une période de trois mois.
Mesures : Il ne s'agissait pas d'un examen uniformisé des dossiers, et aucune mesure particulière n'a été utilisée.
Principaux résultats : Bien que les auteurs ne l'aient pas indiqué clairement, il semble qu'un diagnostic psychiatrique ait été établi chez toutes les personnes ayant fait l'objet d'une évaluation. L'échantillon comprenait 25 p. 100 de personnes atteintes de schizophrénie et 45 p. 100 de personnes atteintes d'un trouble de la personnalité (25 p. 100 de tous les sujets avaient une personnalité psychopathe). Soixante-deux pour cent des sujets avaient été hospitalisés dans un établissement psychiatrique antérieurement et 65 p. 100 avaient déjà été condamnés. Les détenus ayant été hospitalisés antérieurement dans un établissement psychiatrique représentaient 40 à 47 p. 100 de l'ensemble de la population carcérale, selon les années, au cours de la période de cinq ans à l'étude (1969-1973).
Conclusions : Une grande partie des détenus de cette prison avaient un problème psychiatrique au moment de leur admission ou avaient déjà été hospitalisés dans un établissement psychiatrique avant leur incarcération.
Critique de la méthode : Cette étude comporte de nombreuses lacunes. Tout d'abord, il s'agissait d'un échantillon très sélectif puisque les chercheurs ont étudié des détenus à l'égard desquels un tribunal avait ordonné une évaluation dans l'unité de psychiatrie de la prison. L'échantillon était composé des dossiers de tous les détenus qui devaient faire l'objet d'une évaluation psychiatrique ou qui avaient été admis en prison antérieurement pour des périodes déterminées, de sorte que ces sujets n'étaient peut-être pas représentatifs de l'ensemble de la population carcérale. Bien que cette étude appuie la thèse selon laquelle la prévalence de la maladie mentale est élevée au sein des populations carcérales, on ne peut s'appuyer sur les résultats obtenus pour établir un lien causal entre la maladie mentale et la criminalité ou la violence.
Causalité : Ces résultats ne permettent pas de conclure qu'il y a un lien de causalité entre la maladie mentale et la violence.
Arboleda-Flórez, J. (1994). An epidemiological study of mental illness in a remanded population and the relationship between mental illness and criminality, thèse de doctorat en épidémiologie, University of Calgary, Calgary.
Objectif : Estimer la prévalence de la maladie mentale (prévalence à vie et au cours d'une période d'un mois) ainsi que la comorbidité et étudier la relation entre la maladie mentale et la criminalité au sein d'une population carcérale.
Méthode de recherche : Enquête transversale et analyse de données secondaires recueillies dans tous les dossiers pertinents.
Lieu : Un centre de détention provisoire de Calgary (Alberta) Canada.
Sujets : L'échantillon aléatoire, représentatif et stratifié en fonction du sexe, était composé de 1 200 détenus admis au Calgary Remand Centre et choisis parmi les 4 770 détenus qui avaient été admis à ce centre au cours de la période à l'étude, c'est-à-dire 4,5 mois consécutifs (du 27 juillet au 10 décembre 1992). Les sujets ont été examinés dans les vingt-quatre heures suivant leur admission, avant que la cour rende un jugement à leur endroit. La taille de l'échantillon permettait d'estimer la maladie mentale avec un degré de précision de 1 p. 100.
Mesures : Quatre psychiatres légistes ont évalué les sujets à l'aide du questionnaire DIS (Diagnostic Interview Schedule) et le coefficient d'objectivité était bon. Les chercheurs ont utilisé deux autres instruments de mesure : la liste de vérification des symptômes de psychopathologie de Hare (Hare Psychopathology Checklist) et le questionnaire SCID (Structured Clinical Interview for DSM Disorders). Les diagnostics ont été classés dans un ordre hiérarchique.
Principaux résultats : Un diagnostic de l'axe I ou II a été établi dans le cas de 728 détenus (60,7 p. 100). Chez les femmes, le diagnostic le plus fréquent était la dépendance à l'alcool. Les cas de dépression majeure représentaient 26,1 p. 100 de l'échantillon féminin. Il n'y avait pas de cas de schizophrénie chez les femmes. Chez les hommes, le diagnostic le plus fréquent était aussi la dépendance à l'alcool (31,7 p. 100). Les cas de schizophrénie représentaient 1,2 p. 100 et la dépression majeure, 3,3 p. 100. Seulement 5,5 p. 100 des sujets souffraient d'un trouble de la personnalité. Dans les cas de comorbidité, les deux troubles présents étaient le plus souvent la personnalité antisociale et la toxicomanie (4,5 p. 100). Il n'y avait pas de différences significatives entre les sujets qui souffraient d'une maladie mentale et les autres sujets quant au type d'accusation portée (infraction contre la personne, infraction contre les biens ou autre infraction).
Conclusions : Le taux de prévalence de la maladie mentale était élevé dans cet échantillon, mais il s'agissait le plus souvent d'une dépendance à l'égard de l'alcool ou de la drogue. Les facteurs socio-démographiques (âge, niveau d'instruction et appartenance ethnique) et criminologiques (incarcérations antérieures, évaluations médico-légales antérieures) étaient reliés à un risque plus élevé d'être atteint d'une maladie mentale et de commettre un acte criminel.
Critique de la méthode : Cette étude est basée sur un échantillon représentatif composé de personnes admises dans un centre de détention provisoire, donc de sujets étudiés au tout début du processus judiciaire. Elle apporte des preuves solides à l'appui de la thèse selon laquelle une proportion importante des personnes incarcérées souffrent d'un état de dépendance à l'alcool ou à la drogue ou d'une maladie mentale grave.
Causalité : Ces résultats ne permettent pas de conclure qu'il y a un lien de causalité entre la maladie mentale et la violence.
Ashford, J.B. (1989). Offense comparisons between mentally disordered and non-mentally disordered inmates, Revue canadienne de criminologie, janvier, p. 35-48.
Objectif : Comparer des détenus atteints de troubles mentaux avec des détenus n'ayant pas de troubles mentaux par rapport au type d'infraction commise, aux antécédents de violence et aux antécédents criminels, à l'aide d'un échantillon de sujets condamnés à une peine d'emprisonnement.
Méthode de recherche : Étude cas-témoins basée sur un examen rétrospectif des dossiers.
Lieu : Établissements carcéraux du comté de Maricopa, en Arizona, aux États-Unis.
Sujets : Deux échantillons indépendants ont été formés à partir de deux types de documents. Le premier échantillon a été prélevé à partir d'une liste de délinquants atteints de troubles mentaux admis au service de santé ou à l'unité de psychiatrie de l'établissement (N=294). Ces détenus ont été répartis en deux groupes : ceux qui souffraient d'un « trouble mental grave » (chez qui on avait diagnostiqué une maladie mentale chronique, N=82) et ceux souffrant d'un « trouble mental » (chez qui on avait diagnostiqué un trouble mental au moment de l'incarcération, N=212). Les sujets du groupe témoin (N=372) ont été choisis en consultant les dossiers des détenus qui n'avaient pas été admis au service de santé ou à l'unité de psychiatrie et qu'on a considérés comme des sujets non atteints de troubles mentaux.
Mesures : L'auteur n'a pas décrit les mesures utilisées. Les dossiers ont été examinés, mais l'auteur n'a pas indiqué comment le diagnostic inscrit avait été établi.
Principaux résultats : Le taux de violence récente chez les sujets atteints d'un « trouble mental grave » était de 36 p. 100, par rapport à 31 p. 100 chez les sujets atteints d'un « trouble mental » et à 22 p. 100 chez les sujets du groupe témoin. En ce qui concerne la violence antérieure, les taux étaient de 14 p. 100, 10 p. 100 et 7 p. 100, respectivement.
Conclusions : Les deux sous-groupes de détenus atteints de troubles mentaux différaient significativement des sujets du groupe témoin du point de vue des antécédents de violence. L'auteur a donc considéré que les détenus souffrant de troubles mentaux étaient plus violents.
Critique de la méthode : Les forces de cette étude cas-témoins résident, en premier lieu, dans le fait que l'auteur a comparé des délinquants atteints de troubles mentaux à des délinquants « normaux » par rapport à trois variables précises, à savoir le type d'infraction immédiate, les antécédents de violence et les antécédents criminels, et, en second lieu, dans le fait qu'il a cherché à différencier les « cas chroniques » et les « cas récents » de troubles mentaux.
Toutefois, cette étude comporte aussi de nombreuses faiblesses. L'échantillon n'était pas représentatif. Les sujets du groupe à l'étude ont été choisis au hasard parmi les détenus ayant des antécédents psychiatriques. Les sujets du groupe témoin ont été choisis au hasard à partir de dossiers de détenus qui n'étaient pas classés dans la catégorie des malades mentaux. Il est très possible que de nombreux détenus faisant partie du groupe témoin aient souffert d'une maladie mentale, mais qu'ils n'aient pas été classés comme tels. Le genre de trouble a été déterminé à partir des dossiers médicaux, sans aucune standardisation des diagnostics, sans évaluateurs, etc. Les différences entre les cas chroniques et les cas récents ne sont pas expliquées et il est possible que ces deux catégories se chevauchent. L'auteur n'a pas défini la violence, mais a distingué la violence récente de la violence antérieure. De plus, la mesure de la violence reposait dans une large mesure sur les renseignements figurant dans les dossiers au chapitre des antécédents de violence, renseignements fournis par les détenus eux-mêmes. Aucune explication n'a été donnée pour justifier la taille des échantillons. Bien que les résultats confirment dans une certaine mesure l'hypothèse d'une relation entre la violence et la maladie mentale chez les détenus, encore que l'étude comporte de nombreuses lacunes, ces résultats ne peuvent être utilisés pour conclure à une relation étiologique entre la maladie mentale et la violence hors du cadre carcéral.
Causalité : Ces résultats ne permettent pas de conclure qu'il y a un lien de causalité entre la maladie mentale et la violence.
Barton, W.I. (1982). Drug histories and criminality of inmates of local jails in the United States (1978) : Implications for treatment and rehabilitation of the drug abuser in a jail setting, The International Journal of the Addictions, vol. 17, no 3, p. 417-444.
Objectif : Établir un profil des détenus qui serait utile pour l'élaboration de modèles de classification et la planification en fonction des besoins des prisons.
Méthode de recherche : Enquête transversale.
Lieu : Trois mille sept cents établissements situés aux États-Unis.
Sujets : À partir d'une base d'échantillonnage comprenant 165 000 détenus, les chercheurs ont prélevé un échantillon pondéré, non représentatif, composé de 6 300 détenus pouvant faire l'objet de l'étude. L'échantillon final comprenait 5 300 détenus.
Mesures : L'auteur n'a pas précisé les mesures utilisées, mais il semble qu'un questionnaire ait été conçu spécialement pour réaliser cette enquête.
Principaux résultats : Environ 68 p. 100 des sujets avaient des antécédents de consommation de drogue, et environ 40 p. 100 avaient consommé de la drogue quotidiennement. La plupart des détenus qui avaient consommé de la drogue avaient été accusés d'une infraction contre les biens.
Conclusions : Un nombre important de détenus avaient consommé de la drogue à un moment ou à un autre de leur vie. Seulement 24 p. 100 d'entre eux avaient participé à un programme de lutte contre la toxicomanie. L'auteur du rapport a recommandé que les autorités pénitentiaires fournissent des services à cette population, en collaboration avec des organismes spécialisés de l'extérieur.
Critique de la méthode : Cette étude était de grande envergure. Pourtant, l'auteur aurait pu être plus explicite quant au type d'échantillonnage utilisé. Il aurait pu indiquer s'il s'agissait d'un échantillon stratifié et s'il avait utilisé des coefficients de pondération dans l'analyse des données. Par ailleurs, l'analyse est très superficielle compte tenu de l'envergure de l'enquête ainsi que des ressources et des efforts qui y ont été consacrés. Bien que les résultats puissent être utiles aux fins de la planification des programmes, ils ne permettent pas d'affirmer qu'il existe un lien de causalité entre la consommation de drogue et la violence.
Causalité : Ces résultats ne permettent pas de conclure qu'il y a un lien de causalité entre la maladie mentale et la violence.
Beaudoin, M.N., Hodgins, S. et Lavoie, F. (1993). Homicide, schizophrenia and substance abuse or dependency, Revue canadienne de psychiatrie, vol. 38, p. 541-546.
Objectif : L'étude avait trois principaux buts : 1) recueillir des renseignements sur la relation entre la consommation d'alcool ou de drogue et les comportements agressifs chez trois groupes de délinquants, soit des délinquants atteints de schizophrénie ayant été accusés d'homicide et acquittés pour cause d'aliénation mentale, des délinquants atteints de schizophrénie reconnus coupables d'homicide et des délinquants ne souffrant pas de troubles mentaux reconnus coupables d'homicide; 2) comparer les antécédents de violence des délinquants atteints de schizophrénie avec ceux des délinquants ne souffrant pas de troubles mentaux; 3) étudier la relation entre l'évolution de la schizophrénie et les comportements agressifs chez les délinquants des deux premières catégories, c'est-à-dire les délinquants schizophrènes ayant commis un homicide.
Méthode de recherche : Les auteurs n'ont pas décrit la méthode de recherche, mais il s'agissait d'une étude transversale basée sur un échantillon de commodité composé de personnes acquittées pour cause d'aliénation mentale et, dans le cas des délinquants schizophrènes déclarés coupables d'homicide, un échantillon prélevé à partir d'une « liste de sujets cibles », qui semble avoir été dressée par les auteurs. Enfin, les délinquants du troisième groupe ont été choisis dans différents établissements.
Lieu : Le plus important hôpital pénitentiaire et trois établissements à sécurité moyenne et maximale de Québec (Canada).
Sujets : Quatorze des 17 patients acquittés pour cause d'aliénation mentale après août 1990 (83 p. 100), 12 des 14 délinquants atteints de schizophrénie et déclarés coupables d'homicide (86 p. 100) et 15 des 56 sujets ne souffrant pas de troubles mentaux (21 p. 100) ont accepté de participer à l'étude.
Mesures : Les sujets du deuxième groupe, c'est-à-dire les « sujets cibles », ont été soumis au test SCID (Structured Clinical Interview for DSM Disorders). Le questionnaire DIS (Diagnostic Interview Schedule) a été utilisé pour établir un diagnostic de toxicomanie fondé sur les antécédents de consommation de drogue ou d'alcool. La Grille d'histoire d'agression physique contre la personne (GHAP) a été utilisée pour mesurer les aspects qualitatifs et quantitatifs des agressions contre la personne (ce type d'agression était défini comme un acte comportant un contact traumatique entre deux personnes, soit directement, soit au moyen d'un objet). Les antécédents criminels ont été déterminés à l'aide des casiers judiciaires de la GRC. Les dossiers médicaux ont été utilisés pour vérifier si les sujets avaient bien été acquittés pour cause d'aliénation mentale et pour confirmer les diagnostics de schizophrénie. Tous les sujets devaient avoir un Q.I. supérieur à 70 sur l'échelle WAIS-R (Wide Range Achievement Tests).
Principaux résultats : Fait important, 60 p. 100 des délinquants ne souffrant pas de troubles mentaux qui avaient commis un homicide avaient des antécédents de toxicomanie (dépendance à l'égard de la drogue ou de l'alcool), comparativement à 36 p. 100 des délinquants acquittés pour cause d'aliénation mentale. Une plus grande proportion des deux groupes de délinquants déclarés coupables d'homicide étaient susceptibles d'avoir commis ce crime sous l'influence de l'alcool ou de la drogue, comparativement au groupe des délinquants acquittés pour cause d'aliénation mentale. Aucune différence significative n'a été constatée entre les groupes pour ce qui est du nombre moyen de cas d'agression. Les auteurs ont constaté que les délinquants acquittés pour cause d'aliénation mentale étaient plus agressifs durant une phase aiguë de leur maladie que les délinquants schizophrènes qui avaient été déclarés coupables. Le nombre d'hospitalisations était le même pour les deux groupes de délinquants reconnus coupables, mais les délinquants chez qui on avait diagnostiqué une schizophrénie avaient été hospitalisés plus souvent après le crime.
Conclusions : Le groupe des délinquants schizophrènes déclarés coupables d'homicide était très semblable au groupe des délinquants qui ne souffraient d'aucun trouble mental majeur à l'égard de plusieurs variables, dont l'âge au moment de la première condamnation, la consommation de drogue ou d'alcool ou l'identification de la victime. Il était semblable au groupe des délinquants acquittés pour cause d'aliénation mentale à l'égard du Q.I., du diagnostic de toxicomanie, du nombre d'hospitalisations, de l'âge où la schizophrénie était apparue et du choix de la victime. Ainsi, l'âge au moment de la perpétration du premier acte criminel semblait être le seul facteur qui permettait de distinguer les délinquants reconnus coupables de ceux qui avaient été acquittés. On a également constaté que les personnes atteintes de schizophrénie avaient commis plus jeunes des actes criminels que celles acquittées pour cause d'aliénation mentale. On peut donc envisager qu'à cause de cette criminalité précoce, les schizophrènes ont été classifiés comme criminels plutôt que comme malades mentaux.
Critique de la méthode : Les forces de cette étude sont, notamment, l'évaluation des deux groupes de malades mentaux, qui a été aussi approfondie qu'elle pouvait l'être. Malheureusement, les auteurs ont commis un grand nombre d'erreurs méthodologiques. Premièrement, il s'agissait d'une étude transversale et l'échantillon était, de toute évidence, très sélectif, car il était composé d'individus qui étaient déjà considérés comme des malades mentaux violents (dans le cas des deux groupes de schizophrènes). Deuxièmement, les auteurs n'ont pas précisé comment les délinquants acquittés pour cause d'aliénation mentale avaient été sélectionnés. De plus, le taux de participation des délinquants ne souffrant pas de troubles mentaux était très faible. Les propriétés psychométriques de la GHAP ne sont pas indiquées. Les auteurs n'ont pas indiqué pourquoi ils ont utilisé le questionnaire DIS pour établir le diagnostic plutôt que la section du questionnaire SCID qui porte sur l'abus d'alcool et de drogue ou la dépendance à l'égard de l'alcool ou de la drogue.
Causalité : Ces résultats ne permettent pas de conclure qu'il y a un lien de causalité entre la maladie mentale et la violence.
Bland, R.C., Newman, S.C., Dyck, R.J. et Orn, H. (1990). Prevalence of psychiatric disorders and suicide attempts in a prison population, Revue canadienne de psychiatrie, vol. 35, p. 407-413.
Objectif : Estimer la prévalence de la maladie mentale dans une population carcérale.
Méthode de recherche : Enquête transversale.
Lieu : Un centre de détention provisoire et un établissement provincial (détenus purgeant une peine de deux ans moins un jour) situés à Edmonton (Alberta) Canada.
Sujets : Un échantillon systématique composé de 180 hommes.
Mesures : Le questionnaire DIS (Diagnostic Interview Schedule).
Principaux résultats : La prévalence à vie des troubles mentaux a été estimée à 92 p. 100. La toxicomanie, y compris l'alcoolisme, représentait la majeure partie des cas (87 p. 100), la personnalité antisociale représentait 57 p. 100 des cas et les troubles affectifs, 23 p. 100 des cas. La prévalence de la schizophrénie a été estimée à 2 p. 100.
Conclusions : Il y avait un grand nombre de délinquants atteints de troubles mentaux dans les prisons à l'étude, mais la toxicomanie et les troubles de la personnalité représentaient la majeure partie de ces troubles.
Critique de la méthode : Les forces de cette étude, que très peu d'autres études dans le domaine possèdent, reposent sur le choix d'un échantillon représentatif et sur le fait que les auteurs ont pris soin de faire des comparaisons appropriées par rapport à des données standardisées relatives au sexe, à l'âge et aux estimations de la prévalence de la maladie mentale au sein de la population générale de la ville d'Edmonton. Malheureusement, les auteurs ont mêlé deux types de population carcérale, c'est-à-dire celle des centres de détention provisoire et celle des prisons, ce qui peut avoir entraîné une surreprésentation des cas de toxicomanie et de personnalité antisociale. En outre, ils ont utilisé les critères diagnostiques du DIS (le DIS est basé sur le DSM-III). L'utilisation de ces critères a non seulement pour effet de surreprésenter les cas de personnalité antisociale (trouble défini en fonction de la criminalité) au sein des populations carcérales, mais aussi de sous-représenter les autres troubles mentaux qui sont plus fréquents au sein de ce genre de population (troubles mentaux non inclus dans le DIS).
Causalité : Ces résultats ne permettent pas de conclure qu'il y a un lien de causalité entre la maladie mentale et la violence.
Brownstone, D.Y et Swaminath, R.S. (1989). Violent behaviour and psychiatric diagnosis in female offenders, Revue canadienne de psychiatrie, vol. 34, no 3, p. 190-194.
Objectif : Cette étude avait pour but de vérifier les hypothèses selon lesquelles 1) les crimes avec violence seraient associés à certains troubles mentaux, 2) l'âge au moment de l'admission serait associé au genre de crime commis et l'âge au moment de l'admission serait associé au trouble mental diagnostiqué, 3) les crimes commis par de jeunes délinquantes comporteraient plus de violence que les crimes commis par des délinquantes plus âgées et 4) le trouble diagnostiqué serait relié à l'âge au moment de la première admission dans un établissement psychiatrique ou du premier crime commis.
Méthode de recherche : Examen rétrospectif de dossiers médicaux.
Lieu : Le centre médico-légal d'un hôpital psychiatrique de l'Ontario, Canada, qui est le seul centre pour les délinquantes atteintes de troubles mentaux dans cette province.
Sujets : Toutes les femmes (91) placées dans ce centre au cours d'une période de cinq ans, de janvier 1981 à décembre 1985, pour l'une des raisons suivantes : évaluations psychiatriques (47), acquittées pour cause d'aliénation mentale ou déclarées inaptes à subir leur procès (30), ordonnances de probation (5) ou transfèrements à partir d'une prison à cause d'une maladie mentale (9).
Mesures : Les chercheurs ont utilisé une formule spécialement conçue pour l'extraction des données. Les diagnostics établis selon la CIM-9 ont été vérifiés durant des réunions où des membres d'équipes pluridisciplinaires en sont arrivés à un consensus.
Principaux résultats : Dans 41,9 p. 100 des cas, les sujets avaient des antécédents criminels consignés. L'âge moyen au moment de la première condamnation était de 21,5 ans. Des crimes avec violence avaient été commis par 53,8 p. 100 des sujets. La majorité des sujets (72,6 p. 100) avaient déjà été hospitalisés dans un établissement psychiatrique et la moyenne d'âge au moment de la première admission était de 24 ans. Un diagnostic de psychose, le plus souvent la paranoïa, avait été établi chez près de la moitié des sujets (42,9 p. 100). Un trouble de la personnalité avait été diagnostiqué chez 35 sujets (38,5 p. 100).
Conclusions : Les diagnostics de troubles de la personnalité étaient plus fréquents chez les sujets âgés de moins de 30 ans, alors que les diagnostics de psychose étaient plus fréquents chez les sujets de plus de 30 ans. Il n'y avait pas de lien entre l'âge et le fait que le crime ait été commis avec ou sans violence. Il n'y avait pas de lien entre un type de trouble et les crimes avec violence, et le genre de crime commis n'était pas relié à l'âge au moment de la perpétration du premier crime ni à l'âge au moment de l'admission.
Critique de la méthode : La principale force de cette étude réside dans le fait que c'est l'une des seules études qui portent uniquement sur les femmes. Malheureusement, comme les sujets ont été choisis dans un seul établissement, les résultats ne peuvent être dits représentatifs de l'ensemble des délinquantes. De plus, l'échantillon était composé de délinquantes n'ayant pas toutes le même « statut juridique ». Ainsi, les personnes en détention provisoire avant leur procès sont, par définition, présumées innocentes. Celles qui sont acquittées pour cause d'aliénation mentale ainsi que celles qui sont inaptes à subir leur procès peuvent aussi être innocentes. Par contre, les personnes à qui une peine a été infligée, qui sont en probation ou en prison, ont été reconnues coupables. Différents mécanismes de sélection sont en place à chacun de ces niveaux pour déjudiciariser certaines délinquantes, ce qui rend les résultats très difficiles à interpréter.
Causalité : Ces résultats ne permettent pas de conclure qu'il y a un lien de causalité entre la maladie mentale et la violence.
Coid, B., Lewis, S.W. et Reveley, A.M. (1993). A twin study of psychosis and criminality, British Journal of Psychiatry, vol. 162, p. 87-92.
Objectif : L'étude avait pour but de vérifier quatre hypothèses : 1) si les taux de criminalité sont plus élevés chez les probants schizophrènes que chez leurs jumeaux non atteints de schizophrénie, 2) si les taux de criminalité sont plus élevés chez les jumeaux schizophrènes que chez les jumeaux souffrant de psychose affective, 3) si les jumeaux schizophrènes ont des habitudes criminelles caractéristiques comparativement aux délinquants non atteints de schizophrénie et 4) si la schizophrénie précède la criminalité.
Méthode de recherche : Une étude de suivi rétrospective basée sur l'examen des dossiers médicaux d'une série consécutive d'individus reconnus comme étant des jumeaux (probants) et de leurs co-jumeaux (frères ou surs jumeaux) ayant pour but de vérifier les antécédents criminels et psychiatriques.
Lieu : Un hôpital important de réputation internationale situé dans le centre-ville de Londres, en Angleterre, dans le cas des probants et pour le suivi dans la collectivité des co-jumeaux.
Sujets : La première analyse a visé 280 probants et la seconde (analyse de pairs), 220 couples de jumeaux. L'échantillon total comptait 490 sujets. [(Les différences mathématiques sont dues à l'existence de doubles probants (jumeaux ayant tous les deux un casier judiciaire)].
Mesures : La zygosité a été établie par la comparaison sérologique ou par un questionnaire sur la ressemblance physique. Les sujets ont été examinés à l'aide du questionnaire SADS-L (Schedule for Affective Disorders and Schizophrenia) et un diagnostic a été établi suivant les critères du DSM et les critères diagnostiques de recherche.
Principaux résultats : Selon les diagnostics établis, dans le groupe des probants, 57,5 p. 100 des sujets souffraient d'un trouble bipolaire, 35 p. 100 souffraient de schizophrénie, 2,5 p. 100 souffraient d'un trouble schizophréniforme, 2,5 p. 100 souffraient de paranoïa et 2,5 p. 100 étaient atteints d'une psychose organique. Par contre, 50,4 p. 100 des co-jumeaux ne souffraient pas de troubles mentaux. Environ 33 p. 100 des co-jumeaux souffraient d'un trouble bipolaire et 9,7 p. 100 étaient atteints de schizophrénie ou d'un trouble schizophréniforme. Parmi les 490 sujets faisant partie de l'échantillon total, 16,9 p. 100 avaient été condamnés au moins une fois au criminel et, dans le groupe des probants, 21 p. 100 des sujets avaient un casier judiciaire. La proportion de probants condamnés au criminel (25,7 p. 100) dépassait considérablement la proportion correspondante chez leurs co-jumeaux respectifs (14 p. 100).
Conclusions : L'étude indique qu'il n'y a pas de lien entre la zygosité et la criminalité. Chez les sujets malades, il y avait une association significative entre le trouble diagnostiqué et la criminalité. Une proportion plus élevée d'hommes étaient criminels et schizophrènes, et une plus grande proportion de schizophrènes étaient criminels. Dans le groupe des probants, une plus grande proportion des schizophrènes que des sujets souffrant d'un trouble bipolaire avaient un casier judiciaire et étaient plus violents. La maladie avait précédé la criminalité dans 57,6 p. 100 des cas. Les auteurs ont conclu que les condamnations au criminel étaient en augmentation chez les psychotiques.
Critique de la méthode : Cette étude est l'une des rares études où l'on a comparé la maladie mentale et la criminalité chez des jumeaux. Les auteurs ont fait de leur mieux pour trouver les antécédents de naissance gémellaire chez les probants, pour trouver des co-jumeaux, pour vérifier la zygosité et pour vérifier les diagnostics établis chez des co-jumeaux. Les principales lacunes de cette étude sont reliées à la longueur de la période de suivi et à la difficulté de standardiser les méthodes diagnostiques appliquées au cours de cette longue période (40 ans). Elles sont reliées également à la surreprésentation des hommes dans le groupe des schizophrènes. De plus, le fait de ne pas posséder de données sur les antécédents criminels a rendu difficile la comparaison des deux groupes. Les auteurs ont conclu que les condamnations au criminel étaient en hausse chez les psychotiques alors qu'ils n'avaient pas de groupe témoin approprié.
Causalité : Ces résultats ne permettent pas de conclure qu'il y a un lien de causalité entre la maladie mentale et la violence.
Côté, G. et Hodgins, S. (1992). The prevalence of major mental disorders among homicide offenders, International Journal of Law and Psychiatry, vol. 15, p. 89-99.
Objectif : Estimer la prévalence à vie des troubles mentaux majeurs chez les détenus d'un pénitencier ayant été reconnus coupables d'homicide.
Méthode de recherche : Enquête transversale basée sur un échantillon représentatif de sujets et comparaison de délinquants ayant commis un homicide avec des délinquants n'ayant pas commis d'homicide.
Lieu : Pénitenciers sis au Québec, Canada.
Sujets : Un échantillon représentatif composé de 650 détenus, dont 460 (70,8 p. 100) ont été interrogés; 87 de ces 460 détenus avaient été reconnus coupables d'homicide.
Mesures : Version III-A du questionnaire DIS (Diagnostic Interview Schedule). Soixante-neuf sujets ont été interrogés à nouveau par un intervieweur différent cinq semaines après le premier interview et la mesure kappa a été établie à 0,78 pour le coefficient d'objectivité, ce qui reflète une bonne uniformité entre les intervieweurs.
Principaux résultats : En tout, 109 sujets souffraient d'un trouble mental majeur. En appliquant les critères d'exclusion du DSM-III pour n'obtenir qu'un diagnostic majeur par sujet, les chercheurs ont constaté qu'une plus grande proportion des sujets qui avaient commis un homicide (35 p. 100) souffraient d'un trouble mental majeur, généralement la schizophrénie, car ce taux était de 21 p. 100 chez les sujets n'ayant pas commis d'homicide. Lorsque les critères d'exclusion du DSM-III ont été assouplis, la dépression majeure à répétition caractérisait davantage les délinquants ayant commis un homicide. Dans 82 p. 100 des cas de schizophrénie et 83 p. 100 des cas de dépression majeure, l'apparition du trouble mental avait précédé l'homicide.
Conclusions : La prévalence à vie des troubles mentaux est plus élevée chez les délinquants de sexe masculin reconnus coupables d'homicide que chez les autres types de délinquants. Dans la majorité des cas, l'apparition du trouble mental avait précédé le crime.
Critique de la méthode : La principale force de cette étude réside dans le fait que les chercheurs ont utilisé un échantillon représentatif. Malheureusement, les sujets ont été choisis surtout dans une population d'individus qui avaient déjà été reconnus coupables d'une infraction, de sorte que les résultats ne reflètent pas les manifestations plus générales de la violence. L'utilisation du DSM-III et du questionnaire DIS présente des problèmes à cause des relations de dépendance entre la définition de la maladie mentale et celle de la violence. Bien que l'ordre temporel des facteurs ait pu être établi, les résultats ne peuvent être appliqués à l'ensemble des individus violents.
Causalité : Ces résultats ne permettent pas de conclure qu'il y a un lien de causalité entre la maladie mentale et la violence.
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