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Promotion Sante Mentale

Découverte des atouts - Le Programme des aidants communautaires

La recherche de modèles adaptés au sujet à l'étude a permis d'identifier un concept qu'il serait possible d'adapter et d'améliorer pour mieux combler les besoins de la communauté. En matière de développement communautaire, il faut non seulement être novateur, mais il faut également examiner dans une perspective nouvelle les actions que d'autres ont menées à bien. En combinant cette reconnaissance des actions déjà exécutées et cette capacité d'imagination, on obtient tous les éléments nécessaires pour satisfaire aux besoins d'une communauté. Il est impossible de prendre un programme ou une initiative qui a bien fonctionné dans une communauté et de l'implanter dans une autre communauté en s'attendant à obtenir les mêmes résultats. 

Les données et les concepts antérieurs nous fournissent des renseignements précieux pour identifier un des atouts majeurs en matière de promotion de la santé mentale des jeunes. En fait, il s'agit simplement des jeunes eux-mêmes. En reconnaissant le rôle prépondérant que jouent les jeunes, le Centre de ressources communautaires et l'École secondaire de West Carleton, en collaboration avec le Positive Futures for Youth Committee, ont pu démarrer un programme novateur appelé le Programme des aidants communautaires (Community Helpers Program). 

Programme des aidants communautaires  

Le Programme des aidants communautaires est fondé sur le programme des aidants naturels (Natural Helpers®) qui existe à Washington (D.C.). Le programme canadien des aidants communautaires a été adopté par le Projet national d'incitation à la poursuite des études grâce au financement de Développement des ressources humaines Canada. Le programme a été écrit par Dave Redekopp (1993). L'objectif original du modèle canadien était de promouvoir le perfectionnement professionnel en visant les jeunes décrocheurs potentiels. 

La philosophie du Programme des aidants communautaires appuie les principes du développement des capacités. « Dans chaque communauté il y a des personnes vers qui les autres se tournent tout naturellement lorsqu'ils ont besoin d'aide. Ce sont des gens de toutes conditions sociales et de tous les âges. La particularité qui les réunit, c'est que les autres les considèrent comme étant des aidants » (Redekopp, 1993). 

Le programme devient un outil-clé pour le développement des capacités, puisqu'il souligne les forces qui existent dans la communauté et non pas celles qui manquent. Le Programme des aidants communautaires ne crée pas des bénévoles en vue de travailler avec les jeunes, mais trouve un moyen de découvrir les membres de la communauté, les « aidants naturels », auxquels les jeunes se confient déjà lorsqu'ils ont un problème de santé mentale. Non seulement considère-t-on que le verre est toujours à moitié plein, mais il y a également beaucoup de personnes dans la communauté qui peuvent remplir le verre. 

Le programme aide les communautés à identifier leurs aidants naturels. N'importe quelle personne en relation avec les jeunes peut être un aidant communautaire. Il peut s'agir d'amis, de partenaires de sport, de voisins, d'enseignants ou d'ecclésiastiques. Ce programme a de nombreux avantages par rapport aux programmes d'entraide traditionnels, car il réduit les inégalités entre jeunes. Avec les modèles traditionnels, les jeunes peuvent avoir l'impression que les aidants, même s'ils sont eux-mêmes des jeunes, ne peuvent pas comprendre les problèmes auxquels ils sont confrontés dans leurs groupes d'amis. Dans le Programme des aidants communautaires, ce sont les jeunes qui sont déjà en contact avec d'autres jeunes qui sont choisis. Ce programme leur permet d'augmenter leur capacité de soutien auprès des autres, car ils découvrent une multitude de ressources qu'ils pourront mettre à la disposition de leurs amis qui en ont besoin. 

Les objectifs du Programme des aidants communautaires sont les suivants : 

  • Jeter des ponts entre les réseaux de soutien officiels et officieux. 
  • Promouvoir l'identification précoce de jeunes à risque. 
  • Aider les jeunes aux prises avec des problèmes/des inquiétudes. 
  • Fournir des informations précises aux jeunes et aux membres des communautés. 
  • Mettre les jeunes en rapport avec les fournisseurs de services existants. 
  • Identifier les lacunes en ce qui concerne les besoins en santé mentale des jeunes. 

Les aidants communautaires sont identifiés au moyen d'un sondage anonyme qui est distribué à toute la population scolaire. Le sondage demande aux jeunes d'identifier les membres de la communauté vers qui ils se tourneraient pour obtenir de l'aide en cas de problème personnel. On demande aux jeunes de préciser deux noms parmi leurs amis et deux noms parmi les adultes. Les jeunes peuvent indiquer qu'ils ne se confieraient à aucun membre de la communauté. D'une durée de deux jours, le sondage se fait avec la participation de chefs de file étudiants dûment formés (des pairs aidants ou des représentants du conseil étudiant). 

Conception et gestion de l'étude 

Un sondage convivial a été conçu en collaboration avec Nortel Networks. L'objectif était de faire participer les jeunes à la collecte et à la saisie des données. Encore une fois, cela démontre qu'il y a dans la communauté des ressources auxquelles on n'avait jamais porté attention et que celles-ci peuvent s'avérer utiles pour s'attaquer aux problèmes de santé mentale. Ce partenaire œuvre dans le domaine de la haute technologie et a pu participer en exploitant ses propres forces. Ainsi, ce partenaire a pu constater qu'il peut aussi contribuer concrètement (et pas seulement sur le plan financier) aux efforts axés sur la santé et le bien-être des membres de la communauté, dont une partie travaille d'ailleurs dans cette même entreprise. 

Le sondage a été mené en prolongeant une classe-foyer en matinée, nous avons ainsi pu nous assurer que la majorité des jeunes avaient pu être contactés. Ce sondage se fait chaque année pour que de nouveaux aidants communautaires puissent être identifiés et pour s'assurer que le nombre d'aidants reste relativement constant. 

Le premier jour du sondage, les étudiants responsables du sondage se sont rendus dans la classe-foyer et ont expliqué aux étudiants en quoi consiste le Programme des aidants communautaires. Ils ont demandé aux étudiants de réfléchir pour déterminer quels sont leurs aidants naturels et de revenir le lendemain avec le plus d'information possible. De plus, des listes indiquant les ressources à leur disposition ont été distribuées aux jeunes pour leur rappeler qu'il existe des aidants plus « officiels » dans la communauté s'ils n'ont personne vers qui se tourner. 

Le deuxième jour, le sondage a été distribué et rempli dans la classe-foyer. On a rappelé aux étudiants que le sondage était anonyme; une fois le questionnaire de sondage rempli, les données ont été centralisées pour que les différentes classes-foyer ne puissent pas être identifiées. 

Mise en ordre du sondage 

La saisie des données du sondage a pris plusieurs jours (1 000 jeunes ont été interrogés). C'est devenu une tâche de longue haleine pour les étudiants qui travaillaient sur ce sondage. De manière inattendue, les connaissances informatiques des jeunes qui saisissaient les données se sont améliorées. 

Sélection des aidants communautaires 

Les aidants communautaires ont été sélectionnés si leur nom apparaissait deux fois ou plus dans la base de données. Il faut se rappeler les facteurs-clés suivants pour sélectionner les aidants communautaires : 

  • Il ne s'agit pas d'une compétition ou d'un concours de popularité. 
  • Il s'agit d'un profil instantané pour une journée, valable uniquement pour la communauté scolaire. 
  • Il se peut que beaucoup d'aidants ne soient pas identifiés. 
  • Il s'agit d'un programme à participation volontaire. 

Recrutement des aidants communautaires 

Les aidants communautaires ont reçu une lettre leur indiquant que leur nom était apparu dans les résultats du sondage. Ils ont été invités à assister à une séance d'orientation pour discuter plus en détail du programme et de leur éventuel engagement. Puisque la participation au programme se fait sur une base volontaire, les personnes dont le nom était apparu lors du sondage n'étaient pas obligées d'adhérer au programme. On leur demandait tout simplement de prendre l'ensemble pédagogique qui contenait la liste des ressources disponibles en santé mentale, au cas où leurs amis ou eux-mêmes auraient besoin d'aide. 

Les jeunes qui ont assisté à la séance d'information ont été présentés à des représentants d'institutions qui offrent des services aux jeunes, et on leur a fourni du matériel pédagogique. En vue des groupes de travail ultérieurs, on leur a également demandé de réfléchir aux éléments susceptibles de les aider à soutenir leurs amis. 

Les résultats obtenus diffèrent pour chaque école. Par exemple, une des écoles a soumis quatre éléments-clés : 

  • Prévention du suicide 
  • Conflit entre les parents et les adolescents 
  • Alcool au volant 
  • Gestion du stress 

Certaines écoles ont organisé des séminaires d'accueil pour les aidants communautaires pendant les heures de cours ou pendant l'heure du dîner. D'autres ont préféré organiser une expérience de type « camp » pour les aidants identifiés lors du sondage dans le but d'aborder quantité d'éléments à la fois. Pendant ces camps, on demande aux institutions officielles qui offrent des services aux jeunes de faire des présentations pour que les jeunes établissent plus de liens avec elles. 

Le modèle préconisé est très flexible et s'adapte aux différentes approches. Il est donc très important de respecter la façon de faire des différentes communautés (dans ce cas, les écoles) pour que la démarche ait un sens pour elles. Ce respect est nécessaire afin de rallier la communauté au projet. 

Une caractéristique intéressante des aidants qui ressort du sondage et qui n'a surpris personne est que les aidants communautaires sont à l'écoute des autres et que leurs amis se tournent volontiers vers eux. Cette qualité de « soignant » des aidants communautaires comporte également des inconvénients; ils aident constamment leurs amis, mais qui les écoute, eux? Après avoir consulté et relevé les observations des aidants communautaires, on a décidé de commencer chaque séance de formation par un volet « autogestion ». 

Principaux avantages du Programme des aidants communautaires 

Un des principaux avantages du Programme des aidants communautaires est lié à son caractère inclusif. En effet, il permet d'avoir un échantillon représentatif de la population étudiante et permet aux étudiants qui ne se sentent pas inclus dans la communauté scolaire de désigner leurs propres personnes aidantes. De plus, ce n'est pas un groupe clairement identifié. N'importe qui peut être aidant communautaire. Le sondage a fourni un point de départ pour trouver les aidants naturels d'une communauté. Néanmoins, beaucoup d'aidants s'identifient par eux-mêmes, et il faut également leur faire une place. Les aidants communautaires sont les personnes vers qui les jeunes se tournent déjà lorsqu'ils ont un problème personnel. Si une personne pense qu'elle joue ce rôle, on ne remet pas en question son opinion, mais on l'encourage. 

Si le Programme des aidants communautaires permet de jeter des ponts entre les réseaux officiels et officieux, il faut croire que c'est un outil précieux pour la promotion de la santé mentale. L'objectif premier est de tendre la main aux aidants communautaires pour leur fournir les bons outils afin qu'ils puissent s'attaquer aux problèmes de santé mentale des jeunes. Les aidants adultes et les aidants adolescents reçoivent une trousse d'information qui contient de la documentation sur l'abus d'alcool ou d'autres drogues, la violence dans les fréquentations, les conflits parents-adolescents, les troubles de l'alimentation, la santé en matière de sexualité et la prévention du suicide. Les aidants des jeunes sont officiellement présentés aux fournisseurs de services des jeunes de l'école, ce qui permet aux intéressés d'associer des noms personnels à l'organisation. 

On attire l'attention des aidants adultes sur les institutions de la communauté qui offrent des services aux jeunes. Après une des tragédies, l'entraîneur d'une association sportive a déclaré « Je sens que parfois les jeunes de mon équipe sont aux prises avec des problèmes, mais je ne savais même pas que vous existiez » (en parlant des organismes sociaux qui offrent des services aux jeunes). Lorsque ce moniteur a été désigné comme aidant communautaire, il est retourné auprès de son association sportive et a organisé une présentation sur les problèmes de santé mentale des jeunes pour toute l'équipe d'entraîneurs bénévoles. Lorsque des adultes sont désignés comme aidants communautaires par les jeunes, cela leur donne encore plus de moyens et confirme qu'ils jouent un rôle positif et important dans la vie des jeunes. 

Comme il a déjà été mentionné, la professionnalisation de l'aide ne convient pas aux jeunes, car ils ont indiqué qu'ils iraient chercher de l'aide auprès des professionnels dans seulement un pour-cent des cas. Les personnes désignées en tant qu'aidants communautaires proviennent de différents groupes de la communauté. Il peut s'agir d'amis, de coéquipiers, d'entraîneurs, de professeurs de danse, de voisins, voire même d'une serveuse du café-restaurant local où se tiennent les jeunes. 

Mobilisation de la communauté grâce aux aidants communautaires 

« Je sais personnellement combien il est difficile de chercher de l'aide auprès d'étrangers ou auprès de services externes. Le Programme des aidants communautaires prépare les jeunes à reconnaître les problèmes de santé mentale pour qu'ils puissent aider leurs amis. En ce qui me concerne, c'est mon amie qui m'a fait entrevoir que je souffrais probablement de troubles de l'alimentation. Mon amie participe au Programme des aidants communautaires et elle a été en mesure de reconnaître mon problème et de m'aider à obtenir les services dont j'avais besoin. Maintenant que je m'en suis remise, je me suis engagée à veiller à ce que ce genre de programme continue d'exister pour les jeunes de mon école et dans d'autres écoles de la communauté. Je suis maintenant moi-même une aidante communautaire et je me sens plus à l'aise d'aider mes amis à régler leurs problèmes car je sais maintenant où les envoyer si leurs problèmes sont graves. » 

Une étudiante de 17 ans de
l'école secondaire de West Carleton 

Le Programme des aidants communautaires ne préconise pas que tous les membres de la communauté deviennent des conseillers professionnels. Ce programme vise à jeter des ponts entre les systèmes officiels et officieux d'aide aux jeunes. Il faut que les communautés possèdent les outils nécessaires pour reconnaître et prendre des mesures à l'égard des problèmes de santé mentale. Il apparaît que la communauté est le premier point de contact. Une communauté qui est en mesure de défier les stigmates et la honte liées aux problèmes de santé mentale, devient une communauté où il fait bon vivre, pas seulement pour les jeunes, mais pour tout le monde. 

Même si le jeune n'utilise pas immédiatement l'aide à sa disposition, il peut établir un lien avec l'aidant. Très souvent, les aidants communautaires, lorsqu'ils sont inquiets au sujet d'un jeune, vont consulter une institution officielle qui s'occupe des jeunes. Les aidants sont plus enclins à apprécier le rôle que jouent des institutions et des personnes aux attributions plus officielles, car dans leur rôle d'aidant communautaire, ils ont pu « mettre un visage » sur une grande partie de ces professionnels aidants. Cela permet de diminuer les stigmates que l'on associe au fait d'aller chercher de l'aide. À maintes reprises, des aidants ont amené à une séance de consultation une personne qui jouait un rôle prépondérant dans l'établissement de liens avec les jeunes à risque. Par conséquent, les aidants communautaires deviennent l'outil promotionnel des institutions d'aide aux jeunes présentes dans la communauté. « Le grand public et les adolescents eux-mêmes doivent être ciblés par cette formation. Le moyen par lequel ces renseignements sont diffusés sera tout aussi important que le message lui-même, car il est évident que les jeunes écoutent mieux certaines personnes. » (Davidson et Manion, 1996). 

Le Programme des aidants communautaires est également un outil inestimable, car c'est une initiative qui a du sens pour la communauté. À West Carleton, les gens se sont ralliés au programme en grand nombre en raison des caractéristiques de celui-ci. Il est à la fois adapté aux jeunes et efficace par rapport aux coûts, ce qui a intéressé tout le monde, y compris le milieu des affaires et les jeunes eux-mêmes. Le milieu des affaires, les jeunes et les fournisseurs de services se sont passionnés pour le Programme des aidants communautaires et se sont donné pour but ultime de déstigmatiser les problèmes de santé mentale pour la prochaine génération. Lorsqu'une communauté s'enthousiasme, le développement des capacités et la mobilisation se font tout seuls. Les gens veulent faire partie de la solution. 


Partenariats de collaboration - mise en place de partenariats durables 

« On définit un partenariat comme étant une relation entre deux ou plusieurs parties qui, ayant des objectifs compatibles, s'entendent pour faire quelque chose ensemble. Les partenariats concernent des personnes qui collaborent dans une relation mutuellement bénéfique, souvent pour mener à bien des projets qui n'auraient pas pu être réalisés par une personne seule. » 

(DRHC, 2000) 

Le développement des capacités communautaires et la mobilisation se font si des partenariats efficaces sont créés et maintenus. Du point de vue de la communauté, les types de partenaires sont étendus et leur nombre élevé. Ils peuvent inclure les jeunes, leurs parents, le système scolaire, les fournisseurs de services, la police, les commerces, le gouvernement et les médias. Dans chaque cas, il faut évaluer quel rôle les partenaires pourraient jouer et comment les soutenir dans ces rôles. Les partenaires ne peuvent pas jouer des rôles complètement indépendants; ces rôles doivent se recouper et être un exemple d'appréciation et de respect mutuels pour les capacités des autres. 

Alors que la communauté commençait à s'apercevoir qu'elle pouvait être un agent de changement, ses appels collectifs ont commencé à être entendus. Ainsi, on a vu se créer un réseau de partenariats entre le Centre de ressources communautaires, l'école secondaire de West Carleton, les entreprises, les jeunes et la communauté. L'expertise et les forces individuelles de chaque partenaire ont été appréciées à leur juste valeur. On a fait appel aux capacités de chaque personne et de la communauté pour parler de la vision commune en matière de promotion de la santé mentale des jeunes. Le noyau de ce réseau était constitué par les jeunes eux-mêmes. Il fallait s'assurer que les stratégies incluent les jeunes, qu'elles sont adaptées aux jeunes et qu'elles sont accessibles à la population rurale. 

Milieu de l'enseignement 

« Les écoles sont, ou devraient être, des institutions qui jouent un rôle important en matière de bien-être de l'enfance. Les institutions que les jeunes fréquentent à raison de cinq heures par jour, pendant les deux tiers de l'année, devraient bien connaître les enfants, devraient prendre soin d'eux en tant que personnes et devraient se préoccuper de leur bien-être. » 

(Bagley et Ramsey, 1997)

L'école secondaire de West Carleton a joué un rôle fondamental dans le développement des capacités de la communauté. Elle a assumé le rôle d'école en tant que communauté et a perpétuellement créé des occasions pour engager les jeunes et le personnel scolaire dans le processus. Le personnel de l'école secondaire de West Carleton croit aux initiatives qui « sortent des sentiers battus ». Les obstacles ont été vus comme étant des défis à relever à résoudre et des occasions à saisir. 

West Carleton est une communauté rurale vaste, où chaque étudiant doit compter sur le l'autobus (ou un véhicule) pour se rendre à l'école. Il peut s'avérer difficile de combler les besoins en santé mentale de jeunes qui habitent dans un environnement rural. Les jeunes qui n'ont pas facilement accès à des moyens de transport peuvent difficilement avoir accès à un soutien confidentiel. La vie dans une petite communauté rurale peut apporter un sentiment d'appartenance, mais elle peut également supprimer tout sentiment de vie privée. Parfois, on a l'impression que tout le monde connaît les problèmes des autres. 

Fournisseurs de services aux jeunes 

Le développement des capacités et des partenariats a également eu lieu au niveau professionnel. De nombreux « domaines de spécialité » ont vu le jour dans la lutte aux problèmes de santé mentale des jeunes. Alors que la spécialisation peut s'avérer utile pour fournir des services permettant de comprendre et de traiter des problèmes complexes de santé mentale, comme l'abus d'alcool ou d'autres drogues, les troubles de l'alimentation ou les dépressions, elle dresse de manière non intentionnelle des obstacles entre les jeunes et les aides disponibles. Parfois, c'est le mandat d'une institution qui devient le point de mire et non les besoins de la communauté. Il se peut que le développement des communautés n'ait pas été le catalyseur dans la planification stratégique de certaines institutions. Les sources de financement dictent où et comment un organisme intervient et elles peuvent être à l'origine de « luttes territoriales ». 

Les fournisseurs de services n'ont souvent qu'une seule chance pour faire participer les jeunes. Les jeunes (ou leurs parents) prennent l'initiative de demander de l'aide et parfois on leur répond qu'ils ont contacté la mauvaise institution. Pour développer la capacité communautaire des jeunes, il fallait que les personnes en charge d'aider les jeunes aux prises avec des problèmes de santé mentale aient une vision commune et des partenariats bien établis. 

Une fois qu'on a reconnu et accepté que l'école faisait office de « communauté » pour les jeunes, il a fallu reconnaître que la capacité d'aider ces jeunes devrait nécessairement se développer dans l'environnement scolaire. Il ne suffisait pas de s'engager dans la promotion de la santé mentale des jeunes et de parler des services d'aide aux jeunes si ces derniers ne leur étaient pas accessibles. Dès que les partenariats avec les principaux fournisseurs de services aux jeunes furent établis, ils ont été intégrés dans la vision communautaire. Il y a maintenant des institutions qui fournissent un soutien sur place aux jeunes qui fréquentent l'école secondaire de West Carleton dans le but de compléter le travail fourni par le personnel scolaire existant. En font partie : un centre de santé-sexualité pour les adolescents, les services Rideauwood en matière de toxicomanie et d'aide à la famille, un bureau de services à la jeunesse, le personnel du Centre de ressources communautaires, y compris un conseiller à l'accueil, un travailleur d'approche pour les gais et les lesbiennes de même qu'un coordinateur pour les aidants communautaires, la promotion de la santé mentale par Youth Net/Réseau Ado, une personne-ressource pour les jeunes qui venait des services de police d'Ottawa et le programme d'intervention précoce de l'Hôpital Royal d'Ottawa. 

Police 

Il arrive trop souvent que les policiers soient les premiers sur les lieux d'une crise; ils font leur travail puis répondent à la prochaine crise. La capacité de la police en matière de promotion de la santé mentale des jeunes est souvent sous-estimée. La police est souvent le premier point de contact pour les jeunes qui adoptent un comportement axé sur la prise de risque. Les parents appellent souvent la police parce qu'ils s'inquiètent sérieusement pour leurs jeunes. La police sait elle-même que lorsqu'un jeune lutte contre des problèmes de santé mentale, cela peut avoir des effets dévastateurs sur la communauté. Dans une petite communauté, ce sont en général toujours les mêmes agents de police qui répondent aux appels nécessitant une intervention. Les agents de police étaient confrontés à la même question que les autres fournisseurs de services : Pourquoi cela arrive-t-il? 

Un programme d'information destiné aux parents a été créé en 1996 par le Centre de ressources communautaires et la police provinciale de l'Ontario. Il s'intitule « You've Had Pre-Natal, Now Get Pre-Teen ». Ce programme n'en était qu'à ses débuts avant les tragédies de West Carleton, mais il est devenu une importante source d'aide pour les parents à la recherche de renseignements. You've Had Pre-Natal, Now Get Pre-Teen est un programme d'intervention et d'identification précoce destiné aux parents qui sont confrontés à des problèmes de santé mentale et de criminalité chez les jeunes. 

Le programme recommande que la police et les institutions communautaires « collaborent avec les parents » pour augmenter la capacité communautaire en vue de comprendre la relation entre la santé mentale et les comportements axés sur la prise de risque. Le concept est similaire à celui des cours prénatals. Le séminaire est présenté à toute la communauté et est animé par un agent de police et du personnel du Centre de ressources communautaires. 

Un livre d'accompagnement portant le même titre a été publié en 1999 grâce au financement d'une société de bienfaisance locale. Ce livre clair et complet, facile à lire, aborde les comportements normaux des adolescents, les comportements et problèmes inquiétants, divers droits reconnus par la loi, les responsabilités associées à la situation de parent et d'adolescent, l'abus d'alcool ou d'autres drogues, les problèmes de santé mentale et les ressources présentes dans la communauté. 

Ce partenariat est un excellent exemple de développement des capacités communautaires. Les parents ont accès à une « formule multi-services » offerte par les institutions communautaires qui offrent des services aux jeunes. Les créateurs du programme ont réussi à promouvoir la compréhension et le respect des différences professionnelles pour ce qui est de la façon dont les policiers et les organismes de services sociaux abordent les problèmes des jeunes. De plus, grâce au partenariat, la police a été mieux intégrée dans le processus d'intervention face aux problèmes de santé mentale des jeunes. Dans l'ensemble, les agents de police sont mieux au courant des services à la disposition des familles, et ils réfèrent les personnes aux organismes de santé mentale beaucoup plus rapidement. 

Gouvernement (administration municipale) 

Il est normal d'engager le gouvernement dans la mobilisation communautaire, car les politiciens sont élus pour représenter leurs électeurs et par conséquent les inquiétudes et les visions de ceux-ci. Par définition, il est important d'engager tout le monde dans la vision et le plan d'action à long terme d'une communauté. L'obtention d'un soutien de source publique, que ce soit sous la forme de déclarations ou d'aide financière, renforce la crédibilité des efforts de mobilisation communautaire. Néanmoins, il est dangereux de compter uniquement sur le financement du secteur public pour mener à bien une initiative. Il est préférable que bon nombre de partenaires et de contacts s'intéressent au plan d'action, car cela permet de développer la capacité et solidifie la mobilisation. 

Dès le début du processus, le maire et les membres du conseil municipal de West Carleton ont assisté à une présentation sur les problèmes de santé des jeunes. Cette présentation visait initialement à recueillir des fonds, mais elle est devenue par la suite une formidable occasion de promouvoir la santé mentale des jeunes. La présentation a été faite par le Centre de ressources communautaires et un représentant du milieu des affaires. Le conseil n'avait jamais vu pareil concept. En effet, les gens d'affaires s'adressent en général au conseil pour des questions de modification de zonage ou pour des approbations d'emplacement, mais certainement pas pour recueillir des fonds pour la santé mentale des jeunes. Les représentants de l'administration municipale ont accepté de fournir les subventions demandées pour l'effort de collecte de fonds et ont, en outre, promis d'encourager d'autres intervenants à faire de même. De plus, le conseil s'est beaucoup informé sur les problèmes de santé mentale des jeunes et sur les ressources disponibles. Tout au long des dernières années, le conseil a créé de nombreuses tribunes pour discuter de la promotion de la santé mentale des jeunes. Lors de la campagne de réélection, certains ont même indiqué qu'ils soutenaient ces initiatives. 

Médias 

Après les tragédies, les médias ont envahi l'école et la communauté pour couvrir les événements. Les journalistes arrêtaient les jeunes dans le stationnement de l'école et leur demandaient pourquoi les jeunes de leur communauté se tuaient. C'était très pénible pour les étudiants et ils ne savaient pas quoi répondre. Pour y faire face, les membres du comité des jeunes ont été « formés aux rapports avec les médias ». De plus, ils ont invité les médias à une conférence de presse avant la réunion communautaire. On avait fourni des messages-clés aux jeunes, et ils pouvaient s'en servir pour répondre aux journalistes (p. ex., le suicide est un problème complexe, un suicide est un suicide de trop, on peut prévenir le suicide, le suicide concerne la douleur, une douleur que l'on veut éliminer). Au lieu d'empêcher les médias d'approcher les jeunes et d'avoir accès aux initiatives, on les encourageait à faire partie du mouvement, car on avait reconnu que les médias ont les moyens de diffuser les messages-clés à un public beaucoup plus vaste. 

La perte de plusieurs jeunes personnes en si peu de temps était le principal sujet de discussion au sein de la communauté. Les médias, comme le grand public, possédaient peu d'informations sur les problèmes de santé mentale des jeunes. Il fallait qu'ils apprennent quel rôle ils pouvaient jouer dans l'effort de mobilisation de la communauté. Les partenaires-clés ont décidé qu'il fallait mobiliser les médias autant que possible. Les journaux locaux étaient lus par presque tous les habitants. Dès lors, ils ont joué un rôle important pour diffuser du matériel pour la santé mentale des jeunes, la promotion d'initiatives importantes et les collectes de fonds. La mise sur pied d'un partenariat officiel avec les médias a donné un élan supplémentaire aux efforts de mobilisation communautaire et aux médias eux-mêmes. Par définition, le concept de la mobilisation communautaire comprend l'inclusion. Les médias avaient donc l'impression de faire partie de la solution. Cela a eu pour avantage d'apporter de nombreuses occasions de promouvoir la santé mentale des jeunes. 


Leadership 

« Il faut du leadership, du temps et des efforts pour développer des capacités. » 

(DRHC, 1999) 

Le développement des capacités ne se fait pas tout seul. Le leadership est un élément essentiel pour le développement des capacités et la mobilisation, car il permet de rassembler les principaux intéressés, de recueillir leurs idées et de transformer ces dernières en action. Il n'est pas obligatoire que ce leadership soit assumé par des dirigeants établis; il peut très bien être assumé par la communauté elle-même. Il pourrait s'agir d'un fournisseur de services, d'un parent, d'un membre du milieu des affaires ou même d'un jeune. Très souvent, ce sont les qualités personnelles de la personne qui lui permettent d'établir des liens avec les divers groupes qui forment la communauté. Ces personnes doivent être appuyées par des systèmes plus officiels pour qu'elles puissent se consacrer le plus possible à ce rôle prépondérant. Il faut beaucoup de temps pour encourager et maintenir des partenariats et il faut affecter les bonnes ressources à cette activité. 

En matière de promotion de la santé mentale, particulièrement auprès des jeunes, un leadership solide peut constituer une composante indispensable tout comme un obstacle en ce qui concerne le renouvellement et la durabilité de cette promotion. Sans leadership, il n'y a pas de développement des capacités ni de mobilisation. Lorsque le responsable des initiatives qui visent à promouvoir la santé s'en va, ces dernières peuvent devenir irréalisables si le leadership n'est pas appuyé par une fondation solide et un mécanisme pour la planification de la relève. Tout au long de l'élaboration et de l'évolution d'un programme, il faut équilibrer la conduite et le recrutement de la prochaine génération de leaders. 

Le rôle particulier attribué au titulaire du poste de développement communautaire auprès des jeunes par le Centre de ressources communautaires a permis d'assurer la continuité et la cohésion quant à la vision communautaire. Ce poste a permis d'établir la communication entre les jeunes, le Fonds d'aide aux jeunes, l'école, les fournisseurs de services, le gouvernement et la communauté en général. La communauté a admis que ce rôle prépondérant pouvait unir les protagonistes et pouvait servir de point de convergence pour leurs idées. Le fait qu'une personne endosse ce rôle prépondérant n'empêche pas que d'autres leaders fassent de même. En fait, les meilleurs leaders permettent à d'autres de s'affirmer et d'endosser des rôles importants. 

En ce qui concerne la mobilisation de la communauté, on accorde beaucoup d'importance au leadership local de la communauté. De par sa nature, le Programme des aidants communautaires favorise la stabilité dans l'émergence des jeunes leaders potentiels. Le programme est conçu de manière à rejoindre tous les jeunes. Ainsi, même les plus jeunes membres d'une communauté scolaire peuvent être désignés comme aidants. La communauté n'a alors pas besoin d'attendre que les capacités de leadership des jeunes se manifestent, car le sondage annuel permet d'identifier les capacités des jeunes. Par conséquent, à chaque fois qu'un groupe d'adolescents arrive à l'âge adulte, il y a un autre groupe de jeunes qui est là pour créer des visions nouvelles et atteindre de nouveaux buts en matière de promotion de la santé mentale des jeunes. Le programme est en évolution constante, et il met l'accent sur les capacités des jeunes du moment. La flexibilité, la créativité et la volonté d'adapter constamment les initiatives sont donc la clé pour mobiliser la communauté lorsqu'il s'agit de promouvoir la santé mentale des jeunes. 


Durabilité 

La durabilité des initiatives communautaires est l'un des plus grands obstacles à franchir en matière de promotion de la santé mentale. Il faut notamment assurer la continuité une fois que le plus gros de la crise a passé. De plus, il faut être capable de « passer le flambeau » aux leaders suivants après le départ de celui qui a aidé à mobiliser la communauté. Aux initiatives axées sur les jeunes sont associés des défis particuliers, puisque les jeunes leaders vieillissent et poursuivent leur vie. Dès lors, la durabilité doit être prise en considération dès le début. 

Audra Kneiper (1999), dans un article consacré à la douleur éprouvée par les survivants d'une tentative de suicide, a utilisé une citation de Henry David Thoreau qui est particulièrement bien adaptée à ce concept. 

« Si vous avez construit des châteaux dans les nuages, votre travail n'est pas vain c'est là qu'ils doivent être. À présent, donnez-leur des fondations. » 

La communauté s'est rendu compte que les outils pour bâtir le château existaient déjà dans la communauté de même que le plan de construction. Il y avait également consensus sur la nécessité de bâtir une fondation solide pour appuyer les efforts existants et pour développer un plan à long terme. De plus, la communauté s'est mise à « penser à l'avenir » pour anticiper les obstacles et saisir les occasions à explorer. 

Pour prévoir la durabilité, il faut tenir compte de la fluctuation de l'engagement communautaire. Certaines personnes s'engagent temporairement, peut-être pour participer à une activité spéciale, alors que d'autres s'engagent à long terme. La durée de l'engagement importe peu; on reconnaît la participation de tous et chacun, le but étant de bâtir une fondation durable. 

Collecte de fonds - Est-ce que le bien-être psychologique devrait s'autofinancer? 

Pour développer des capacités, il faut des ressources pour appuyer la vision commune et le plan d'action. Les stigmates et la honte associés aux problèmes de santé mentale peuvent ériger d'importantes barrières lorsqu'il s'agit de mobiliser une communauté pour qu'elle adopte la « cause » de la promotion de la santé mentale des jeunes. L'éducation du public, l'élaboration de programmes et les activités de collecte de fonds ont été réalisées par les personnes directement touchées par les problèmes. Habituellement, il s'agissait de survivants à une tentative de suicide ou de personnes dont la profession est d'aider autrui. Parfois, nous avions l'impression que nous devions assurer l'autofinancement du bien-être psychologique. 

Non seulement les collectes de fonds permettent-elles d'assurer une rentrée d'argent indispensable, mais elles sont un bon outil de promotion de la santé mentale des jeunes. Chaque événement ou activité était volontairement transformé en une séance d'éducation du public. Les membres du comité d'aide aux jeunes sont devenus des porte-parole éloquents pour expliquer les problèmes de santé mentale des jeunes. Les messagers n'étaient donc pas des « experts », mais simplement divers membres de la communauté, y compris des jeunes. Par exemple, un comptable a expliqué aux membres de la chambre de commerce locale les concepts de mal d'oreille par opposition à la douleur psychique et de promotion de la santé mentale des jeunes. Cela démontre bien les progrès accomplis en matière de développement des capacités communautaires. 

La mobilisation communautaire est un défi permanent. Puisque, traditionnellement, peu de financement de base est disponible pour le développement des capacités communautaires et pour la mobilisation, il faut absolument penser constamment à l'avenir. C'est pourquoi un plan d'action communautaire est nécessaire. En ce qui concerne West Carleton, ce plan abordait la durabilité au niveau financier et au niveau humain. Le fait que les partenaires, notamment le Fonds d'aide aux jeunes Brady Burnette, l'école secondaire de West Carleton et le Centre de ressources communautaires, aient pris le risque et se soient conjointement adressés à la Fondation Trillium de l'Ontario pour obtenir du financement de base en est un bon exemple. La mobilisation communautaire a dépassé le cadre des collectes de fonds communautaires, pour s'axer sur un type de financement plus global. Même le processus de présentation de demandes de financement a permis de développer les capacités communautaires et de mobiliser la communauté. En effet, cela a poussé les partenaires de la communauté à développer un plan stratégique détaillé pour la promotion de la santé mentale des jeunes. De plus, il fallait prévoir des résultats clairs et mesurables. Lorsque la Fondation Trillium de l'Ontario a alloué une subvention importante au programme, les partenariats se sont consolidés. 

Effets sur le développement des capacités communautaires - Politique et systèmes 

Nombreuses sont les répercussions systémiques en matière de santé mentale qui résultent du développement des capacités communautaires et de la mobilisation. Non seulement la communauté fait-elle siens les problèmes de santé mentale des jeunes, mais elle est consciente qu'elle joue un rôle particulier dans le développement et le maintien d'une vision commune pour créer une communauté sûre et saine. Ainsi, l'hypothèse selon laquelle seuls les professionnels peuvent aider les jeunes et faire la promotion de la santé mentale des jeunes est remise en question. Les communautés commencent à envisager la création d'un éventail complet de mesures de soutien en matière de santé mentale, qu'elles soient officielles ou non. Les jeunes eux-mêmes, et tous les autres membres de la communauté, interviennent activement dans la mise sur pied d'un système qui doit répondre à leurs besoins. Pour que cela soit possible, il faut que les fournisseurs de services et les membres de la communauté, de même que les structures de soutien officielles et officieuses, se respectent. 

Les structures officielles doivent comprendre et reconnaître l'importance de la contribution communautaire. Les possibilités d'avenir doivent être intégrées aux structures officielles et inclure l'apport de la communauté, plus particulièrement l'avis des jeunes. Les obligations redditionnelles des structures officielles doivent s'étendre à la communauté, car c'est cette dernière qui, au bout du compte, détermine ce qui lui convient. De son côté, la communauté doit être prête à recommander et à soutenir activement ces services qui aident les jeunes sous tous les aspects de leur continuum de besoins. Les structures qui ne tiennent compte que d'un des aspects de ce continuum rateront certainement des occasions de créer de vrais partenariats qui seraient mieux adaptés aux besoins des jeunes en matière de santé mentale. 

Le système de santé mentale devient également plus proactif que réactif. Pour réussir la mobilisation communautaire, il faut améliorer les relations entre les réseaux officiels et officieux d'une communauté. Le Programme des aidants communautaires réunit des institutions officielles qui servent les jeunes avec les structures de soutien officieuses dont les jeunes se servent déjà. Ainsi, il est possible de créer un filet de sécurité communautaire étendu qui permet non seulement d'identifier les jeunes susceptibles d'être à risque, mais aussi de jumeler ces jeunes avec les services d'aide appropriés. 

Dans les effets liés aux politiques, il faut également inclure la nécessité de tenir compte du fait que ce sont les jeunes eux-mêmes qui peuvent être les promoteurs les plus influents en matière de santé mentale. Si les jeunes se rallient aux concepts de santé mentale et de bien-être des jeunes et qu'ils s'engagent à réduire les stigmates et la honte dès leur plus jeune âge, tout est en place pour qu'ils continuent dans cette voie tout au long de leur vie d'adulte. Les responsables de l'élaboration des politiques et les professionnels de la santé mentale doivent trouver des moyens d'engager les jeunes dans des voies constructives et adaptées à eux. Le vrai engagement dépasse largement le cadre du geste symbolique qui est souvent observé dans les structures qui comptent parmi leurs membres quelques jeunes, sans vraiment les faire participer ou leur permettre de s'affirmer. La participation des jeunes doit être confirmée et officialisée au niveau des politiques. 

Dans le fond, les décisions doivent refléter le fait que la promotion de la santé mentale des jeunes est en soi une entreprise utile. Dans le contexte actuel, on concentre la plupart des efforts en matière de prévention sur les enfants âgés de 0 à 6 ans. Il faut tenir compte dans la politique du fait que la prévention en matière de santé, plus particulièrement en matière de santé mentale, concerne les gens de tous âges. Chaque personne peut à un moment ou à un autre de sa vie éprouver une douleur psychique; il faut donc en tenir compte dans la planification des services et dans l'attribution des ressources. 

La promotion de la santé mentale est un processus en soi et les résultats qui en découlent sont en principe mesurables sur de longues périodes. Dès lors, il est nécessaire que les gens s'y engagent à long terme et que cet engagement soit concerté pour assurer un changement. Il faut accepter que ce processus demande du temps. En outre, la promotion de la santé mentale est l'affaire de tout le monde même si le mandat, les politiques et les procédures des organismes qui participent au développement des capacités communautaires l'indiquent rarement de façon explicite. Les politiques doivent clairement mentionner que ces activités font partie intégrante du rôle de ces organismes. En font notamment partie les organismes/structures qui interviennent en matière d'éducation, la police, les fournisseurs de services spécialisés en matière de santé mentale et la protection de l'enfance. Cela s'applique également à d'autres organismes qui jouent des rôles moins évidents en matière de promotion de la santé (p.ex., le milieu des affaires). Si les politiques en tiennent compte, il sera possible de reconnaître et de valider les contributions au développement des capacités communautaires des membres individuels de ces organismes. 

Les initiatives qui débutent localement peuvent très bien avoir des retombées très étendues. Le modèle des aidants communautaires, par exemple, a été présenté lors de nombreuses conférences provinciales et nationales, et les participants ont manifesté un vif intérêt pour l'implantation de ce modèle dans diverses communautés partout au pays. L'utilité d'un programme de promotion de la santé mentale bien articulé devient évidente lorsque, sur la base du système existant dans une communauté, il est possible de reconnaître qu'il existe un réel besoin et qu'il est temps d'essayer d'aborder les choses de manière différente. Il n'est pas nécessaire de réinventer la roue; il s'agit plutôt d'avoir la volonté de prendre en considération les concepts qui ont fait leurs preuves dans d'autres communautés et de les adapter à nos propres besoins. 

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